jeudi 30 juillet 2026

Henri Rousseau, l'ambition de la peinture au musée de l'Orangerie en mars 2026

"Moi-même, peintre"
"ll faudrait que quelqu'un me lance, de façon à ce que je puisse me livrer entièrement à mon art, et produire mes idées. J'aurais enfin atteint mon but." Ce souhait, formulé par Henri Rousseau (1844-1910) au ministre des Beaux-Arts en 1884, marque les débuts de son ambition artistique. Âgé de quarante ans, il est alors employé municipal, mais surtout peintre autodidacte. Sa trajectoire artistique n'a rien de linéaire, sa réception non plus. II cherche à s'imposer sur la scène artistique en citant des peintres officiels ; ilest pourtant considéré par la plupart de ses contemporains comme un naïf. Il tente de séduire marchands et collectionneurs en variant les genres et les techniques ; mais il est surtout remarqué par les artistes et critiques, défenseurs de la modernité, ainsi que par quelques connaisseurs avisés.
Le marchand parisien Paul Guillaume, à l'origine de la collection du musée de l'Orangerie, et le collectionneur américain Albert Barnes, figurent au premier rang de ceux-ci. Pour la première fois, grâce à une collaboration inédite, leurs ouvres dialoguent ici, aux côtés de toiles issues de prestigieuses collections privées et publiques internationales.

Henri Rousseau assis à côté d'Éclaireurs attaqués par un tigre, Mauvaise surprise et La Noce dans son studio du 2 bis, rue Perrel à Paris
1907
Photographie - Paul François Arnold Cardon dit Dornac (1859-1941)
Archives Larousse, Paris, France/Bridgeman Images

Rousseau & son cercle
l'invention du portrait-paysage
Les premières commandes de Rousseau émanent  d'abord de son entourage : portraits feminins en pied, tableau de baptêmes ou de noces, souvenirs d'une naissance ou d'une sortie dominicale, elles sont les reflets  de son cercle social et artistique. Il conservera ses oeuvres plus intimes hors du circuit marchand, mais les envoie au Salon pour démontrer ses talents.
Depuis son autoportrait manifeste, son procedé se systématise, les figures se découpent sur un fond paysager à valeur symbolique, où les détails sont autant d'indices sur l'identité du personnage. Ce genre emprunte à la fois aux portraits italiens et flamands vus au Louvre et au vocabulaire singulier qu'il développe, dans une ambition picturale affirmée. Rousseau ira jusqu'à s'autoproclamer, malicieusement, l'inventeur du portrait-paysage

Moi-même, portrait-paysage
1890 Huile sur toile
National Gallery of Prague
Achat provenant de la collection de Walther Halvorsen, 1923
Dans cet autoportrait officiel, Rousseau adopte les attributs du peintre: pinceau, palette, béret, et même une décoration académique. Il se représente devant les emblèmes de l'Exposition universelle de 1889 : les pavillons internationaux, la montgolfière en vol et la récente tour Eiffel, manifestes de la modernité.
L'œuvre fait l'objet de critiques sur la maladresse de ses proportions au Salon des Indépendants. Elle est pourtant l'une des premières toiles de l'artiste à rejoindre un musée, en 1923.

L'Octroi
vers 1890
Huile sur toile
Londres, The Courtauld Gallery (Samuel Courtauld Trust)
Pendant vingt-deux ans, Rousseau est employé aux services de l'octroi. Il y collecte l'impôt sur les marchandises entrant dans Paris, et peint sur son lieu de travail à ses heures perdues. Il ne représente pas ici un emplacement précis. Les fortifications aux portes de la ville, les bornes en pierre ou les uniformes des deux silhouettes évoquent ce poste qui lui vaudra le surnom de "douanier".

Le peintre et son modèle
1900-1905
Huile sur toile
Paris, Centre Pompidou - musée national d'Art moderne /Centre de création industrielle Legs de Nina Kandinsky, 1981
Par le choix de ce sujet, Rousseau s'inscrit dans une tradition picturale. Les traits indistincts des personnages ne nous permettent pourtant pas d'affirmer précisément leur identité. Cela pourrait être un double portrait du peintre et de Joséphine Noury, qu'il épouse en 1899.
L'œuvre est acquise en 1910 par le peintre Wassily Kandinsky, alors installé à Munich. Elle contribue à développer le goût des expressionnistes allemands pour Rousseau.

Le Passé et le Présent, ou Pensée philosophique
1899
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation
Ce "portrait-paysage" célèbre le second mariage de Rousseau. Sur le couple, veillent leurs anciennes amours: Clémence Boitard, sa première femme, et le premier mari de Joséphine Noury, tous deux décédés. Leurs visages flottent dans les nuages, comme les fantômes des photographies spirites en vogue. Sur l'ancien cadre, quelques mots écrits de sa main résumaient sa "pensée philosophique": "Étant séparés l'un de l'autre, /De ceux qu'ils avaient aimés, / Tous deux s'unissent de nouveau, /Restant fidèles à leur pensée."

Portrait de femme
1895
Huile sur toile
Musée National Picasso-Paris Donation Picasso, 1978 Collection personnelle Pablo Picasso
Ce portrait est l'un des plus imposants réalisés par Rousseau.
La frontalité du modèle et le décor de rideau évoquent les portraits photographiques de l'époque. Parmi les fleurs en pot, les pensées font probablement allusion à une passion amoureuse. Ce goût du détail symbolique est apprécié par Pablo Picasso, qui le décrit comme l'un des plus véridiques portraits psychologiques français. II l'achète pour une somme dérisoire en 1908, et le met à l'honneur lors du banquet qu'il organise pour Rousseau dans son atelier du Bateau-Lavoir, contribuant ainsi à forger sa légende.

Portrait de femme dans un paysage
1899
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation
Cette toile, peinte la même année que Le Passé et le Présent, est tout aussi autobiographique et symbolique: les myosotis sont associés au souvenir, tandis que les œillets évoquent le respect, la gratitude et l'amour. La femme pourrait être la mère décédée de Rousseau, Éléonore Guiard, dont il souligne la piété. Si le peintre se vante par ailleurs de ses opinions républicaines et anticléricales, il met ici la croix en évidence et rappelle par la flèche de l'église celle de Laval, sa ville natale.

Portrait de Madame M.
vers 1895
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay
Donation baronne Eva Gebhard-Gourgaud, 1965

La Noce
The Wedding
1905
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie
Achat, 1959

Jeune fille en rose
1906-1907
Huile sur toile
Philadelphia Museum of Art
Don de R. Sturgis et Marion B. F. Ingersoll, 1938

L'Enfant à la marionnette (Pour fêter le bébé!)
1903
Huile sur toile
Kunstmuseum Winterthur
Donation d'Erben von Olga Reinhart-Schwarzenbach, 1970

L'Enfant à la poupée
vers 1892
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie Achat, 1963

La Famille
vers 1892-1900
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation


Variations & déclinaisons à la recherche du marché
Pour séduire une clientèle composée d'artisans, de commerçants et de petits bourgeois, Rousseau varie genres et formats et décline ses motifs les plus appréciés. Inspiré tantôt par des vues pittoresques, comme pour La Falaise, tantôt par une imagerie décorative comme ses bouquets et natures mortes, il peint sur de petites toiles, adaptées aux bourses et aux intérieurs modestes de ses amateurs.
Ces images populaires rencontrent leur public et lui permettent de survivre financièrement. Elles constituent le corpus le plus important de son œuvre, et le plus représenté dans la collection du marchand Paul Guillaume. On y croise les pêcheurs à la ligne et les femmes chapeautées des images d'Épinal dans des points de vue où se décline la modernité. Rousseau s'inspire de ses propres observations lorsqu'il parcourt les environs de Paris, alors en pleine mutation, et rend hommage aux premiers vols du biplan des frères Wright.

Nature morte à la cafetière
1910
Huile sur toile
Collection particulière
À la fin de sa vie, Rousseau attire l'attention d'artistes de l'avant-garde qui lui rendent visite dans son atelier. C'est pour le peintre italien Ardengo Soffici qu'il réalise cette commande. De taille plus imposante que ses autres natures mortes, il la facture pourtant à une bien modique somme. La composition, ancrée dans la modernité par la découpe des formes sur les aplats de couleurs, est inspirée par la cafetière et la bougie apportées par Soffici en personne.

La Bougie rose
1908
Huile sur toile
Washington, The Phillips Collection

Fleurs et dahlia dans un vase
vers 1904
Huile sur toile
The Art Institute of Chicago Don d'Emily Crane Chadbourne

Le repas du lapin
1908
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation
L'artiste Sonia Delaunay se souvient de la découverte en 1911 de deux "magnifiques tableaux de Rousseau": La Carriole et ce portrait animalier. Cette toile a peut-être appartenu au Père Junier: l'animal, représenté avec soin, semble domestiqué.
Paul Guillaume achète cette œuvre au peintre Antoine Villard en 1926, parmi un ensemble de huit toiles. Il réalise là un véritable coup commercial: sept sont revendues à Albert Barnes, dont plusieurs natures mortes.

La Carriole du Père Junier
1908
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie
Rousseau réalise probablement ce portrait de famille pour régler ses dettes auprès de Claude Junier, son voisin maraîcher et dresseur de chevaux. S'inspirant de photographies, le peintre s'écarte pourtant de son modèle: il se joue des rapports d'échelle et se représente sur le siège du cocher.
Le poète Guillaume Apollinaire est le premier à faire l'achat de ce tableau, avant qu'il ne passe en 1926 dans la collection de Paul Guillaume. En majesté dans son salon, l'œuvre côtoie des objets d'arts africains et une sculpture de Picasso.

La Falaise
The Cliff
vers 1895
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie

Promeneurs dans un parc
1900-1910
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie

 Les Pêcheurs à la ligne
1908-1909
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie

La Fabrique de chaises
vers 1897
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie

La Fabrique de chaises à Alfortville
vers 1907 Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie Achat, 1963
Cette bâtisse est souvent représentée par Rousseau dans ses vues des environs de Paris. Il va jusqu'à décliner deux versions du même point de vue, toutes deux acquises par Paul Guillaume dans les années 1920. L'imagerie scientifique réalisée en 2025 a permis de mieux comprendre leurs différences. Les tracés au graphite, sous la couche de peinture, révèlent la première intention de l'artiste : reproduire à l'identique La Fabrique de chaises. Dans un souci de fidélité au réel, il en change finalement le dessin pour rendre compte des travaux de la voirie réalisés entre-temps.

Paysage et quatre pêcheurs à la ligne
1909
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation

Vue de l'île Saint-Louis prise du pont Henri IV
(étude)
1909
Huile sur carton entoilé
Laval, Musée d'Art naïf et d'Arts singuliers

Notre Dame
1909
Huile sur toile
Washington, The Phillips Collection
De l'esquisse à la toile
Rousseau pratique régulièrement l'esquisse en plein air, sur le motif: ce sont des notes rapides, destinées à être reprises à l'atelier.

Le Navire dans la tempête
vers 1899
Huile sur toile
Paris, musée de l'Orangerie

Les Rives de la Bièvre près de Bicêtre
vers 1908-1909
Huile sur toile
New York. The Metropolitan Museum of Art Don de Marshall Field, 1939

Scierie, environs de Paris
vers 1893-1895
Huile sur toile
The Art Institute of Chicago Legs de Kate L. Brewster

Vue du pont de Grenelle
1892
Huile sur toile
Laval, Musée d'Art naïf et d'Arts singuliers

Vue du quai d'Asnières dit aussi Le Canal et paysage avec troncs d'arbre
Avril 1900-1902
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation
Rousseau peint ce tableau pour un concours organisé par la mairie d'Asnières afin de décorer la salle des mariages. Il s'agit de sa troisième tentative dans ce type de compétition: il espère à nouveau décrocher le premier prix et la coquette somme de 1500 francs. Après son élimination, il transforme sa toile en composition autonome, qu'il met en vente au Salon des Indépendants à un prix très élevé.

La Guerre
vers 1894 Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay Achat, 1946
Marqué par la guerre franco-prussienne (1870) et la Commune de Paris (1871), Rousseau en dénonce les ravages par le biais de cette peinture allégorique. La critique salue la puissante symbolique de la composition: une cavalière à l'allure enfantine et l'arme au poing survole un paysage meurtri. Envoyée au Salon des Indépendants, l'œuvre est un tournant dans sa carrière. Son ami, l'écrivain Alfred Jarry, lui en commande une lithographie publiée dans la revue L'Ymagier.

Les Représentants des puissances étrangères venant saluer la République en signe de paix
1907
Huile sur toile
Musée national Picasso-Paris Donation de Picasso, 1978 MP2017-40 Collection personnelle Pablo Picasso
Dans cette œuvre, Rousseau manifeste son attachement aux valeurs républicaines. Il réunit sous l'égide de Marianne le président de la République française Armand Fallières, en poste depuis 1906, aux côtés de dignitaires politiques venus d'Europe, du Moyen-Orient ou de l'Afrique du Nord.
La toile attire les regards au Salon, dont la date coïncide avec la seconde conférence de La Haye pour la paix. Le peintre nourrit alors l'espoir d'un achat par l'État. C'est finalement le marchand Ambroise Vollard qui en fait l'acquisition, puis Pablo Picasso, qui la conservera toute sa vie.

Les Artilleurs 
vers 1893-1895 Huile sur toile
New York, Solomon R. Guggenheim Museum 
Peint à la mort de son ami le commandant Frumence Biche, sans doute ici vêtu de blanc, ce portrait met en scène la rigueur d'une brigade militaire autour de son canon de campagne.
Si Rousseau ne manifeste aucun intérêt pour une carrière dans l'armée, les insignes du rang et des différentes fonctions sont pourtant représentés avec soin. Après la perte de l'Alsace-Lorraine en 1870-1871, c'est un certain esprit patriotique français qui s'exprime ici.

Un soir de carnaval
1886
Huile sur toile
Philadelphia Museum of Art
The Louis E. Stern Collection, 1963
Cette œuvre est l'une des premières que Rousseau envoie au Salon des Indépendants. Tout dans son traitement témoigne de la volonté du peintre de faire ses preuves: le travail de la profondeur, les ombres projetées au sol et « la richesse des tons >> remarquée par le peintre Camille Pissarro. Le sujet reste mystérieux: on reconnaît Pierrot et Colombine en costumes, épiés par un profil à peine visible sous l'auvent. Peut-être un hommage à Gérôme, et à sa célèbre Suite d'un bal masqué (1857), cette toile affirme surtout son goût pour les scènes nocturnes et les promenades costumées.

Femme se promenant dans une forêt exotique
Woman Walking in an Exotic Forest
vers 1910
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation


Aux origines d'un style
Réunies pour la première fois, ces quatre toiles rendent compte de l'évolution de Rousseau, depuis son premier envoi au Salon des Indépendants en 1886, jusqu'en 1910. Inspirées par des gravures, ces figures vêtues des costumes d'une mode passée ou de ceux de la commedia dell'arte contrastent dans le décor, progressivement enveloppées par la végétation.
Rousseau développe ces scènes de rencontres inattendues parallèlement aux succès de ses jungles. Il comprend tout l'intérêt commercial de ce répertoire particulièrement apprécié des amateurs. Peu après le décès de Rousseau, le critique et collectionneur Wilhelm Uhde, auteur de la première monographie du peintre, acquiert plusieurs d'entre elles, à des prix modestes, avant qu'elles ne suscitent l'intérêt croissant du marché dans les années 1920.

Forêt tropicale avec singes
1910
Huile sur toile
Washington, National Gallery of Art

La Cascade
1910
Huile sur toile
The Art Institute of Chicago Helen Birch Bartlett Memorial Collection
Rousseau décline les motifs stéréotypés qu'il puise dans la presse et les ouvrages illustrés: un homme vêtu d'un pagne et d'une coiffe: une silhouette noire sans traits distinctifs. Le traitement fantaisiste de la végétation, sans réelle profondeur, lui donne un aspect décoratif. Les tons pourpres de la haie d'arbustes soulignent ses qualités de coloriste et font écho à ceux employés dans Forêt tropicale avec jungles.

Joyeux farceurs
1906
Huile sur toile
Philadelphia Museum of Art
The Louise and Walter Arensberg Collection, 1950

Combat de tigre et de buffle
1908
Huile sur toile
The Cleveland Museum of Art Don du fonds Hanna
Pour cette composition, Rousseau s'inspire d'une illustration publiée dans la presse, dont il modifie le décor. Il ajoute une végétation luxuriante où abondent bananes, fruits et fleurs. Suite au succès critique rencontré au Salon des Indépendants, Rousseau décline son sujet dans un plus petit format, pour répondre à une généreuse commande. Le tableau reste pourtant invendu et Rousseau se voit contraint de brader les deux versions auprès du marchand Ambroise Vollard.

Le Lion, ayant faim, se jette sur l'antilope
1898-1905
Huile sur toile
Riehen/Basel, Fondation Beyeler, Beyeler Collection
Pour son plus grand format, Rousseau obtient une place de choix au Salon d'Automne, soumis à la sélection du jury. Hasard de l'accrochage, la toile est exposée non loin des peintres qualifiés de "fauves" pour leur usage débridé des couleurs, tels André Derain ou Henri Matisse. Rousseau ne s'intéresse pourtant pas à ces expérimentations et souhaite surtout vendre sa toile à l'État, avant de se résoudre à la proposer au marchand Ambroise Vollard.

La Promenade dans la forêt
vers 1886
Huile sur toile
Kunsthaus Zürich, 1939

Rendez-vous dans la forêt
1889
Huile sur toile
Washington, National Gallery of Art
Don de la Fondation W. Averell

Un style à soi
Alors que ses contemporains le croient imprégné des souvenirs d'un voyage au Mexique durant son service militaire, Rousseau reconnaît en 1910 n'avoir en réalité jamais quitté la France. Ses jungles puisent aux sources d'une imagerie exotique populaire, diffusée par les Expositions universelles où s'affirme l'empire colonial français au tournant du siècle. Rousseau s'inspire tout autant des illustrations de presse, tributaires de cette imagerie, que des croquis qu'il réalise dans les galeries du Muséum national d'Histoire naturelle et les serres du Jardin des Plantes, où il observe animaux naturalisés et plantes tropicales.
Les premiers commentaires du peintre Félix Vallotton, le soutien du poète Guillaume Apollinaire et l'intérêt d'un marchand établi comme Ambroise Vollard l'incitent à la fin de sa vie à anticiper les commandes. Il en varie les thèmes, entre scènes de combats et jungles plus paisibles, et s'illustre par ses peintures de singes farceurs.

Paysage exotique avec un gorille attaquant un homme.
1910
Huile sur toile
Richmond, Virginia Museum of Fine Arts
Collection de M. et Mme Paul Mellon

Forêt vierge au soleil couchant
vers 1910
Huile sur toile
Kunstmuseum Basel

Éclaireurs attaqués par un tigre
1904
Huile sur toile
Philadelphie, The Barnes Foundation
Témoin du succès des expositions de Paul Gauguin après sa mort en 1903, Rousseau remarque l'intérêt du public pour les scènes exotiques. Cette toile est la première de la série dédiée aux combats de jungle, qu'il présente aux Salons de 1904 à sa mort. Si la plupart des critiques s'émeuvent des proportions irréalistes des figures et du traitement de la lumière, l'œuvre bénéficie d'une attention notable au Salon des Indépendants. Albert Barnes l'achète en 1926.

Les tableaux manifestes
Réunies pour la première fois, ces toiles justifient leur statut de chefs-d'œuvre par leur originalité, leur variété et leur caractère unique dans l'œuvre de Rousseau. Réalisées à différents moments de sa carrière, elles connaissent chacune une trajectoire singulière. Mauvaise surprise, acquise par l'artiste Gabriële Buffet puis par le Dr Albert Barnes, est aujourd'hui l'un des fleurons de sa fondation. La Charmeuse de serpents intègre la prestigieuse collection de Jacques Doucet, aux côtés des Demoiselles d'Avignon de Picasso, dont Rousseau disait : « Nous sommes les deux plus grands, [lui] dans le genre égyptien, moi dans le genre moderne.>>> La Bohémienne endormie, quant à elle, se trouve aujourd'hui au Museum of Modern Art de New York, après avoir déchaîné les enchères à Drouot en 1926. Elles donnent ainsi raison à l'ambition de Rousseau qui affirmait à sa fille, sur le ton du défi: << Tu as bien tort de ne pas aimer ma peinture, tu en auras un jour pour plus de cent mille francs!

La Charmeuse de serpents
1907
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay
Legs Jacques Doucet, 1936
Cette œuvre convoque tant des références à l'orientalisme qu'à l'iconographie du jardin d'Eden. Le traitement est particulièrement soigné et l'artiste signe de son nom complet. Elle suscite pourtant un vif débat parmi le jury du Salon d'Automne, qui l'expose comme projet de tapisserie, niant ses qualités picturales. Commandée par Berthe Delaunay, mère du peintre Robert Delaunay, l'œuvre est achetée par le collectionneur Jacques Doucet. Dès 1925, il promet de la léguer au musée du Louvre: elle est alors la première œuvre de Rousseau à entrer dans les collections nationales françaises.

La Bohémienne endormie
1897 Huile sur toile
New York The Museum of Modern Art Don de Mrs Simon Guggenheim

Mauvaise surprise 
1899-1901 Huile sur toile
 Philadelphie, The Barnes Foundation


Henri Rousseau tenant son violon devant son tableau La Noce
vers 1905
Photographie - Anonyme
Collection particulière akg-images

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