jeudi 30 juillet 2026

Le domaine de Chaumont en juillet 2025

Superbe visite, des jardins et des œuvres d'art


LES VITRAUX DE LA CHAPELLE
La réalisation des vitraux de la chapelle est le produit d'une triple collaboration. L'architecte des Broglie, derniers propriétaires du Domaine de Chaumont sur-Loire (1875-1938), Paul-Ernest Sanson (1836-1918) fait, sur les origines et l'histoire du Château des recherches qu'il résume dans un opuscule manuscrit sous le titre Les seigneurs de Chaumont-sur-Loire, notices historiques. Par la suite, le maître-verrier Georges Bardon (1846-1905) est chargé, le 03 mars 1884, de la composition et de l'exécution des verrières selon les notes historiques de l'architecte. Enfin, le peintre d'histoire Jean-Paul Laurens (1838-1921), réalise sur la demande de Georges Bardon, avec l'agrément du couple princier et l'assentiment de leur architecte, les cartons à reproduire. La coopération de ces trois corps de métiers permet la pose des cinq verrières en juillet 1888.
La verrière gauche de l'abside (côté de l'épitre- côté droit-] retrace, de bas en haut : la fondation par Eudes 1", comte de Blois en 990. de la forteresse de Chaumont-sur-Loire (le comte examine et approuve les plans que lui soumet un moine, son architecte). Le mariage de Sulpice, fils de Lysois, premier seigneur d'Amboise, avec Denise, petite fille de Gelduin, premier seigneur de Chaumont (ce mariage qui réunit, en 1039, les deux seigneuries, donne naissance à la maison d'Amboise). L'entrevue qu'Henri II, roi d'Angleterre, de passage à Chaumont, a, en 1170, avec Thomas Becket, Archevêque de Canterburry, réfugié à la cour du roi de France, Louis le jeune. Dans l'ogive sont figurées les armoiries de Jean de Berrie, frère de Sulpice, auquel échoit, en 1256, la seigneurie de Chaumont et qui, dès lors, prend le nom et les armes d'Amboise.
La verrière droite de l'abside (côté de l'Evangile - côté gauche -) représente, de bas en haut : le légat du pape procédant à Corrèze, en 1511, sur le cadavre de Charles II d'Amboise, à la levée de l'excommunication lancée contre lui par Jules II. Les États de Bourgogne à Dijon, en 1477. Le sacre de Charles VII à Reims, en 1429 (Pierre d'Amboise, petit-fils de Hugues 1", figure près de Jeanne d'Arc, à la cérémonie du couronnement. On le représente portant sur un coussin de velours rouge la couronne de Charlemagne, le sceptre et les éperons d'or). Dans l'ogive sont représentées les armoiries de la maison d'Amboise dont une branche cadette issue de Hugues, second fils de Jean de Berrie, la branche des Chaumont-Amboise, possède Chaumont de 1303 à 1524.
La verrière centrale représente un épisode du jugement dernier où l'on fait intervenir divers personnages qui figurent tous dans l'histoire de Chaumont (Jeanne d'Arc, le cardinal Georges d'Amboise, Charlemagne, Pierre de Chaumont et sa femme Anne de Bueil, et en bas, les armoiries de la famille de Broglie, avec sa devise Pour l'avenir.
La verrière de l'absidiole gauche [côté de l'épitre) représente le cardinal Georges d'Amboise, frère de Charles 1er et oncle de Charles IL Derrière lui, se trouve son patron, Saint Georges et au-dessous sont reproduites les armoiries du cardinal.
La verrière de l'absidiole droite (côté de l'évangile] met à l'honneur le roi Louis XII dont Georges d'Amboise est le Premier ministre. Derrière Louis XII est figuré son saint patron, Saint Louis et au-dessous sont reproduites les armes du roi.
1 Epitre: texte du Nouveau Testament souvent tiré des Ecrits de Saint Paul ou des autres.



FABIENNE VERDIER
Toute l'œuvre de Fabienne Verdier n'est qu'émotion,
poésie pure, incessante célébration des vibrations bruissant dans la nature, autant que dans les âmes. Les tourbillons, les souffles, qui animent l'homme autant que l'univers, sont omniprésents dans cette peinture exigeante et profonde, inspirée à la fois par la tradition picturale chinoise et l'histoire de l'art occidental. L'artiste ne cesse, depuis la fin des années 1980, d'étudier les énergies en suspens et les analogies infinies des formes du vivant: «J'ai l'intuition» dit-elle «qu'il existe une commune topographie entre le mouvement interne du corps humain et du corps du monde, la fluidité du sang et celle des eaux des cascades ou des fleuves». Tel est le sujet, telle est la matière de son œuvre, où dansent en permanence les mouvements de l'air, les tournoiements de l'eau, les tumultes du vent. Et c'est un trait unique du pinceau, pourtant, une ligne poétique ininterrompue, qu'avec puissance et détermination, elle guide, pour évoquer et créer un lien intense entre le visible et l'invisible, entre la terre et le ciel. C'est cette ligne sans fin que célèbre l'exposition conçue pour le Domaine de Chaumont sur Loire, dans les galeries hautes du château. On y retrouve la constance d'une inspiration, poétique et métaphysique, et les effets des rencontres, des correspondances ou des parentés avec l'univers d'autres artistes. De la «courbure des plantes » à la «spirale du vivant »>, des «miroitements de l'eau » à «l'approche du sacré », l'on chemine au plus près d'une œuvre d'une incroyable richesse, issue d'une « âme en lévitation», qui nous rapproche des grands mystères de la vie et de la nature, ce que Victor Hugo appelait «la révélation prodigieuse de l'inconnu >>.
Que soient sincèrement remerciés Fabienne Verdier et Ghislain Baizeau pour leur engagement dans la réalisation de cette exposition pour laquelle l'artiste a conçu une oeuvre inédite de très grand format, ainsi que Guillaume Logé qui a imaginé le parcours rassemblant tableaux et carnets majeurs, témoins de l'évolution de la création et des recherches de l'artiste au fil du temps.

Dans l'air des hautes mers
2024
Acrylique et technique mixte sur toile 120 x 251 cm
Collection particulière

FABIENNE VERDIER: POÉTIQUE DE LA LIGNE THE POETICS OF LINE
La ligne est première, en tout. Elle donne forme et elle relie, elle dessine les trajectoires et emporte le devenir: elle est le vecteur de toutes les énergies. Visible, parfois, mais surtout invisible, c'est elle qui tisse et anime l'entièreté du réel, des processus physiques à nos chemins de pensée. Pourquoi est-il indispensable d'en revenir à elle, aujourd'hui? Les bouleversements écologiques que l'on connaît mettent en cause le bien-fondé de l'ensemble des structures de notre monde « moderne » et de ses architectures logiques. Ils nous imposent de reformuler nos connexions, de donner des sens nouveaux à l'existence, de faire émerger des aspirations et de tracer des perspectives crédibles.
Se mettre à l'école de la ligne signifie se mettre en capacité de s'extraire des entraves du présent et de libérer les forces de la sensibilité, de l'invention et de la création. Sur cette voie, quelle meilleure accompagnatrice que l'œuvre de Fabienne Verdier? La ligne en est le cœur. Au fil des tableaux et au gré de dialogues avec des artistes invités. l'exposition propose de s'interroger: qu'est-ce qu'une ligne? D'où vient-elle, où va-telle? Qu'est-ce qui vit en elle? À qui me relie-t-elle ? À quoi me fait-elle participer? De quelle façon me fabrique-t-elle ? Comment peut-elle poser les termes de nouvelles manières d'être ? Vers quels types de beauté, d'émerveillement, de désir me conduit-elle?

Le chaos cosmique
2024
Acrylique et technique mixte sur toile
183 x 226 cm
Collection particulière

Vado, ma dove? [Je vais, mais où ?]
[En écho à l'aria: Vado, ma dove? "I burbero di buon core, K. 583, Wolfgang Amadeus Mozart.]
2020
Acrylique et technique mixte sur toile
212 x 137 cm
Collection particulière

LA SPIRALE DU VIVANT
Point de hasard à ce que la spirale (ou vortex) soit si pré- sente dans les œuvres de Fabienne Verdier. Récurrente dans l'histoire de l'art et des idées, elle rend compte du processus de vie. Elle apparaît au centre de la vision d'Héraclite, métaphore de l'accord des opposés au sein de la nature (phusis]: à la fois droite (mouvement vertical) et courbe. Elle est la flamme du feu (« La foudre gouverne tout», fragment 87], moteur de toutes les transforma- tions, impulsion du devenir qui reformule sans cesse le réel sans s'éteindre jamais («Si le soleil n'était pas... ce serait la nuit »>, fragment 90).
Les plantes en restituent l'image le plus directe- ment dans les mouvements qu'elles nous offrent. Botaniste aguerri et grand ami des savants de son époque, Goethe fait de la spirale la figure même de la croissance dans son Essai sur la métamorphose des plantes (1790). Parce qu'elle incarnerait la vie, elle devrait incarner l'idéal de beauté et donc servir de référence suprême à l'artiste en toutes ses réalisations. C'est ce qu'explique le peintre et théoricien William Hogarth (1697- 1764) dans Analyse de la beauté (1753), en la qualifiant de
Voix-Vortex II (esquisse) 2016
Acrylique sur film polyester
75 x 310 cm
Collection particulière

Vieille souche de bois
2007
Acrylique et technique mixte sur toile
68 x 47 cm
Collection particulière

DANS LA COURBURE DES PLANTES
Et si la plante, artiste, possédait la plus haute maîtrise des lignes...! Son être se révèle presque entièrement dans sa forme, analyse le botaniste Francis Hallé'. Ses lignes, comme des lignes d'écriture, extériorisent ce qu'elle est. Expression pure d'elle-même, c'est à son contact que Fabienne Verdier étend, de façon privilégiée, son explo- ration du vivant. Ses lignes de peinture, filles des tiges, troncs, branches, bourgeons, nous portent au-delà des passionnantes questions qui animent l'étude des plantes aujourd'hui, de leur type d'intelligence (objet notamment de la «neurobiologie » végétale), à leur âme possible.
À observer patiemment les œuvres, nous nous demandons si chaque individu appartenant au vivant peut être envisagé comme une sorte de membrane ou de filtre. De l'énergie le frappe, le traverse pour une part, y reste accrochée et se voit transformée, pour une autre part. Un individu se distingue ainsi par ce qu'il sélectionne et par la manière singulière dont il se l'approprie. La différence de l'humain du reste des animaux, ou du végétal (voire, du minéral?), tient moins à une appartenance d'espèce, qu'à la possession d'une certaine qualité de membrane. Dans une telle perspective, il peut se concevoir qu'une plus proche ressemblance existe entre un humain et une plante qu'entre deux humains. Le totémisme des populations aborigènes d'Australie qui reconnaissent, par exemple, tel igname ou tel lézard comme leur ancêtre, n'a ainsi rien d'incongru.


L'UNIQUE TRAIT
Deux questions se posent. D'où partir pour se frayer un chemin dans la multitude tumultueuse des lignes? Et comment concevoir l'objet ultime de cette recherche?
Le terme de silence se propose, mais il convient d'en éclairer le sens. De le relier à la page ou toile vides, c'est-à-dire, remplies de toutes les potentialités, en puis- sance de la Totalité. La main n'y ajoute pas, elle y prélève quelque chose en se laissant saisir. Sous un autre angle, avec le psychanalyste Félix Guattari et le philosophe Gilles Deleuze, on pourrait parler d'« espace lisse », « eskimo»>, «champ sans conduits ni canaux », lieu de la plénitude de l'être dont on explore les « multiplicités » de lignes << en cheminant sur elles »>1.
C'est en se rendant disponible à la Totalité que Fabienne Verdier se prépare à créer. Elle s'y défait de ses acquis, du poids des règles, de toutes les limitations qui entravent. Son corps se fait écoute afin de pouvoir se faire pinceau. Non plus agir, mais, dans l'ouverture absolue, se laisser agir par cela qu'elle a choisi de ren- contrer le corps souple du lièvre, la terre humide, la baie rouge du sorbier...
Ainsi se rapproche-t-elle de «l'Unique trait de pin- ceau »>, << Suprême Simplicité », « l'origine de toutes choses, la racine de tous les phénomènes », écrit le peintre Shitao (1642-1707), expression de «l'apparence formelle aussi bien que de l'élan intérieur 2». On a peut-être raison de penser que tous les grands artistes, de quelque culture qu'ils soient, en possèdent la maîtrise. L'activation des éléments n° 37 du 1. Werksatz (1963-1969) de Franz Erhard Walther semble même en faire l'adresse à tout partici- pant. «Espace, Temps, Intérieur, Extérieur » est ce à quoi est invité à réfléchir l'homme assis dans l'herbe. Dans l'un des dessins associés, une ligne de connexion se trace, sur la gauche. On la comprend comme une ligne mentale-l'Unique trait de pinceau, au plus ultime, se suffit-il à faire trace dans l'esprit?
 
Cabriolant dans l'herbe
2025
En écho à la citation de Michel de Montaigne, Essais, Livre 3, chapitre 9 « J'aime l'allure poétique, à sauts et à gambades »
Acrylique et technique mixte sur toile
160 x 1492 cm
Collection particulière

POINT ET LIGNE
Tracer un trait: telle a été, plusieurs années durant, l'étape initiale et initiatique de l'apprentissage de Fabienne Verdier auprès de différents maîtres, dont Huang Yuan, professeur à l'École des beaux-arts du Sichuan. Appren- tissage dans sa chambre-atelier mais aussi, en marchant dans les montagnes sacrées ou, à la campagne, en allant s'intéresser aux croyances et modes de vie de dif- férentes minorités ethniques. Naissance (ou renaissance] de son art, dans la plus pure tradition de formation des peintres-lettrés. Il faut partir du trait, parce que le trait est le véhicule expressif de base. Familier tout autant des phénomènes naturels que des humeurs de l'âme, il est de toute extériorité et de toute intériorité.
Témoin et créateur à la fois, le trait procède des éner- gies sous-jacentes à toute chose. À le rejoindre dans son élan vers la complétude, il se fait «< cercle de l'éveil »> [ensō] au Japon, dérivé de la source sans fin (wúj) du taoïsme. Grâce à ce motif, la relation entre point et ligne se précise. Il n'y a pas de « point de départ », mais un tandem: la ligne, en tant que force, dynamise le point dans le mouvement duquel elle fait route. L'un et l'autre se co-créent, à l'image d'une Origine hors du temps, perpétuellement à l'œuvre.
Conjuguant un héritage occidental et oriental, mieux, rendant caduque ce type de cloisonnement, le travail de Fabienne Verdier chemine au cœur des éner- gies vitales. Parce que tout est contenu et connecté dans l'Un, il faut susciter des rencontres, les plus larges pos- sibles. Ainsi, les processus commencent à se parler: des arcs électriques se comparent aux déplacements filandreux d'un blob; biologie, physique, neurosciences, géologie... tout se prête à des analogies sur lesquelles l'artiste ne cesse de méditer.

Étienne Léopold Trouvelot [1827-1895]
Effluves électriques à la surface et au pourtour d'une pièce de monnaie obtenues par la bobine de Ruhmkorff ou la machine de Wimshurst, dites « Figures de Trouvelot », 1888-1889 Tirage d'exposition [original: épreuve positive sur papier aristotype] Collection du Musée des Arts et Métiers, Paris (inv.35732-0008]
Musée des arts et métiers-Cnam, Paris/Photo Aurélien Mole

MIGUEL CHEVALIER
"META-NATURE IA QUATRE SAISONS" 2025
Thème récurrent de l'histoire de l'art, la nature l'est aussi pour l'œuvre de Miguel Chevalier. L'artiste la transpose, la réinvente et la sublime par le biais des nouvelles technologies. Il explore, sur un mode poétique et métaphorique, la question du lien entre nature et artifice, qui coexistent et s'enrichissent mutuellement. Initiée à la fin des années 1990, sa démarche prend appui sur l'observation du règne végétal et sa transposition imaginaire dans l'univers numérique.
A partir d'études scientifiques, l'artiste a créé des spécimens qui n'existent pas, mais dont la croissance est calquée sur celle de vraies plantes. De ces recherches sont nées différentes générations d'herbiers virtuels, qui lui permettent d'orchestrer des jardins s'adaptant à des environnements très divers. Ces œuvres nous placent face à une nature intrigante et nous immergent dans un univers onirique. Elles captent la beauté de la nature, source intarissable pour l'imaginaire, et illustrent la constance du désir de son appropriation par l'homme. Elles cherchent à créer les conditions d'une symbiose entre ce dernier et cette nature réinventée », précise l'artiste
Fleurs, branches, feuilles et autres bourgeons naissent, prospèrent et s'effacent, formant des tableaux sitôt apparus, sitôt transformés à l'infini. C'est très beau de réaliser que ce que l'on voit est unique. En effet, le numérique permet de créer des œuvres génératives, qui ne reviennent jamais à leur origine, et offre à chaque visiteur un tableau original. L'évolution des jardins virtuels ne se fait pas seulement en fonction des saisons mais continument.
L'oeuvre présentée dans la Galerie digitale du Domaine de Chaumont-sur-Loire s'intitule Meta-Nature Al Quatre Saisons 2025. Elle s'appuie sur une base de données composée de différentes espèces d'arbres, de feuilles et de fleurs, en 2D et 3D, réalistes ou abstraites. et, pour la première fois, enrichie par des images de fleurs et de feuilles générées par une Intelligence artificielle à partir de textes. D'une grande variété et d'une beauté plastique saisissante, aux reflets irisés et nacrés, les espèces naissent aléatoirement, s'épanouissent avant de s'éclipser.
En harmonie avec la musique, un mystérieux tourbillon végétal renouvelle et métamorphose le jardin selon le cycle des saisons. Au printemps, comme la sève circule dans les plantes, des flux de lumière évanescents Innervent la composition. L'énergie prélude la renaissance de la nature. Comme par magie, les arbres se couvrent d'un feuillage prolifique, des feuilles géantes aux couleurs exotiques naissent. La nature exubérante rappelle celle de la j des peintures du Douanier Rousseau. L'été montre des arbres pleins de v en abondance de fruits, géants et saturés de couleurs. La nature fertile se donne la jungle merveilleuse et fantastique comme une toile d'Arcimboldo. Puis des nuées de fleurs de vigueur, chargés apparaissent au son d'un bourdonnement rappelant leur rôle essentiel dans l'animation de 100 donne à voir, la biodiversité. Vibrantes de lumière, elles saturent l'espace en une majestueuse explosion colorée. Leurs succèdent alors les jaunes, rouges et bruns intenses de l'automne. Les arbres perdent leurs feuilles. Des feuilles immenses, nervurées et luminescentes, qui s'entremêlent, créant d'étonnants effets de transparence et de superposition. Elles volent avec la légèreté des plumes, avant d'être emportées par le vent d'automne. L'hiver est là, saisissant d'étrangeté. Révélant l'écorce des arbres, il offre à la nature une présence surnaturelle et magnétique.
 
SHEILA HICKS SATELLITES
L'oeuvre originale créée par Sheila Hicks est une installation particulière spécifiquement conçue pour l'escalier d'honneur du Château de Chaumont- sur-Loire dans le cadre d'une commande financée par la Région Centre- Val de Loire.
"Les "satellites accrochés aux parois de l'escalier d'honneur du Château sont comme des constellations d'un jardin interstellaire, interplanétaire. La blancheur de la pierre de tuffeau patinée par le temps permet un dialogue fécond avec les couleurs infinies des fibres.
Ce qui m'a toujours inspirée, c'est le refus de la répétition, le souhait de ne jamais refaire ce que j'ai déjà créé. J'ai le désir d'être dans l'invention continuelle e créer à chaque fois quelque chose qui n'existe pas. L'une des clés de cette soif de renouvellement permanent est à trouver decreer dans les univers contradictoires de mon enfance store possédé en ville par mon grand-père maternel où j'avais l'embarras constant du choix entre des multitudes de choses et celui de la ferme de celui du "general ma grand-mère paternelle Ida. plus sobre, où il fallait tout inventer avec rien, en permanence. Ces influences opposées sont l'une des clés de mon obsession perpétuelle de création.
J'aime créer des couleurs qui ne sont pas dans la nature. Je suis dans l'invention permanente de nouvelles découvertes. Ainsi ces satellites colorés installés sur les murs proposent-ils des chocs et des surprises. A mes yeux, toutes les couleurs peuvent aller ensemble. Cela dépend de la quantité des différentes couches de matière, de la quantité de lumière et de la densité des ombres des rayons de couleur, des fils de soie ou de lin entrelacés, tendus, qui confèrent aux œuvres leur présence.
De la couleur naît une énergie, une force spirituelle, un sentiment de paix. Sans doute les couleurs génèrent-elles des émotions pures et parlent- elles directement aux âmes." Sheila Hicks, propos recueillis par Chantal Colleu-Dumond
Sheila Hicks née en 1934 à Hastings (USA), vit et travaille à Paris depuis 1964. Issue de la longue tradition de l'art moderne qui lie l'abstraction à de nombreuses autres disciplines, l'artiste américaine revisite la tradition textile artisanale populaire, brouillant les frontières entre peinture et sculpture avec ses oeuvres textiles. Après avoir été l'élève de Josef Albers à Yale, elle commence à travailler la fibre à l'occasion d'un voyage en Amérique du Sud de 1958 à 1959, où elle étudie les fabriques artisanales de Colombie, du Chili, du Pérou et de Bolivie. La fibre devient ensuite le matériau principal de ses ceuvres. Sheila Hicks perçoit son travail, nourrie de ses voyages et des cultures qu'elle a étudiées, comme un processus qui a pour résultat une véritable interaction entre ses oeuvres et le spectateur, aussi bien qu'avec l'architecture dans laquelle elles sont présentées.

GABRIEL OROZCO FLEURS FANTÔMES
C'est à Gabriel Orozco qu'a été confiée la troisième des commandes triennales de la Région Centre-Val de Loire pour le Domaine de Chaumont- sur-Loire (2014-2016].
Fasciné par les papiers peints anciens qui ornaient les murs des appartements des invités du Prince et de la Princesse de Broglie -derniers propriétaires privés du Château- abandonnés depuis 1938 et ouverts pour les artistes contemporains depuis 2011, le grand artiste mexicain Gabriel Orozco, dans le cadre d'une commande spéciale de la Région Centre- Val de Loire, s'est longuement imprégné du palimpseste des tapisseries subsistant sur ces murs anciens.
Son œuvre entière est marquée par la quête des traces, des empreintes des hommes et du temps.
Les "fleurs fantômes" qu'il a présentées à Chaumont-sur-Loire ravivaient la mémoire en suspens, les bribes invisibles de vies éteintes, la densité du souvenir de moments disparus, que le visiteur ressentait confusément. sans distinguer l'origine de son émotion et que révèlent les toiles de Gabriel Orozco.
Reflet de cette commande, les œuvres qui demeurent au Château reprennent des détails et des blessures de ces papiers anciens, reconstitués par l'artiste grâce à un procédé unique et lent de projection à jet d'huile sur toile. Le tremblé de l'impression est à l'aune du trouble qui saisit le visiteur en ces lieux, face au dialogue lié par ces œuvres et les murs imparfaits qui s'offrent au regard. L'artiste révèle ainsi ces empreintes et ces couleurs qui jusqu'alors échappaient à la vue, autant qu'il révèle l'émotion en suspens dans ces chambres.

YANN LACROIX BOTANIQUE
DOMAINE
DE CHAUMONT-SUR-LOIRE CENTRE D'ARTS ET DE NATURE
Par la pratique exclusive de la peinture, Yann Lacroix réalise notamment des paysages, parfois peuplés de figures fantomatiques deployant une iconographie utopique et fantasmée, guidée par ses souvenirs de voyage, la mémoire potentielle de ces lieux silencieux et celle de l'histoire de la peinture. Telles des métaphores du processus de la mémoire, ses auvres superposent des espaces flous et des zones de détails particulièrement précis dont l'intensité contraste avec le brouillage visuel d'autres zones de la tolle.
Dans le corps du paysage, on devine un voile translucide dont on ne sait s'il est la trace d'une mémoire du lieu ou une prémonition dans le corps de la peinture, de ce même voile, on ne sait s'il est le reste ou image fantôme de l'ancien projet d'une peinture finalement abandonnée, ou sl, au contraire, il est l'amorce d'une auvre qui vient supplanter ce qui est déjà la. Troublé, l'ail ne sait plus s'il est le témoin d'une naissance ou d'une évanescence du paysage, d'une peinture en train de se faire ou de se défaire. Ce double doute, ebranie les rassurantes certitudes d'un cell qui voit pour être désormais appelé à revoir, & percevoir l'envers du décor: d'un décor que les brosses du peintre auvrent à démonter», écrit Mohamed All Berhouma en 2023
La pratique picturale de Yann Lacroix s'intéresse majoritairement aux paysages. Laur aspect luxuriant n'est pas sans évoquer les destinations de voyage les plus prisées, devenues symptomatiques d'un désir de renouer avec un paradis perdu et poussant paradoxalement à la création d'espaces artificiels. Chez l'artiste, ces leux se transforment en un miroir de la peinture rythmée par le jeu des apparences, sorte de recherche autour du potentiel caractère evanescent des images. De cela résulte une émotion disparue et la joie de la tentative de retrouver ce qui a été vu, ce qui a été éprouvé.
Vainement, le pavement d'une perspective tente d'ordonner en plans une vision du monde, d'en cerner l'organicité en enserrant une plante qui, bientôt, le déborde. Le peintre défait ces stratégies (du pouvoir) en laissant affleurer les tracés d'un dessin; en dévollant ses artifices, cherche, par la couleur et le pinceau, à remonter l'ordre pictural par l'érosion des plans, par l'effacement d'une matière, par les frottis en nappes maigres. La plasticité que lève l'artiste, une strate après T'autre, est faite de la même matière que les premières couches qui constituent l'ébauche du paysage des anciens,- et que l'on a aussi nommées, les dessous de la peinture. Cette archéologie de la surface picturale est aussi celle qui fouille le paysage et son histoire, en mettant au jour ce qui le sous-tend, ce qui git, la, dessous, poursuit le chercheur et écrivain tunisien.
Ainsi, à partir de ses souvenirs (images glanées sur Internet, séjours a retranger, environnement quotidien...). Yann Lacroix peint des paysages volontairement composites, habités de végétation exotique, de serres tropicales et de piscines, constitués de leur propre artificialité mais dont la trace d'une histoire passée ou possible amène sensualité et vie : une réflexion sur les hétérotopies qui s'articule par le biais de ces lieux à la fois fantasmés et emprunts d'une poésie du Quotidien comme des allégories de la peinture même
En mettant en branie les cimes par lesquelles rail conquérant veut posséder le monde et ses horizons, les visions de peysages de Yann Lacroix nous invitent à une posture autre. En ouvrant le paysage ses soubassements, à ses genèses, en nous donnant à traverser les strates qui compose sa mémoire, qui font son histoire, le peintre nous amène à la vertigineuse posture d'un regard qui, dans ce qu'll voit perçoit ce que cela fut event nous, ce que cela sera, après nous, conclut Mohamed All Berhouma
Pour la Saison d'art, une série de tolles principalement consacrées des paysages de nature est présentée dans plusieurs espaces du Charau dont la très belle salle du Porc-Epic.



Klaus Pinter
 En plein midi
Installée depuis 2018 sous l'Auvent des Ecuries, la sphère en bambou de Klaus Pinter rejoint en 2023 le Parc historique pour prendre place dans une architecture végétale. Les tilleuls du mail offrent à cette ceuvre monumentale un écrin de verdure où ses milliers de fleurs d'or jouent avec les feuilles des arbres deux fois centenaire, captant la lumière et les aléas du ciel.

NICOLAS ALQUIN BOIS RÉVÉLÉS
דיד
DOMAINE
DE CHAUMONT-SUR-LOIRE
La connivence d'Alquin et des arbres est née dans l'enfance. Avec ses copains, its grimpalent aux branches pour invoquer le soleil et la pluie tambours à la main et flotes aux lèvres. Des souvenirs extraordinaires et très éloquents sur l'origine de la relation de l'artiste à la nature.. Ce que je peux vous dire d'entrée de jeu, c'est qu'aucune sculpture aut monde ne sera aussi belle qu'un arbre, confiait-il à Terra Artistika en 2023. Des arbres, l'artiste en a côtoyé de divers et nombreux. Il est allé à leur rencontre dans leur milieu naturel, au Japon, en Inde comme en Côte d'ivoire. Et se frottant à d'autres cultures, a beaucoup appris sur ce qu'ils représentent pour l'humanité. Le bois est la matière première le métal qui permet à l'homme d'explorer les formes, bien avant le i Materia en latin veut dire bois, comme aime à le rappeler l'artiste. Tout ce qui a été pensé en volume a d'abord été pensé en bois..
Alquin, qui a une aversion pour les armatures, souhaite pouvoir à tout. moment remettre en cause la sculpture, jusqu'à parfois la couper en deux, la percer, la recolier. Rien ne doit entraver son geste, comme dans le dessin. Le bois donne cette liberté, rappelle-t-il, sans oublier de préciser qu'avec lui le sculpteur est dans le train de l'histoire L'arbre était avant lui, la sculpture sera là après lui L'artiste n'est présent qu'à un temps donné de transformation de la matière.

Claire Trotignon

G&K
LA FORÊT QUI MURMURE
Le duo d'artistes G&K, Katarzyna Kot et Stéphane Guiran, part à la rencontre des Grands Vivants (glaciers, forêts, fleuves...) pour créer des œuvres mêlant poésie et reconnexion, réparant notre lien à la nature, nous donnant l'envie d'être, d'une autre façon, humains sur Terre. Inspirés du Symbiocène de Glenn Albrecht, ils prônent une façon d'être guidée par le sens de nos actes et nourrie d'espérance, consciente de notre communauté de destin avec tous les vivants. Retrouver l'émotion, l'émerveillement, le sentiment de symbiose avec la nature est ce qui nous lave intérieurement, ce qui nous répare en profondeur. C'est le socle de toute transformation sociétale vers un monde respectant le vivant et la clé contre notre sentiment d'impuissance face au changement climatique. En ressentant au plus profond de chacun de nous notre lien intime à la Terre, il devient naturel de repenser nos choix, d'accepter de nous transformer en privilégiant les comportements qui font sens, expliquent-ils.
En 2024, les artistes ont passé deux mois en résidence dans la forêt primaire de Bialowieza en Pologne, la dernière d'Europe. Cette Puszcza Bialowieska se régénère seule depuis 12 000 ans, grâce à un écosystème millénaire et une biodiversité exceptionnelle. Abritant des femmes et des hommes depuis la fin de l'ère glaciaire, elle reste un des rares témoins en Europe d'une entente durable et respectueuse entre les humains et le reste du vivant.
Lieu de transformation et de guérison, la Puszcza s'est révélée aux artistes à travers les rencontres avec des habitants inspirants, des scientifiques passionnés, et la tradition des Szeptuchy, guérisseuses que les artistes ont nommées femmes-murmures. A travers leurs récits, le duo a été confronté aux blessures qu'elle a connu avec les coupes d'arbres jusqu'en 2017, et à la crise actuelle des migrants arrivant par la partie biélorusse de la forêt. Les propos recueillis montrent à quel point cet Étre-lieu pousse chacun à s'interroger sur le sens de ses actes, à prendre conscience que tous les vivants de cette planète forment une communauté de destin, ce que Achille Mbembe appelle une communauté terrestre ».
A la lumière de cette expérience, les artistes ont conçu une série d'œuvres. Tout d'abord, un film documentaire retraçant leurs rencontres et les gestes poétiques qui les ont reliés à la Puszcza. Ensuite, une installation immersive interactive, qui permet de partager le moment le plus émouvant de leur résidence: un rituel de reconnexion à la forêt, dans une œuvre de land art, mise en résonnance par le vibraphoniste Pascal Schumacher et la voix de la chanteuse Karolina Cicha. La dimension interactive, réalisée en collaboration avec Lilian Guiran et le studio Isotone de Montréal, permet à chacun d'entrer en connexion avec cette forêt, de la ressentir, en vivant une expérience de réalité multiple, sensorielle, synesthésique et poétique avec ce que les artistes considèrent comme un Etre-lieu doté d'une conscience, d'une capacité à interagir avec nous. Enfin une série de dessins et photographies inspirés par leurs échanges avec la Puszcza, par les rencontres et les témoignages recueillis.


Denis Monfleur
Denis Monfleur a opté depuis longtemps pour le travail de la pierre et la taille directe, qui transforment chaque sculpture en défi. "Il n'y a pas de repentir possible", aime-t-il à rappeler. A mesure que l'envie de tailler des blocs de pierre de plus en plus importants s'est amplifiée, les techniques utilisées ont évolué et de nouvelles possibilités se sont ouvertes. L'utilisation systématique du granit prendra plusieurs années, tandis que l'émaillage polychrome fera son apparition. Denis Monfleur joue avec les anfractuosités et les reliefs de la pierre, fait apparaître des arrêtes et poli sa surface, parfois. Concentré, il agit comme guider par les courants telluriques de la matière. C'est en plein air parfois dans les carrières mêmes, que le sculpteur travaille, qu'il se mesure au granit, à la diorite, la lave ou au basalte. Avec le temps, la douceur des lignes s'est effacée, les traits se sont durcis sous l'effet des outils mécaniques. De la pierre tailladée, striée, teintée, poncée ont émergé des colosses aux traits anguleux mais aussi leurs doubles de petite taille. L'art consistant, dans tous les cas, à susciter l'expression de la pierre, à la canaliser sans jamais la brider.


LA PROMENADE
DES CONTES ENCHANTEURS
FRANCE
الد
Nouveau parcours permanent destiné spécifiquement aux familles, aux enfants et aux adolescents, La Promenade des contes enchanteurs" est ouverte à tous les visiteurs et se situe derrière les parcelles du Festival des Jardins, dans une zone fraîche et ombragée. Au fil de cette promenade onirique et liée à l'univers du conte, les enfants découvrent la nature grâce à des topiaires extraordinaires des buissons murmurants, des figures et des structures fantastiques. Ils pénètrent dans l'univers d'Alice au pays des merveilles au pied d'un arbre cabane. Le service à thé est prêt sur la table et le lapin veille sur l'horloge... Plus loin, une mise en scène évoque la maison des Sept Nains. Tous les animaux de la forêt assistent Blanche-Neige dans ses tâches ménagères Le loup de également sur les traces du Petit chaperon rouge, tandis que Peter Pan, le Capitaine Crochet et la Fée Clochette côtoient le crocodile qui a avalé Pinocchio Ce circuit évoque aussi de manière poétique les vertus de l'écologie et du respect de la flore et de la faune.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Ingres et la mode au musée Ingres Bourdelle en juillet 2026

INGRES ET LA MODE S'appuyant notamment sur des objets présentés pour la première fois, cette exposition révèle les liens encore trop peu...