jeudi 30 juillet 2026

Eugène Boudin au musée Marmottan en août 2025

Une exposition un peu répétitive mais sympa !


Le père de l'impressionnisme
une collection particulière
Eugène Boudin (1824-1898) naît à Honfleur. Issu d'une famille modeste, il n'embrasse la carrière artistique qu'après avoir été mousse, commis chez deux imprimeurs et papetier-encadreur. Autodidacte, il se forme en copiant des peintures au Louvre et en travaillant sur le motif. À ce sujet, il note: «Trois coups de pinceau d'après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet». En raison d'une météorologie souvent inconstante, il ébauche d'abord sur nature, puis, vient le délicat travail de finition dans l'atelier. Contrairement à ses prédéces- seurs, Boudin fait en sorte de conserver à ses peintures une apparence spontanée, annonçant l'impressionnisme, dont il est l'un des pères. À ce titre, il reçoit très tôt le soutien des critiques défenseurs de ce mouvement, et Paul Durand-Ruel, le marchand des impressionnistes, promeut ses œuvres.
En 1874, il participe à la première exposition du groupe à l'invitation de Monet, mais ne réitèrera pas l'expérience, préférant exposer au Salon. S'il est fier d'avoir été le maître de Claude Monet, Boudin ne revendique pas la paternité de l'impressionnisme à qui il reproche de développer une peinture négligente et trop allusive, dont lui-même tente de se défaire et qu'il considère comme un défaut. Car, sous une apparente facilité, la peinture de Boudin se caractérise par la rigueur de l'observation et l'équilibre des compositions.
Tout a commencé à l'occasion d'une visite de la foire de Maastricht il y a environ quinze ans, lorsque Yann Guyonvarc'h et son épouse tombent amoureux d'une vue de Deauville peinte par Eugène Boudin en 1893 (La Plage de Deauville). Mathématicien de formation, mais animé par son intérêt pour l'artiste normand, c'est par sa seule initiative que Yann Guyonvarc'h commence à rassembler des œuvres de Boudin. Aujourd'hui, cette collection sans égale offre un parfait résumé de la carrière de l'artiste, depuis ses premières peintures jusqu'aux ultimes vues de Venise. De même, un ensemble exceptionnel de scènes de plages est présenté aux côtés de ses œuvres bretonnes. Les ambitieux tableaux de Salon et la peinture qui valut à Boudin une médaille d'or à l'exposition universelle de 1889, côtoient des études rapidement peintes sur le motif. Boudin ayant été le premier maître de Monet, le musée Marmottan Monet a naturellement souhaité révéler pour la première fois cet ensemble unique. Le propos de cette exposition s'articule enfin autour du dialogue entre ces œuvres et celles du musée, mais également des prêts remarquables en provenance du musée d'art moderne André Malraux du Havre, du musée d'Orsay et du musée des Beaux-Arts d'Agen.

AUGUSTE RENOIR 1841-1919
PORTRAIT DE CLAUDE MONET
1873
Huile sur toile
Legs Michel Monet, 1966. Inv. 5013

Eugène Boudin
Trouville, l'appareillage des sardiniers
1894
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
MSE Inv. ExpEB84

Eugène Boudin
La Plage de Deauville
5 octobre 1893
Huile sur toile Collection Yann Guyonvarc'h
NYSE Inv. ExpEB1

Boudin approche la nature avec une grande humilité, vision originale qui porte en germe l'impressionnisme. Ainsi, il parvient à capter la météorologie de l'estuaire de la Seine et ses effets lumineux extrêmement fugitifs. Monet, qui le rencontre à l'âge de seize ans, jouit au Havre d'une réputation d'habile caricaturiste. Comme la plupart de ses concitoyens, il n'apprécie pas la peinture de Boudin. Néanmoins, celui-ci convainc l'adolescent de venir << dessiner avec lui en plein champs ». Des années plus tard, Monet dira avoir été «<< fasciné >> << l'instantanéité» des pochades de Boudin. En 1862, un autre acteur, également déterminant pour la naissance de l'impression- nisme, entre en jeu : Johan Barthold Jongkind. Les trois hommes s'estiment et partagent ensemble de joyeux moments à la ferme Saint-Siméon. Le 26 août 1864, Monet écrit à son ami Bazille: "nous avons un petit cercle bien agréable, Jongkind et Boudin sont là, nous nous entendons à merveille et ne nous quittons plus".

Johan Barthold Jongkind
(1819 1891)
L'Estuaire, Belgique
1867
Huile sur toile Collection Yann Guyonvarc'h
Monet doit «l'éducation définitive de [s] on ceil»> au peintre néerlandais Johan Barthold Jongkind qui, comme Boudin excelle à rendre l'atmosphère du bord de mer. Mais alors que l'autodidacte Boudin se montre encore timide, explorant à sa manière originale des thèmes nouveaux, Jongkind possède une parfaite maîtrise tech- nique et s'appuie sur un répertoire de sujets hérités des anciens maîtres néerlandais. Fort de ces atouts, il fait montre d'une assurance qui séduit un Claude Monet âgé de vingt-deux ans et avide de certitudes.

Eugène Boudin
Marée basse, rivage et pêcheurs au coucher du soleil
1862
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Le paysage traditionnel se veut intemporel. Boudin y introduit un élément nouveau: le fugitif. Baudelaire, découvrant dans l'atelier de Boudin «<ces études si rapidement et si fidèlement croquées d'après ce qu'il y a de plus insaisissable dans sa forme et dans sa couleur », l'eau et les nuages, est immédiatement frappé par leur moder- nité. Boudin ouvre ainsi la voie à l'impressionnisme. À la fin de sa vie, Monet se souviendra avoir été «fasciné» par ces études << filles de [...] l'instantanéité ».

Eugène Boudin
À la ferme Saint-Siméon
1864-1865 (?)
Crayon graphite et aquarelle Collection Yann Guyonvarc'h
De gauche à droite, les peintres Johan Barthold Jongkind, Émile van Marcke, Claude Monet et Jean-Alexis Achard.
From left to right, the painters Johan Barthold Jongkind, Émile van Marcke, Claude Monet and Jean-Alexis Achard.

Eugène Boudin
Voiliers, marée basse
1860-1865
Pastel sur papier Collection Yann Guyonvarc'h
NYSE Inv. ExpEB96

Eugène Boudin
Fête dans le bassin de Honfleur
1862
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Probablement exposé au Salon des refusés de 1863.
Probably exhibited at the Salon des Refusés in 1863.
NYSE Inv. ExpEB64

Premières années
De papetier-encadreur à artiste peintre
Boudin subit d'abord l'influence de la peinture néerlandaise ancienne et celle des peintres de l'école de Barbizon, dont il a fait la connaissance alors qu'il était papetier-encadreur au Havre. Ces deux écoles ont choisi le réel pour credo: Boudin emprunte aux uns les scènes maritimes et aux autres les scènes de la vie rurale. À une époque où triomphent académisme et romantisme, sa peinture reçoit au Havre un accueil réservé. Toutefois, en dépit des difficultés matérielles, Boudin continue de représenter le spectacle de la nature. Il tente sa chance à Paris, sans toutefois rencontrer plus de succès, comme en témoigne Fête dans le bassin de Honfleur, refusé par le jury du Salon de 1863. Boudin s'impose ainsi au rang des peintres d'avant-garde, aux côtés de Manet, Pissarro, Renoir ou Whistler. Quelques jours après la mort de Boudin, Fantin-Latour écrira: «on ne lui a pas encore donné la place qu'il mérite. Je l'ai peu connu mais depuis l'exposi- tion des refusés de 1863 je l'ai toujours bien admiré!»>>.

Eugène Boudin
Petite métairie aux environs de Honfleur
1856-1860
Huile sur panneau Collection Yann Guyo nvarc'h
MSE Inv. ExpEB94

Eugène Boudin
Paysage aux environs de Deauville
Vers 1865
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
NYSE Inv. ExpEB90

Eugène Boudin
Marée basse à Sainte-Adresse
1856?
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Dans une lettre de 1857, Boudin décrit cette peinture: «C'est la plage de Ste Adresse par un temps un peu nua- geux-Or vous savez que sur cette plage, il n'y a guère qu'un petit bateau, des chevaux qui transportent du caillou ou de la glaise, des riens». Il donne à cette marine, influen- cée par la peinture néerlandaise ancienne, une fraîcheur inspirée par la lumière vive de l'estuaire de la Seine. Ce genre de peinture n'est pas appréciée des Havrais, ce qui entraîne finalement Boudin à s'installer à Paris.

Eugène Boudin
Fleurs dans un vase
Vers 1856-1860
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
À ses débuts, Boudin exécute pour la clientèle havraise des «<tableaux de salle à manger». Ce sont en réalité des intérieurs de cuisines bourgeoises, où abondent gibiers, poissons et fruits de mer. Les produits de la campagne normande, pommes, citrouilles ou beurre, ne sont pas oubliés. Plus rarement, Boudin peint des fleurs. Il en transcrit avec bonheur la délicatesse des tons et des matières. Ce modeste bouquet, sans apprêt, évoque une intimité parfaitement illustrée par Jean-Siméon Chardin au XVIIIe siècle.

Eugène Boudin
La Plage de Trouville
1863
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
En 1858, Charles de Morny, demi-frère de Napoléon III, découvre, grâce au docteur Olliffe, un village de pêcheurs perdu dans les dunes: Deauville. Il décide d'y créer une station balnéaire. La gare est inaugurée en 1863, le casino et le champ de courses en 1864. Il est de bon ton de venir en villégiature à Deauville, où les membres de la cour impériale se font construire des villas. Cette population élégante aime également à se retrouver devant le casino de Trouville, identifiable à droite de la composition.

Eugène Boudin
L'Heure du bain à Trouville
1864
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
NYSE Inv. ExpEB78

Eugène Boudin
Crinolines sur la plage
1866
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
MYSE Inv. ExpEB52

Eugène Boudin
Réunion sur la plage
1866
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Probablement exposé au Salon de 1866 (n° 224).
Probably exhibited at the Salon of 1866 (no. 224). MYS: Inv. ExpEB130

Eugène Boudin
Deauville, le champ de courses en 1866
1893
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Ce tableau a été probablement esquissé en 1866, année où Boudin exécute plusieurs dessins et aquarelles pré- paratoires pour cette composition. Abandonnée, peut- être en raison du peu de succès de ces sujets au cours des années 1860, la peinture est reprise au début des années 1890, pour le chroniqueur sportif Albert de Saint-Albin. Rédacteur en chef du Jockey et du Figaro, librettiste d'opé- rettes, Saint-Albin achète plusieurs peintures de Boudin, mais aussi de Gustave Moreau.

Scènes de plages
Longchamp en bord de mer
En 1858, Charles de Morny, demi-frère de Napoléon III, découvre un village de pêcheurs perdu dans les dunes, Deauville, et décide d'y créer une station balnéaire. Boudin, qui passe chaque été non loin, à Trouville, essaie de tirer financièrement parti de ce développement et invente la scène de plage. Cette tentative se solde par un échec financier: le sujet semble inconvenant et la technique de l'artiste est jugée trop allusive. À la fin de l'été 1870, le couple Boudin et la famille Monet se retrouvent à Trouville, séjour au cours duquel Monet emprunte brièvement ce thème de la scène de plage à son maître. Le public préférant les marines tradition- nelles, Boudin abandonne presque entièrement ce sujet à partir de 1871. Toutefois, lorsque des amis lui rendent visite à Trouville ou à Deauville, il réalise directement sur nature des instantanés, souvenirs peints sans retouche d'un moment de convivialité. Les enfants sont rarement absents de ces œuvres intimes réalisées sur de petits panneaux de bois.
Claude Monet (1840-1926)
Sur la plage à Trouville
1870
Huile sur toile
Paris, musée Marmottan Monet, legs Michel Monet
Dans les années 1860, grâce à l'essor du chemin de fer, Trouville devient une station balnéaire prisée et inspire de nombreux artistes, dont Eugène Boudin, que Monet rejoint durant l'été 1870 avec sa compagne Camille, qu'il représente ici, et leur fils Jean. S'inscrivant dans la tra- dition de la peinture de plein air chère à Boudin, la com- position est dominée par des tons gris, évoquant les ciels changeants de Normandie. Toutefois, il s'éloigne de son aîné par une mise en scène plus intime et amorce une évolution vers l'impressionnisme.

Eugène Boudin
Trouville, scène de plage
1873
Huile sur revers d'un panneau de meuble sculpté Collection Yann Guyonvarc'h
NYSE Inv. ExpEB31

Eugène Boudin
Sur la plage de Trouville
Vers 1860-1863
Pastel sur papier Collection Yann Guyonvarc'h

Eugène Boudin
Deauville, Juliette sous la tente
Septembre 1895
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Juliette Cabaud entre au service de Boudin,
en tant que dame de compagnie, à partir de l'automne 1893.
Juliette Cabaud began working for Boudin as a companion in the autumn of 1893.
NYS: Inv. ExpEB47

Eugène Boudin
Environs de Brest, embouchure de l'Élorn
1873
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Vue du Rocher de l'Impératrice (Roc'h Kerezen), sur la rive sud de l'Élorn, baptisé ainsi après la visite de l'impératrice Eugénie en juillet 1867.

Eugène Boudin
Camaret, la pointe du Toulinguet
1873
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Ce tableau a appartenu au collectionneur de peinture impressionniste Jean-Baptiste Faure, avant d'être acheté par Paul Durand-Ruel.

Bretagne
Ombres et lumières
Lors d'un voyage en Bretagne, en 1857, Boudin constate que «<les gens, c'est le côté intéressant du pays >>. Il réalise de nombreuses études et rapporte de ce voyage une caisse de costumes traditionnels. En 1863, il épouse la Bretonne Marie-Anne Guédès et découvre alors l'univers austère des modestes paysans bretons, qui lui inspire des études d'intérieurs plongés dans la pénombre. Dans les mêmes années, il peint les riches élégantes sur la plage de Trouville inondée de soleil. Ainsi, deux mondes et deux gammes chromatiques s'opposent. La forte demande de peintures de marines pousse Boudin à s'installer près du littoral. L'intensité colorée et la puissance de facture de la vue de Camaret annoncent la série peinte par Monet à Belle-Île treize ans plus tard. Boudin se rend également dans les Côtes-d'Armor, où il représente les goélettes de Terre- Neuve. Il délaisse ensuite la Bretagne durant plus de vingt ans, puis, peu de temps avant sa mort, il entreprend un ultime périple de Saint-Nazaire à la Pointe du Raz. Bien que déjà affaibli, il rapporte de ce voyage de nombreux chefs-d'œuvre.


Eugène Boudin
Brest, débarquement des marins dans la rade
1870
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Eugène Boudin
La Rade de Brest
1870
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
À partir de 1869, Boudin est invité par les marchands à peindre des marines. En 1870, il expose au Salon cet important tableau, dont l'harmonie grise n'empêche pas un traitement extrêmement coloré de l'eau. L'œuvre est acquise par Ernest Hoschedé, futur mécène des impres- sionnistes et acquéreur d'Impression, soleil levant. Tout autant que la lumière, les reflets, les nuages ou la fumée du navire, les attitudes des figures et des oiseaux de mer sont rigoureusement étudiées et rendues avec naturel.

Eugène Boudin
Le Croisic
1897
Huile sur toile
Le Havre, musée d'art moderne André Malraux
Toile esquissée sur le motif et que Boudin n'a pas eu le temps de retravailler dans son atelier.

Eugène Boudin
Le Croisic
11 mai 1897
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
De mai à juillet 1897, Boudin effectue
un ultime voyage en Bretagne.

Eugène Boudin
Portrieux, bateaux échoués
Vers 1872-1873
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin représente la flotte de goélettes de Terre-Neuve, à l'échouage

Eugène Boudin
Noce à l'Hôpital-Camfrout
1870-1873
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Provient de la collection d'Ernest Feydeau.

Eugène Boudin
Pardon en Bretagne, Sainte-Anne-la-Palud
1862-1864
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin assiste au grand pardon de Sainte-Anne-la-Palud en août 1857. C'est avec une peinture sur ce sujet qu'il expose pour la première fois au Salon, en 1859.

Eugène Boudin
Plougastel, sortie de messe
Vers 1865-1869
Huile sur panneau Collection Yann Guyonvarc'h

Eugène Boudin
Intérieur breton, maternité (recto) Études de voiliers et maternité (verso)
1867-1869
Aquarelle sur traits de graphite Collection Yann Guyonvarc'h
«[...] malgré tout le charme du paysage et des grèves, je n'en ai pas fait une seule étude tant je suis attiré vers les chaumières aux fortes ombres et aux vieux lits » (Kerohan, 13 août 1867).

Trouville-Deauville
Variations météorologiques
Parmi les lieux fréquentés par Boudin, Trouville est celui qu'il préfère. Il y passe chaque été, mais également une partie de l'automne et aime <<la saine odeur de l'algue marine » et «la fraîcheur de l'humidité saline [des] grèves ». Le port de Trouville, de taille modeste mais dynamique, est également doté d'une flottille de pêche. Les marées, particulièrement marquées, rythment la vie locale et, lorsque la mer se retire, les femmes viennent laver leur linge dans le cours de la Touques. Ces marées influencent la météorologie, dont Boudin représente les multiples variations. Les herbages se profilent rapidement en remontant la vallée de la Touques ou le long de la Rivière Morte, où Boudin prend pour modèles les troupeaux de bovins, captant les effets de la lumière sur les robes des animaux. Parfois, il fait des excursions à Étretat, où Monet aime également peindre. Il effectue aussi un court séjour à Rouen, dont il peint les bords de Seine. Une relative aisance venue, il fait construire une modeste maison dans les dunes de Deauville. Durant l'arrière-saison, il prend plaisir à représenter la plage délaissée, ou battue par les éléments. C'est dans sa maison de Deauville que l'artiste s'éteindra.

Eugène Boudin
Trouville, le port
1894
Huile sur panneau Collection Yann Guyonvarc'h

Eugène Boudin
Trouville, les jetées, marée haute
1890
Huile sur penness Collection Yann Guyonvarc'h

Eugène Boudin
Trouville, les jetées marée basse
1877-1881
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Acheté par Paul Durand-Ruel avant 1891.

Eugène Boudin
Esquisse de La Tour Malakoff vue de la jetée-promenade à Trouville
Vers 1896
Huile sur toile
Le Havre, musée d'art moderne André Malraux.
Don de Louis Boudin, frère de l'artiste, en 1900.

Eugène Boudin
La Tour Malakoff et le rivage à Trouville
Septembre 1877
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin choisit de représenter l'emblématique Tour Malakoff, construite en 1855, probablement à la demande du peintre Charles Mozin, qui aurait voulu observer la mer depuis son atelier. En «inventeur» de Trouville, Mozin était le professeur de dessin de Caroline Flaubert, sœur de l'écrivain, lorsque la famille Flaubert résidait à Trouville. Dans cette composition inhabituelle, Boudin équilibre la partie très dense formée par les architec- tures et les espaces dégagés du ciel et de la plage, presque abandonnée en ce mois de septembre.

Eugène Boudin
Deauville, le rivage par gros temps
1890
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin constate: «Les grandes convulsions de la nature sont sublimes mais le pauvre peintre ne peut que confier à sa mémoire l'impression effrayante de ces flots tour- mentés. Il ne faut même pas essayer de tenir un bout de papier pour croquer ou indiquer par un trait le souve- nir de ces vagues furieuses» (1er octobre 1896). Grâce à une mémoire visuelle remarquable, il parvient à recréer cette impression tumultueuse en atelier. Si le ciel s'avère menaçant, l'azur n'est jamais totalement absent.

Eugène Boudin
La Plage de Villers
1891
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Acheté à l'artiste par Paul Durand-Ruel en 1892.
Boudin représente les plages des environs de Deauville et de Trouville, qu'il affectionne également. En 1894, après une excursion décevante près de Boulogne-sur-Mer, il laisse libre cours à sa mauvaise humeur: «J'étais furieux d'avoir été si loin chercher ce que nous avions à notre porte et cent fois plus beau... des rivages, voyons mon cher, quand on a sous la main la grève de Villers, celle de Villerville, il faut être fou pour courir si loin dans le désert >>

Eugène Boudin
Étretat, barques échouées, dit aussi Voiliers à marée basse
1892
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Au cours des années 1880, Boudin projette régulièrement de se rendre à Étretat. Bien qu'il peigne plusieurs vues de Fécamp, il faut attendre 1890 pour qu'Étretat fasse l'objet d'une série de tableaux. Il en expose une partie au Salon et le succès rencontré l'incite à un nouveau séjour. Le 26 octobre 1891, il écrit: «Nous sommes restés quatre jours à Étretat »>, le temps nécessaire pour esquisser des peintures, et notamment cette étude de barques et de pêcheurs, assez inattendue, qu'il achève en 1892.

Eugène Boudin
Étretat, la falaise d'Aval au soleil couchant
1890
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h

Eugène Boudin
Rouen, vue prise du Cours-la-Reine
17 septembre 1895
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Juliette Cabaud joue un rôle important durant les der- nières années de la vie du peintre. Bien qu'il commence à s'affaiblir physiquement, elle l'encourage à voyager. En septembre 1893, il confie, à propos de Rouen: «J'irais bien volontiers mais j'ai peur des grandes villes». Juliette l'aide à surmonter cette crainte, car, deux ans plus tard, il réalise à Rouen une série de peintures en bords de Seine ou dans la ville. Il n'est donc pas surprenant que Boudin dédicace à Juliette l'une de ces vues.

Eugène Boudin
La Touques, le pont de Deauville le matin
1888
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h

Eugène Boudin
Vue du port de Trouville au crépuscule
Vers 1885-1890
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin est connu comme le peintre des grands ciels nua- geux. Il a également aimé peindre les effets crépuscu- laires, lorsque la lune s'élève dans le ciel et que la brume commence à se répandre au pied du phare de Trouville, dont la construction s'est achevée en 1876. L'atmosphère mystérieuse évoque Un cœur simple, récit de Gustave Flaubert, cet autre habitué de Trouville: «La lune à son premier quartier éclairait une partie du ciel, et un brouil- lard flottait comme une écharpe sur les sinuosités de la Touques ».

Eugène Boudin
Dordrecht, un quai du port
1884
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Marqué dès ses débuts par la peinture néerlandaise du XVIIe siècle, Boudin se rend à plusieurs reprises aux Pays-Bas. Il y peint la plage de Scheveningen, les canaux de Dordrecht, le marché de Rotterdam, les larges fleuves et les vastes ciels nuageux. Face à ces motifs il déploie <<la plus grande dose de patience et de persistance qu'il soit possible d'obtenir d'une attention humaine >>. À l'ex- ception des «habitudes culinaires déplorables, qui font bondir la délicate Marianne », ce séjour se déroule pour le mieux.

De Bordeaux à Dordrecht
D'autres ciels
La guerre de 1870 contraint Boudin à se réfugier en Belgique. Jusqu'alors, il n'avait peint qu'en Normandie et en Bretagne, mais les marchands et collectionneurs, désireux de le voir représenter d'autres ciels, l'incitent à voyager. Il se rend d'abord à Bordeaux, qu'il n'apprécie guère, mais dont il laisse de remarquables vues du port. Néanmoins, l'artiste préfère la plage de Berck, dont l'immensité ainsi que l'activité des pêcheurs l'inspirent. Les conséquences de la crise économique des années 1870 contraignent Boudin à réduire ses déplacements, puis, l'amélioration relative de la situation dans les années 1880 le pousse à reprendre les voyages. Il se rend aux Pays-Bas, avant de travailler à Étaples, dont il explore différents aspects, ainsi qu'à Saint-Valery-sur-Somme, où, de manière inhabituelle, il peint un canal au clair de lune. Sa correspondance révèle un peintre constamment confronté aux aléas d'une météorologie si incertaine que, bien souvent, il ne rapporte qu'une maigre production

Eugène Boudin
Bordeaux, trois-mâts dans le port
1874
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
En 1874, Boudin séjourne six semaines à Bordeaux. Depuis les années 1850, il y expose régulièrement et ses œuvres sont recherchées par plusieurs collectionneurs. Le tohu-bohu des quais, les moustiques et «<sous prétexte de vin une petite boisson si possible plus frelatée qu'à Paris »>, lui laissent une impression désagréable et <<une sorte de fièvre ». Néanmoins, il réalise une importante campagne de peintures dans lesquelles il représente, avec une palette dominée par des tons gris, l'activité du port.

Eugène Boudin
Saint-Valery-sur-Somme effet de lune sur le canal
1891
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h

Eugène Boudin
Étaples, La Canche, marée basse
1890
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin expose au Salon de 1887 Étaples; - marée basse (Ottawa, National Gallery of Canada), dont il propose l'acquisition au Directeur des Beaux-Arts, en vain. Le tableau, qui «par sa dimension peut convenir à un musée»> finit néanmoins par trouver un acquéreur. Boudin réali- sera ensuite diverses variations sur ce thème, modifiant légèrement le point de vue, ajoutant ou retirant quelques éléments et, surtout, transformant l'atmosphère géné- rale, tantôt ensoleillée, tantôt plus ou moins voilée.

Eugène Boudin
Marée basse à Étaples, soleil couchant
1880
Huile sur tolle
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin découvre Étaples en 1880. Il y reviendra régulièrement au cours des années suivantes.

Eugène Boudin
Vue du port d'Antibes, le quai, le matin
1893
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Au printemps 1893, Boudin s'installe à Antibes. Le début de son séjour est marqué par un temps médiocre. Loin d'en être rebuté, il représente la Côte-d'Azur sous cet aspect peu attrayant, qui lui permet de déployer une riche palette de gris. Homme du nord, le pianiste Charles de Bériot est séduit par cette représentation inhabituelle du Midi. L'harmonie subtile de ce tableau, solidement construit, n'est pas sans préfigurer les représentations d'Antibes peintes par Nicolas de Staël un demi-siècle plus tard.

Midi-Venise
Réécrire la lumière
Au cours de l'hiver 1892, Boudin se rend pour la première fois dans le Midi. Cet adepte de la peinture en plein air découvre un lieu idéal: «je travaille tous les jours sous mon parasol >>. Mais il rencontre un obstacle inattendu: << combien peu nous approchons de l'intensité lumineuse du pays. C'est à désespérer et à jeter au feu palette et pinceaux». Jamais il ne s'est avoué à ce point impuissant face au motif, mais sa parfaite maîtrise technique lui permet de surmonter les difficultés, et il constate: << c'est au Midi qu'il faut demander sa lumière». Venise et sa lagune offrent un attrait considérable pour le peintre de marines qu'est Boudin. Pourtant, ce dernier cède tardivement à cet appel. Il découvre une ville «<d'un coloris gris>> et <<l'atmosphère en est douce et brumeuse». Ainsi, il déploie son savoir-faire de subtil coloriste pour capter ces tons de perle. Au Louvre, il avait soigneusement étudié les tableaux de Guardi: par la légèreté du jeu de son pinceau, il se révèle parfait héritier de ce maître.
Il constatera à juste titre: «<le voyage de Venise aura été mon chant du cygne.

Eugène Boudin
Venise, le Campanile,
le Palais Ducal
1895
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h

Eugène Boudin
Venise, navire à quai, canal de la Giudecca
1895
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Si Boudin montre ici une image moins conventionnelle de Venise, le traitement synthétique de cette peinture entiè- rement vouée à traduire l'intensité lumineuse du sujet, en fait un chef d'œuvre

Eugène Boudin
Venise, vue prise de San Giorgio
1895
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin constate que Venise «comme tous les pays lumineux, est d'un coloris gris, l'atmosphère en est douce et brumeuse et le ciel s'y pare de nuages tout comme un ciel de nos contrées normandes ou hollandaises ». Cet obser- vateur rigoureux ajoute: «ça ne se dore pas, ça s'argente plutôt ». Paradoxalement, ce coloris gris et cette lumière légèrement voilée lui permettent de faire chanter les cou- leurs des façades, des toits, des dômes et des reflets sur l'eau du canal.

Eugène Boudin
Venise, la Salute, la Piazzetta et le Grand Canal,
le soir
1893
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
En 1893, Boudin effectue un bref séjour à Venise. Il n'en rapporte que très peu de peintures, parmi lesquelles cette vue de La Salute, la Piazzetta et le Grand Canal, le soir. Boudin qui, au sortir du Louvre, notait «<Le souvenir du Guardi avec un accent plus nature», réalise, après bien des années, cet objectif. Il en a certainement conscience, car il refusera de vendre cette œuvre de son vivant, alors même que les marchands réclament sa production vénitienne.

Eugène Boudin
Le Havre, l'avant-port
1885
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Ce tableau s'inscrit dans le sillage du succès rencontré par L'Entrée et La Sortie, œuvres primées au Salon de 1883. Pour répondre à la demande croissante des collec- tionneurs, Boudin décline ce sujet inspiré de la vie mari- time havraise à plusieurs reprises. Charles de Bériot, pianiste, fidèle collectionneur et ami de Boudin, acquiert La Sortie, de 1885, aujourd'hui appelée Le Havre, l'avant- port, tableau d'un remarquable chromatisme.

Eugène Boudin
Le Havre, entrée du port
1891
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin expose au Salon de 1883 L'Entrée et La Sortie, sujets directement inspirés de la vie maritime du Havre. Ces ceuvres, qui lui valent une médaille de deuxième classe, sont acquises par le marchand d'art et collec- tionneur Paul Durand-Ruel. Ce thème de l'entrée n'est pas entièrement nouveau, Boudin l'a inauguré dès 1864. Cependant, le succès du début des années 1890, suivi o l'exposition au Salon et de la demande croissante des co! lectionneurs donnent à ce sujet une actualité nouvelle L'artiste continue donc d'en exécuter des versions en y ajoutant des variantes.

Eugène Boudin
Le Havre, l'avant-port, dit aussi Scène de port
1888
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
Boudin réalise au Havre des œuvres qui, bien que parais- sant modestes, n'en demeurent pas moins remarquables. Avec une palette limitée et une étonnante économie de moyens, il réalise ici un chef-d'œuvre. Son talent de des- sinateur et de maître du lavis transparaît dans la fer- meté de l'écriture, qui va à l'essentiel. Boudin tire parti du support de bois en le laissant transparaître afin de souligner les formes. Le jeu du pinceau, comme l'har- monie colorée, rappellent les lavis extrême-orientaux et annoncent l'art d'Albert Marquet.

Eugène Boudin
Le Havre, navires en pleine mer
24 octobre 1866
Huile sur toile
Collection Yann Guyonvarc'h
En 1854, les frères Pereire fondent la Compagnie géné- mrale maritime, future Compagnie générale transatlantique. Cette peinture, datée avec précision, représente certainement <<Pereire », l'un des premiers paquebots hélice de la compagnie, quittant Le Havre. En octo octobre 1866, il établit un nouveau record de vitesse de la traver- sée de l'Atlantique, surpassant celui détenu jusque-là par des compagnies maritimes britanniques. << Pereire >> relie Brest à New York en 8 jours et 22 heures, atteignant une vitesse moyenne de 14 nœuds, soit près de 26 kilomètres/ heure 

Eugène Boudin
Le Havre, le bassin des docks
1885
Huile sur panneau
Collection Yann Guyonvarc'h
S'il n'apprécie pas les navires à vapeur, Boudin les représente néanmoins. La simplification des formes, l'accent mis sur les toitures des entrepôts, la palette très sobre, annoncent l'art d'Albert Marquet.

Eugène Boudin
Marine. Les lamaneurs, dit aussi Pleine mer, les lamaneurs
1887
Huile sur toile Collection Yann Guyonvarc'h
Médaille d'or à l'Exposition universelle, Paris, 1889. Le sujet est inspiré par la vie portuaire du Havre: les lamaneurs guident les navires lors de leur entrée dans le port.

DIALOGUES INATTENDUS
MORISOT / PÉTROVITCH SOLEIL
À l'invitation qui lui fut faite par le musée Marmottan Monet de dialoguer avec une œuvre de ses collections, Françoise Pétrovitch a choisi Roses trémières (1884) de Berthe Morisot.
De ce tableau, elle retient la touche libre et le cadrage singulier conférant au jardin de Bougival un caractère à la fois habité et sauvage.
En dialogue complice avec son aînée, elle présente neuf dessins au motif de tournesols, une manière d'étendre le paysage de Roses trémières au-delà du cadre qui lui est donné. Leur grand format évoque les longues tiges des végétaux peints par Berthe Morisot et leur traitement au lavis, la fluidité du pinceau avec laquelle l'impressionniste a saisi sur le vif ce moment de vie quotidienne. L'eau mêlée à l'encre créé des variations de couleurs et une sensation de flux où tout circule et se diffuse.
Dans ce théâtre de verdure imaginé par l'artiste, ces portraits de << soleils >> émergent de leur fond de papier blanc. Certains sont pleins de vitalité, d'autres se fanent, se flétrissent. Par ces œuvres, Françoise Pétrovitch interroge tant la notion de vanité en peinture que la capacité du dessin à fixer l'impermanence des choses et des êtres.
Autoportrait, 1992, Hulle sur papier imprimé, Collection de l'artiste
Son Autoportrait, daté de 1992, est en cela manifeste. Sur une page d'un cahier d'écolier, elle se représente de dos, dessinant une fleur de tournesol. Comme une mise en abyme de l'exposition, cet autoportrait suggère la rencontre de deux univers artistiques. L'artiste prend place sur la chaise laissée vacante dans le jardin de Berthe Morisot et, à partir de ce lieu, esquisse de nouveaux contours.


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