Né en 1932 à Dresde, Gerhard Richter a grandi pendant la Deuxième Guerre mondiale et la période d'après-guerre. Ses années d'apprentissage se passent en Allemagne de l'Est sous domination soviétique, où il reçoit une formation classique de peintre muraliste à l'académie de Dresde. En 1961, Richter et sa femme, Ema, prennent la décision courageuse de passer à l'Ouest, renonçant ainsi à leur vie et à leur famille pour s'installer à Düsseldorf.
L'exposition réunit la plupart des œuvres majeures de Richter. Elle couvre six décennies de sa production picturale jusqu'à 2017, année où il renonce à la peinture tout en continuant de dessiner.
Chaque section de l'exposition couvre environ une décennie et montre l'évolution d'une pratique dont l'apogée est marqué par plusieurs ensembles de peintures magistrales, exécutés entre 2000 et 2016.
modèle. Tout est filtré à travers un autre médium, qu'il s'agisse d'une photographie ou d'un dessin à partir desquels il crée une image autonome et indépendante.
Les œuvres les plus anciennes de l'exposition sont basées sur des photographies tirées de journaux ou de magazines et, comme nous le savons aujourd'hui, sur des photos de sa famille que Richter avait laissée en RDA. La plupart des images présentent un flou caractéristique, obtenu par le glissement du pinceau sur la surface peinte encore humide. Ce procédé projette l'image dans le passé à travers la mémoire tout en propulsant l'image vers l'abstraction.
Richter se considère comme un << peintre classique » dont le plus grand plaisir est de travailler à l'atelier. Durant sa longue carrière, il a délibérément exploré les genres traditionnels en peinture-portrait, nature morte, paysage, et peinture d'histoire qui traite des grands événements et enjeux d'une époque. La plupart des artistes ne se concentrent que sur un ou deux de ces sujets. Il est tout aussi marquant qu'en dépit du fait qu'il soit un «peintre d'atelier», Richter ne travaille jamais directement d'après nature, ni même d'après
Gerhard Richter
Au cours des années 1970-1980, Richter explore à la fois le langage de l'abstraction et celui de la représentation. Dans ses œuvres abstraites, il utilise souvent le racloir qui lui permet de flouter de grands formats tout en introduisant un élément de hasard. Parallèlement, il peint de délicates natures mortes, des portraits et des paysages qui évoquent la peinture romantique classique. Parfois, et de façon très réfléchie, il prend pour sujet un moment tragique de l'Histoire, tels la Shoah, ou l'attentat contre les tours jumelles de New York, le 11 septembre 2001.
Cette capacité à conjuguer une technique novatrice et des images saisissantes a valu à Richter une grande renommée internationale tout au long de sa carrière.

Ägyptische Landschaft, 1964/1965
[Paysage égyptien Egyptian Landscape]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection Courtesy Hauser & Wirth

Bomber, 1963 [Bombardiers | Bombers]
Huile sur toile | Oil on canvas Städtische Galerie Wolfsburg
La source de cette image de bombardiers vient d'une coupure de magazine évoquant inévitablement le bombardement de Dresde, que Richter n'a pas personnellement vécu. Plus tard, étudiant à l'académie des Beaux-Arts de Dresde, il habita dans cette ville encore partiellement détruite. En 1963-1964, durant la guerre froide et alors que les tensions croissaient, Richter peignit plusieurs images d'avions, principalement des avions alliés volant en formation, mais aussi celle d'un chasseur allemand d'après-guerre, le Schärzler (également montré ici), en reproduisant l'ensemble de la coupure de magazine, y compris le texte dont l'image, contrairement à celle de l'avion, n'est pas floue

Hirsch, 1963 [Cerf | Deer]
Huile sur toile | Oil on canvas
Fondation Louis Vuitton, Paris
Réalisé à partir d'une photographie prise par l'artiste dans un parc à gibier de Dresde avant son départ pour l'Allemagne de l'Ouest, Hirsch représente un cerf immobile au cœur d'une forêt hivernale dépouillée. Symbole cliché de l'état sauvage dans le romantisme allemand et les légendes nordiques, l'animal légèrement estompé dans une brume hivernale contraste avec la géométrie fragile formée par les lignes curvilignes et tubulaires aux contours nettement dessinés qui évoquent les arbres et leurs ramures.

Familie am Meer, 1964 [Famille au bord de la mer Family at the Seaside]
Huile sur toile | Oil on canvas
MKM Museum Küppersmühle für Moderne Kunst, Duisburg, Germany, Ströher Collection

Acht Lernschwestern, 1966
[Huit élèves infirmières
Eight Student Nurses]
Huile sur toile Oil on canvas
Kunsthaus Zürich. Dauerleihgabe der Vereinigung Zürcher Kunstfreunde. Geschenk von Hans B. Wyss und Brigitte Wyss-Sponagel, 2021
A son arrivée à Düsseldorf, Richter se lie rapidement d'amitié avec les peintres Sigmar Polke et Konrad Lueg, qui deviendra plus tard galeriste sous le nom de Konrad Fischer. Leur travail, rebaptisé « réalisme capitaliste », utilise des images photographiques tirées de journaux et se veut une réponse à Warhol et Rauschenberg et à la couverture médiatique de la vie quotidienne dans l'Allemagne d'après-guerre. Richter s'intéressait beaucoup à la façon dont la presse à scandale dépeignait le crime, le sexe et la mort, ainsi qu'aux conventions photographiques liées au portrait et à la pornographie. Les portraits des huit infirmières (assassinées) ont été pris en studio, sans doute au début de leurs études; ces images d'innocence alignées comme pour une séance d'identification contrastent avec l'horreur de leur mort.

Tante Marianne, 1965 [Aunt Marianne]
Huile sur toile | Oil on canvas Yageo Foundation Collection, Taïwan
La jeune tante Marianne est assise, tenant dans ses bras son neveu Gerhard. Pendant de nombreuses années, l'identité des personnages des «< portraits de famille >> est restée inconnue. Dans l'Allemagne d'après-guerre, où chaque famille avait un secret, Richter ne souhaitait pas parler de ses origines et personne ne songeait à lui poser des questions. Marianne souffrait de troubles mentaux, elle fut internée pendant la guerre et tuée par les nazis en 1945. Le beau-père de Richter était un médecin qui avait participé aux expériences nazies sur l'eugénisme.
La surface estompée du tableau, obtenue en passant un pinceau fin et large sur la peinture encore humide, transforme le sujet en une image plus abstraite et intemporelle.

Küchenstuhl, 1965
[Chaise de cuisine | Kitchen Chair]
Huile sur toile | Oil on canvas
Kunsthalle Recklinghausen
La chaise appartenait à Richter, qui l'a photographiée. L'artiste préférant toujours travailler à partir d'une photographie ou d'un dessin plutôt que d'un objet ou d'une scène. Richter précise qu'il cherchait des << objets banals » à peindre, « la chaise elle-même, la table, un rouleau de papier toilette ». Il a collé nombre de ses propres photographies, généralement d'objets et de paysages, dans l'album Atlas, souvent utilisé comme source d'inspiration pour ses peintures figuratives
Ema (Akt auf einer Treppe), 1966
[Ema (Nu sur un escalier) Ema (Nude on a Staircase)]
Huile sur toile | Oil on canvas
Museum Ludwig, Cologne / Donation Ludwig Collection 1976
Cette image de la première épouse du peintre, Ema, est empreinte de la beauté idéale et de l'atmosphère d'un chef-d'œuvre classique, à l'instar de certains des paysages romantiques, des compositions florales et des portraits réalisés ultérieurement. En tant que peintre, Richter est très conscient de son dialogue avec l'art et les peintres du passé. Ici, il répond à ce qu'il considérait comme la complication excessive du célèbre tableau de Marcel Duchamp de même titre.

Zehn große Farbtafeln, 1966/1971/1972
[Dix grands nuanciers Ten Large Color Charts]
Email sur toile | Enamel paint on canvas Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf
Richter se refuse à choisir un sujet ou inventer une composition, préférant partir de ce qui existe ou de ce que quelqu'un d'autre a choisi. La première de ses grandes peintures de nuanciers aux 100 couleurs s'inspire directement d'un ent d'un exemplaire commercial utilisé par les décorateurs d'intérieur. Les couleurs et leur disposition sont fidèlement reproduites. Il en résulte une peinture qui, par hasard, semble dialoguer avec la peinture abstraite d'après-guerre, notamment américaine, par exemple les couleurs plates et saturées d'Ellsworth Kelly. Richter élargit le territoire et le lexique de la peinture en regardant au-delà de la tradition.

Zwei Liebespaare, 1966
[Deux couples d'amoureux | Two Couples]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection Daros, Suisse | Switzerland

Stadtbild TR, 1969
[Paysage urbain de TR | Townscape TR]
Huile sur toile | Oil on canvas
Museum Frieder Burda, Baden-Baden

Himalaja, 1968
[Himalaya]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection Daros, Suisse | Switzerland

Stadtbild D, 1968 [Paysage urbain D | Townscape D]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection Daros, Suisse | Switzerland
Après plusieurs années consacrées à la réalisation d'images floues à partir de photographies, Richter commence à utiliser une touche plus libre et plus expressive. Cette approche s'applique à deux séries importantes d'oeuvres basées sur des photographies de villes vues d'en haut (ici, Düsseldorf) et des paysages de montagne tirés de brochures de voyage. Certaines de ces vues urbaines fragmentées rappellent celles de Cologne et de Dresde prises depuis des avions de reconnaissance après les bombardements de 1944 et 1945. D'autres évoquent les images d'un prospectus immobilier

Seestück, 1968
[Marine Seascape]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection Meerbusch, Allemagne | Germany

Zwei Skulpturen für einen Raum von Palermo, 1971 [Deux sculptures pour un espace de Palermo Two Sculptures for a Room by Palermo]
Plâtre peint en gris sur socle de bois
Plaster painted in gray oil paint, on wooden bases The George Economou Collection
À la fin des années 1960, Richter et sa femme Ema se lient d'une étroite amitié avec Blinky Palermo, que Richter avait rencontré à l'académie des Beaux-Arts de Düsseldorf. Ema coud alors certaines des peintures sur tissu de Palermo et Richter et Palermo se rendent ensemble à New York en 1970. Au début de l'année 1971, Palermo expose une peinture ocre jaune recouvrant les quatre murs d'une pièce dans une galerie de Munich. Comme Richter le racontera plus tard : « J'ai beaucoup aimé, et dit qu'il fallait [ajouter] des sculptures... J'ai fait un moulage en plâtre de son visage, il m'a aidé à réaliser le mien, et j'ai modelé le reste: la tête, les cheveux, les oreilles, l'arrière de la tête. >>

Vierwaldstätter See, 1969
[Lac des Quatre-Cantons | Lake Lucerne]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection Daros, Suisse | Switzerland

Fenster, 1968 [Fenêtre | Window]
Huile sur toile | Oil on canvas Kunstpalast, Düsseldorf

Seestück (leicht bewölkt), 1969 [Marine (légèrement nuageuse) Seascape (Slightly Cloudy)]
Huile sur toile | Oil on canvas
Fondation Louis Vuitton, Paris

Seestück (bewölkt), 1969 [Marine (nuageux) | Seascape (Cloudy)]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection Courtesy Neues Museum Nürnberg
Au cours d'une période intense de recherche sur les différentes façons de réaliser une peinture, Richter développe ces marines romantiques aux ciels nuageux en assemblant par collage une photographie de la mer et une autre du ciel. Pour lui, la réussite de l'œuvre est fonction de la justesse de l'atmosphère suggérée par la combinaison des images.
1971-1975
REMISE EN QUESTION DE LA REPRÉSENTATION
Les années 1970 sont une autre décennie féconde où Richter interroge la peinture dans différents groupes d'œuvres. Les « dépeintures >> offrent un contrepoint aux tableaux peints d'après photographies. Invité à représenter l'Allemagne à la 36° Biennale de Venise, en 1972, l'artiste se saisit de cette opportunité pour réaliser un cycle destiné à ce lieu spécifique : la série des 48 Portraits créée pour la salle centrale du Pavillon néo-classique allemand.
Inspiré par ce séjour vénitien, Richter réalise un ensemble de toiles d'après l'Annonciation de Titien dans lequel le motif se dissout progressivement sous l'effet de l'estompage. En 1974 se tient la première exposition montrant exclusivement ses peintures grises, sorte de réfutation des notions admises sur la figuration et l'abstraction. Avec les Nuanciers de grand format peints au même moment, l'artiste introduit dans sa peinture des procédés aléatoires. En 1970, accompagné de Palermo, il se rend à New York où ils rencontrent des artistes majeurs de leur génération. En 1971, Richter expose un vaste choix d'œuvres à la Kunsthalle de Düsseldorf;
la même année, il est nommé professeur de peinture à l'académie des Beaux-Arts de cette ville, où il enseignera jusqu'en 1994. En 1972, Richter se rend au Groenland; les impressions qu'il y reçoit inspireront, une décennie plus tard, des peintures d'icebergs.

Rot-Blau-Gelb, 1973
[Rouge-Bleu-Jaune | Red-Blue-Yellow]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière, Suisse | Private collection, Switzerland

Parkstück, 1971
[Vue de parc | Park Piece]
Huile sur toile | Oil on canvas Collection particulière, Allemagne
Private collection, Germany
Cette peinture, inspirée d'une photographie d'un parc à Düsseldorf, a été conçue par Richter comme << un prétexte pour introduire le geste dans la peinture >>. Ses marques pouvaient se faire gestuelles dans ses petites peintures, mais le fait de prendre la nature pour sujet manifeste lui permet de contrôler l'image dans son ensemble à grande échelle. La peinture a été réalisée rapidement en usant d'une douzaine de couleurs que Richter avait préalablement mélangées.

Rot-Blau-Gelb, 1973 [Rouge-Bleu-Jaune | Red-Blue-Yellow]
Huile sur toile | Oil on canvas
Institut d'art Contemporain, Villeurbanne / Rhône-Alpes
Les peintures Rouge-Bleu-Jaune sont nées d'un intérêt constant pour la couleur, suscité par les Nuanciers, et désormais associé à une touche gestuelle et libre caractéristique des dépeintures (Inpaintings) du début des années 1970. La prédominance du rouge et du bleu, associés à des rehauts de jaune et de blanc, se retrouve dans les peintures du XVIe siècle que Richter a vues à Venise alors qu'il participait à la Biennale en 1972, qui l'ont également incité à peindre une version de l'Annonciation de Titien.

48 Portraits, 1971-1972
Huile sur toile | Oil on canvas
Museum Ludwig, Cologne / Donation Ludwig Collection 1994
En 1971, Richter est invité à représenter l'Allemagne à la Biennale de Venise de 1972. Il conçoit une installation spécifique composée de 48 portraits de scientifiques, d'écrivains, de compositeurs et de philosophes. La sélection, tirée d'une encyclopédie, inclut délibérément des personnalités dont Richter ne connaît pas le travail, et il exclut les artistes plasticiens et des intellectuels célèbres tels que Sigmund Freud, car il souhaite atteindre à une certaine neutralité. Pour réaliser cette série, Richter s'est fixé comme objectif de peindre deux portraits par jour, un «< travail » comme n'importe quelle autre activité manuelle. Les portraits étaient accrochés au-dessus de la ligne du regard dans la salle centrale du Pavillon allemand. Richter s'intéressait alors à la manière de présenter les images en lien avec l'architecture, comme en témoignent les nombreuses études de cette période présentes dans l'album Atlas

Exemple de portrait non identifié
Dessins | Drawings, 1964-1978
En 1964, Richter commence, parallèlement à la peinture, à copier des photos de presse à l'aide d'un crayon à papier. Ces dessins ne servent pas d'études à des tableaux car ceux-ci sont esquissés directement sur la toile. Contrairement aux dessins des peintres américains du Pop Art, les travaux de Richter ne montrent pas de sujets tapageurs, spectaculaires, et leur exécution est tout en retenue.
Richter entreprend très tôt d'expérimenter ce médium: en 1966, il exécute un dessin en insérant un crayon dans une perceuse et en manoeuvrant celle-ci sur le papier afin d'obtenir des marquages incontrôlés.
Alors qu'il assurait une vacation de professeur invité au Nova Scotia College of Art and Design à Halifax, Richter, ne disposant pas d'un atelier de peinture, travailla à un cycle important de dessins de petit format, des tableaux abstraits imaginaires par lesquels il cherchait à prendre ses distances vis-à-vis de l'abstraction moderniste et d'après-guerre. Les 66 dessins font pendant aux 128 Fotos von einem Bild [128 détails d'une image] exposés en galerie.

Elektrische Bahn, 1965
[Tramway électrique | Electric Tramway]
Graphite sur papier | Graphite on paper
Deutsche Bank Collection
Verkündigung nach Tizian, 1973 [Annonciation d'après Titien Annunciation after Titian]
Il s'agit du premier cycle de peintures réalisé par Richter, qui peut être considéré comme une prise de position polémique contre le modernisme et l'affirmation de sa capacité à peindre la « beauté » ou ce qu'il voulait. L'image reprend une carte postale du tableau trouvée alors que Richter était à Venise pour la Biennale en 1972. Au départ, il voulait simplement en réaliser une copie, trouvant le Titien magnifique et souhaitant en avoir sa version propre. Il ne parvint pas à réaliser une copie satisfaisante et commença progressivement à dissoudre l'image du Titien, la décomposant et s'orientant vers l'abstraction, dans une approche de la pratique picturale qu'il avait explorée dans les dépeintures (Inpaintings) et dans la série Rouge-Bleu-Jaune


Verkündigung nach Tizian, 1973 [Annonciation d'après Titien Annunciation after Titian]
Huile sur toile | Oil on canvas
Kunstmuseum Basel
Erworben mit Mitteln von Jacques Herzog und
Pierre de Meuron (Herzog & de Meuron JP AG), Basel 2014

4096 Farben, 1974
[4096 couleurs | 4096 Colors]
Laque sur toile | Lacquer on canvas Yageo Foundation Collection, Taiwan

1024 Farben, 1973
[1024 couleurs | 1024 Colors]
Laque sur toile | Lacquer on canvas
Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris
Après les premières images de nuanciers basées sur des modèles commerciaux utilisés par les décorateurs, Richter développe un système générant une structure pour ses nuanciers. Comme il l'explique, « le point de départ est constitué des quatre couleurs pures, rouge, jaune, vert et bleu : leurs nuances intermédiaires et leur degré de luminosité donnent naissance à des combinaisons de couleurs comprenant 16, 64, 256 et 1024 nuances. Il serait inutile d'utiliser davantage de couleurs, car il serait impossible de les distinguer nettement ». Dans 4096 couleurs, seules 1024 nuances sont utilisées, mais chacune est déployée quatre fois. La position de chaque nuance est déterminée par le hasard et non par une règle.

Detail

Abstraktes Bild, 1976
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection Deborah & George W. Couch III

Konstruktion, 1976 [Construction]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection Courtesy of Neues Museum Nürnberg
Ce tableau annonce un nouveau chapitre dans l'œuvre de Richter aboutissant à une vaste série de peintures abstraites colorées qui lui vaudront, au début des années 80, une reconnaissance internationale, notamment aux États-Unis. Le tableau a été peint par-dessus une autre œuvre, Fiktion 2, 1973, dont Richter n'était pas satisfait. Le caractère architectonique et la profondeur spatiale de l'image sont inhabituels dans les abstractions de Richter, qui présentent généralement un espace indéterminé et suscitent une sensation bien plus fluide et organique

Blumen, 1977
[Fleurs | Flowers]
Huile sur panneau | Oil on wood
Collection particulière | Private collection

Betty, 1977
Huile sur panneau | Oil on wood Museum Ludwig, Cologne /
Prêt d'une collection particulière Loan from a private collection
Ces deux images reprennent des photographies de la fille de Richter, Babette (Betty), à demi étendue sur une table. Elles furent peintes à une époque où Richter se consacrait presque entièrement à l'évolution de ses peintures abstraites basées sur des aquarelles et de petites esquisses à l'huile. La deuxième image était à l'origine également horizontale, mais Richter, insatisfait de son travail, continua à y travailler et opta finalement pour un format portrait plus conventionnel. Une troisième photographie ne sera utilisée qu'en 1988, lorsque Richter réalisera une peinture représentant Betty se détournant de l'appareil photo.

Abstraktes Bild, 1977
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur contreplaqué | Oil on plywood
Institut für Auslandsbeziehungen, Stuttgart

Strich (auf Rot), 1980
[Trait (sur fond rouge) | Stroke (on Red)]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection Soest
Ce tableau et son pendant, Strich (auf Blau) [Trait (sur fond bleu), 1979], ont été réalisés dans le cadre d'une commande du Kunst am Bau pour une nouvelle école à Soest. Ces peintures constituent une exploration plus approfondie de l'échelle, du geste et du tracé dans le processus d'agrandissement d'une image. Le trait semble avoir été tracé à l'aide d'une large brosse, mais en réalité la texture apparemment rugueuse de la peinture étirée à la «brosse » à la surface de la toile a été obtenue en usant de petits pinceaux.


Abstraktes Bild, 1979
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière, Suisse | Private collection, Switzerland

Abstraktes Bild, 1979
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière, Belgique | Private collection, Belgium

Abstraktes Bild, 1978 [Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Tate. Achat | Purchase 1979
Ce grand tableau trouve son origine dans une petite esquisse à l'huile, visible à droite. Richter explorait différentes sources d'inspiration pour une image peinte qu'il pourrait utiliser comme modèle pour de grandes peintures abstraites.
Au départ, il s'inspira d'un ensemble d'aquarelles et des restes de peinture sur sa palette. Puis il commença à sélectionner des détails de peintures à l'huile et à les agrandir pour en faire des œuvres autonomes. Enfin, il réalisa un groupe de petites peintures à l'huile qu'il utilisa comme modèles pour des versions beaucoup plus grandes, telle celle-ci

Abstraktes Bild, 1978
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Tate. Achat | Purchase 1979

Abstraktes Bild, 1980
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière, Allemagne | Private collection, Germany

Tor, 1982
[Porte | Gate]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection

Spiegel, 1981 [Miroir | Mirror]
Kunsthalle Düsseldorf
Lorsqu'en 1981, la Kunsthalle de Düsseldorf confronte dans une exposition l'œuvre peint de Gerhard Richter et celui de Georg Baselitz, Richter accroche deux grands miroirs horizontaux parmi les tableaux; ni les uns ni les autres ne sont encadrés.
Son intention n'était pas de provoquer, mais d'exprimer ses réflexions sur la notion de tableau. L'image miroir n'a pas à être fabriquée, elle préexiste toujours. Elle montre une surface homogène dépourvue de perspective et s'insère dans la réalité sans qu'on puisse, pour ainsi dire, l'en distinguer. Lorsqu'on lui demanda si le miroir était l'artiste parfait, Richter répondit : « On dirait ».

Athen, 1985 [Athènes | Athens]
Huile sur toile | Oil on canvas Frac Grand Large - Hauts-de-France

Möhre, 1984 [Carotte | Carrot]
Huile sur toile | Oil on canvas Fondation Louis Vuitton, Paris

Faust, 1980
Huile sur toile | Oil on canvas
Yageo Foundation Collection, Talwan
Cette peinture est la dernière des abstractions colorées basées sur une photographie, une peinture ou une aquarelle. Par la suite, les images seront totalement libres et déterminées uniquement par le geste et le mouvement de la main de l'artiste, modifiées par des grattages lorsque Richter n'est pas satisfait ou juge l'image incomplète. Le titre Faust a été choisi pour inciter le spectateur à considérer cette peinture colorée et tumultueuse comme une métaphore des feux de joie protecteurs lors de la nuit de Walpurgis (30 avril-1" mai), dans le nord de l'Europe

Lilak, 1982 [Lilas | Lilac]
Huile sur toile | Oil on canvas Fondation Louis Vuitton, Paris
Lilak fait partie d'une série de peintures abstraites élégiaques que l'artiste réalise à partir de 1982 sous forme de diptyques monumentaux. Comme toujours dans ses peintures abstraites, l'artiste recourt à de multiples outils pinceaux, racloirs, couteaux, spatules et autres brosses de différentes tailles - pour traiter chaque zone chromatique par des effets de matière. La composition répond à une construction de lignes, de colonnes et de traits où couleurs et formes se superposent, se recouvrent et s'effacent pour créer l'illusion de la profondeur. Pour Richter une abstraction donne toujours à voir quelque chose. Ici, le bleu dans les coins du tableau semble évoquer le ciel dans une référence naturaliste. La facture gestuelle associée à des couleurs franches - vert, jaune et bleu - dégage énergie et profusion

Venedig (Insel), 1985
[Venise (île) | Venice (Island)]
Huile sur toile | Oil on canvas
Yageo Foundation Collection, Taïwan

Kerze, 1982 [Bougie | Candle]
Huile sur toile | Oil on canvas
Institut d'art contemporain, Villeurbanne / Rhône-Alpes
À l'instar des crânes peints par Richter à la même époque, cette œuvre s'inscrit dans la tradition picturale du memento mori, rappelant avec force le caractère inéluctable de la mort. « J'ai toujours voulu faire de beaux tableaux » dit l'artiste. « Quand j'ai peint les bougies... j'ai éprouvé des sentiments liés à la contemplation, au souvenir, au silence et à la mort ». En 1995, une grande reproduction d'un des tableaux de Richter représentant deux bougies fut exposée dans l'espace public à l'occasion du Cinquantenaire du bombardement de Dresde

Schädel, 1983 [Crâne Skull]
Huile sur toile | Oil on canvas
Neue Nationalgalerie, Stiftung Preußischer Kulturbesitz, Prêt de la | Loan from the Gerhard Richter Kunststiftung

Eis, 1981 [Glace | Ice]
Huile sur toile | Oil on canvas
Ruth McLoughlin, Monaco
En 1972, Richter effectua un voyage de deux semaines au Groenland dans l'idée de prendre des photos qui évoqueraient Le Naufrage du Hope de Caspar David Friedrich. Bon nombre de ces images furent publiées dans un livre en 1981 et 2011, puis reprises dans Atlas. Certaines ont ensuite inspiré quatre marines, en 1975, cette œuvre de 1981 et deux peintures représentant un iceberg en 1982. Richter a pour habitude de consigner dans son album Atlas des documents et des images et de venir plus tard y puiser des sources d'inspiration pour ses peintures.

Flasche mit Apfel, 1988 [Bouteille avec pomme Bottle with Apple]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection

Scheune, 1983 [Grange | Barn]
Huile sur toile | Oil on canvas
Art Gallery of Ontario, Toronto. Achat | Purchase 1985
Lorsqu'il rassemble des images pouvant servir de documents de base pour ses paysages, Richter préfère prendre ses propres photos. Très souvent, la scène semble extrêmement << banale » et délibérément non pittoresque, il s'agit souvent d'une scène que personne d'autre ne jugerait digne d'être documentée. Richter prend ces photos dans des contextes ruraux et urbains, choisissant souvent ce qui ressemble à un coin oublié. La plupart de ces images ont été prises en Rhénanie ou dans des régions montagneuses, notamment en Suisse et dans les Alpes

Venedig (Treppe), 1985
[Venise (escalier) | Venice (Staircase)]
Huile sur toile | Oil on canvas
The Art Institute of Chicago. Gift of Edlis Neeson Collection
1987-1995
SOMBRE RÉFLEXION
À la fin des années 1980, Gerhard Richter se consacre de nouveau à la conception de séries. Ainsi, en 1988, il peint le cycle 18. Oktober 1977 [18 octobre 1977], dans lequel il se penche sur un thème difficile et discuté emprunté à l'histoire allemande récente. Ces tableaux, qui suscitent de vives réactions en Allemagne, sont exposés dans un premier temps à Krefeld et Francfort.
Les paysages calmes et le portrait intime de sa fille Betty, que Richter exécute au même moment, semblent s'inscrire en contrepoint de ces œuvres. Les notes et entretiens publiés en 1993 dans un livre intitulé Text témoignent des réflexions auto-critiques que l'artiste consacre à la peinture.
L'oeuvre de Richter rencontre un intérêt croissant en Amérique du Nord. En 1988, une rétrospective itinérante est montrée à Toronto, Chicago, Washington et San Francisco. En 1995, le Museum of Modern Art de New York fait l'acquisition du cycle 18. Oktober 1977. En Europe, Richter est également consideré comme un artiste phare de sa génération parvenant à conjuguer dans son œuvre tableaux figuratifs et abstraits. Il ne cesse toutefois de surprendre, par exemple lorsqu'il crée des miroirs colorés qui échappent à cette confrontation.
Le portrait Lesende [Femme lisant] annonce un tournant dans la vie de Richter. En 1995, il épouse Sabine Moritz; la même année naît leur fils Moritz. L'artiste s'empare de ce sujet dans le cycle de tableaux S. mit Kind (S.avec enfant)

S.D., 1985
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection

Chinon, 1987
Huile sur toile | Oil on canvas Leeum Museum of Art

Apfelbäume, 1987
[Pommiers | Apple Trees]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection

Betty, 1988
Huile sur toile | Oil on canvas
Saint Louis Art Museum. Funds given by Mr. and Mrs. R. Crosby Kemper, Jr. through the Crosby Kemper Foundations, The Arthur and Helen Baer Charitable Foundation, Mr. and Mrs. Van-Lear Black III, Anabeth Calkins and John Weil, Mr. and Mrs. Gary Wolff, the Honorable and Mrs. Thomas F. Eagleton; Museum Purchase, Dr. and Mrs. Harold J. Joseph, and Mrs. Edward Mallinckrodt, by exchange
Après une interruption de plus de dix ans, Richter choisit de nouveau de peindre un tableau d'après une des photos de jeunesse qu'il a prises de sa fille Betty. On la voit au moment où elle se détourne du photographe et échappe au regard du peintre et du spectateur - la jeune femme représentée n'est donc précisément pas montrée. Si son choix obéit à une impulsion subjective, cette photo évoque aussi des portraits anciens, ainsi ceux des peintres hollandais du XVIIe siècle, dans lesquels la femme représentée se détourne par timidité ou par coquetterie et interroge, ce faisant, son rapport au spectateur.

Domecke, 1987
[Angle de cathédrale | Cathedral Corner]
Huile sur toile | Oil on canvas
The Heyman Family Collection, United States
Domecke n'est ni un paysage ni une vue de ville; le tableau montre un fragment insignifiant tel qu'il s'offre aux regards des passants, au pied de la cathédrale de Cologne. Des fenêtres gothiques se heurtent à des lampadaires modernes et à un arbre étroit au feuillage dense. La scène serait dénuée de pertinence si elle n'était pas scindée par un rayon de lumière vertical apportant un éclat à la banalité du lieu. On pourrait voir dans ce tableau un instant d'épiphanie. Cependant, la peinture de Richter, conditionnée par la photographie, restitue le rayon avec une clarté excessive qui se refuse à tout commentaire

Tote, 1988 [Morte | Dead]
Huile sur toile | Oil on canvas

Oktober 1977, 1988
[18 octobre 1977 | October 18, 1977]
The Museum of Modern Art, New York. The Sidney and Harriet Janis Collection, gift of Philip Johnson, and acquired through the Lillie P. Bliss Bequest (all by exchange); Enid A. Haupt Fund; Nina and Gordon Bunshaft Bequest Fund; and gift of Emily Rauh Pulitzer, 1995
Le titre de ce cycle de quinze peintures fait référence à la date du suicide, dans la prison de Stammheim, de quatre membres du groupe Baader-Meinhof de la Fraction armée rouge accusés d'une série d'attentats à la bombe, d'assassinats et d'enlèvements. Comme l'écrit Richter: «Je me souviens que j'avais le sentiment de devoir éviter toutes ces photos sensationnelles, la femme pendue, l'homme qui s'était tiré une balle, etc. J'ai rassemblé beaucoup de matériel, y compris un certain nombre de photos banales et sans intérêt, puis, au cours de mon travail, je suis revenu aux images mêmes que j'avais voulu éviter, celles qui résumaient les différentes histoires >>. Richter poursuit : « Toutes les images sont ternes, grises, pour la plupart très floues, diffuses. Leur présence est l'horreur et le refus difficile à supporter de répondre, d'expliquer, de donner une opinion. Je ne suis pas sûr que ces images "demandent" quoi que ce soit ; elles provoquent une réaction par leur désespoir et leur désolation, leur absence de parti pris. » Le groupe comprend les protagonistes décédés, un portrait de la jeune Meinhof et un grand enterrement non spécifié

Gegenüberstellung (1), 1988 [Confrontation (1)]
Huile sur toile | Oil on canvas


Wald (3), 1990 [Forêt (3) Forest (3)]
Huile sur toile | Oil on canvas Fondation Louis Vuitton, Paris
Le motif de la forêt occupe une place particulière dans l'iconographie du romantisme allemand. Gerhard Richte l'évoque régulièrement dans des peintures figuratives d'après photos comme dans des abstractions où se lit l'ambivalence d'un espace qui peut être perçu comme danger ou protection. Un ample mouvement de la gauche vers la droite déchire un voile noir pour laisser percer des strates successives de couleurs vives, action caractéristique du racloir donnant lieu à des moirures et à des effets de flou.

Gudrun, 1987
Huile sur toile | Oil on canvas Fondation Louis Vuitton, Paris
Gudrun est réalisé notamment avec un racloir qui, par frottement de la surface peinte, produit un trait de couleur agrandi. Chaque application révèle ainsi des couches antérieures, dans un processus alternant création et destruction. Le titre de l'œuvre fait référence à Gudrun Ensslin, membre fondatrice de la Fraction armée rouge, établissant un lien avec la série 18. Oktober 1977 qui commémore la mort de quatre membres du réseau terroriste

Abstraktes Bild, 1992
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particuliere | Private collection

Abstraktes Bild, 1992
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur aluminium | Oil on aluminum
Collection particulière | Private collection

Abstraktes Bild, 1992
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Daros Collection, Suisse | Switzerland

I.G., 1993
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection Contemporary Art "la Caixa" Foundation
Après s'être séparé d'Isa Genzken, sa deuxième épouse, Richter peignit d'elle une série de nus de dos. Le modèle n'est pas reconnaissable; contrairement à Betty dans le portrait de 1988, la jeune femme ne se détourne pas spontanément, d'un geste de la tête, du spectateur. Peinte dans des tons pâles et la tête baissée, elle se tient, telle une figure anonyme, dans un espace gris non identifiable. Le choix de la prise de vue ainsi que sa restitution laissent penser que Richter, à un tournant de sa vie personnelle, est en quête de distance émotionnelle.

S. mit Kind, 1995
[S. et enfants | S. with Child]
Huile sur toile | Oil on canvas
Hamburger Kunsthalle,
Ces images intimes de la nouvelle épouse de Richter, Sabine, allaitant leur premier enfant, Moritz, proposent une exploration contemporaine du thème universel de la mère et l'enfant. Richter évoque souvent sa propension à « détruire » un motif, à tempérer la perfection. Dans cette série de huit tableaux, il a délibérément créé des << images douces, d'autres audacieuses », comme on pourrait en trouver dans une œuvre musicale. « J'en ai estompé et gratté (une) plus parcimonieusement... dans une tentative de créer un motif kitsch de type Salon en conjuguant le ringard et le sentimental

Abstraktes Bild, 1990
[Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection.
Outre les cycles de grands tableaux abstraits qui dominent dans la peinture de Richter à la fin des années 1980, de plus petits tableaux isolés voient régulièrement le jour, qui se distinguent par leur singularité. Parmi eux cette toile, où les couches de peinture sont si délicatement appliquées qu'aucune ne prend le dessus et que la polyphonie est intacte. Ouverte et ne montrant aucune direction, la peinture accomplit ici ce que Richter espérait de l'abstraction - un tableau sans principe ni dogme, sans intention ni fondement théorique, qui naît du seul processus pictural au cours duquel la concentration du peintre se porte sur ce qu'il ne sait pas ni ne connaît

Chicago, 1992
Huile sur toile | Oil on canvas
Walker Art Center, Minneapolis. Gift of Martha and Bruce Atwater, 2022
1983-2008
SUR PAPIER
Pour Richter, le dessin est une méthode de travail que l'on ne peut soumettre à un processus contrôlé ; le dessin improvisé est l'antithèse de la peinture. Dans les années 1980, l'artiste dessine régulièrement; en 1999, une série de 45 dessins vient achever ce travail. La rétrospective présentée la même année au Kunstmuseum de Winterthur fait connaître ces œuvres pour la première fois.
Les dessins montrent des mouvements linéaires issus de l'écriture, qui se transforment en surfaces structurées et estompées, en paysages suggestifs. Malgré sa force expansive, le dessin se déploie dans un petit format tel qu'il convient à l'enregistrement direct. Outre les dessins, des aquarelles colorées voient le jour.
Le va-et-vient spontané entre création maîtrisée et surgissement incontrôlable est une méthode que Richter utilisera plus tard pour exécuter ses tableaux. Si elles sont rares à voir le jour dans les années 1990, ces œuvres trouvent un écho dans des travaux à l'huile sur papier et sur photographies. Il est question, dans les photographies surpeintes [overpainted photographs], du rapport qu'entretiennent la reproduction photographique et le matériau pictural, de leur correspondance formelle et chromatique ou de leur disparité, du caractère privé des prises de vue instantanées, neutralisées par l'application de la peinture.

17.3.86, 1986
Huile sur papier | Oil on paper
Kunst Museum Winterthur, Schenkung des Galerievereins, 1997

Gerhard Richter, Cologne, 2006
Hubert Becker
1992-1999
MOMENTS DE RÉFLEXION
En 1996 naît la fille de Richter, Ella Maria, et la jeune famille donne à sa vie une nouvelle impulsion; ils s'installent dans une nouvelle maison avec atelier dans le quartier de Hahnwald, à Cologne. Richter conserve son atelier au cœur de la ville afin de pouvoir travailler simultanément à différents groupes d'oeuvres. Désormais, l'artiste ne peint plus de tableaux abstraits isolés, mais des cycles qui se caractérisent par leur structure et leur tonalité propres. Ces oeuvres puissantes font pendant à des tableaux intimes peints d'après des photographies, dont le premier autoportrait. Empruntés à la vie quotidienne, des sujets d'aspect insignifiant sont autant de métaphores du regard mélancolique que Richter porte sur la réalité.
Durant ces années, les distinctions officielles s'accumulent: en 1997, Richter reçoit le Lion d'Or de la 47 Biennale de Venise; la même année, il est récompensé par le Praemium Imperiale pour la peinture à Tokyo. En 1999, Richter exécute le tableau monumental Schwarz, Rot, Gold [Noir, Rouge, Or) pour le palais du Reichstag à Berlin. La décennie est couronnée par la rétrospective « Forty Years of Painting »[Quarante ans de peinture] que le Museum of Modern Art de New York présente à l'occasion du 70° anniversaire de l'artiste ; l'exposition est ensuite montrée à Chicago, San Francisco et Washington

Lesende, 1994 [Femme lisant | Reader]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection SFMOMA. Purchase through the gifts of Mimi and Peter Haas and Helen and Charles Schwab, and the Accessions Committee Fund: Barbara and Gerson Bakar, Collectors Forum, Evelyn D. Haas, Elaine McKeon, Byron R. Meyer, Modern Art Council, Christine and Michael Murray, Nancy and Steven Oliver, Leanne B. Roberts, Madeleine H. Russell, Danielle and Brooks Walker, Jr., Phyllis C. Wattis, and Pat and Bill Wilson
Cette peinture tendre de sa nouvelle compagne, Sabine Moritz, évoque un Vermeer par l'intense concentration de la figure féminine isolée, totalement absorbée dans une activité ou une tâche personnelle. Elle est sereine et ne se sait pas observée, éclairée par une lumière venant d'en haut et de l'arrière. Richter reconnaît l'écho à Vermeer dans le tableau fini, mais n'en avait pas conscience pendant l'exécution de l'œuvre.

Abstraktes Bild, 1999 [Tableaux abstraits | Abstract Paintings]
Huile sur Alu-dibond | Oil on Alu Dibond
Huile sur lin | Oil on linen
Collection particulière | Private collection

Abstraktes Bild, 1999 [Tableaux abstraits | Abstract Paintings]
Huile sur Alu-dibond | Oil on Alu Dibond
Huile sur lin | Oil on linen
Collection particulière | Private collection
Cette série de huit peintures abstraites a été peinte sur aluminium, à l'exception de la dernière, qui est sur lin. L'utilisation de supports en aluminium contribue à leur présence matérielle et influence la manière dont
la lumière, la brillance et la texture interagissent, en particulier avec les outils et procédés préférés de Richter: le racloir et la superposition de couches picturales. Renforcées par leur format modeste, elles marquent une approche lyrique de l'abstraction dans l'œuvre de Richter: chaque peinture peut être considérée comme un «< chapitre » d'une séquence visuelle ou d'un récit

Schnee, 1999 [Neige | Snow]
Huile sur toile | Oil on canvas Museum Frieder Burda, Baden-Baden

Gehöft, 1999 [Ferme | Farm]
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection
Plusieurs tableaux de Richter témoignent de ses séjours réguliers en Engadine (Suisse). Les représentations de la nature hivernale ne montrent pas le paysage grandiose, elles expriment plutôt le doute et la prise de distance vis-à-vis du monde. À la ferme retirée fait face le taillis confus des branches figuré dans le tableau Schnee [Neige]; l'expérience du froid et du silence est traitée de manière tantôt prosaïque, tantôt lyrique. L'atmosphère mélancolique de ces peintures d'aspect sobre annonce les tableaux abstraits blancs de la décennie suivante.

Selbstportrait, 1996
[Autoportrait | Self-Portrait]
Huile sur lin | Oil on linen
The Museum of Modern Art, New York. Gift of Jo Carole and Ronald S. Lauder and Committee on Painting and Sculpture Funds, 1996
Richter s'était souvent intéressé à l'autoportrait, d'une part à travers des mises en scène photographiques pleines d'auto-dérision réalisées à l'atelier, d'autre part dans le portrait d'artiste classique exécuté avec Palermo (galerie 1). Lorsqu'en 1996 il peint son premier autoportrait, il ne se montre pas sous les traits de l'artiste parvenu au sommet de sa carrière. L'autoportrait reposant sur une photographie, le modèle ne croise pas le regard du spectateur mais regarde plutôt quelque chose d'indéterminé. C'est la question du peintre vieillissant se demandant «< comment concilier ces deux faits: vivre avec un passé qui ne cesse de s'allonger et se préoccuper de celui qui, en réalité, n'est plus, mais qui bien sûr [lui] ressemble aussi beaucoup... ».

2001-2013
NOUVELLES PERSPECTIVES EN PEINTURE
Richter se voit confier, en 2002, la conception d'un vitrail pour le transept sud de la cathédrale de Cologne, mission qui le mène à de nouvelles experimentations. Les cycles Silikat [Silicate] et Cage une fois achevés, il entreprend d'explorer le verre et fait exécuter des œuvres qu'il conçoit mais qu'il ne réalise pas lui-même en tant que peintre. Pour concevoir le vitrail de la cathédrale, inauguré en 2007, Richter a recours à des procédés aléatoires déterminant la répartition des couleurs - méthode qui le conduit, à travers les variations de 4900 couleurs disposées de manière aléatoire, à expérimenter les peintures laques sous verre, dont le flux est en grande partie déterminé par le hasard.
En 2006 naît Theodor, le fils cadet de Richter; les années suivantes, il peint son portrait, ainsi que celui d'Ella. Avec le groupe des tableaux abstraits blancs, l'artiste approche du silence pictural. Il abandonne alors pour plusieurs années la peinture et se consacre, outre les travaux sous verre, à la conception de tableaux reposant sur des procédés numériques, les Strip, dans lesquels le hasard joue encore un rôle
central.
Inauguré en 2006 aux Staatliche Kunstsammlungen à Dresde, le Gerhard Richter Archiv jette les bases du travail de documentation et de recherche consacré à l'œuvre de Richter. En 2011-2012, une nouvelle rétrospective itinérante est présentée à Londres, Berlin et Paris.

Silikat, 2003 [Silicate]
Huile sur toile | Oil on canvas
Silikat (885-1), (885-2), (885-3):
Erworben 2007 mit Unterstützung des Landes Nordrhein-West- falen, der Kunststiftung NRW, der Kulturstiftung der Länder, der Freunde der Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen und der Ernst von Siemens Kunststiftung
Silikat (885-4):
Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf
Pour les quatre tableaux de la série Silikat [Silicate], Richter utilise la photographie d'une molécule de silicate, l'élément le plus répandu à la surface de la terre. Il l'agrandit de manière à rendre visible la forme moléculaire et en peint quatre versions, faisant varier de l'une à l'autre le degré de netteté. Les tableaux ne sont rien d'autre que des reproductions d'un fragment de la réalité, mais le flou laisse progressivement paraître la structure abstraite. Comme le montrent ces tableaux, la peinture fait de la reproduction photographique une composante du réel.

Cage (1), 2006
Huile sur toile | Oil on canvas Collection particulière | Private collection
Les six tableaux de ce groupe ont été peints simultanément et non à la suite. Des photographies prises à l'atelier pendant leur exécution montrent des bandes de peinture puissamment étalées à larges coups de brosse avant que le racloir ne soit passé sur la toile pour révéler, de manière aléatoire, les couches sous-jacentes. Le hasard a toujours joué un rôle important dans le processus pictural de l'artiste. Richter admire beaucoup le compositeur John Cage, dont la musique est également façonnée par le hasard. Le titre, ajouté après l'achèvement du cycle, est un hommage au musicien


September, 2005 [Septembre]
Huile sur toile | Oil on canvas The Museum of Modern Art, New York. Gift of the artist and Joe Hage, 2008
Peinte quatre ans après les attentats, cette toile représente les tours jumelles du World Trade Center à New York le 11 septembre 2001. Pour Richter, l'image des tours en feu est devenue un symbole du fanatisme. « Peu importe la façon dont on le décrit - croyance, conviction, idéologie, plan ou vision, selon le point de vue de chacun -, cela aboutit toujours à une image du réel. Ce qui me fascine et me choque, bien sûr, c'est que cette capacité d'imagination, qui a tant de pouvoir, qui peut déclencher une telle passion et nous pousser à accomplir des choses incroyables, peut aussi conduire aux crimes les plus terribles »

4900 Farben, 2007 [4900 couleurs | 4900 Colors]
Laque sur Alu-dibond | Lacquer on Alu Dibond Fondation Louis Vuitton, Paris
Pour réaliser le vitrail destiné à la cathédrale de Cologne, Richter s'est tourné vers les nuanciers qu'il avait créés au début des années 1970. Il utilisa de nouveau un procédé aléatoire pour répartir les carrés de couleur sur la surface. Dans 4900 Farben [4900 couleurs], il poursuivit cette démarche en définissant, à travers une série de règles, le cadre de ce jeu de hasard. L'ensemble du tableau se compose de 196 planches contenant chacune 25 carrés de couleurs différentes, qui ne sont pas peints à la main mais recouverts d'une couche de laque industrielle. Au tableau complet se substituent différentes possibilités de combiner les planches; les tableaux ainsi obtenus, de plus petit format, peuvent être accrochés les uns à côté des autres

6 stehende Scheiben, 2002-2011 [6 panneaux verticaux 6 Standing Panes]
Construction en verre et acier | Glass and steel construction Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris
Les vitres transparentes et réfléchissantes ont fasciné Richter au fil des ans. Afin d'examiner l'impression produite par les surfaces prétendument transparentes, il commence vers l'an 2000 à accrocher devant le mur, au moyen de fixations en métal, des plaques de verre se substituant aux miroirs. Il fait bientôt poser plusieurs panneaux de verre les uns derrière les autres ; les
fixations laissent la place à des structures métalliques destinées à installer les panneaux dans l'espace. Si le regard à travers les vitres ne montre rien, la réalité se déployant derrière elles se voit transformée par leur disposition échelonnée. Comme dans les tableaux de Richter, tout ce qu'il y a à voir devient apparence.

Waldhaus, 2004
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection
La maison dans la forêt est un topos du romantisme allemand. La forêt s'étend ici sur les deux tiers de la surface picturale et la maison, figurée si près du bord droit de l'image, n'est plus guère visible. Située à côté du bois sombre, impénétrable, l'habitation échappe à la vue du regardeur. Cependant, la nature n'est pas sublimée comme elle l'est dans la peinture romantique - la nature qui, selon Richter, « ne connaît ni sens, ni clémence, ni pitié, parce qu'elle ignore tout >>.

Abstraktes Bild, 2009 [Tableau abstrait | Abstract Painting]
Huile sur toile | Oil on canvas
The George Economou Collection
Richter n'a cessé de créer des groupes de tableaux abstraits frôlant la monochromie, ainsi les tableaux rouges du début des années 1990. Vers 2006, la couleur blanche passe au premier plan dans des tableaux abstraits de plus petit format. En 2009, enfin, l'artiste peint une série de grands tableaux qu'il recouvre d'une ultime couche de peinture blanche, semblant mettre un point final symbolique à cette forme de peinture. Pendant les années qui suivent, en effet, Richter se consacrera presque exclusivement à d'autres manières de créer des tableaux.

Ella, 2007
Huile sur toile | Oil on canvas
Collection particulière | Private collection
Le portrait de la fille cadette de Richter, Ella, se distingue des trois portraits de Betty. Photographiée lors d'un trajet en train, la jeune fille est absorbée dans la lecture. Elle ne regarde pas le photographe ni ne pose pour lui. Elle est montrée en vue frontale mais son visage et ses yeux, concentrés et paisibles, sont baissés vers le livre, invisible au spectateur. Son visage est encadré par la lueur rose du pullover et par le ton chaud rouge brun de l'appuie-tête ; ces deux éléments créent un cadre intime qui entoure et souligne la fragilité de la figure, comparable à celle de Femme lisant exposée en galerie 7

Strip, 2011
Impression numérique sur papier entre aluminium et Perspex (Diasec) | Digital print on paper
between aluminum and Perspex (Diasec) Fondation Louis Vuitton, Paris
Après les tableaux abstraits blancs, Richter, pour quelques années, abandonne la peinture et se consacre à d'autres manières de créer des tableaux. Partant, sur le mode ludique, de l'image miroir d'une reproduction numérique d'un tableau abstrait (accroché en galerie 5), il met au point un processus rigoureusement défini : «<divided, mirrored, repeated » [divisé, reflété, répété]. Il parvient ainsi à une division verticale du tableau, répétée 4096 fois, faisant apparaître une suite de pixels de couleur. Richter fit fabriquer numériquement, au moyen d'imprimantes à jet d'encre, des tableaux qui, suivant cette succession de couleurs, se composent de fines lignes horizontales. La dissolution d'un tableau donne ainsi naissance à de nouvelles images, imprévisibles, dont l'effet chromatique est à la fois fascinant et troublant

Strip, 2011
Impression numérique sur papier entre aluminium
et Perspex (Diasec) | Digital print on paper between aluminum and Perspex (Diasec) Fondation Louis Vuitton, Paris

Flow, 2013
Laque à l'arrière d'une vitre montée sur Alu-dibond Lacquer on glass mounted on Alu Dibond
Fondation Louis Vuitton, Paris
L'exploration du verre conduit Richter à des expériences picturales. Il verse de la laque sur une plaque de plexiglas et manipule, à l'aide d'une spatule et d'un pinceau, l'écoulement fortuit de la peinture. Puis il choisit un fragment, pose une plaque de verre dessus, isolant et fixant ainsi la configuration chromatique. S'il efface l'effet tactile de la peinture, le verre donne aux couleurs une intensité extraordinaire. Dépourvues de profondeur, elles se dotent, derrière le verre, d'une présence extrême. Surgissent des impressions de phénomènes naturels, de paysages sous-marins, d'un monde qui n'a pas été inventé par un peintre mais créé par des procédés impersonnels
2022-2025
POURSUIVRE LE TRAVAIL
Depuis qu'il a déclaré avoir achevé son œuvre peint, Richter se consacre au dessin et aux œuvres qu'il conçoit pour l'espace public. En 2016 est inauguré sur l'île japonaise de Toyoshima un pavillon abritant une installation de quatorze panneaux de verre. En 2018, une installation composée de miroirs gris et d'un pendule est inaugurée dans l'église dominicaine de Münster, suivie, en 2025, de deux grands reliefs exécutés dans un édifice de Norman Foster à New York.
Au lieu de travailler sur le mur, Richter travaille désormais à son bureau. Chaque dessin est daté, ce qui permet de suivre leur processus de création. L'exécution n'est pas continue; créés en l'espace de quelques jours ou semaines, des groupes apparaissent.
Dans ces nouvelles œuvres dessinées, Richter explore les mécanismes et les possibilités du médium. Il utilise les lignes, le frottage ou les zones ombrées et expérimente des techniques inédites. Le mouvement inconscient de la main occupe une place plus importante que jamais. S'ajoute parfois de l'encre colorée que Richter s'amuse à laisser goutter sur le papier afin de se laisser porter par les configurations fortuites et de les reproduire au moyen d'une règle, d'un compas ou d'autres instruments.
Gerhard Richter vit et travaille à Cologne.

28.7.2023, 2023
Technique mixte sur papier | Mixed media on paper Collection particulière | Private collection
Une intruse : Katharina Grosse

28.7.2023, 2023
Technique mixte sur papier | Mixed media on paper Collection particulière | Private collection
Canyon, 2022
Acrylique sur aluminium | Acrylic on aluminum 14,5 x 5,7 x 9 m
3,7 tonnes
Depuis la fin des années 1990, Katharina Grosse réalise des œuvres in situ à grande échelle en pulvérisant de la couleur pure. Ses interventions souvent spectaculaires et brillamment colorées explorent les potentialités de l'espace, bien au-delà des limites d'un châssis ou d'une toile, en embrassant les sols, les murs, les plafonds et tous les éléments présents afin de créer des paysages picturaux à plusieurs dimensions. Ici, l'artiste a réalisé une intervention spécifique conçue dans un dialogue étroit avec le bâtiment et son architecte Frank Gehry. Composé de huit « pétales en aluminium de 5 mm d'épaisseur reliés à une traverse, Canyon répond aux façades de verre du bâtiment, à ce navire amarré à une cascade. Avec ses courbes et contre-courbes, telle une voile découpée, l'œuvre défie la gravité dans un dialogue tout en tension avec l'architecture






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