jeudi 30 juillet 2026

Karoly Ferenczy, modernité hongroise au Petit-Palais en avril 2026


Aussi célèbre dans sa Hongrie d'origine qu'il est méconnu en France, Károly Ferenczy est un peintre parmi les plus singuliers du xix° siècle et du début du xx° siècle. Ni naturaliste, ni symboliste, ni nabi, ni impressionniste, mais un peu tout cela à la fois, il impose son originalité profonde à l'école hongroise et s'affirme comme une figure de proue de sa modernité. Issu d'une famille aisée, il voyage en Italie, en France, en Allemagne et se forge une solide culture européenne. Trop cosmopolite pour ne retenir que le folklore et le pittoresque hongrois dans ses œuvres, Ferenczy est aussi trop indépendant pour n'être qu'un suiveur des courants modernes qui se développent dans les capitales de l'art. Tout en étant solitaire dans sa démarche artistique, il contribue de manière décisive à créer, à Nagybánya, une colonie d'artistes qui placent la nature au centre de leur philosophie et dont le quotidien est rythmé par des excursions pour peindre en plein air. L'Antiquité et les maîtres anciens que le peintre découvre en Italie demeurent des références essentielles tout au long de sa carrière, de même qu'il conserve toujours quelque chose du naturalisme auquel il s'est rompu à l'académie Julian à Paris et du symbolisme, caractéristique de l'Europe centrale, qu'il assimile à Munich. Si ses styles évoluent à mesure que son métier s'affine, certaines thématiques traversent sa carrière de part en part: la famille, le sacré, la nature... Sophistiqué et exigeant, Ferenczy sait aussi se concentrer sur les enjeux proprement picturaux de son métier et livre des morceaux de peinture parmi les plus éblouissants de son temps.

Faire de son image un manifeste
Réunies autour d'un autoportrait, deux œuvres montrent Károly Ferenczy ajustant la pose de son modèle dans des environnements différents. Le peintre se met en scène dans un geste d'intimité créatrice et livre une part essentielle de sa démarche artistique. Les traits de l'artiste s'y révèlent par là entre deux de ses chefs-d'oeuvre, qui se répondent à la manière de pendants pour évoquer les deux principaux versants de son activité. Infatigable promeneur qui fait de la représentation du paysage en plein air l'une de ses pratiques d'élection, Ferenczy s'impose aussi comme un peintre de l'intimité familiale, des vues d'intérieur et du travail en atelier. Dans un cas comme dans l'autre, l'artiste étudie soigneusement ses cadrages et veille à ne laisser aucune pose au hasard. Le tableau représentant l'atelier de Ferenczy est à l'origine de l'un de ses plus grands succès internationaux: il lui a valu de recevoir une médaille d'or lors de la 6e Biennale de Venise en 1905.

Károly Ferenczy
Le Peintre et son modèle (dans l'atelier)
1904
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Autoportrait (dans l'atelier)
1903
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Le Peintre et son modèle (dans la forêt)
1904
Huile sur toile
Collection Barbara Czapolai

Károly Ferenczy 
Étude de tête de femme, d'après une sculpture antique
1887 Fusain
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Devant les affiches
1891
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Le naturalisme que Károly Ferenczy explore durant les années de son installation à Szentendre se caractérise par une dimension ouvertement moderne, dont cette peinture est caractéristique. Devant les affiches montre un quartier ou un faubourg de Budapest en voie d'urbanisation. Face à ce placardage de réclames et d'annonces diverses, différentes couches sociales (bonnes, bourgeois, soldats...) se côtoient sans qu'aucune tension se dessine.

Károly Ferenczy
Étude pour « Les Jardiniers »
Vers 1891
Pierre noire
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Avec Les Jardiniers, Károly Ferenczy propose un pendant masculin aux Jeunes Filles cultivant des fleurs qui se trouvent dans la même salle. Présentée dans un intérieur dépouillé et une frontalité radicale, la scène est dépourvue de narration: assis sur un banc, un vieil homme rempote une plante, tandis qu'à ses côtés un garçon nous fait face, étrangement immobile, un arrosoir à la main. Un dessin préparatoire montre tout le travail d'élaboration de l'arrangement formel, soigneusement calibré. La fenêtre ouvrant sur les toits enneigés de Szentendre atténue à peine la planéité imposée par la surface du mur. La froide lumière d'hiver qui éclaire la scène est mise en valeur par une palette de gris et de bruns, égayée de rares accents colorés.

Károly Ferenczy
Les Jardiniers
1891
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Károly Ferenczy
Divorce
1892
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Jeunes Filles cultivant des fleurs
1889
Huile sur toile
Collection particulière
Ce premier tableau exécuté sur la véranda de la maison de Károly Ferenczy à Szentendre est une ode au charme juvénile des figures féminines, à la délicatesse des fleurs et à la simplicité tranquille de la vie de province. Sous des dehors poétiques se cache toutefois une recherche picturale poussée autour des harmonies d'une palette sourde et restreinte, ainsi qu'un audacieux essai de composition. Le contraste d'échelle entre les modèles et l'écrasement de la perspective est subtilement rééquilibré par la structure géométrique de la terrasse. Le refus de narration et l'absence de communication entre les deux femmes amplifient le singulier lyrisme de la scène.

Károly Ferenczy
1890
Jeunes Garçons jetant des cailloux
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Par l'épure de sa composition et la sobriété d'une palette presque entièrement grise, cette toile est l'une des œuvres les plus radicales de la période naturaliste de Károly Ferenczy. Le caractère figé et la subtile mélancolie de la scène sont accentués par l'inexpressivité des visages, dont le regard se perd au loin. Une photographie montre que, à une date inconnue, probablement insatisfait du résultat, Ferenczy avait repeint et dissimulé le garçon ramassant un caillou. Il a toutefois été redégagé par des restaurateurs depuis, rééquilibrant le coin inférieur gauche du tableau.

Károly Ferenczy
Portrait de Károly Ferenczy (Freund), père de l'artiste
1889
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Des racines européennes
Issu d'une famille originaire de Vienne et installée à Budapest, Károly Ferenczy baigne dès son plus jeune âge dans le cosmopolitisme caractéristique des élites de l'Europe centrale au xix siècle. Outre le hongrois, il lit aussi bien l'allemand, le français et l'anglais que l'italien. Entre Vienne et Rome, Naples et Paris, Munich et Budapest, les voyages qu'il entreprend pour se former dans les principales capitales de l'art lui permettent de développer un ancrage européen et une culture particulièrement large sur les plans tant littéraire et visuel que philosophique et historique. Ferenczy étudie les paysages, les vestiges antiques et les maîtres anciens en Italie, baigne dans le symbolisme à Munich, se laisse subjuguer par un naturalisme quasi photographique inspiré du peintre Jules Bastien-Lepage à Paris. Ces expériences et stimuli cumulés se décantent une première fois dans les œuvres qu'il réalise à Szentendre, une ville située aux abords de Budapest, sur les rives du Danube, et dans laquelle il s'installe au terme de ses voyages.

Károly Ferenczy
Portrait d'Ede Kallós
1889
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Portrait de Noémi Ferenczy, fille de l'artiste, avec les cheveux lachées
1903
Huile sur toile
Collection particulière
En 1903 Ferenczy expose une grande composition à trois figures qui le montre en compagnie de ses deux plus jeunes enfants. Pour un motif inconnu, il découpe ensuite le tableau en plusieurs parties, dont la seule toujours conservée est cette toile représentant Noémi à 12 ou 13 ans. Ferenczy lui attache une grande importance: il la garde non seulement près de lui dans son atelier, mais la présente aussi au Salon national de Budapest en 1903, à l'Exposition universelle de Saint Louis (États-Unis) en 1904 et l'envoie même à San Francisco pour une exposition en 1915.

Károly Ferenczy
Portrait de Béni Ferenczy, fils de l'artiste
1906
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Portrait de Bimbi (Valér Ferenczy)
1894
Huile sur toile
Szentendre, Centre du musée Ferenczy

Károly Ferenczy
Portrait d'Olga Fialka, épouse de l'artiste
1894 Fusain
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Les portraits intimes des membres de la famille, d'amis et de collègues artistes de Károly Ferenczy occupent une place importante dans son corpus dessiné. Ce portrait de son épouse est caractéristique d'un pan de sa production qui joue des tons subtils du fusain pour retenir une physionomie et une facette de la personnalité de ses modèles sur le papier.
Dans les portraits qui émergent ainsi sur des fonds sombres, l'esthétique bichrome, sensiblement incolore, sert une approche psychologisante des sujets.

Károly Ferenczy
Orphée
1894
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Cette œuvre est la seule que Károly Ferenczy réalise sur un thème mythologique. Il a pu s'inspirer du tableau de Franz von Stuck, Orphée charmant les bêtes sauvages avec sa lyre, présenté à Munich lors de l'exposition de la Sécession en 1893. Alors qu'il poursuit ses recherches artistiques, il adopte l'idée d'une fusion harmonieuse de l'homme et de la nature, question qui ne cessera de le préoccuper. Le héros mythologique, qui envoûte les bêtes sauvages par sa musique et son chant pour parvenir aux enfers et retrouver Eurydice, est un sujet de prédilection dans les arts depuis des siècles. Selon la tradition iconographique, Orphée est généralement représenté avec une lyre, mais Ferenczy place un violon entre les mains de son modèle.

Károly Ferenczy
Chant d'oiseau
1893
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Ce tableau emblématique de Károly Ferenczy  inaugure sa période munichoise. Par sa conception et sa palette, il est le pendant du tableau symboliste Orphée, qui se limite également aux verts et aux rouges. Après sa période naturaliste, Ferenczy se tourne vers le plein air et, dans ses toiles, met l'accent sur l'unité harmonieuse entre l'homme et la nature. Ici, seul le titre permet au spectateur de comprendre que la jeune femme enceinte, qui regarde vers le haut en enlaçant le tronc d'un bouleau, est en train d'écouter le chant d'un oiseau caché parmi les branches. Deux études de compositions présentent les tâtonnements du peintre dans l'élaboration de son œuvre. Par sa conception et sa palette, il est le pendant du tableau symboliste Orphée, qui se limite également aux verts et aux rouges. Après sa période naturaliste, Ferenczy se tourne vers le plein air et, dans ses toiles, met l'accent sur l'unité harmonieuse entre l'homme et la nature. Ici, seul le titre permet au spectateur de comprendre que la jeune femme enceinte, qui regarde vers le haut en enlaçant le tronc d'un bouleau, est en train d'écouter le chant d'un oiseau caché parmi les branches. 

Károly Ferenczy
Adam
1894-1895
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
L'Adoration des mages
1895
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Károly Ferenczy maîtrise les codes de la peinture religieuse grâce à son étude approfondie des maîtres anciens. Cette Adoration des mages évoque d'autant plus la Renaissance que le peintre a conçu lui-même un encadrement directement inspiré des retables italiens qu'il a pu découvrir au cours de ses voyages au sud des Alpes.

Károly Ferenczy
Autoportrait
1893
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
La frontalité de cet autoportrait emblématique de la période munichoise de Károly Ferenczy n'est pas sans évoquer un célèbre autoportrait d'Albrecht Dürer justement conservé à Munich et que le peintre a pu découvrir au cours de son séjour dans la ville. Très cultivé et érudit, Ferenczy a une connaissance profonde des maîtres anciens et il se plaît à rivaliser avec eux à différents moments de sa carrière

Nagybánya, un atelier à ciel ouvert
Dans les années 1890, de nombreux artistes d'Europe centrale rompent avec les circuits officiels des académies et salons pour s'installer à la campagne et pratiquer leur art plus librement. Pris dans cette tendance, Károly Ferenczy s'installe à Nagybánya avec ses amis Simon Hollósy, István Réti, Béla Iványi ou János Thorma. Dans cette petite ville minière qui se trouve aujourd'hui en Roumanie, ils fondent une colonie d'artistes placée sous le signe du travail en plein air, de la vie collective et de la rupture avec la tradition. Le mouvement prend de l'ampleur, jusqu'à compter une cinquantaine de membres. Opérant un parallèle avec l'école française, un journal hongrois s'interroge en 1896: "Et si Millet, Corot et Manet, peintres français mondialement connus, ont répandu grâce à leur art une lumière somptueuse sur toute la grande France depuis la petite ville de Barbizon, pourquoi une peinture belle, forte, saine et en tout point hongroise mais toujours de qualité européenne ne pourrait-elle pas se développer à Nagybánya"

Károly Ferenczy, Le Sermon sur la montagne II, photographie d'archive avant que le tableau soit découpé, publiée dans Dezső Malonyay, A fiatalok, Budapest, 1906
Oscillant entre les registres sacré et profane, ce tableau est un véritable manifeste des principes artistiques de la colonie de Nagybánya. Károly Ferenczy transpose un épisode de la vie du Christ dans le paysage de Nagybánya et dépeint des membres de sa famille ou des artistes parmi l'assistance, signe du fort sentiment communautaire qui unit la colonie et de sa proximité avec la nature. De l'armure médiévale aux vêtements contemporains, les modes de toutes époques sont convoquées pour suggérer un moment hors du temps. 

Sacré
Présente dans l'œuvre de Károly Ferenczy dès sa période munichoise, l'iconographie sacrée prend de l'importance après l'installation de l'artiste à Nagybánya. Selon les témoignages de ses contemporains, Ferenczy n'était pas croyant. Son intérêt pour les sujets bibliques s'explique sans doute par son approche singulière de l'art, située à la jonction du naturalisme et du symbolisme. Le soleil ou le paysage se voient investis de connotations sacrées par les récits qu'ils accompagnent, et la synthèse de ces différents registres n'est pas sans évoquer une conception panthéiste de la nature qui est largement répandue en Europe centrale à la fin du xix siècle. Le sacre serait ainsi partout dans la nature et il ne serait pas plus étonnant de voir les Rois mages cheminer dans les forêts de Nagybánya que d'y assister au sermon de Jésus sur le flanc d'un vallon. L'intensité des drames humains qui se jouent dans la Bible semble avoir particulièrement intéressé Ferenczy. Dans plusieurs œuvres, il traite des relations familiales, le plus souvent des relations père-fils ou de la complexité des liens fraternels.

Károly Ferenczy
Le Sacrifice d'Abraham
1901
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Intégré aux liturgies juive, chrétienne et islamique, le sacrifice d'Abraham relate l'histoire d'un père auquel Dieu ordonne de sacrifier son fils, Isaac. Obéissant, Abraham est sur le point de s'exécuter lorsqu'un ange surgit pour arrêter son geste. C'est ce moment du récit que Károly Ferenczy représente, sans que sa composition comporte aucun des attributs religieux habituellement associés aux protagonistes. Un bélier, absent sur le tableau, est finalement sacrifié à la place d'Isaac, Dieu n'ayant voulu qu'éprouver la foi d'Abraham.

Károly Ferenczy
Joseph vendu par ses frères
1900
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
L'histoire de Joseph est relatée par l'Ancien Testament. La scène représentée par Károly Ferenczy montre Joseph en train d'être vendu par ses frères jaloux à des marchands d'esclaves. Cet épisode est très rarement traité par les artistes. Certains y voient une métaphore du destin de l'artiste: un individu solitaire et vulnérable, en proie au rejet et au mépris d'une foule qui ne le comprend pas. Ferenczy fait ici poser son fils aîné Valér pour représenter Joseph, et Isaac dans Le Sacrifice d'Abraham peint un an plus tard. On voit à l'arrière-plan la rivière Zazar, qui traverse Nagybánya.

Károly Ferenczy
La Déposition de croix
1903
Huile sur toile
Musée départemental de Târgu-Mureş, Roumanie
Cette œuvre est l'une des plus singulières et accomplies que Károly Ferenczy crée à Nagybánya. Lors d'une exposition rétrospective consacrée au peintre en 1903, elle est accrochée à côté du Chant d'oiseau de la période munichoise pour proposer une synthèse symbolique du commencement et de l'aboutissement de sa démarche artistique. Le moment où Jésus est descendu de la Croix est ici baigné d'une lumière solaire qui redouble la portée sacrée de l'évènement.
Marie-Madeleine semble s'étirer dans un geste d'éveil auquel le sujet de l'œuvre donne une importance religieuse capitale.

Károly Ferenczy
Le Fils prodigue I
1907
Huile sur toile
Collection particulière

Atelier d'été, Banská Bystrica, 1912
Reproduction publiée dans Iván Ede, Artistes au travail. Visite des colonies d'artistes de Nagybánya et Szolnok [Artistes au travail. Visite des colonies d'artistes de Nagybánya et Szolnok], Vasárnapi Ujság, Vol. 59, 1912

Károly Ferenczy
Souvenir de Naples
1896 Fusain
Musée des Beaux-Arts de Budapest -Galerie nationale hongroise
Avec son atmosphère profonde, son lyrisme tranquille et son pouvoir de synthèse, ce dessin illustrant un poème de József Kiss est considéré par István Genthon, biographe de l'artiste, comme l'ancêtre du dessin contemporain hongrois. Ce poème qui évoque Naples, écrit en 1885, lui rappelle son séjour dans la ville, ses nombreux dessins de paysages, de cités et de ruines antiques du sud de l'Italie, ainsi que l'ile de Capri représentée ici au loin. Ce dessin au fusain s'inspire sans doute des premiers vers de ce poème éléglaque, dont l'évocation d'un cortège funèbre traite par ailleurs de la mort.
József Kiss, poète de Nagybánya
Aujourd'hui peu connu, József Kiss (1843-1921) est un poète hongrois dont l'œuvre est parcourue par les thématiques de l'amour, du voyage, de l'histoire hongroise et de l'identité juive. En 1896, Kiss se rend à Nagybánya afin de proposer aux artistes qui s'y trouvent de participer à l'illustration d'une édition particulièrement luxueuse de ses poèmes. Károly Ferenczy, Simon Hollósy, Béla Iványi Grünwald, János Thorma et István Réti acceptent. Ferenczy retient douze poèmes, pour lesquels il réalise quatorze dessins et peintures. Dans ses illustrations, très graphiques par leur esthétique, l'expression naturaliste et tonale des scènes de la vie quotidienne se combine avec des accents décoratifs propres à l'Art nouveau (formes végétales, courbes, etc.). Iványi Grünwald réalise vingt-deux illustrations pour le recueil, Hollósy en livre cinq, Réti seize et Thorma quatre. La présentation de l'ouvrage en novembre 1897 est à l'origine de la première exposition publique du collectif de Nagybánya à Budapest

Károly Ferenczy
Daphnis et Chloé I (L'Antiquité)
1896
Huile sur carton
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

István Réti
Le Vieux Job
1896
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Simon Hollósy
Révolution
1896
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest Gaterie nationals Frongrouse
Simon Hollósy est l'un des peintres les plus influents de la colonie de Nagybánya. Il séjourne à Munich lors de ses années de formation et, pour protester contre l'enseignement traditionnel des académies, y ouvre un atelier où il enseigne lui-même. Eux-mêmes originaires des environs, ses amis István Réti et János Thorma l'invitent à passer l'été 1896 à Nagybánya pour y peindre avec ses étudiants, et ce séjour apparaît rétrospectivement comme le moment de création de la colonie artistique qui s'y est installée.

Le peuple de Nagybánya
Károly Ferenczy réalise plusieurs toiles qui montrent les habitants de Nagybánya et leurs traditions populaires, sans pour autant tomber dans l'illustration anecdotique du folklore hongrois. II inscrit dans le paysage des paysans, des bûcherons ou des Tsiganes saisis dans leurs activités quotidiennes. Ses confrères nagybaniens Béla Iványi Grünwald, Oszkár Glatz ou János Thorma font de même. Lorsqu'ils s'installent dans la ville, le travail dans les mines représente la principale source d'emploi pour les habitants de Nagybánya. S'ils font aussi bien poser ces derniers que les membres de leur propre famille pour réaliser leurs plus grandes compositions, ils se servent en outre mutuellement de modèles. Les artistes qui séjournent à Nagybánya et y prennent leurs habitudes conservent leur résidence principale à Budapest et demeurent des citadins "étrangers" aux yeux de la population locale.

Károly Ferenczy

Paysage de printemps avec la colline des fleurs (Nagybánya)
1898
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Le Retour des bûcherons
1899
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Jeune Paysan ruthène
1899
Huile sur toile
Pécs, musée Janus-Pannonius, Hongrie

Oskar Glatz
La Prière matinale des mineurs
1896
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Cette œuvre est le premier tableau important réalisé par Oszkár Glatz, un élève de Simon Hollósy. L'instant poignant de la prière collective, une tradition vieille de plusieurs siècles qui précède la descente des ouvriers dans la mine, est renforcé par une lumière matinale pénétrante. La topographie du lieu est identifiable et l'artiste attache également de l'importance à représenter avec exactitude l'inscription qui figure à l'entrée de la mine, les vêtements et l'équipement des mineurs. Glatz est emblématique d'un courant plus ethnographique qui existe également parmi les peintres de Nagybánya, mais qui ne semble pas avoir intéressé Károly Ferenczy.

Béla Ivanyi Grünwald
Au milieu des sommets
1901
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Béla Iványi Grünwald intègre à l'un des lieux de randonnée les plus fréquentés (Izvora) un groupe de personnes vêtues de costumes du 17eme siècle.
Parmi celles qui fredonnent ou chantent au son du violon d'une bohémienne accroupie, une figure féminine est sur le point de danser, vêtue d'un costume hongrois. Les contemporains de cette œuvre pouvaient identifier les modèles: Makray, le maire de Nagybánya, le peintre Iván Komoróczy ou la femme de l'artiste, Irén Biltz. Plutôt qu'une troupe de théâtre en plein air, cette œuvre traduit la préoccupation de Grünwald pour le rendu des couleurs automnales, des longues ombres portées et des reflets dorés de la lumière du soleil.

Károly Ferenczy
Les Tsiganes I
1901
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Les artistes de la colonie de Nagybánya ont fréquemment sollicité des Tsiganes pour servir de modèles à leurs compositions. La population tsigane de la ville contribue ainsi au travail des peintres tout en s'assurant un gagne-pain. En représentant dans son tableau des éléments tels que des cartes, un violon ou une poule, Károly Ferenczy retient les stéréotypes attachés aux Tsiganes. Il ne lui importe toutefois pas d'aborder la dimension sociale de son sujet, mais bien de traiter la problématique picturale liée à la primauté du bleu roi au sein de la composition.

Peindre au soleil
À rebours du naturalisme ou des notes de symbolisme qui teintent sa première période, Károly Ferenczy évolue vers un chromatisme puissant et une touche simplifiée qui atteignent leur aboutissement dans son travail de plein air à Nagybánya. Ce pan de sa carrière est appelé période "plein soleil". Les tableaux que réalise alors l'artiste réservent un role clé à la lumière solaire. La meilleure manière de représenter l'effet du soleil sur un paysage devient la problématique centrale de son art, qui se concentre sur des sujets d'extérieur tels des baigneurs, des paysages purs ou des loisirs de plein air. Il expérimente beaucoup à cette fin, en alternant les formats de ses toiles pour retenir des proportions de support qui lui semblent idéales, et il pratique tant la peinture à l'huile que la tempera pour envisager différents effets de matière. C'est en déclinant cette question de la lumière solaire que Ferenczy réalise certains de ses principaux chefs-d'œuvre, tels Au sommet de la colline (1901) et La Femme peintre (1903) qui sont accrochés dans cette salle.

Károly Ferenczy
Autoportrait au soleil
1900
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Károly Ferenczy se représente à toutes les périodes de sa carrière et il peut sembler révélateur que l'autoportrait qu'il réalise en 1900 le montre ébloui par la lumière solaire. Le peintre est alors presque exclusivement préoccupé par la figuration du soleil et de son effet sur le paysage. Palette et pinceaux à la main, il doit froncer les sourcils pour discerner sa toile, située à l'emplacement même du regardeur.

Károly Ferenczy
Soirée de mars
1902
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
La Femme peintre
1903
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
La Femme peintre est une œuvre emblématique de la maturité du peintre. Károly Ferenczy est alors guidé par un principe de "picturalité pure". Sa volonté de représenter une unité entre l'homme et la nature se double d'un intérêt pour l'intensité du soleil, l'harmonie joueuse entre ombre et lumière, et pour le rapport de la couleur bleue à son environnement. Ici, le sujet est tiré de la réalité quotidienne de Nagybánya. Les élèves parmi lesquels de nombreuses femmes - de l'école libre créée par Ferenczy et ses amis apparaissent avec leurs toiles dans différents lieux de la ville. Le modèle du tableau n'est toutefois pas une peintre, mais une femme de mineur qui réapparaît dans d'autres œuvres du peintre.

Károly Ferenczy
La Colline Jókai I
1905
Huile sur toile
Szentendre, Centre du musée Ferenczy

Károly Ferenczy
Fête de mai
1906
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Au sommet de la colline
1901
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Chevaux dans l'eau
1896
Huile sur toile
Collection particulière

Károly Ferenczy
Matinée ensoleillée
1905
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Baignade du soir
1906
Huile sur toile
Collection Antal-Lusztig


Károly Ferenczy
Soirée d'été
1904
Huile sur toile
Collection particulière

Károly Ferenczy
Jeunes Garçons se baignant (été)
1902
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
À Nagybánya, la rivière Zazar, les fossés des moulins et les ruisseaux qui dévalent des collines offrent de nombreux lieux de baignade. Károly Ferenczy inaugure ici sa période "plein soleil" et dissout les formes par des jeux d'ombres et de lumières qui modifient les couleurs en plaçant, dans un environnement naturel, des figures en mouvement: des garçons pataugeant dans un ruisseau. Pour capter cet instant matinal, l'artiste travaille d'après une photographie. Tout en conservant l'unité de la scène, les reflets violet, jaune, rouge et vert des peaux nues témoignent de sa compréhension des méthodes impressionnistes.

Károly Ferenczy
Église (Nagybánya)
1903
Huile sur toile
Collection particulière

Le corps en scène
À partir de 1906, après avoir obtenu un poste de professeur à l'École supérieure des beaux-arts de Budapest, Károly Ferenczy revient au travail en atelier pour réaliser des nus ou des sujets urbains, comme ses tableaux mettant en scène le monde du cirque (acrobates, lutteurs...). Les séries des nus et du cirque s'articulent autour du même problème artistique séculaire qu'est la représentation des corps. Alors même que cette facette de son travail est souvent négligée au profit de ses seuls paysages, la beauté et le corps humain en tant que sujets de peinture ont joué un rôle important dans l'art de Ferenczy. À mesure qu'il avance en âge, il se concentre de plus en plus sur l'interprétation et le renouvellement de traditions picturales remontant à la Renaissance. Ses nus engagent ainsi un dialogue avec Titien, Vélasquez ou Courbet. En tant que familier du monde du théâtre, du cirque, du music-hall et du sport, Ferenczy étudie particulièrement les corps et mouvements des athlètes après 1910.

Károly Ferenczy
Jeune Femme tsigane dormant
1915
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Nu féminin sur fond rouge
1913-1914
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Paresse
1908
Huile sur toile
Collection Antal-Lusztig

Károly Ferenczy
Jeune Femme tsigane
Vers 1916
Huile sur toile
Musée d'Histoire de Budapest, musée Kiscell - Galerie Municipale
La femme représentée de dos contemple son double, évoquant la longue tradition des Vénus au miroir de l'art occidental. Pour sa part, la figure assise semble se situer non seulement dans un autre espace, mais aussi dans un autre temps - presque une autre dimension. Les bras levés, signe d'abandon sensuel, sont récurrents chez Károly Ferenczy, tout comme la présence simultanée de différents espaces, niveaux de réalité et contenus philosophiques qui s'y rattachent. Inspirée par la culture classique du peintre et ses constructions picturales complexes, Jeune Femme tsigane peut être considérée comme un condensé de l'œuvre de Ferenczy, alors gravement malade.

Károly Ferenczy
Femelle sur fond vert I
1911
Huile sur toile

Károly Ferenczy
Lutteurs III
1912
Huile sur toile
Szentendre, Centre du musée Ferenczy

Károly Ferenczy
Acrobates
1913
Huile sur toile
Musée d'Histoire de Budapest, musée Kiscell - Galerie municipale

Károly Ferenczy
Athlètes
1915
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Marie et Madeleine (fragment de «Pietà»)
1913-1914
Huile sur toile
Szentendre, Centre du musée Ferenczy
La Pietà, dernier tableau sacré
Sa Pietà est le dernier tableau religieux de Károly Ferenczy. L'artiste le présente à la 11ª Biennale de Venise, en 1914, ainsi qu'à Budapest, au palais des Expositions, en 1915. Il la considère comme l'une de ses œuvres les plus importantes, avant de la découper pour une raison inconnue. Il n'en demeure que deux fragments, une photographie d'archive et des études préparatoires. Le naturalisme extrême du corps du Christ et le fond sombre et homogène, caractéristique de la dernière période de l'artiste, forment un contraste saisissant. En 1915-1916, Ferenczy lutte contre la maladie et projette une seconde Pietà, qui restera inachevée. Les dessins réalisés par l'artiste pour cet autre tableau montrent qu'il se distinguait principalement de la première version par la présence d'un ange qui tient une sorte de branche de palmier.

Károly Ferenczy
Nature morte à la statue de Verrocchio et à la coupe d'albâtre 
1904
Huile sur toile
Miskolc, Musée Otto Herman, Hongrie
Károly Ferenczy aime jouer de citations pour animer les arrière-plans de ses portraits, proposant ainsi de véritables constructions où une image se cache dans une autre. Cette pratique est déjà courante à la Renaissance. Ferenczy semble s'en servir comme d'un clin d'œil, par exemple ici avec le moulage d'après la sculpture de l'un des plus grands maîtres de la Renaissance italienne, Andrea del Verrocchio.

Károly Ferenczy
Double Portrait (Noémi et Béni Ferenczy)
1908
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
Ce tableau, peint à Nagybánya en 1908, représente les jumeaux d'Olga Fialka et Károly Ferenczy, nés en 1890: Noémi, qui sera plus tard une grande artiste textile, et Béni, qui deviendra l'un des sculpteurs hongrois les plus célèbres de son temps. Les effets de silhouette et de relief produits par un fond clos, sombre et quasi homogène, sont caractéristiques de la dernière période de Ferenczy. Béni, à l'apparence très moderne, porte un pull en tricot. II tient son bras gauche dans la même pose arrondie que certaines sculptures antiques que Ferenczy cite à plusieurs reprises dans ses œuvres.

Károly Ferenczy
Triple Portrait (les enfants de l'artiste)
1911
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Roses
Vers 1906
Huile sur toile
Collection particulière

Károly Ferenczy

Portrait de Paula Ernst, épouse de Vilmos Grünwald
1908
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Paysage de printemps
1905
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Cézár Herrer et son épouse (étude
1904
Huile sur toile
Musée d'histoire de Budapest, Musée Kiscell - Galerie municipale

Károly Ferenczy
Portrait de Pal Szinyei Merse
1910
Huile sur toile
Musée départemental de Târgu-Mureş, Roumanie
Pál Szinyei Merse est un illustre artiste hongrois dont la renommée grandit en 1896, lorsque certaines de ses œuvres, parmi lesquelles le célèbre Pique-nique en mai (1873), influencent les jeunes artistes du cercle de Nagybánya. Bien qu'ils ne soient pas de la même génération, Károly Ferenczy et lui s'estiment et leur manière de peindre des paysages n'est pas sans similitudes. Directeur de l'École supérieure des beaux-arts de Budapest, Szinyei Merse y nomme Ferenczy professeur en 1905. Les deux hommes sont des habitués du Café Japán, considéré comme un lieu central de la vie artistique et littéraire de Budapest, la capitale hongroise.

Károly Ferenczy
Portrait de Béla Lázár
1907
Fusain
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongraise
Cet exceptionnel portrait au fusain représente un critique d'art, qui se remémore ainsi sa séance de pose pour Károly Ferenczy: "Je me suis assis sur son ottomane, nous avons discuté, mais ses yeux étaient aux aguets et, à travers ses lunettes, j'ai senti leur puissance brûlante tandis qu'il palpait les formes de mon visage, me brûlant partout où ils me touchaient. Les jours passaient, il travaillait un peu, puis il détruisait ou déchirait le papier, incapable de me saisir, incapable de pénétrer derrière les formes. [...] Une fois, j'avais un catalogue d'exposition dans la main, je le tournais nerveusement [...]. Il a trouvé ce qu'il cherchait. Alors j'ai dû rester comme ça [...]. "

Károly Ferenczy
Portrait de József Lukács
1905
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise
À partir des années 1910, József Lukács, éminent financier et directeur de banque, est un promoteur très actif de la peinture hongroise moderne. Son salon est fréquenté par d'illustres invités, mais il soutenait aussi de jeunes écrivains, artistes musiciens (tel Béla Bartók) ou savants talentueux. Lukács entretient des liens d'amitié avec Károly Ferenczy et Elek Petrovics, le directeur du musée des Beaux-Arts, à Budapest. La riche collection d'art de sa villa comprend, entre autres, des tableaux de József Rippl-Rónai et de Pál Szinyei Merse ainsi que cinq œuvres de Ferenczy.

Derniers paysages
Bien qu'installé principalement à Budapest à compter de 1906, Károly Ferenczy conserve sa maison et son atelier à Nagybánya, où il continue d'effectuer des séjours réguliers. Ferenczy, qui pratique plusieurs sports, partage son amour de l'équitation avec sa famille et peint, à plusieurs reprises, ses enfants à cheval. Si l'on se réfère à sa correspondance, le tir à l'arc fait partie de leurs activités sportives à partir de 1905. Les paysages qu'il réalise dans ce dernier temps de sa carrière se démarquent des précédents par une nouvelle palette et une atténuation de la lumière solaire. Il continue à effectuer de longues excursions ou des chevauchées familiales et s'emploie dorénavant surtout à restituer les couleurs délicates des variations d'une atmosphère tantôt couverte, tantôt ensoleillée. Cette subtilité nouvelle, proche des recherches des peintres nabis, tranche avec ses œuvres précédentes et joue de vibrations chromatiques aux tonalités sourdes pour mieux apprivoiser les couleurs les plus vives.

Károly Ferenczy
Paysage nuageux (la forêt de sapins d'Izvora I)
1909
Huile sur toile
Budapest, Collection de la Banque MBH

Károly Ferenczy
Les Archers
1911
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
La Maison du forestier de Gutin
1908
Huile sur toile
Collection particulière


Károly Ferenczy
Le Mur rouge III
1910
Huile sur toile
Collection particulière

Károly Ferenczy
Hétraie (soleil d'automne)
1908
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Budapest - Galerie nationale hongroise

Károly Ferenczy
Le Mur rouge IV
1910
Huile sur toile
Collection particulière
Le Mur rouge IV se distingue des autres tableaux de Károly Ferenczy, réalisés en été à Nagybánya, par son atmosphère intime et attirante. Un coin tranquille du jardin familial y apparaît avec le rideau peint de manière illusionniste en rouge Pompéi par l'épouse du peintre, Olga Fialka, sur le mur de leur maison. Ce cadrage a tant séduit Ferenczy qu'il l'a représenté à quatre reprises. Vers 1910, l'artiste exécute fréquemment plusieurs versions des sujets qui l'intéressent, dans un souci de perfectionnement. La nappe aux motifs roumains, choisie par Olga, et les chaises de jardin en osier contribuent à l'atmosphère chaleureuse de l'œuvre.

Károly Ferenczy
Le Mur rouge I
1910
Huile sur toile
Musée de la Région du Danube, Komárno, Slovaquie

Károly Ferenczy
Paysage (Izvora en automne III)
1909
Huile sur toile
Szentendre, Centre du musée Ferenczy

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