jeudi 30 juillet 2026

Sally Davies et Jeffery Stride au musée Henri Martin de Cahors en août 2025

Une vie au fil du Lot

Rochers bleus
Sally DAVIES
(Plymouth, Royaume-Uni, 1944)
1997
Huile sur toile
100 x 81 cm
Sally dit qu'elle ressent la mer du Quercy en référence à son passé géologique -époque immémoriale où cette terre était recouverte par les eaux.

Le Cercle de l'intime
L'art de transformer le nécessaire en poésie
Le poète Christian Bobin écrivait qu'il existe un lien entre la simplicité et la beauté. Cette affirmation s'incarne bien dans I'Œuvre de Sally Davies et de Jeffery Stride; tous deux savent faire surgir la poésie d'un hu ste pot de fleurs posé sur une table ou d'un rebord de fenêtre bagné de lumière.
Leurs peintures révèlent des intérieurs pleins de douceur et de calme et d'une sobriété propice à la contemplation. Ces décors familiers témoignent de leur ingéniosité face à la précarité des débuts. Les maisons en piteux état ont été transformées en foyers chaleureux et les écoles abandonnées en espaces de vie et de création. Refusant de laisser les contraintes économiques limiter leur art, ils en ont fait une force, une raison de plus pour persévérer. Leurs intérieurs ne sont pas seulement des sujets : ils sont leur univers au jour le jour et leur atelier où chaque recoin, chaque objet devient matière à art.
Jeffery: la tendresse du quotidien
Bien qu'attiré par les vastes paysages, Jeffery apprécie les scènes ancrées dans le quotidien. Ses intérieurs paisibles, où la nature entre par une porte ou une fenêtre, révèlent des décors dépouillés mais riches de sens. Dans ses toiles empreintes de chaleur humaine, chaque objet semble chargé d'âme et chaque être en harmonie avec lui-même.
Sally: l'atelier-maison, contrainte et liberté
Chez Sally, la peinture est indissociable de la vie intérieure, au sens propre comme au figuré. "La lumière des intérieurs est stable et permet un travail prolongé ", confie-t-elle. La justesse du rendu de l'espace lui est primordiale et c'est lorsque l'équilibre est établi qu'elle peut laisser entrer ce qui vient. Ainsi, dans le foyer qu'elle a elle-même créé, les objets se déplacent, les personnes vont et viennent, nourrissant constamment son regard.
La maison est à la fois lieu de vie, de création et de compromis où "il faut parfois pousser les crayons pour laisser de la place à un enfant ", sourit-elle. Loin de restreindre son art, ces contraintes l'aiguisent. Composer avec l'espace, le temps et les moyens disponibles construit son approche. Elle considère que cela l'amène à continuellement parfaire son travail.
L'intime comme choix esthétique
Peindre sa famille, sa maison, ses amis est un choix artistique où la réalité se mue en richesse créative. Leurs œuvres révèlent comment Jeffery et Sally ont su trouver dans leur propre vie une source d'inspiration inépuisable, une matière authentique et personnelle. Leur art est ancré dans le cercle de l'intime et s'épanouit dans la douce lumière du quotidien.


Porte vers la cuisine
Jeffery STRIDE
(Southampton, Royaume-Uni, 1946)
2024
Huile sur toile
76 x 65 cm
Cet espace polyvalent fait office tout à la fois de salon, de galerie et de lieu de réception. Ici Jeffery et Sally accueillent amis, invités et visiteurs qui parfois sont aussi des acheteurs potentiels.
Leur maison reflète leur mode de vie : un lieu unique où se croisent au quotidien la création artistique, la vie de famille et l'activité liée à la vente des œuvres. Ils ont toujours tenu à vivre de leur art, sans pour autant renoncer à fonder une famille.
Chez eux, il n'y a pas de frontière nette entre le personnel et le professionnel. Être artiste, c'est avant tout une manière d'habiter le monde, une façon d'être.
Cette fluidité entre les rôles et les espaces témoigne d'un mode de vie simple, sincère, sans artifice - à leur image.

La Cuisine
Sally DAVIES
(Plymouth, Royaume-Uni, 1944)
Non daté
Pastel
65 x 50 cm
Le bouquet de coucous et de narcisses peut vous permettre de deviner précisément le mois de réalisation de cette œuvre.

Les Baigneuses
Jeffery STRIDE (Southampton, Royaume-Uni, 1946)
Années 2020
Huile sur toile
93 x 73 cm
Un jour, alors que l'artiste exécutait un pastel, deux jeunes femmes sont venues se baigner dans la rivière et il les a représentées. Il en a tiré une peinture qu'il a vendue par ailleurs.
Plus tard, l'une des «< modèles >> s'est présentée à l'atelier-galerie afin d'acheter le pastel qu'elle a offert à sa compagne à l'occasion de leurs noces.
Un peu pour conserver une trace de cette anecdote, Jeffery a décidé d'ajouter le couple dans cet autre tableau représentant le même lieu. Il s'agit d'un de ses emplacements de prédilection, identifiable sur plusieurs œuvres.

Jeffery STRIDE
Jeffery Roland Stride naît le 19 décembre 1946 à Southampton. Son enfance est marquée par un rapport étroit à la nature, cultivé par des promenades à la campagne et l'exploration de terrains
vagues.
Écolier malheureux, souvent exclu de la classe, c'est dans les couloirs de l'école qu'il rencontre l'art pour la première fois, sous la forme d'un moulage de la Vénus de Milo. Il aime le dessin, la peinture et la poésie. Entouré de musiciens, il apprend à jouer de l'alto à 12 ans. Il pratique aussi la voile avec son frère et possède très jeune son propre voilier.
Il intègre l'École d'Art de Winchester, puis la Camberwell School of Arts de Londres en 1964 où il développe un style expressionniste abstrait. Grâce à son tuteur Dick Lee, il découvre la scène culturelle londonienne, rompant avec son passé rural.
En 1969, il travaille au Pays de Galles où il rencontre Sally Davies. Dès lors, ils ne se quittent plus. Jeffery ne vivant pas de sa peinture, le couple part vers la Galice en 1971. En chemin, ils s'arrêtent à Saint-Martin-le-Redon (Lot) et choisissent de rester dans ce «< coin de Bouriane >>.
Les conditions de vie se révèlent difficiles alors que le couple élève trois enfants. Pour subvenir aux besoins de la famille, Jeffery devient guide-pilote. Enfin, à partir des années 1980, ils connaissent une période plus faste et exposent beaucoup, à Paris et à Londres.
Jeffery reste imprégné par ses études en Angleterre. Il évoque volontiers des paysagistes romantiques comme Turner ou Martin. Il travaille sur le motif, en plein air, et apprécie particulièrement la rivière Lot sur laquelle il se déplace en kayak et peint les paysages du Quercy dans un périmètre de 5 km autour du domicile familial. La maison du couple et son jardin à Vers constituent une source d'inspiration fondamentale, ainsi que leur famille.
En 2005, Jeffery se rend deux fois en Inde au profit des victimes de la catastrophe industrielle de Bhopal. Ses pastels sont tous vendus au bénéfice de l'association.
Aujourd'hui encore, Jeffery Stride peint en extérieur et observe ainsi l'évolution des paysages du Lot dont il livre, à travers ses œuvres, une vision singulière et poétique.

Autoportrait
1990
Huile sur toile
65 x 54 cm
Jeffery STRIDE
(Southampton, Royaume-Uni, 1946)
Jeffery a décrété qu'il déteste le mois de mars: le climat et la nature ne sont pas à son goût, il sort donc très peu à cette période. Ainsi, chaque année, il la met à profit en composant un autoportrait.
Collection privée

Sally DAVIES
Sally Davies naît le 11 août 1944 à Plymouth. Cadette d'une fratrie de six, elle grandit dans le village portuaire d'Aberdyfi au Pays de Galles où son père exerce la médecine. La nature en général et la mer en particulier bercent le quotidien d'une enfance idyllique passée à chercher des coquillages, nager, surfer, observer les marées et, plus tard, lire.
Sally reçoit une éducation complète et apprend notamment le piano et le français. Bien qu'attirée par les pratiques artistiques, elle est orientée vers l'enseignement. Elle étudie le développement de l'enfant à l'institut Froebel de Roehampton. Les méthodes d'apprentissage lui permettent de cultiver son goût pour les arts. Son projet d'étude sur la peinture donne lieu à une petite exposition et un livre fait-main intitulé On the Edge of the Sea. Institutrice, elle aspire encore à devenir peintre. Lors d'un cocktail de la Société des artistes amateurs, une rencontre dévie sa trajectoire l'invité d'honneur, Jeffery Stride. Ensemble, ils se consacrent à leurs passions: la musique, les promenades dans la nature et la peinture.
Bien décidés à vivre de leur art, ils partent vers l'Espagne et rendent visite à des amis dans le Lot où ils finissent par s'installer. Au cours des années 1970, Sally et Jeffery font plusieurs aller- retours entre le Lot et le Pays de Galles, confrontés à des difficultés matérielles. L'horizon s'éclaircit à partir des années 1980.
À Vers, où ils sont installés depuis 1989, Sally développe des projets de théâtre et de danse.
La nature domine l'œuvre de Sally; elle reste profondément influencée par la mer et ses marées. Son travail traduit sa perception de la vie dont elle cherche à représenter les courants. Il se centre sur ce mouvement perpétuel de va-et-vient, autrement dit, sur les marées. Les carnets de dessin de Sally débordent de représentations des enfants. Eux aussi incarnent le mouvement, parfois l'agitation et les remous de la vie ; eux aussi forment une source d'inspiration constante.
Leur jardin est la prérogative de Sally. Ce jardin d'artiste représente une autre grande source d'inspiration autant qu'un terrain d'expression. Sally dit elle-même : "Je pense que quand je jardine, je peins."

Autoportrait
Sally DAVIES
(Plymouth, Royaume-Uni, 1944)
1988
Huile sur carton 26,5 x 21,5 cm
Self-portrait

Portrait de famille
Jeffery STRIDE (Southampton, Royaume-Uni, 1946)
Fin des années 1990 Huile sur toile
81,5 x 116,5 cm
Ce portrait de famille est une commande. Il a nécessité un travail in situ, chez la famille Rouquié, puis en atelier.
Les commandes sont précieuses car elles aboutissent nécessairement à la vente du tableau. Elles assurent ainsi un revenu prévisible pour les artistes, tandis que les autres œuvres se vendent au fil du temps, dans les galeries ou lors d'expositions-ventes.
Collection privée

La Vallée du Lot
Sally DAVIES
(Plymouth, Royaume-Uni, 1944)
1997
Huile sur toile
52 x 116 cm
Sur cette vue du Causse, l'oeuvre est signée «< Sally Davies Stride >>. L'artiste a utilisé différentes signatures au cours de sa carrière, avant d'adopter définitivement «< Davies » dans les années 1990, lors de son inscription à la Maison des Artistes.

Le Petit lac
Sally DAVIES
(Plymouth, Royaume-Uni, 1944)
Non daté Pastel
49 x 32 cm
Cette œuvre est un de nos coups de cœur ❤
Lorsque je regarde ce pastel, je souris, spontanément.
Il s'en dégage, à mes yeux, une atmosphère joyeuse, stimulante. Les lignes

Atelier de l'artiste avec George
Jeffery STRIDE (Southampton, Royaume-Uni, 1946)
2018
Huile sur toile
92 x 73 cm
Cette œuvre nous emmène dans l'atelier de l'artiste, à Vers. Les tableaux accrochés ou empilés au pied du mur, tout comme la présence du chien George, révèlent la dimension multifonctionnelle du lieu. À la fois galerie d'exposition, espace de vente et salon, cet endroit constitue un véritable prolongement de la pratique artistique. Disposer d'un tel espace est un atout précieux pour les artistes : il permet une vente directe, sans intermédiaire. C'est Jeffery qui assume le rôle de vendeur pour l'ensemble des œuvres. Mais l'atout le plus cher aux yeux du couple reste ailleurs : la possibilité de rencontrer les visiteurs, qu'ils soient acheteurs ou simples curieux.

Autoportrait
Jeffery STRIDE (Southampton, Royaume-Uni, 1946)
2018
Huile sur toile
100 x 65 cm
Jeffery raconte que, lorsqu'il travaillait dans les salles des musées de Londres, il était souvent amusé par les commentaires des guides ou des enseignants. Devant les autoportraits, ceux-ci insistaient fréquemment sur le fait que tel ou tel artiste était gaucher.
Or, pour réaliser un autoportrait, les artistes utilisent un miroir, qui inverse nécessairement l'image.
Ici, Jeffery se représente avec les attributs traditionnels du peintre : pinceaux et palette.

Anémones
Sally DAVIES
(Plymouth, Royaume-Uni, 1944
Années 1970 Pastel
25 x 31 cm

Autoportrait avec éventail
Sally DAVIES
(Plymouth, Royaume-Uni, 1944)
2010
Huile sur toile
73 x 60 cm
Depuis plus de 20 ans, Sally pratique le tai chi, parfois avec une dague, parfois avec un éventail.

L'Envol du héron
Jeffery STRIDE (Southampton, Royaume-Uni, 1946)
Vers 2023
Huile sur toile
80 x 208 cm
Cette œuvre est un de nos coups de cœur
Une évocation de grandeur, de liberté, de beauté pour le vol de cet oiseau qui semble paisible et élégant au-dessus de la rivière. Les couleurs entre ciel et eau sont celles d'un immense jardin vivant, nous laissant à notre imagination, où l'on peut rêver en silence.
Ce héron en suspens au-dessus de la rivière est en osmose avec la beauté de cette peinture, il peut se regarder dans le miroir qu'offre le premier plan de ce tableau.
Cette œuvre, pour moi, apporte de la plénitude, le droit de rêver entre sagesse et grandeur. A l'heure où le monde est tourmenté, cette ceuvre m'apporte un sentiment d'évasion


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