
RENOIR dessinateur
En janvier 1886, après une visite à l'atelier de Renoir où elle découvre de nombreux dessins, son amie la peintre Berthe Morisot note: "C'est un dessinateur de première force. Toutes ces études préparatoires pour un tableau seraient curieuses à montrer au public qui s'imagine généralement que les impressionnistes travaillent avec la plus grande rapidité."
Si Auguste Renoir (1841-1919) est depuis longtemps célébré comme l'un des grands peintres du XIX° siècle et comme un maître de la couleur, ses dessins et, plus largement, ses cœuvres sur papier restent méconnus. Pourtant, de ses années de formation jusqu'à ses derniers jours, il n'a cessé de dessiner. « Il n'a jamais laissé passer un seul jour sans griffonner quelque chose, serait-ce une pomme sur un carnet de notes », raconte son fils Jean.
Cette exposition - la première depuis 1921 consacrée aux dessins de Renoir - dévoile son processus de travail en réunissant des exemples majeurs, souvent inédits de tous les médiums employés par l'artiste : plume et encre, crayon noir, graphite, fusain, sanguine et craie, pastels, aquarelle, mais aussi eau-forte et lithographie. Elle offre une immersion dans l'intimité de sa création, au plus près de ses recherches sur la lumière, la forme et la couleur.

Portrait de l'artiste par lui-même
Vers 1879 Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, don Daniel Guérin
Des débuts à l'aventure impressionniste Dessins des années 1860-188
Très peu de feuilles de Renoir antérieures à 1880 sont connues. On sait pourtant qu'il reçoit sa première formation en dessin vers l'âge de treize ans, comme apprenti dans un atelier de peinture sur porcelaine à Paris, puis dans une école municipale gratuite. Vers 1859, il se lance en peinture. Il obtient l'autorisation de copier au musée du Louvre en 1860, puis intègre l'Ecole (impériale) des Beaux-Arts, dont l'enseignement est fondé sur le dessin.
Jusqu'à la fin des années 1870, Renoir dessine très peu. Sa méthode "impressionniste", cherchant à saisir rapidement, sur le motif, les effets lumineux et colorés de son sujet, l'amène à peindre directement sur la toile sans dessins préparatoires. Il faut attendre la fin des années 1870 pour trouver un groupe cohérent de feuilles, de techniques très variées (plume et encre, crayon noir, mine graphite), évoquant des scènes de la vie contemporaine. Nombre de ces dessins sont en fait exécutés en vue d'illustration de livres ou de revues.
Au début des années 1880, la méthode de Renoir évolue. Avec la Danse à la campagne (1882-1883), l'artiste prépare pour la première fois un grand tableau avec un important ensemble d'études dessinées.


Études pour le Mars Borghèse et le Mercure Richelieu du Louvre
Vers 1862-1863
Pierre noire sur papier
Paris, collection particulière
Deux marbres antiques du musée du Louvre retiennent l'attention du jeune Renoir: le Mars Borghèse et le Mercure Richelieu (du nom de leurs anciens possesseurs). Le traitement très simple de la silhouette et du modelė rappelle peut-être les préceptes de l'un de ses premiers maitres, avant son entrée à l'École des Beaux-Arts, en 1862, le sculpteur Caillouette Leur date est indécise, mais très probablement antérieure à son premier envoi au Salon officiel, en 1864, qui marque le début de sa carrière professionnelle.

Les filles d'ouvriers se promenant sur le boulevard extérieur
Illustration pour L'Assommoir d'Émile Zola, édition illustrée, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1878.
Crayon et lavis d'encre Inscription de la main d'Émile Zola : "Toutes les six, se tenant par les bras, occupant la largeur des chaussées, s'en allaient, vêtues de clair, avec des rubans autour de leurs cheveux nus. L'Assommoir, p. 453 ".
Genève, collection Jean Bonna
Émile Zola, qui, comme critique, avait favorablement commenté des œuvres du peintre, a retenu Renoir, en 1878, pour la nouvelle édition illustrée de L'Assommoir. Ce roman sur la condition ouvrière avait suscité à la fois un grand scandale et un immense succès de librairie à sa première parution en 1877, chez Charpentier. Ce dessin très enlevé réalisé au pinceau et à l'encre, d'un style proche des tableaux de l'artiste à la même époque (Bal du moulin de la Galette, 1876, musée d'Orsay), représente la fille de l'héroïne, Nana, et ses amies, se promenant sur les boulevards et riant des passants.

La descente du sommet : Jean Martin aide Hélène
Illustration pour la nouvelle "L'Étiquette"
d'Edmond Renoir (1849-1944) parue dans La Vie Moderne (n°52, 29 décembre 1883) 1883
Crayon noir sur papier
Chicago, The Art Institute of Chicago, don de M. et Mme B.E. Bensinger, 1969

Sur la terrasse de l'hôtel à Bordighera: le peintre Jean Martin vérifie sa note
Ilustration pour la nouvelle "L'étiquette" d'Edmond Renoir (1849-1944)
Crayon Conté sur plume, pinceau et encre noire sur papier
Chicago, The Art Institute of Chicago, collection Helen Regenstein
Le frère cadet du peintre, Edmond Renoir (1849-1944), journaliste, est attaché pour un temps au journal La Vie Moderne, où il publie, en décembre 1883, une nouvelle, L'Étiquette, une histoire d'amour et de quiproquo découlant d'une étiquette sur un bagage; il pose aussi pour cette image du héros, lisant sa note d'hôtel, et pour l'homme du couple d'amoureux présenté à côté de ce dessin. Grâce aux progrès rapides des techniques de reproduction des images, Renoir peut ici utiliser un simple papier ordinaire et une technique traditionnelle de dessin (crayon et plume).

Danse à la campagne
1883
Plume, pinceau et encre grise sur papier
Washington, National Gallery of Art, collection de M. et Mme Paul Mellon
Dessiner en couleurs
Renoir pastelliste
Tous les impressionnistes (à l'exception, peut-être, de Cézanne), ont pratiqué de manière plus ou moins assidue le pastel, medium très populaire au XVIIIe siècle qui connaît un grand renouveau à partir du milieu du XIXe siècle. Renoir en produit dès le début des années 1870, mais c'est au tournant des années 1870-1880 que ses contemporains le reconnaissent comme un maître en la matière, au même titre que Manet et Degas.
Renoir utilise cette technique pour des figures de fantaisie et des scènes de la vie contemporaine, et surtout dans l'art du portrait. Le pastel a plusieurs avantages: facile à transporter hors de l'atelier, il permet de travailler rapidement, particulièrement lorsque les modèles sont des enfants, et représente une alternative plus économique que les portraits à l'huile.
Grâce à ces bâtonnets de pigments purs, Renoir peut ainsi expérimenter une forme de dessin en couleurs et jouer sur des effets de contrastes de tons ou d'irisations nouveaux, qui nourrissent aussi son travail de peintre.
Les pastels sont parmi les seules œuvres d'art graphique de Renoir exposées de son vivant.

Jeune femme au chapeau noir
Vers 1880-1885 Huile et aquarelle sur papier Lille, palais des Beaux-Arts, legs Denise Masson, 1974

Jeune fille brune les mains croisées
1879
Pastel sur papier
Paris, musée d'Orsay, legs de la baronne Eva Gebhard-Gourgaud, 1959

Élisabeth Maître
1879
Pastel sur papier
Vienne, The Albertina Museum, collection Batliner
Le musicien et collectionneur Edmond Maitre (1840-1898), grand wagnérien, ami des peintres Bazille, Monet et mentor de Jacques-Émile Blanche, recommande de choisir Renoir pour exécuter le portrait de sa nièce, âgée de six ans. Elle conservera bien des années plus tard un souvenir affectueux de cette séance. Comme en peinture, Renoir multiplie les traits de couleurs, parfois croisés, qu'il ne fond pas entre eux, pour donner à la couleur une énergie et une vibration nouvelles. L'artiste excelle aussi à utiliser les propriétés lumineuses et chatoyantes du pastel pour donner à la chair de ses modèles un éclat particulier.

Jeune femme penchée sur un balcon, dit aussi La Loge
1879
Pastel sur papier monté sur panneau
Toulouse, Fondation Bemberg
Le ton brun-rouge et ocre du premier plan suggère que la jeune femme s'appuie sur la balustrade d'une loge de théâtre mais, contrairement à la célèbre composition du peintre, La Loge (1874, Londres, The Courtauld Gallery), son attitude, familière, prise sur le vif, rappelle quelque peu les choix de cadrage d'un Degas. L'extrême réussite de cette œuvre n'a pas échappé à son amie la peintre impressionniste américaine Mary Cassatt, qui l'acquiert pour son frère Alexander.

Paul Cézanne
1880
Pastel sur papier
Collection particulière
Comparé aux nombreux autoportraits de Cézanne, son ami de longue date, le pastel de Renoir offre une image plus intime et immédiate du modèle. Le choix d'un beau fond jaune clair, le mouvement des traits de pastel (notamment dans la chevelure et la barbe), contrebalancent l'attitude plus distante de Cézanne, qui semble perdu dans ses pensées. Ce pastel est acquis par Victor Chocquet (1821-1891), l'un des rares collectionneurs de Renoir et de Cézanne de son vivant. Ce dernier semble avoir apprécié ce portrait puisqu'il en réalise rapidement une copie à l'huile (1881-1882, Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage.

Paul Cézanne (1839-1906)
Portrait de l'artiste, d'après Renoir
1881-1882, huile sur toile, 57 x 47 cm
St. Petersburg, Russia, State Hermitage Museum, Bridgeman Images

Richard Wagner
1882
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, don Alfred Cortot
En janvier 1882, Renoir, qui séjourne à Naples, se rend à Palerme, à la demande d'amis wagnériens de Paris, pour faire un portrait du compositeur allemand. En dehors de photographies, il s'agit probablement du seul portrait posé du compositeur. Comme dans ses pastels (Théodore de Banville, exposé à côté), Renoir utilise dans certaines œuvres à l'huile des fonds clairs, colorés de différents tons rapidement brossés, ayant un caractère d'esquisse. L'artiste semble rechercher la luminosité des chairs au pastel dans ses portraits peints, ajoutant du blanc à ses tons pour les rendre plus éclatants

Théodore de Banville
1879
Pastel sur papier marouflé sur toile
Paris, musée d'Orsay, achat grâce au soutien de la Société des Amis du Luxembourg et de Mme Catulle-Mendès, 1910

Claude Monet
Vers 1873
Pastel sur papier
Paris, musée Marmottan Monet, legs Michel Monet, 1966

Jeune femme au manchon
Vers 1880
Sanguine, pierre noire et craie blanche sur papier
New York, The Metropolitan Museum of Art, collection H.O. Havemeyer, legs de Mme H.O. Havemeyer
Pour représenter cette jeune élégante frileuse, Renoir emploie la pierre noire associée à la sanguine et à la craie blanche, réminiscence de la technique des "trois crayons" des maîtres français du XVIIIe siècle qu'il admire: Watteau, Boucher, Fragonard. Cette feuille, très achevée, reflète aussi son attention accrue pour la ligne au début des années 1880. Ce dessin est peut-être lié à son projet de réaliser des illustrations de "la mode de la semaine" pour La Vie Moderne.

Madeleine Adam
1887
Pastel et graphite sur papier
Collection Diane B. Wilsey
Au printemps 1887, Hippolyte Adam (1828-1901), banquier de Boulogne-sur-Mer, commande à Renoir un portrait de sa fille Madeleine. Renoir réalise d'abord une esquisse préparatoire avant de produire ce pastel achevé. Malgré les goûts relativement conservateurs du commanditaire, l'artiste s'autorise un étonnant mélange entre un style très précis pour certains détails (les traits du visage) et beaucoup plus évanescent pour d'autres (la chevelure, le vêtement).

Jeune fille à la rose
1886
Pastel et mine graphite sur papier monté sur carton
Houston, Texas, Collection J. Michael Jusbasche
Bien que l'identité du modèle demeure inconnue, chaque élément de la composition est nettement défini et très achevé, conférant à la jeune fille une présence aussi individualisée que dans un portrait. Avec cette œuvre très maîtrisée, Renoir se mesure aux grands pastellistes du XVIIIe siècle. L'artiste considère vraisemblablement ce pastel comme important puisqu'il le présente en 1887 chez le marchand d'art Georges Petit, dans la même exposition où il dévoile Baigneuses, l'une de ses réalisations les plus ambitieuses de la période.
Une révolution graphique

Autour de Baigneuses. Essai de peinture décorative
"Vers 1883, il s'était fait comme une cassure dans mon œuvre. J'étais allé jusqu'au bout de l'« impressionnisme », et j'arrivais à cette constatation que je ne savais ni peindre ni dessiner", se souvient Renoir à la fin de sa vie. Paradoxalement, après le triomphe du Déjeuner des canotiers (Washington, The Phillips Collection, actuellement présenté dans l'exposition Renoir et l'amour) en 1882, l'artiste, désormais âgé de quarante ans, entre dans une phase de doutes et de recherches intenses.
Renoir ressent le besoin de s'éloigner des sujets modernes, de revenir à la tradition, à une certaine solidité des formes et à la maîtrise du trait, et donc au dessin. Raphaël et Ingres sont ses modèles et le nu féminin, qui n'avait joué jusqu'alors dans son œuvre qu'un rôle secondaire, est désormais qualifié de "forme indispensable de l'art" par le peintre, qui en fait le vecteur privilégié de ses expérimentations graphiques. A l'opposé de sa technique impressionniste de peintre de plein air, Renoir prépare désormais longuement ses compositions en atelier par de grands dessins.
L'artiste continue de recevoir quelques commandes de portraits, mais son nouveau style déroute la plupart de ses amateurs, marchands et amis, sauf Berthe Morisot, qui s'émerveille devant ses études préparatoires pour les Baigneuses: "c'est un dessinateur de première force"

Trois baigneuses (étude pour Baigneuses. Essai de peinture décorative)
Vers 1886
Sanguine et pierre noire avec rehauts de craie blanche sur papier marouflé sur toile
Paris, musée d'Orsay, don Jacques Laroche, 1947
Renoir travaille intensément à sa composition de baigneuses en 1886-1887, produisant une vingtaine de dessins préparatoires, alternant entre esquisses générales au format du tableau (comme ici) et études de figures isolées. Ce dessin aux <<< trois crayons », marqué par de nombreuses reprises et modifications, montre un état intermédiaire de la composition, notamment pour la pose de la baigneuse centrale. Il sert de véritable carton (dessin reporté sur la toile grâce à un calque) pour une version du tableau restée inachevée (reproduite ci-dessous). C'est l'un de ses plus grands dessins, et aussi l'un des plus chers (vendu plus de 7 000 francs au marchand Georges Petit en 1903, puis 10 000 francs au marchand Bernheim-Jeune en 1910.

Étude pour Les Grandes Baigneuses, entre 1903 et 1905
Huile sur toile, 115,0 x 168,0 cm Paris, Musée d'Orsay en dépôt à la Maison de Renoir, domaine des Collettes, Cagnes-sur-Mer Œuvre retrouvée en Allemagne après la seconde guerre mondiale et confiée à la garde des musées nationaux en 1951 GrandPalaisRmn / Michel Urtado

Étude pour Baigneuses. Essai de peinture décorative
Vers 1886-1887
Sanguine et craie blanche, avec estompe, sur papier vélin marouflé sur toile
New York, The Morgan Library & Museum, legs Drue Heinz, 2018
Au moment où Renoir entreprend la seconde (et finale) version des Baigneuses, il réalise deux grands dessins préparatoires centrés sur les deux figures de gauche. La pose de la baigneuse étendue reste globalement inchangée, même s'il éloigne sa main de sa joue. En revanche, il transforme la baigneuse centrale en une figure plus plantureuse et majestueuse, le buste tourné vers le spectateur et les bras plus largement ouverts. Si dans le premier grand dessin (à gauche) Renoir utilise surtout le crayon noir, il joue ici avec la sanguine, la craie blanche et l'estompe pour donner un aspect plus lisse et sculptural encore à ses figures.

Trois figures et partie d'un pied (étude pour Baigneuses.
Essai de peinture décorative)
Vers 1886-1887
Sanguine et rehauts de blanc sur papier
Collection Rehns

Femme nue assise, vue de dos
Vers 1885-1887
Sanguine et craie blanche sur papier monté sur carton
Collection George Condo
Renoir revient inlassablement à certaines poses, notamment celles où les modèles féminins ont le buste penché en avant, et où leurs mains rejoignent leurs jambes. Ces poses flattent les courbes du corps et permettent des compositions pyramidales très équilibrées. Ce dessin témoigne aussi de la relation d'émulation qu'entretient désormais Renoir avec les maîtres; on pense notamment à la Baigneuse de Valpinçon d'Ingres (musée du Louvre). Particulièrement "finie", cette feuille est signée par Renoir qui la considère, ce qui reste encore rare alors, comme une œuvre achevée et sans doute destinée à être exposée et vendue.
Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) La baigneuse, dite Baigneuse de Valpinçon, 1808
Huile sur toile, 146 x 97,5 cm
Paris, musée du Louvre, RF 259
GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

Nu assis
Vers 1880
Huile sur toile
Paris, musée Rodin, legs Auguste Rodin, 1917
Cette peinture de nu, étude réalisée en atelier au début des années 1880, montre l'intérêt grandissant de Renoir pour l'expression de formes plus pleines et plus solides, ainsi que pour les jeux de reflets colorés qui dissolvent les contours. L'éclat de la chair et la vivacité du fond doivent aussi beaucoup à la pratique du pastel de Renoir à la même époque. Particulièrement sculptural, ce nu sera acquis par Auguste Rodin pour sa collection personnelle.

Maternité
1885
Sanguine et craie blanche sur papier marouflé sur toile
Mexico, collection Pérez Simón
À l'été 1885, Renoir commence à dessiner et à peindre sa compagne, Aline Charigot, allaitant leur premier fils Pierre. Admiratif, lors de son voyage en Italie en 1881, des madones de Raphaël, l'artiste s'intéresse à l'idée du groupe de la femme à l'enfant, qui permet un jeu intéressant de lignes et de formes imbriquées. Renoir ajuste le groupement des figures par de grands dessins à la sanguine et à la craie, technique qui lui permet d'associer chaleur du trait et éclat du blanc. Sur le tableau, le dessin sous-jacent est encore visible sous une couche de peinture très diluée. À propos d'une autre version de l'œuvre, exposée en 1886, le critique Octave Mirbeau écrit: "Admirez sa femme à l'enfant, qui évoque, dans son originalité, le charme des primitifs, la netteté des Japonais et la maîtrise d'Ingres."

Maternité
1885 Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, dation, 1998

Femme à la vache
1886
Huile sur toile
Cambridge, the Fitzwilliam Museum, University of Cambridge, don du capitaine S.W. Sykes, O.B.E., M.C., 1964

Étude pour La Femme à la vache
Vers 1886
Aquarelle, plume, encre et mine graphite sur papier
General Investment Group LLC
Lors d'un séjour en Bretagne, à Saint-Briac, en août 1886, Renoir exécute des aquarelles rehaussées d'encre représentant une jeune paysanne menant une vache et un mouton. Elles serviront à composer deux versions sur toile, dont l'une est exposée ici. L'aquarelle lui permet un travail sur la légèreté et la transparence des couleurs à l'eau posées sur le blanc du papier (légèrement jauni à présent), un effet qu'il recherche dans la version à l'huile où la matière picturale est appliquée en couche très fine et très diluée sur un fond blanc lisse. Cette technique lui permet de se rapprocher de certains effets de la peinture à l'émail sur porcelaine de sa jeunesse. Renoir expose La Femme à la vache chez Georges Petit en mai 1887 aux côtés des Baigneuses.

Auguste Renoir (1841-1919),
Négatif sur plaque de verre (image reproduite ici sous forme de positif),
documentation Vollard
Musée d'Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
Sur le motif, Renoir aquarelliste
Avec une coquetterie certaine, Renoir prétend, dans une lettre à Berard, qu'il a été "forcé à l'aquarelle qui me sera extrêmement utile, étant maintenant familiarisé avec cette peinture de jeune pensionnaire" (Martigues, mars 1888). Malgré son essor au XIXe siècle, l'aquarelle reste encore associée en France à une pratique amateur et féminine. À l'évidence, Renoir s'est intéressé à cette technique bien auparavant (dès les années 1860), mais c'est surtout à partir de 1880 et 1890, alors qu'il se met à voyager, qu'il fait plus régulièrement usage de ce médium léger et particulièrement adapté au travail sur le motif. Soutenue ou non par un dessin sous-jacent, soulignée parfois d'un trait de plume décidé, l'aquarelle permet à Renoir des notations colorées intenses et immédiates, mais aussi un travail sur la transparence des couleurs appliquées sur un fond blanc qui lui sert aussi pour ses peintures à l'huile.
Matériel de travail, conservé à l'atelier pour servir à lélaboration de ses tableaux, ces aquarelles, jamais datées, ne sont connues du vivant de l'artiste que d'un petit groupe de proches amateurs, auxquels certaines sont dédicacées. On en compte aujourd'hui une centaine

Enfant au chat (Julie Manet)
1887
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, dation, 1999

Aquarelle du tableau précédent
D'une technique à l'autre
Figures et portraits des années 1890-1910
Travaux préparatoires à des peintures à l'huile ou œuvres indépendantes, les dessins et pastels de Renoir, à partir de la fin des années 1880, suivent le développement de son art. Après l'insuccès des Baigneuses en 1887 il abandonne sa manière trop linéaire pour reprendre "l'ancienne peinture douce et légère. [...] Ce n'est rien de nouveau, c'est une suite aux tableaux du 18º siecle " (lettre à Durand-Ruel, novembre 1888).
L'artiste redonne de la souplesse et du "flou" à sa touche, mais garde un goût prononcé pour les techniques graphiques qui nourrissent son travail de peintre jusqu'à la fin de sa vie. Renoir use aussi bien des proprietés du crayon noir, de la sanguine, du pastel, et fait circuler ses motifs d'un médium à l'autre, jusqu'à l'estampe.
Bien que l'artiste ait beaucoup pratiqué le paysage et la nature morte, son œuvre reste dominée par les figures. De nouveaux sujets évoquant la vie à la campagne à Essoyes, le village de sa femme, côtoient des sujets familiers, femmes à leur toilette et jeunes filles faisant de la musique. Les portraits de commande sont moins nombreux mais Renoir trouve des modèles dans son entourage familial, particulièrement son fils Jean et sa nourrice Gabrielle Renard.

Edmond Renoir tenant une orange
Vers 1888
Pastel sur papier
Collection Nahmad
Renoir fait ici le portrait de son neveu Edmond junior (1884-1981), fils de son frère Edmond Renoir. Ce pastel séduisit Mary Cassatt qui en fit l'acquisition, peut-être pour son frère Alexander.

Marchandes au panier
Vers 1885-1890 Aquarelle et aquarelle blanche opaque sur papier
Cambridge, Fitzwilliam Museum, University of Cambridge legs d'Arnold John Hugh Smith par l'intermédiaire du National Art-Collections Fund, 1964
Vers 1888, Renoir renonce à la rigueur linéaire observée dans les Baigneuses. Loin de Paris et des modèles professionnels, dans le village champenois de sa femme à Essoyes (Aube), il prend pour sujet les paysannes locales; cette sanguine, rehaussée de beaux accents de crayon noir, fait partie de cette série de dessins et tableaux de vendangeuses, de lavandières que Renoir lui-même compare à une réminiscence du XVIIIe siècle français, ajoutant pour plaisanter : "Fragonard en moins bien!" .

Auguste Renoir (1841-1919)
Le Repas de vendangeuses, vers 1888
Huile sur toile

Femmes à leur toilette
Vers 1886-1889
Pastel sur papier
Stockton, CA, Haggin Museum
Renoir et l'estampe
Contrairement à d'autres impressionnistes, comme Degas, Pissarro ou Mary Cassatt, Renoir n'utilise pas l'estampe comme moyen d'expression en soi. Toutefois, à l'occasion d'un projet d'illustration pour Stéphane Mallarmé, il exécute une première eau-forte en 1888, suivie d'autres essais, à la pointe-sèche ou au vernis mou. Sollicité par des éditeurs, notamment Vollard, à une époque où, autour de 1900, l'estampe originale connaît un grand essor, Renoir aborde la lithographie en s'appuyant sur le savoir-faire de praticiens exceptionnels comme l'imprimeur Auguste Clot. Il réinterprète notamment certains de ses anciens portraits (Cézanne, Wagner) tandis que de nouveaux dessins donnent lieu à des portraits lithographiés (Vollard, Louis Valtat).

Louis Valtat
Vers 1904
Publiée dans Douze lithographies originales de Pierre-Auguste Renoir, Paris, 1919 Lithographie
Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, don Ambroise Vollard, 1933

Jeune fille au chapeau blanc
Vers 1890-1895
Pastel sur papier
Paris, musée Marmottan Monet, don de Nelly Sergeant-Duhem

Buste d'enfant portant un chapeau
Vers 1900
Pastel sur papier
Paris, musée d'Orsay, don du Dr et de Mme Albert Charpentier, 1951

Le Chapeau épinglé, 2ª planche
1898
Lithographie en couleurs, deuxième état
Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, don Ambroise Vollard, 1933
Cette lithographie en couleurs est la plus célèbre des estampes de Renoir publiées par Vollard en collaboration avec l'imprimeur Clot. Renoir a d'abord exécuté un dessin, transféré sur une pierre lithographique, servant à tirer une épreuve sur papier, en noir et blanc sur laquelle il a ajouté de la couleur au pastel. Clot a reconstitué sur la pierre lithographique ces ajouts pour imprimer l'estampe finale.
Traditionnellement, on considère les modèles comme étant Julie Manet et sa cousine Jeannie Gobillard mais ce type de jeunes filles se retrouve dans de nombreuses compositions des années 1890, s'affirmant comme un thème majeur de l'artiste à cette époque.

Enfants jouant à la balle
1900
Lithographie en couleurs
Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, don Ambroise Vollard, 1933
Cette lithographie en couleurs de 1900, qui provient du marchand d'art Ambroise Vollard, reprend une composition élaborée au début des années 1890; elle est aussi présentée ici sous la forme d'une "contre-épreuve" d'une version au pastel. Cette technique est alors développée par l'imprimeur Auguste Clot, collaborateur de Vollard : une fine feuille de papier humidifiée est placée sur un pastel, puis l'ensemble passé sous la presse pour transférer la couleur d'une feuille à l'autre ; l'image obtenue est plus pâle et inversée. Dans les années 1890, Renoir et Clot produiront environ trente-quatre œuvres selon cette méthode.

Gabrielle et Jean
Vers 1895-1896 Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie, collection Jean Walter et Paul Guillaume, achat, 1959

Enfant avec une pomme, dit aussi Gabrielle, Jean et une petite fille avec une pomme
Vers 1895
Pastel sur papier
Collection Leone Cettolin Dauberville
Comme dans la peinture et le dessin qui s'y rapportent, Gabrielle donne toute son attention au petit enfant, le retenant pendant qu'une petite fille le taquine, lui montrant une pomme. Tout en saisissant un instant d'intimité familière, Renoir déploie ici toutes les possibilités du pastel, rapidité de notation, éclat des couleurs. On peut comparer ce pastel avec la contre-épreuve, obtenue à partir d'un pastel similaire, par pression sur une feuille vierge humide, qui est une étude pour la petite fille.

Femme assise
Huile sur toile

Auguste Rodin
1914
Sanguine et craie blanche sur papier
Collection particulière, courtesy Daniel Katz Gallery, Londres
Ce portrait d'Auguste Rodin (1840-1917)
est une commande des marchands les frères Gaston et Josse Bernheim-Jeune, de Renoir et du sculpteur, qui souhaitaient le reproduire en tête d'un ouvrage consacré à Rodin. Le sculpteur, qui se trouvait alors dans le Midi, a posé dans la propriété de Renoir, Les Collettes, à Cagnes, près de Nice. A cette époque, la maladie handicape Renoir, qui ne se déplace qu'en fauteuil, et rend difficile l'usage de ses mains. L'artiste privilégie la sanguine, plus facile à manipuler, plus ductile, à toute autre technique de dessin. Il s'agit là de l'un de ses derniers dessins, alors qu'il a soixante-treize ans.

Étude pour La Coiffure
1900-1901
Sanguine et craie blanche sur papier monté sur toile
Paris, musée national Picasso-Paris. Donation Picasso, 1978 Collection personnelle Pablo Picasso
Dans les années 1890-1900, l'artiste met au point une technique particulière. Il ne réalise pas de petits dessins préparatoires qui seraient ensuite agrandis mais dessine directement sur des feuilles de même grandeur que ses peintures, sans doute pour voir immédiatement l'effet final et le jeu des proportions. Il reporte les grandes lignes de la sanguine vers la toile grâce à un calque. Ces grands << cartons >>> sont parmi ses dessins les plus originaux. Exposés à partir des années 1910, ils retiennent l'attention d'artistes comme Pablo Picasso, qui achète cette sanguine et s'en inspire probablement pour ses monumentales baigneuses des années 1920.

Auguste Renoir (1841-1919).
La Toilette de la baigneuse, 1900-1901,
Huile sur toile, 145,5 x 97.5 cm
Philadelphie, The Barnes Foundation, BF899
Image 2026 The Barnes Foundation
"Irradiation de la forme dans l'espace"
Nus tardifs
Le nu féminin devient le sujet central du travail de Renoir après 1900. L'artiste, à la recherche de la forme parfaite, ronde, pleine et surtout lumineuse, revient constamment au motif de la baigneuse ou de la femme à sa toilette en d'infinies variations selon les gestes, les techniques et les formats. Ces dessins, établissant un véritable dialogue entre les arts, préparent aussi bien désormais des peintures que des sculptures (Le Jugement de Pâris).
C'est à ce motif du nu que Renoir consacre ses plus grands dessins. Il exécute de monumentales sanguines alors qu'âgé de plus de soixante ans et toujours plus affaibli et handicapé par une polyarthrite rhumatoïde, il fait montre d'une puissance du trait et de couleur inédite dans l'histoire du médium. Amplifiés et monumentalisés, ces corps sont d'authentiques protestations de la vie contre la mort. Exposés pour la première fois par Vollard en 1912, ces dessins tardifs où lumière, couleur et trait ne font plus qu'un, séduisent, par leur ambition et leur classicisme moderne, une nouvelle génération d'artistes, parmi lesquels Bonnard, Matisse et Picasso.

Femme nue assise s'essuyant le pied gauche
1800
Sanguine, craie blanche et pierre noire sur papier Dédicacé en bas à gauche à Roger Marx/Bien amicalement/Renoir
Paris, musée d'Orsay, dation, 1978
Dans quelques dessins, comme ce nu dédicace & Roger Marx, critique d'art et soutien de Renoir, f'artiste utilise la technique des trois crayons». la probablement visité les expositions de dessins anciens organisées & Paris depuis les années 1860 (notamment celles de l'Ecole des beaux-arts en 1879 et 1884), et se mesure aux maitres du XV siècle, Watteau et Boucher, Quill adnike. La liberté et fénergie du trait associées à la dose dynamique et naturelle du modele, courbé vers Tavant occupé à se sécher le pled, rappelle aussi les nus de Degas, même si féclat tres vif de la lumière renvoyé sar la peau du modèle appartient qu'à Renoir. sagit de tune de ses races belles feuilles signées.

Nu couché, vu de dos
Vers 1916-1917
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, don du Dr. et de Mme Albert Charpentier, 1951

Nu féminin
Vers 1890
Pastel sur papier
Collection particulière

La Toilette, femme nue s'essuyant
Vers 1898
Sanguine et craie blanche sur papier monté sur toile
M.S. Rau, Fine Art, Antiques and Jewels

Auguste Renoir et Richard Guino (1890-1973)
Le Jugement de Pâris
1914
Plâtre patiné
Paris, musée d'Orsay
Ce grand relief, exécuté sous la direction de Renoir par Richard Guino, élève de Maillol, a une taille identique au tableau. Il a sans doute été modelé à partir d'un dessin sur calque. Patiné couleur terre cuite, monochrome, il devient un équivalent en trois dimensions des dessins de l'artiste.
Du dessin à la peinture, de la peinture à la sculpture, les compositions circulent avec une étonnante facilité, sans doute du fait des affinités entre le travail de Renoir et l'art du relief (les figures peintes semblent en relief et se détachent d'un fond peu profond). Les Baigneuses de 1887 jouaient déjà d'une forme d'effet de trompe l'oeil, dans un but "décoratif"
Auguste Renoir (1841-1919) Jugement de Pâris (Triomphe de Vénus), vers 1913-1914,
Huile sur toile, 73 x 92,5 cm
Hiroshima, Hiroshima museum of Art
Photo Hiroshima Museum of Art


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire