jeudi 30 juillet 2026

Renoir et l'amour au musée d'Orsay en mars 2026

RENOIR et l'AMOUR
La modernité heureuse (1865-1885)
Des années 1860 à 1880, Auguste Renoir (1841-1919) joue un rôle majeur dans l'invention de impressionnisme. II s'impose aussi comme l'un des grands peintres de la vie modeme (selon l'expression du poète Baudelaire) aux côtés de Degas, Caillebotte, Manet ou Monet. Aujourd'hui la puissance d'invention et la radicalité de ses oeuvres immensement populaires se sont émoussées à force de reproductions, copies et détournements en tous genres Quand nous les regardons encore, les visages heureux et les gestes tendres des figures de Renoir peuvent nous paraitre sentimentaux, voire mièvres, en décalage avec notre vision désormais critique ironique ou tragique de la modernité.
Pourtant, à travers cette iconographie singulière de couples libres, d'amis bohèmes, de conversations galantes et de déjeuners conviviaux, Renoir déploie une réflexion profonde sur son temps et sur l'amour, non pas tant comme motif. non pas seulement comme sentiment, mais comme méthode et principe pictural, la peinture comme un art du lien. Cette exposition vient réinterroger le sens de certains des plus grands chefs-d'oeuvre de Renoir a l'aune de la biographie de l'artiste, des évolutions de sa technique, mais aussi des bouleversements sociaux et culturels de l'époque.

Auguste Renoir,
Richard Guino (1890-1973)
Venus Victrix
Entre 1914 et 1916
Statue en plâtre patiné gomme-laqué
Paris, musée d'Orsay, achat, 2018
Renoir se détourne très tôt des sujets historiques ou mythologiques. À la fin de sa vie cependant, alors que son marchand Ambroise Vollard l'encourage à sculpter, il choisit, pour sa seule statue monumentale, la figure de Vénus, déesse de l'amour et de la beauté, victorieuse du jugement de Pâris. La déesse a remporté ce concours en promettant au jeune homme l'amour de la plus belle femme du monde, contre Minerve et Junon, qui lui avaient promis la victoire au combat, le pouvoir et la richesse. Renoir révèle ici l'idéal qui a été au cœur de tout son œuvre.

Frédéric Bazille (1841-1870)
Pierre Auguste Renoir
Vers 1867-1869
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, achat, 1935
Renoir rencontre Bazille à l'atelier Gleyre en 1863.
Malgré leurs différences de milieu social (Bazille est issu de la grande bourgeoisie montpellieraine), ils deviennent très proches et partagent plusieurs ateliers. Ici, Bazille représente son ami dans sa position favorite, les coudes aux genoux (Georges Rivière). Quelques années plus tard, le frère de l'artiste, Edmond, le décrit ainsi songeur, sombre, le front courbé, l'oeil perdu : "Si vous voulez voir son visage s'illuminer ne le cherchez pas à table, ni dans les endroits où l'on s'amuse, mais tâchez de le surprendre en train de travailler".

Autoportrait
Vers 1875
Huile sur toile
Williamstown, Clark Art Institute
Renoir, peu porté à l'introspection, pratique rarement l'autoportrait. L'artiste se dépeint ici à l'âge de 35 ans, sans Idéalisation, d'une touche nerveuse, les cheveux et la barbe en bataille, les traits émaciés et le regard légèrement absent. À cette époque ses œuvres sont très critiquées et se vendent mal. Ce tableau nous rappelle que les visages souriants et les peintures hedonistes présentées dans l'exposition sont le fruit d'un dur labeur pour un artiste dont le caractère et l'apparence contrastent avec ces visions.

Scènes de la vie de bohème
Issu d'une famille de petits artisans parisiens (son père est tailleur et sa mère couturière), Renoir, après des débuts comme peintre sur porcelaine, s'engage dans la voie du « grand art >». Il se forme dans l'atelier du peintre académique Gleyre et à l'école des Beaux-Arts, mais s'en émancipe rapidement pour embrasser la cause du réalisme de Courbet et Manet. II choisit ses sujets dans le monde contemporain et les dépeint d'une touche franche. Dans son travail s'affirme progressivement un goût singulier pour la célébration de l'amitié et de l'amour, et quelques thèmes qu'il ne cessera d'explorer: le jeune couple, le repas, la foule ou encore le nu.
L'existence de l'artiste est alors marquée par ses amitiés avec d'autres peintres et par son idylle avec la jeune Lise Tréhot, devenue son modèle de prédilection et sa compagne vers 1865-1866. Pour Renoir, qui vit alors dans la précarité, l'heure est à une certaine "vie de bohème" et au rejet des normes sociales bourgeoises. Renoir et Lise ne reconnaissent pas les deux enfants nés de leur union, et leur relation considérée comme illégitime (hors mariage) prend fin vers 1872. Pendant cette période, les œuvres qu'il envoie au Salon sont tour à tour acceptées ou refusées, et les soutiens sont rares.

Frédéric Bazille
1867
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, legs Marc Bazille
Dans ce portrait fidèle du grand Bazille courbé devant son chevalet, le regard de Renoir est plein de sympathie. Cadrée au plus près du sujet, l'œuvre nous procure le sentiment d'être dans l'intimité de l'atelier. Il faut imaginer qu'aux côtés des deux hommes se trouve Sisley, qui a peint la même nature morte que Bazille. Monet est présent aussi à travers les tableaux accrochés sur les murs. Il utilisait cet atelier pour parfois y entreposer ses toiles. Parmi les impressionnistes, Renoir est celui qui a le plus souvent pris ses amis pour modèles.

Le Garçon au chat
1868
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, achat en vente publique avec le concours de Philippe Meyer, 1992
Ce tableau est l'un des plus étranges du début de carrière de Renoir. Aucun prétexte historique ou mythologique ne justifie la nudité du jeune modèle, même si sa pose évoque certaines représentations du dieu Éros/Cupidon. Avec sa lumière froide et sa pâte épaisse, l'œuvre témoigne de l'influence du réalisme cru de Courbet et Manet. Renoir tempère cependant ce que la mise en scène pourrait avoir d'austère en insistant sur le geste d'affection du garçon pour l'animal, qui introduit un sentiment de tendresse et d'intimité à la scène. Le modèle masculin est peut-être Félix, jeune frère de Lise Tréhot.

Parmigianino (1503-1540) Cupidon sculptant son arc, vers 1534-1539, huile sur bois

Le Cabaret de la mère Antony
1866
Huile sur toile
Stockholm, Nationalmuseum, don 1926 Nationalmusei Vänner
Renoir peint ce tableau, l'un de ses premiers grands formats, à 25 ans, quelques mois après avoir essuyé un refus au Salon. Peut-être en réaction à cet échec, il valorise ici ses soutiens amicaux et l'esprit de liberté qui anime ce petit groupe d'artistes. Sur la table est posé le journal L'Événement, dans lequel Zola vient de défendre ces "jeunes gens dont le seul crime est de tenter de nouvelles voies". La scène se tient à l'auberge Antony à Marlotte fréquentée par les peintres allant travailler en forêt de Fontainebleau. Les murs sont couverts de caricatures; on y reconnaît au fond l'écrivain Henry Murger, auteur des Scènes de la vie de bohème (1851).

La Nymphe à la source
1869-1870
Huile sur toile
Londres, The National Gallery
Malgré l'assimilation de la jeune femme à une figure mythologique de source, ce nu frappe par son rejet de l'idéalisation. Il s'agit vraisemblablement de Lise Tréhot, dont le corps dépeint avec réalisme semble bien loin de celui des Vénus académiques de Cabanel et Bouguereau. Comme dans certains tableaux de Manet, la jeune femme, consciente de sa nudité, soutient le regard du spectateur. Elle assume son statut de modèle posant pour le peintre qui est aussi son amant.

Les Parapluies
Vers 1881-1886
Huile sur toile
Londres, The National Gallery, legs Sir Hugh Lane, 1917, en partenariat avec Hugh Lane Gallery, Dublin
Le sujet de l'homme abordant une femme dans la rue en lui proposant son parapluie est à la mode dans la presse et les gravures à cette époque. Souvent il s'agit de jeunes "trottins (filles de milieux populaires employées de magasins de mode et chargées des livraisons), figures associées alors à une forme de disponibilité amoureuse et sexuelle, voire à la prostitution. Renoir déjoue cette interprétation en dirigeant le regard de la femme vers le spectateur et non vers l'homme au parapluie, et en donnant une place importante dans la composition à une famille.
Le tableau est commencé vers 1881 (la partie droite) et achevé pour être exposé en 1886 (la partie gauche et le fond). Entre-temps, la manière de peindre de l'artiste a évolué vers une simplification des formes, des contours précis et des couleurs atténuées. Malgré cette hétérogénéité de style, un sentiment d'unité domine.

Emportés par la foule
Après le succès du Déjeuner et des Danses, s'ouvre paradoxalement pour Renoir une période de crise qui va durer jusqu'à la fin des années 1880. Insatisfait de l'impressionnisme, il renie le travail en plein air et tente de se renouveler par le dessin. Il délaisse les sujets contemporains pour se concentrer sur des figures et des nus plus atemporels, passant du statut de peintre des idylles modernes à peintre des baigneuses. En parallèle, Renoir s'établit avec Aline et, en 1885, devient père de famille. Il a 49 ans lorsqu'il épouse la jeune femme en 1890.
Peint pendant cette période de changements, Les Parapluies est le dernier grand tableau de Renoir à sujet urbain et la dernière œuvre où s'exprime pleinement son idéal de modernité heureuse et amoureuse. Le thème lui permet d'unir les thèmes du couple, de la famille et de la foule dans une scène très dense, où les figures, les plans, les formes et les couleurs se font écho, se superposent ou s'interpénètrent. Malgré la cohue et la pluie, l'harmonie. la tendresse et la joie dominent. Une joie de vivre ensemble et d'aimer, de se sentir vivant et de jouir de la beauté du monde à chaque instant, même le plus anodin.

Maternité, 1885, huile sur toile, Paris, musée d'Orsay, dation, 1998
GrandPalaisRmn (musée d'Orsay)


Jeune mère
1881
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation
Renoir réalise ce tableau lors de son premier voyage en Italie. Son intérêt pour le sujet de la mère à l'enfant vient sans doute de son admiration des madones de Raphaël, dont il apprécie la simplicité et l'expression de tendresse. L'artiste transpose néanmoins le sujet religieux dans un environnement moderne, profane et populaire. Le motif permet à Renoir de poursuivre ses recherches sur l'idée du groupe (deux figures qui n'en forment plus qu'une), mais aussi sur l'équilibre entre les couleurs froides et chaudes.

Raphaël (1483-1520) Vierge à la chaise, vers 1512, huile sur toile
Florence, Palais Pitti SCALA, Florence - Courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo, Dist. GrandPalaisRmn /image Scala

Charles et Georges Durand-Ruel
1882
Huile sur toile
Collection particulière
En 1882, Renoir est invité par son marchand Paul Durand-Ruel à passer le mois d'août avec sa famille à Dieppe. Il y exécute quatre portraits de ses cinq enfants. Dans ce tableau posent les deux fils cadets, Charles (17 ans, à gauche) et Georges (16 ans, à droite). Le cadrage rapproché, qui nous inclut dans la scène, les poses décontractées et le geste affectueux de l'aîné qui passe son bras derrière le dos du cadet, donnent à ce tableau un caractère tendre et intime inédit dans le genre du portrait masculin au XIXe siècle.

Les Filles de Paul Durand-Ruel, Marie-Thérèse et Jeanne
1882
Huile sur toile
Norfolk, Chrysler Museum of Art, don de Walter P. Chrysler, Jr., à la mémoire de Thelma Chrysler Foy
Dans ce portrait commandé par Durand-Ruel, posent ses deux filles, Marie-Thérèse (14 ans) et Jeanne (12 ans). La façon dont Renoir situe ces figures en extérieur et les soumet au jeu impressionniste des taches de lumière et des reflets colorés est inédite pour un portrait bourgeois, où l'attention se concentre normalement sur les figures, le plus souvent placées sur un fond sombre. Comme à son habitude, l'artiste cherche à connecter ses personnages entre eux, ici par la pose de Jeanne, dont la jambe et les bras touchent ceux de sa sœur, et par la couleur de leurs robes.

Croquis de têtes (Les Enfants Bérard)
1881
Huile sur toile
Williamstown, Clark Art Institute
Au fil de ses séjours au château de Wargemont, près de Dieppe, chez son ami et mécène Paul Bérard, Renoir réalise un important ensemble de portraits et de scènes enfantines. Ce tableau, qui réunit un ensemble d'études peintes prises sur le vif d'après l'ensemble des enfants (âgé d'un à treize ans), est le plus intime et original de la série. Par son attention aux différentes expressions propres à chaque âge et par la douceur de sa touche, l'œuvre traduit l'affection palpable du peintre pour ses jeunes modèles. Renoir considère le tableau comme achevé et l'expose dès 1883 sous le titre Croquis de têtes.

Danseurs
À l'été ou à l'automne 1882, Renoir se lance dans un nouveau projet ambitieux: peindre des couples de danseurs de grandeur presque naturelle. Le sujet découle du Bal du Moulin de la Galette, avec lequel il avait introduit le thème de la danse dans la peinture impressionniste, mais aussi du Déjeuner des canotiers, où se lisait déjà une volonté de monumentalisation des figures. L'inspiration vient aussi du plaisir éprouvé par Renoir à voir sa nouvelle compagne, Aline Charigot, danser : "ta mère valsait divinement", racontera l'artiste à son fils Jean.
Après plus d'une décennie à peindre des jeunes gens se promenant, conversant, déjeunant... l'artiste les unit enfin dans la danse, ce moment de la vie publique où les corps des hommes et des femmes sont les plus proches, notamment depuis que les danses dites en "couple fermé" (valse, polka) ont remplacé les danses collectives, comme le quadrille.
L'entreprise est inédite dans l'histoire de la peinture, aucun artiste avant Renoir n'ayant représenté ce sujet dans ces dimensions et donné autant de dignité à des couples anonymes. L'ensemble représente à la fois l'aboutissement triomphal et le chant du cygne de ce thème chez l'artiste.

Danse à la ville
1883
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, dation, 1978
Danse à la ville et Danse à la campagne sont conçus comme des pendants et exposés ainsi dès 1883. L'artiste joue du contraste entre l'univers plus guindé du bal parisien et celui plus spontané des bals de banlieue. Paul Lhote pose pour l'homme, et Suzanne Valadon, jeune femme issue d'un milieu populaire et travaillant alors comme modèle, pour l'élégante danseuse. Comme dans les autres Danses, Renoir masque les visages des hommes (le spectateur masculin peut ainsi mieux s'identifier) et fait de la femme le centre de l'attention. La pose choisie ici permet de mettre en valeur son profil et sa robe à traîne, comme dans une gravure de mode.

Danse à la campagne
1883
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, achat, 1979
Les tableaux des Danses possèdent une certaine dimension narrative. Ici des détails suggèrent que le couple s'est levé à la fin du repas pour danser. Renoir fait poser ses amis : Paul Lhote, de neuf ans plus jeune que lui, ancien militaire, voyageur et homme à femmes, et Aline Charigot. Alors que Renoir, selon Rivière, n'avait "guère l'occasion ni le goût de faire la fête", Lhote incarne à ses yeux la figure du séducteur et lui permet de vivre, par procuration, le bonheur de la danse. Le regard d'Aline, tourné vers le spectateur, semble cependant nous dire que l'homme qu'elle aime n'est pas celui qui la fait danser, mais celui qui la peint.

Danse à Bougival
1883
Huile sur toile
Boston, Museum of Fine Arts, Picture Fund
Renoir accentue ici l'impression de mouvement et de félicité amoureuse : les visages sont rapprochés, les mains se touchent sans gants, la robe et la végétation tournoient... La présence de figures conversant et buvant à l'arrière-plan suggère une atmosphère de joyeuses rencontres et de douce griserie. Renoir prend soin de montrer que les danseurs tournent le dos à cette foule, comme pour dire que rien n'existe plus pour eux que le bonheur de l'instant.
Le tableau n'est cependant pas sans ambiguïtés.
La femme porte en effet une alliance, ce qui laisse planer le doute sur la nature de sa relation avec son cavalier. Son expression de rêverie intérieure ajoute aussi un certain mystère. On sait qu'Aline Charigot et Suzanne Valadon ont toutes les deux posé pour elle, et peut-être Alphonse Fournaise pour l'homme.

La Seine à Chatou
1881
Huile sur toile
Boston, Museum of Fine Arts, don d'Arthur Brewster Emmons
Régulièrement, Renoir peint des paysages "purs" ou habités de quelques rares silhouettes. Comme dans ses jardins montmartrois, il privilégie les compositions denses, asymétriques et presque sans ciel, en faisant usage d'une grande variété de touches, longues et fluides ou courtes et papillotantes. Les couleurs, rivalisant de luminosité, sont rendues plus vibrantes encore par leurs contrastes. Ce paysage témoigne du véritable amour de Renoir pour les infinies nuances de couleurs de la nature, mais aussi d'un rêve de fusion harmonieuse entre l'homme et son environnement.

Aline Charigot au chien
1880
Huile sur toile
Collection particulière
Originaire du village d'Essoyes en Champagne, Aline Charigot gagne Paris en 1874 pour travailler comme couturière. Renoir la rencontre sans doute vers 1879. Elle a vingt ans, et l'artiste trente-huit. Aline devient sa maîtresse et son modèle. Jean Renoir raconte : "Il semble que les amoureux aient presque entièrement vécu au bord de la Seine. Le restaurant Fournaise était leur lieu de rendez-vous". L'artiste la fait poser pour le Déjeuner des canotiers mais s'isole aussi avec elle pour peindre ce petit tableau où elle semble blottie dans la végétation.

Le Déjeuner des canotiers
1880-1881
Huile sur toile Washington, The Phillips Collection, achat, 1923
L'artiste saisit, à la fin de l'été, la décontraction des corps et les conversations informelles qui accompagnent la fin d'un repas sur la terrasse d'un restaurant populaire de banlieue. Le lieu est fréquenté par de séduisants canotiers, de jeunes actrices venues de Paris, des écrivains, journalistes, mécènes, etc.: toute une population qui constitue alors le monde de Renoir. Particulièrement complexe par le nombre de ses figures et son format, cette composition représente pour l'artiste un effort de conception comparable à la réalisation d'une peinture d'Histoire. Les poses sont variées et naturelles et tous les personnages sont reliés entre eux par les gestes, les regards ou les couleurs. Comme le dira Renoir à la fin de sa vie : « Je voudrais dans mes peintures qu'il n'y ait pas une seule couleur qui frappe l'œil, que tout se soude."

Détail du tableau précédent

Les Canotiers à Chatou
1879
Huile sur toile
Washington, National Gallery of Art, don de Sam A. Lewisohn
Selon Jean Renoir, fils du peintre, la jeune femme sur ce tableau est sa mère, Aline Charigot, qui commence tout juste à poser pour lui: son père "aimait son adresse", elle qui "adorait ramer et était constamment sur l'eau". L'identité des trois hommes et plus incertaine et la mise en scène ne permet pas de savoir qui forme un couple avec qui, et qui prendra place dans le siège vide du canot. Le point de vue décentré et en légère plongée, la touche rapide et esquissée, les contrastes de tons vifs, font de ce tableau l'un des plus expérimentaux et étonnants de cette période.

Les Canotiers
1875
Huile sur toile
Chicago, The Art Institute of Chicago, Potter Palmer Collection
Chez Renoir, le thème du repas est associé à la convivialité populaire et aux relations apaisées entre hommes et femmes. Ici l'artiste s'est installé à la table d'un trio de jeunes et beaux canotiers dont les costumes font écho à ceux des rameurs du second plan. La tonnelle qui les sépare crée un sentiment d'intimité avec les figures et structure la composition tout en laissant les couleurs et les formes des deux plans s'interpénétrer. La jeune femme de dos est vraisemblablement Alphonsine Papillon (née Fournaise), fille du propriétaire des lieux.

La Yole
1875
Huile sur toile
Londres, The National Gallery, achat, 1982
Cette peinture, l'une des plus impressionnistes de Renoir
par sa touche papillotante et ses couleurs claires, est une ode à la vie en plein air et à la beauté de ce coin de banlieue, où semblent cohabiter harmonieusement nature et activités humaines. L'œuvre est originale car elle ne montre pas une canotière à l'ombrelle conduite par un rameur mais deux femmes dans un bateau. Allusion aux amours saphiques telles qu'évoqués par Maupassant (La Femme de Paul, 1881)? Interrogé sur le sujet, Renoir dira: "On voyait bien, de temps en temps, à la Grenouillère, deux femmes s'embrasser sur la bouche, mais ce qu'elles avaient l'air sain!"

La Fin du déjeuner
1879
Huile sur toile
Francfort-sur-le-Main, Städel Museum, acquis en 1910
Dans cette composition Renoir se plaît à décrire avec soin les toilettes élégantes et la belle nature morte. Les tissus blancs chatoient, les bijoux et le verre brillent. Le sujet, un couple de convives rejoint par une autre femme, permet aussi à Renoir un intéressant travail sur la disposition des figures. Il réunit les deux femmes mais joue du contraste de leurs costumes clairs et sombres, et en face coupe abruptement la silhouette de l'homme. Le tableau a été peint au café "Aux Billards de Bois" à Montmartre. La femme rousse serait l'actrice Ellen Andrée, et l'homme Tony Flornoy, fils d'un industriel et amateur de Renoir.

Jeune femme sur la terrasse du restaurant Fournaise
1879
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, don David David-Weill 1937
Ce tableau montre la terrasse du restaurant Fournaise avec sa balustrade en fonte sur laquelle se tient peut-être l'actrice Ellen Andrée. Elle pose aussi en robe claire la même année dans La Fin du déjeuner (présenté dans cette salle). Proche de Degas et Manet, l'actrice incarne dans leurs tableaux la prostitution, la solitude et l'ennui. Chez Renoir, elle n'est solitaire qu'en apparence : son regard enjoué porte vers l'extérieur de la composition et la position des couverts et de la serviette suggèrent que le déjeuner à venir sera joyeux car partagé.

Au bord de l'eau
1879-1880
Huile sur toile
Chicago, The Art Institute of Chicago, Potter Palmer Collection
Dans ce tableau peut-être peint sur les bords du lac d'Enghien ou au bois de Boulogne, Renoir rapproche visuellement le premier plan, avec ses figures dans l'ombre, et l'arrière-plan, avec son paysage ensoleillé. Le sentiment d'immersion, voire de fusion entre les personnages et la nature luxuriante, contraste avec la distance qui semble exister entre l'homme et la petite fille. Est-ce un père et sa fille ? un canotier et une enfant venue au restaurant en famille ? Il s'agit de la seule oeuvre de Renoir représentant ainsi un homme et un enfant, les figures paternelles étant singulièrement absentes de sa peinture.

Le Déjeuner
1875
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation
À l'encontre de la vision à la fois dionysiaque et moralisatrice de ses contemporains, Renoir peint le monde du canotage avec délicatesse et pudeur. S'il y a du vin sur la table, Renoir ne représente jamais l'ivresse ou l'abandon total des sens. Au flou de la touche impressionniste répond celui qui voile les relations unissant les figures, et qui fait tout autant la modernité de ces scènes. C'est véritablement par la richesse et l'harmonie des couleurs (notamment les vifs contrastes de bleus et d'orangés, de verts et de rouges) que le peintre exprime un sentiment d'exaltation et de félicité.

Au théâtre (La Première Sortie)
1876-1877
Huile sur toile
Londres, The National Gallery, achat, Courtauld Fund, 1923
Le théâtre joue un rôle clé dans la vie sociale parisienne : on y va moins pour assister aux spectacles que pour observer les échanges mondains et les toilettes des spectatrices. Motif très répandu dans la presse populaire, la loge est associée aux liaisons romantiques. Il apparaît dans la peinture impressionniste en 1874, lorsque Renoir présente La Loge à la première exposition du groupe. Dans Au théâtre, l'artiste joue de l'effet inattendu de rupture d'échelle entre la jeune fille de profil au premier plan et une foule de petites figures à l'arrière-plan; certaines semblent la regarder.

La Loge, 1874, huile sur toile
Londres, The Courtauld (Samuel Courtauld Trust) Bridgeman Images

Rencontres en ville
Renoir a grandi au cœur de la capitale, près du Louvre, avec ses parents et ses quatre frères et sœurs. Dès les années 1860, il se fait le témoin par sa peinture des transformations de la ville, mais c'est surtout vers 1875-1880 que la vie parisienne devient pour lui une source d'inspiration majeure.
Renoir est l'un des premiers à représenter dans des formats ambitieux, qui ne sont plus ceux de la peinture de genre, des sujets comme une loge d'opéra ou une rue. Il s'intéresse en effet surtout aux espaces publics -boulevard, café, restaurant, théâtre -, qui sont aussi des espaces de mixité et de séduction. À l'opposé de Manet, Degas et des écrivains naturalistes qui insistent sur la solitude ou bien le caractère transactionnel et tarifé des relations hommes-femmes, Renoir dépeint la ville comme un lieu d'heureuses rencontres et d'échanges spontanés.
L'artiste représente aussi l'intérieur de l'appartement-atelier qu'il occupe rue Saint-Georges de 1873 à 1883 et qui devient parfois un veritable salon. Entouré de ses amis et de ses modèles favoris, il réalise un ensemble de petits formats aux cadrages novateurs qui célèbrent l'art de la conversation, c'est-à-dire le plaisir de créer du lien par la parole et l'écoute.


Bouquet dans une loge
Vers 1880
Huile sur toile Paris, musée de l'Orangerie, achat, 1959
Le bouquet de fleurs tenu par de jeunes femmes dans des loges est un détail fréquent de l'iconographie théâtrale, comme on peut le voir dans les autres tableaux de cette salle. Il sert le plus souvent à faire allusion à une aventure galante, un admirateur ayant offert les fleurs à l'objet de son affection, avant ou pendant le spectacle. Dans cette nature morte, Renoir se concentre sur un magnifique bouquet de roses à peine écloses abandonné sur une banquette de théâtre, véritable symbole des amours en fleur.

Chez la modiste
1878
Huile sur toile
Cambridge, Harvard Art Museums/Fogg Museum, legs d'Annie Swan Coburn

Au café
1877
Huile sur toile
Collection de la famille McCaw
À l'instar de Manet et Degas, Renoir s'intéresse au café comme lieu emblématique de la modernité urbaine. Mais contrairement à eux qui usent de ce décor pour souligner le sentiment de solitude de leurs modèles, Renoir le célèbre comme un lieu de vie, de discussion et de mixité sociale. Il rapproche ici la silhouette d'une femme seule (peut-être une prostituée) d'un couple bourgeois. Bien qu'ils n'interagissent pas et qu'ils appartiennent visiblement à deux classes différentes, les trois figures partagent la même table le temps d'une soirée.

Edgar Degas (1834-1917)
Dans un café, dit aussi L'absinthe, entre 1875 et 1876, huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911 Musée d'Orsay, dist. GrandPalaisRmn /Patrice Schmidt

Jeunes filles
Vers 1875-1879 Huile sur toile
Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek

La Lecture du rôle
1876-1877
Huile sur bois
Reims, musée des Beaux-Arts

La Conversation
1878
Huile sur toile
Stockholm, Nationalmuseum, acheté en 1918 avec la contribution de Conrad Pineus et G. A. Kyhlberger
Ce tableau reprend le motif des conversations galantes du XVIIIe siècle français cher à Renoir. Dans un intérieur ou un café, un homme (Cordey) écoute une jeune femme (Anna Leboeuf, "Margot") qui semble lui exposer quelques arguments. « Mes modèles à moi ne pensent pas », aimait dire Renoir à la fin de sa vie. Pourtant, ces petites toiles au caractère intimiste, destinées au cercle restreint de ses proches plutôt qu'au marché de l'art, montrent une réalité différente, où la femme n'est pas seulement objet passif soumis au regard, mais active dans les interactions intellectuelles.

Chez Renoir, rue Saint-Georges
1876
Huile sur toile
Pasadena, Norton Simon Art Foundation
Malgré son petit format, ce tableau figurant l'appartement de Renoir rue Saint-Georges réunit un ensemble important de figures dans une composition complexe. Dans un espace resserré, donnant à la scène un aspect intime et chaleureux, l'artiste dispose ses plus proches amis dans des poses variées et naturelles, et les relie les uns aux autres dans un esprit de communauté. Sont reconnaissables, au centre, son futur biographe, le critique d'art Georges Rivière ; à sa droite, Pierre Lestringuez, fonctionnaire; de l'autre côté, le peintre Camille Pissarro de profil et, devant lui le musicien Ernest-Jean Cabaner; au premier plan, le peintre Frédéric Cordey.

Dans l'atelier
1876-1877
Huile sur toile
Dallas, Dallas Museum of Art, The Wendy and Emery Reves Collection
Renoir saisit ici avec bienveillance le duo formé par son ami Rivière et Margot (pseudonyme d'Anna Leboeuf), jeune ouvrière montmartroise et l'un de ses modèles préférés. Rivière la décrit comme « le type canaille de la faubourienne », manquant souvent ses séances de pose pour aller s'amuser avec des « jeunes voyous ». Lorsqu'elle tombe gravement malade à l'âge de vingt-trois ans, Renoir essaye de la faire soigner par le docteur Gachet. Très affecté par sa mort prématurée, il organise ses obsèques. La jeune femme avait eu un enfant, qui revendiquera plus tard être le fils de Renoir.

Jeune femme de profil (Nini Lopez ?)
1878
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, don Paul Gachet

Jeune femme à la voilette
Vers 1875-1876
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, legs M. et Mme Raymond Koechlin, 1931
À côté de ses scènes de rue, Renoir se concentre parfois sur une seule silhouette ou sur un visage de jeune femme, rendu avec une impression de naturel et de mouvement suggérant une rencontre furtive dans l'espace public. Si Madame Darras est une étude pour un portrait de commande de plus grand format, et Jeune femme de profil une esquisse, Jeune femme à la voilette est bien une œuvre achevée. Avec cette femme peinte de trois quart-dos, le visage couvert d'une voilette, cette composition est l'une des plus mystérieuses de Renoir. L'artiste dissimule en effet très rarement les visages et les expressions de ses figures.

Madame Darras, étude pour Allée cavalière au bois de Boulogne
Vers 1868
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, don baronne Eva Gebhard-Gourgaud, 1965

La Liseuse
1874-1876
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, legs Gustave Caillebotte, 1896
La blonde Nini Lopez, avec la brune Anna Leboeuf, est le modèle de prédilection de Renoir dans la seconde moitié des années 1870. Rivière en parle ainsi : "C'était le modèle idéal : ponctuelle, sérieuse, discrète, elle ne tenait pas plus de place qu'un chat dans l'atelier. Elle semblait s'y plaire et ne se pressait pas, la séance terminée, de quitter le fauteuil où elle se tenait penchée sur un travail de couture ou lisant un roman déniché dans un coin [...]. Nous ne connaissions à peu près rien de la vie de Nini." Les informations manquent encore aujourd'hui sur ce modèle.

Au coin du feu
1875
Huile sur toile

Une loge à l'Opéra
1880
Huile sur toile
Williamstown, Clark Art Institute
Une radiographie de ce tableau nous montre qu'au départ, Renoir avait peint un couple, mais qu'il a ensuite modifié sa composition. Il évacue toute figure masculine, mais la présence des fleurs nous rappelle qu'un admirateur n'est pas loin. Peut-être est-ce le spectateur lui-même, inclut dans l'espace de la loge ? Même si les deux figures sont tournées dans des sens différents, Renoir prend soin de les relier très étroitement, à la fois par le jeu des couleurs qui se répondent (blanc et noir) que par les gestes qui créent un mouvement circulaire à l'intérieur du tableau.

Les Grands Boulevards
1875
Huile sur toile
Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, The Henry P. Mcllhenny Collection, à la mémoire de Frances P. Mcllhenny
Dans ses vues urbaines des années 1870, Renoir s'intéresse surtout à l'animation des nouveaux boulevards. L'artiste place son chevalet au bord du trottoir et s'immerge dans la foule pour mieux en rendre le mouvement. Sa vision de l'espace public est harmonieuse, à l'ombre des arbres qui masquent opportunément l'architecture haussmannienne : les groupes conversent, se croisent et les passants traversent la chaussée sans heurts. La composition est basée sur un équilibre entre ombre et lumière, tons chauds et froids, stabilité et mouvement.

Le Pont des Arts, Paris
1867-1868
Huile sur toile
Pasadena, The Norton Simon Foundation
Renoir, qui a grandi dans un quartier populaire du vieux Paris près du Louvre, porte un regard critique sur les travaux de modernisation lancés sous le Second Empire, synonymes pour lui de destructions et d'uniformisation. Ici, il associe harmonieusement les monuments anciens (I'Institut) et nouveaux (les théâtres de la place du Châtelet). Il célèbre aussi la ville du loisir et du tourisme (des bateaux omnibus sur la Seine transportent le public de l'Exposition universelle de 1867). La lumière claire, les touches de couleurs vives des crinolines, le mouvement des passants, donnent à la scène un air de fête caractéristique de son œuvre.

Femme à l'ombrelle et enfant dans un paysage ensoleillé
Vers 1874-1876
Huile sur toile
Boston, Museum of Fine Arts, legs de John T. Spaulding

Chemin montant dans les hautes herbes
Vers 1875
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, don de Charles Comiot par l'intermédiaire de la Société des amis du Louvre, 1926

Camille Monet et son fils
1874
Huile sur toile
Washington, National Gallery of Art, Ailsa Mellon Bruce Collection
Le thème de la mère à l'enfant, qui s'imposera dans l'œuvre tardif de Renoir, fait une timide apparition dans les années 1870. L'artiste représente notamment l'épouse de Monet, Camille Doncieux, et leur fils Jean dans leur jardin d'Argenteuil, où Renoir leur rend visite à plusieurs reprises. Dans ces tableaux, il recherche un effet de fusion et d'unité entre les figures, et entre celles-ci et le paysage.

Bal du Moulin de la Galette
1876
Huile sur toile Paris, musée d'Orsay, legs Gustave Caillebotte, 1896
Ce tableau peint en plein air est le plus complexe peint par Renoir à cette date. Il représente à la fois un défi en termes d'étude de la lumière et de composition, au vu du nombre très important de figures. Par sa touche fluide, sa gamme de tons bleutés et son vocabulaire de gestes enveloppants, l'artiste donne à la scène un sentiment de grande unité.
Cette unité est à la fois picturale et sociale, Renoir se plaisant à montrer les liens heureux entre hommes et femmes, adultes et enfants, bourgeois et ouvriers. Renoir fait notamment disparaître ce qu'il pourrait y avoir de rapport de domination entre les sexes (de jeunes hommes aisés venant s'amuser auprès de jeunes ouvrières qui, elles, cherchent une forme d'élévation sociale) pour célébrer la beauté d'un après-midi d'été.

Étude, dit aussi Torse de femme au soleil
Vers 1876
Huile sur toile, Paris, musée d'Orsay, legs Gustave Caillebotte, 1896
En plein air, dans son jardin, Renoir peint un modèle dévêtu, peut-être Henriette Henriot ou Anna Leboeuf. Placé dans l'ombre, le corps reste lumineux et se colore de toutes les teintes du paysage alentour. Pour rendre son impression, l'artiste use d'une touche très fluide et fragmentée qui dissout les contours. Se dégage de cette œuvre très expérimentale un fort sentiment d'intimité et de sensualité, mais aussi de liberté vis-à-vis des conventions aussi bien artistiques que sociales de l'époque. Bravant la critique, Renoir signe et expose le tableau en 1876 sous le titre Étude

Confidences
Vers 1876-1878
Huile sur toile
Winterthour, Collection Oskar Reinhart "Am Römerholz", Département fédéral de l'Intérieur, Office fédéral de la Culture OFC
Renoir ne peint pas des modèles professionnels mais demande à des jeunes ouvrières, couturières, fleuristes, lingères... de poser pour lui. Son ami le critique d'art Georges Rivière en parle comme de jeunes montmartroises dont l'artiste "ne voyait que la grâce de la jeunesse, la naïveté, la candeur de leur âge, bien qu'elles ne fussent souvent ni jolies, ni candides et qu'il le sût bien". Dans ce tableau, il s'agit peut-être de Jeanne et Estelle (modèles connus uniquement par leurs prénoms), jeunes sœurs de seize et quatorze ans, que l'on retrouve au premier plan du Bal du Moulin de la Galette.

La Balançoire
1876
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, legs Gustave Caillebotte, 1896
Renoir fait poser ses amis dans le jardin de sa maisc à Montmartre. Au sujet du tableau, Rivière écrit en 1877 :  "Il faut remonter jusqu'à Watteau pour retrouve un charme analogue à celui dont La Balançoire est empreinte. On y reconnaît quelque chose du Voyage à Cythère avec une note particulière au XIXe siècle". Comme Watteau, Renoir laisse planer un certain flou sur les relations entre les figures et la nature de leurs sentiments. La présence d'une petite fille étonne. Est-ce une allusion aux nombreux enfants de la Butte "nés par suite de rencontre sous les ailes du Moulin" et livrés à eux-mêmes ? L'artiste se garde de tout récit trop évident et de tout commentaire moral, pour célébrer la beauté d'un moment suspendu,

Jean-Antoine Watteau (1684-1721) Pèlerinage à l'île de Cythère, 1717, huile sur toile Paris, musée du Louvre, Département des Peintures

Portrait d'un jeune homme et d'une fille
1876
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie

Confidences (La Tonnelle)
Vers 1875
Huile sur toile
Portland, Maine, Portland Museum of Art, The Joan Whitney Payson Collection, don de John Whitney Payson
Loin de certaines scènes de violence que l'on trouve à la même époque dans la peinture académique ou même chez Cézanne et Degas, Renoir montre toujours des couples heureux et complices. Ici, les corps de l'homme et de la femme se sont rapprochés au point de former un groupe uni, leurs regards sont tournés dans la même direction. L'artiste ne représente pas non plus l'amour passion ou la sexualité, sa vision de l'amour restant très pudique. Les protagonistes sont la jeune actrice Henriette Henriot, son principal modèle féminin entre 1874 et 1876, avec laquelle il a peut-être eu une relation, et l'artiste et ami Franc-Lamy.

La Belle Saison (La Conversation)
1872
Huile sur toile
Collection particulière

Le Printemps, dit aussi La Conversation
1876
Huile sur toile
Collection particulière
Ce tableau est sans doute peint dans un jardin potager à Montmartre. Renoir y représente une jeune femme derrière une barrière, conversant avec un jeune homme. Cette séparation ajoute une pointe de tension à la conversation que l'on devine courtoise. Comme souvent chez Renoir, l'expression des sentiments réside moins dans les attitudes et expressions des personnages, très retenues, que dans la luxuriance du paysage en fleurs.

Femme à l'ombrelle dans un jardin
1875
Huile sur toile
Madrid, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza
Les vues de jardin de Renoir, souvent peuplées de couples, associent deux problématiques centrales de l'impressionnisme, la représentation de figures en plein air et l'actualisation du genre du paysage L'artiste se distingue par son goût pour les jardins clos et un peu sauvages, les compositions denses, presque sans horizon et sans ciel, où la végétation déborde Par/usage d'une multitude de touches juxtaposées, la richesse de la palette et la place importante accordée aux fleurs, ces œuvres atteignent une qualité de vibration lumineuse et colorée inédite.

Fêtes galantes
Dans les années 1870, et particulièrement entre 1874 et 1877, alors qu'il participe aux expositions du groupe impressionniste, Renoir approfondit ses recherches sur la représentation des figures dans le paysage. Il peint notamment à Montmartre, quartier de Paris encore champêtre et populaire, où il loue une maison en 1876. Il fait poser ses amis et modèles dans son jardin ou au bal du Moulin de la Galette, qui lui inspire son œuvre la plus ambitieuse de la décennie.
Dans ses tableaux de couples ou de groupes, Renoir se garde de toute anecdote sentimentale ou grivoise. Il célèbre la liberté et l'égalité dans les échanges amoureux et une forme de << camaraderie » (selon les mots de son ami Rivière) entre les sexes, réactivant par-là l'esprit des fêtes galantes de Watteau et Fragonard, artistes qu'il admire.
Chez Renoir, cette vision harmonieuse des relations hommes-femmes s'offre en modèle pour l'ensemble des rapports humains, à l'heure où la société française, qui se remet tout juste du traumatisme de la défaite de 1870 et de la guerre civile de la Commune, reste marquée par de nombreuses divisions et violences sociales et sexuelles. Par son pinceau aérien et ses couleurs éclatantes, Renoir magnifie le peuple, sa résilience, ses « sentiments délicats » et ses modes de sociabilité, alors critiqués par la morale bourgeoise.

Jeune femme assise dans un jardin
Vers 1875
Huile sur bois
Paris, musée d'Orsay, legs Carle: Dreyfus, 1953

Femme à l'ombrelle et enfant dans un paysage ensoleillé
Vers 1874-1876
Huile sur toile
Boston, Museum of Fine Arts, legs de John T. Spaulding





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Ingres et la mode au musée Ingres Bourdelle en juillet 2026

INGRES ET LA MODE S'appuyant notamment sur des objets présentés pour la première fois, cette exposition révèle les liens encore trop peu...