
Paul Huet en son temps
À l'occasion de la réouverture du musée après rénovation, et en écho au nouveau parcours des collections permanentes, le musée de la Vie romantique rend hommage à Paul Huet (1803-1869), proche d'Ary Scheffer - qui vécut dans cette maison-atelier, et à sa passion pour les ciels. Contemporain d'Eugène Delacroix, admirateur des peintres anglais du début du siècle, Huet a su, bien avant les impressionnistes, libérer la peinture de paysage de la rigueur académique pour lui insuffler l'énergie de la nature vivante. Face au ciel, il cherche à traduire l'émotion et à rendre perceptibles le mouvement de l'air, la lumière d'un orage ou la clarté d'une accalmie.
Grâce à une cinquantaine d'œuvres, cette présentation retrace le parcours d'un artiste libre, grand voyageur, autodidacte, à la fois romantique et contemporain des peintres réalistes. Elle replace aussi son travail dans le développement du paysage au xix siècle, aux côtés de figures majeures telles que Théodore Rousseau, Camille Corot, Eugène Boudin, qui ont fait du ciel un véritable langage poétique. En suivant la vie du peintre, l'exposition vous invite dans un parcours décliné en cinq sections: À la découverte du paysage», «Paul Huet: le ciel, une passion précoce», «Dans l'arène des expositions officielles, Le ciel dans tous ses états» et «Le ciel transfiguré".

Achille Bénouville (Paris, 1815 - Paris, 1891)
Adam et Ève, chassés du Paradis terrestre par un ange armé d'une épée flamboyante
1841
Huile sur toile
Besançon, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie
<<<Nous n'aurons garde d'oublier M. Bénouville, qui a peint une Vue du Paradis terrestre, au moment où l'ange du Seigneur en chasse Adam et Ève. Ce tableau, qui a déjà figuré au concours de l'École des beaux-arts, et qui a valu à son auteur de justes éloges, est d'une composition assez simple, trop simple même; [...] mais, considéré comme site naturel, il remplit toutes les conditions d'un bon paysage; les arbres, surtout, y sont rendus avec beaucoup de vérité dans leurs moindres détails>> (C. Vila, L'Indépendant, 28 avril 1842).

Jean-Victor Bertin (Paris, 1767 - Paris, 1842)
Paysage, environs de Ronciglione
1808
Huile sur toile
Nantes, musée d'Arts
Entré à l'Académie royale de peinture en 1785, Jean-Victor Bertin suit l'enseignement du paysagiste Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819). Par ses écrits et ses œuvres, ce dernier cherche à revaloriser le paysage, défendant notamment l'idée du paysage-portrait >>> et l'importance d'étudier un même motif à différents moments de la journée. Bertin reprend les principes de son maître et participe à la promotion du paysage comme genre noble. Il est encouragé, par exemple, par un critique anonyme du Journal de Paris du 11 novembre 1796, qui lui recommande de "ne prendre pour maître que la nature, qui ne donne point de manière."

Xavier de Maistre
(Chambéry [Savoie], 1763 - Saint-Pétersbourg [Russie], 1852)
Paysage d'Italie
Vers 1830
Huile sur toile
Chambéry, musée des Beaux-Arts
Né en Savoie - alors indépendante et devenue française en 1860 seulement -, Xavier de Maistre s'oppose aux idéaux révolutionnaires de 1789. Il prend les armes aux côtés des Sardes puis des Russes. Une fois la paix rétablie, il se consacre à la peinture et ouvre une académie à Moscou avant de rejoindre de nouveau l'état-major russe contre Napoléon. Blessé, il séjourne en Italie puis regagne Moscou. Les tableaux qu'il envoie au Salon parisien, fidèles à la tradition académique, lui valent alors de sévères critiques.
À la découverte du paysage
Longtemps, la peinture de paysage a été considérée comme un genre mineur, simple décor dépourvu de véritable sujet. À la fin du 18eme siècle, sous l'impulsion du peintre Pierre-Henri de Valenciennes et de ses publications, la pratique du paysage évolue et attire l'attention d'un nombre croissant d'artistes. En 1816, grâce à son influence, l'Académie des beaux-arts crée le prix de Rome de paysage historique. Organisé tous les quatre ans, ce concours reflète l'enseignement de l'École des beaux-arts et les traités alors en vigueur, qui imposent des compositions très codifiées. Ces règles strictes d'intégration obligatoire d'un sujet historique ou mythologique, structure du paysage normée, usage des couleurs défini - sont de plus en plus perçues comme un frein à l'invention. Jugé trop rigide, le prix est finalement supprimé en 1863.
Plusieurs événements contribuent également à faire évoluer la peinture de paysage. Les artistes découvrent d'abord la peinture anglaise - celle de Constable, Turner ou Bonington -, admirée pour sa lumière et sa spontanéite bien avant sa présentation remarquée au Salon de 1824. Par ailleurs, les artistes dits « réalistes>> s'éloignent des traditions académiques et proposent une nouvelle approche de la représentation de la nature. Ils travaillent sur le motif, directement face au paysage, et s'inspirent des observations scientifiques sur la lumière et les phénomènes atmosphériques

Achille Bénouville
(Paris, 1815 Paris, 1891)
Vue prise entre Ariccia et Genzano; environs de Rome
1853
Huile sur toile
Rouen, musée des Beaux-Arts
Achille Bénouville entre à l'École des beaux-arts de Paris en 1837 et se classe deuxième au concours pour le prix de Rome de paysage historique. Il se rend en Italie à plusieurs reprises avant d'y séjourner comme pensionnaire de l'Académie de France à Rome, à partir de 1843. Il continue d'envoyer régulièrement ses tableaux au Salon depuis la villa Médicis. Ce tableau demeure fidèle aux principes du paysage historique, un genre alors encore enseigné mais de plus en plus contesté, qui disparaît progressivement de la hiérarchie académique après les années 1860.

Théodore Caruelle d'Aligny
(Chantenay-Saint-Imbert [Nièvre], 1798 - Lyon, 1871)
Paysage de Fontainebleau
Sans date
Huile sur bois
Beauvais, MUDO, musée de l'Oise
Formé auprès des maîtres les plus réputés de son époque, Théodore Caruelle d'Aligny complète sa formation par un séjour en Italie, de 1822 à 1827. De retour à Paris, il fait partie des découvreurs de la forêt de Fontainebleau. Cette forêt joue un rôle majeur dans le renouveau du paysage au xix siècle. Sa diversité naturelle en fait un véritable atelier en plein air où les artistes peignent directement sur le motif, explorent la lumière et l'atmosphère d'un lieu réel. Les critiques saluent la capacité de Caruelle d'Aligny à peindre << le ciel parfaitement vrai de ton, d'aspect et même de légèreté»

Paul Flandrin (Lyon, 1811 – Paris, 1902)
Dans les bois, automne
1853-1855
Huile sur toile
Lyon, musée des Beaux-Arts
Lyonnais arrivé jeune à Paris, Paul Flandrin entre à l'École des beaux-arts en 1829 et devient l'élève de Jean-Auguste Dominique Ingres. Candidat malheureux au prix de Rome, il découvre néanmoins la Ville éternelle, en 1832, en compagnie de son frère Hippolyte, lauréat du concours. Il demeure longtemps fidèle à la tradition académique du paysage historique. Cette œuvre, à la composition classique et rigoureuse, animée de minuscules personnages, illustre pleinement cet idéal d'un paysage ordonné, porteur d'une dimension intellectuelle et narrative.

Détail de l'oeuvre précédente


Eugène Delacroix
(Charenton-Saint-Maurice [Val-de-Marne], 1798 Paris, 1863)
L'Étang [de Beauregard au Louroux, en Touraine]
1822
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, collection Musée national Eugène-Delacroix (inv. MNR 232)
Ami fidèle de Paul Huet depuis leurs débuts dans l'atelier de Pierre-Narcisse Guérin, Eugène Delacroix reste proche de lui tout au long de sa carrière. Sans être un paysagiste, Delacroix, installé à Champrosay à partir de 1844 et sensible à l'influence des peintres anglais, multiplie alors les études de paysage. Celles-ci prennent une place croissante dans son œuvre et nourrissent profondément ses peintures des années 1850.

John Constable
(East Bergholt [Suffolk, Angleterre], 1776 Hampstead [Londres], 1837)
Vue de Hampstead Heath, effet d'orage, dit aussi: L'Étang de Branch Hill à Hampstead
Vers 1822
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Au Salon de 1824, où la présence des peintres anglais attire fortement l'attention de la critique, trois tableaux de John Constable sont retenus par le jury parisien. L'un d'eux représente Hampstead Heath, le parc de Londres où l'artiste a établi sa résidence d'été depuis 1819. C'est là qu'il réalise ses premières études de nuages, qui occupent une place essentielle dans son œuvre. Cette vue de Hampstead, saisie sous un ciel d'orage, appartient ainsi à une série de compositions similaires où seul le ciel connaît des variations majeures.

Richard Parkes Bonington (Arnold [Royaume-Uni], 1801 – Londres, 1828)
La Giudecca, à Venise
1826
Huile sur carton
Paris, Fondation Custodia, collection Frits Lugt
Richard Parkes Bonington et Paul Huet se rencontrent à Paris, en 1820, dans l'atelier d'Antoine-Jean Gros. Ils demeurent proches jusqu'au décès prématuré du peintre anglais, en 1828. Dès 1822, Bonington expose au Salon. Ses œuvres, exécutées à larges coups de brosse et dans une gamme restreinte de couleurs, ne séduisent pas les critiques parisiens. Auguste Jal, par exemple, écrit: <<<Ses tableaux ont, vu de quelques pas, l'accent de la nature; mais ce ne sont, à vrai dire, que des ébauches.>>>

Alexis Nicolas Noël (Clichy-la-Garenne [Hauts-de-Seine], 1792 - Paris, 1871)
Hospice du Grand Saint-Bernard par un temps de dégel, dit aussi: Le Col du Grand Saint-Bernard
1835
Huile sur toile
Chambéry, musée des Beaux-Arts
Élève de son grand-père Alexandre Jean Noël et de Jacques-Louis David, Alexis Nicolas Noël expose sur les cimaises officielles dès l'âge de 14 ans. À partir de 1817 - il a alors 25 ans et ne participe plus au Salon que de manière épisodique -, les sujets qu'il présente semblent s'inspirer d'événements de sa vie militaire. Tel est le cas de ce tableaur représentant le col du Saint-Bernard, dans les Alpes, devenu un motif en vogue depuis le passage de Bonaparte et la célèbre peinture que David lui a consacrée en 1801.

Détail de l'oeuvre précédente.

Jean-Bruno Gassies
(Bordeaux, 1786 - Paris, 1832)
Paysage d'Écosse
1826
Huile sur toile
Autun, musée Rolin
Formé à Bordeaux puis à Paris, Jean-Bruno Gassies séjourne à plusieurs reprises en Angleterre: d'abord comme prisonnier, durant les guerres napoléoniennes, puis comme voyageur. À partir du salon de 1822, il présente plusieurs œuvres inspirées de ces séjours. La critique salue la vigueur et l'éclat de sa couleur, ainsi que l'ampleur de sa touche. Elle y perçoit l'influence du paysagiste britannique John Constable, particulièrement sensible dans ses premiers plans, et dont Gassies reprend la manière volontairement sauvage et singulière

Jean-Baptiste Deperthes (Saint-Hilaire, 1761 - Reims, 1833)
Le tombeau de Werther, effet de nuit
Sans date
Huile sur toile
Reims, musée des Beaux-Arts
Le sujet de ce tableau s'inspire du roman épistolaire de Goethe, Les Souffrances du jeune Werther, publié en 1774 et considéré comme un texte fondateur du romantisme.
Jean-Baptiste Deperthes y transpose la fin tragique de son héros. À l'écart d'une église et d'un cimetière consacré, sous une lune voilée par de sombres nuages, s'étend un paysage silencieux dominé par un lac immobile.
Isolé sur la droite, le monument funéraire de Werther se détache dans un halo lumineux, révélant aussi la présence de Charlotte, cause innocente du geste désespéré du jeune homme.

Détail de l'oeuvre précédente
Paul Huet: le ciel, une passion précoce
Entre 1813 et 1816, alors qu'il rend visite à un ami sur l'île Seguin, située sur la Seine, entre les villages de Boulogne et de Sèvres, Paul Huet rencontre le peintre Jean Julien Deltil, qui y possède un atelier. Ancien élève de Jacques-Louis David, Deltil lui donne ses premiers conseils et l'accompagne pour peindre la nature et les ciels de la banlieue parisienne. Parallèlement, Huet tente une formation plus académique auprès de deux autres élèves de David, Pierre-Narcisse Guérin et Antoine-Jean Gros, avec lesquels les relations restent houleuses. Il préfère finalement rejoindre l'Académie Suisse, un atelier libre très fréquenté par les jeunes artistes. C'est là, au début des années 1820, qu'il rencontre Eugène Delacroix, dont il devient un ami proche. Il se lie aussi avec le peintre anglais Richard Parkes Bonington, dont l'influence sur lui sera déterminante.
Dès ses débuts, Huet choisit de se consacrer à la peinture de paysage. Au musée du Luxembourg, ouvert en 1818 et consacré aux artistes vivants, comme sur les cimaises du Salon parisien, il découvre les œuvres de ses contemporains: des paysages d'invention, inspirés d'une Italie idéalisée, mais aussi des vues nouvelles tirées de sites pittoresques français et de situations météorologiques extrêmes. Ces découvertes contribuent à orienter son regard vers un paysage plus libre, vivant et expressif

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Le Plateau des Bruyères, à Sèvres
Sans date
Huile sur bois
Sceaux, musée du domaine départemental de Sceaux
Paul Huet se forme auprès de deux élèves de Jacques-Louis David, Pierre-Narcisse Guérin et Antoine-Jean Gros. C'est pourtant aux côtés d'un autre disciple de David, moins connu, le paysagiste Jean Julien Deltil, qu'il peint en plein air ses premières esquisses. Installé sur l'île Seguin, sur la Seine, entre les villages de Boulogne et de Sèvres, à l'ouest de Paris, il prend pour motifs les sites environnants, qu'il compose avec simplicité et sur lesquels se déploie souvent un ciel tourmenté.

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Une mare près de la Glacière, au crépuscule, dit aussi: Le Val-de-Grâce au crépuscule
1821
Huile sur carton
Sceaux, musée du domaine départemental de Sceaux
Lorsqu'il ne travaille pas auprès de Jean Julien Deltil, Paul Huet brosse rapidement des vues du Paris pittoresque, et notamment du quartier de la Glacière. Dans cette zone alors encore campagnarde du futur Paris, coule la rivière Bièvre. Prise par les glaces en hiver, elle était découpée en blocs conservés dans des puits, d'où le nom attribué au quartier.
Dans ses esquisses, Huet accorde une large place aux ciels, saisis d'après nature, de véritables «paysages-portraits», au sens du peintre Pierre-Henri de Valenciennes.

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Les Moulins près de la Glacière
Vers 1820
Huile sur carton
Sceaux, musée du domaine départemental de Sceaux

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Bords de la Seine à la barrière de la Cunette, près du Champ-de-Mars
1820
Huile sur carton
Sceaux, musée du domaine départemental de Sceaux

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Vue générale de Rouen, prise du Mont-aux-Malades
1831
Huile sur toile
Rouen, musée des Beaux-Arts
Le Salon de 1833 constitue pour les peintres une épreuve difficile: un quart des œuvres présentées sont refusées, malgré une session de révision des décisions du jury. Paul Huet y envoie sept peintures et deux dessins: seules six peintures sont finalement acceptées, dont quatre d'emblée et deux après réexamen. La première, inscrite au livret, est cette vue de Rouen qui lui vaut de nombreuses louanges, notamment de son ami Gustave Planche: <<<M. Huet prétend avant tout et surtout à l'impression, à l'émotion poétique. >>>
Dans l'arène des expositions officielles
Accepté à l'École des beaux-arts, Paul Huet ne s'adapte guère à l'enseignement académique et, faute d'un prix de Rome pour lancer sa carrière, peine à se faire admettre aux expositions officielles. Lorsqu'il tente sa chance, en 1827, il envoie sept peintures: une seule est acceptée, et il est probable qu'elle n'ait même pas été accrochée. Il lui faut ensuite convaincre des journalistes toujours prêts à défendre des peintres plus respectueux de la tradition, de Charles de Laberge à Louis Cabat. À partir de 1831, cependant, des critiques aussi influents que Gustave Planche et Théophile Gautier lui consacrent des articles élogieux. Le peintre reçoit en outre l'appui du prince Ferdinand-Philippe d'Orléans, fils du roi Louis-Philippe, qui commence à acheter ses tableaux à partir de 1834.
À cette époque, l'Italie attire moins les artistes. Sur les cimaises du Salon, les paysages français gagnent en importance: brumes, nuages et vapeurs remplacent le bleu idéal des ciels classiques. Ces effets météorologiques, particulièrement propices à l'expression romantique, correspondent à la sensibilité de Huet.
Au cours des années 1830, Huet voyage beaucoup, en Auvergne, dans les Pyrénées, jusqu'au comté de Nice et en Italie. En 1834, il expose de grandes eaux-fortes qui frappent par leur taille et leur intensité. La critique admire autant les couleurs lumineuses de ses ciels méditerranéens que la force dramatique du noir et blanc de ses gravures.

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Le Château d'Arques-la-Bataille, dit aussi: Vue de la vallée du château d'Arques, près de Dieppe
1839
Huile sur toile
Orléans, musée des Beaux-Arts
En 1829, Paul Huet peint une vue panoramique de la ville et du château d'Arques, de plus de treize mètres. Présentée à Paris, dans le Diorama Montesquieu, cette œuvre disparaît dans un incendie, en 1835. À plusieurs reprises ensuite, il pose de nouveau son chevalet sur ce site, jusqu'à ce qu'une commande du ministère de l'Intérieur l'incite à peindre ce tableau, exposé au Salon de 1840. Les critiques saluent la qualité de l'atmosphère et du ciel, évoquant un air vif et purifié. Certains parlent de «naturisme», terme encore imprécis qui marque une étape intermédiaire entre le réalisme paysager et l'émergence future du naturalisme

Détail du tableau précédent

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Vue générale d'Avignon et de Villeneuve-lès-Avignon, prise de l'intérieur du fort Saint-André, dit aussi: Avignon, vue sur les anciens remparts
1834
Huile sur toile
Cahors, musée Henri-Martin
<<<Sa Vue générale d'Avignon est en ce genre son chef-d'œuvre: sans parler de la perspective aérienne sur laquelle il serait possible de lui chercher noise avec justice, nous lui demanderons s'il a vu dans la nature tous ces tons rouges, jaunes et violâtres qui diaprent son tableau en tous sens, qui tombent sur la toile, qui enveloppent les édifices, chargent le ciel de leurs lourdes teintes et font de ce grand paysage un véritable chaos, un débris de roche calcaire! C'est pitié!» (Hilaire Léon Sazerac, Lettres sur le Salon de 1834, Paris, Delaunay, 1834, p. 229-230

Georges Michel (Paris, 1763 - Paris, 1843)
Villages et moulins sous un ciel orageux, dit aussi: Moulins à Montmartre
Sans date
Huile sur papier marouflé sur toile
Moulins, musée Anne de Beaujeu
<<<Les dessins qui profilent sur le ciel la butte et les moulins sont presque toujours les plus personnels. Michel aimait son Mons Martyrum; son vieux Montmartre, c'était son Acropole et son Parthenon >>> (Alfred Sensier, Étude sur Georges Michel, Paris, Alphonse Lemerre et Durand-Ruel, 1873, p. 71

Claude-Sébastien Hugard de La Tour
(Cluses [Haute-Savoie], 1816 - Paris, 1885)
La Mer de Glace
1862
Huile sur toile
Chambéry, musée des Beaux-Arts
Né à quelques kilomètres du mont Blanc et formé à Genève par François Diday et Alexandre Calame, Claude Sébastien Hugard de La Tour possède tous les atouts pour devenir un peintre de la montagne. À partir de 1844, il présente au public parisien des paysages sublimes, souvent dépourvus de présence humaine. On lui doit également quelques essais de « paysage[s] historique [s] de montagne », comme cette Ascension de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice sur la mer de Glace, le 3 sept. 1860, réalisée en 1861 pour le site ici.

Louis Cabat (Paris, 1812 - Paris, 1893)
L'Étang de Ville-d'Avray
1834
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Après Charles de Laberge, c'est Louis Cabat que la presse compare volontiers à Huet, à partir des années 1830. Lorsque la critique ne les place pas sur un pied d'égalité, elle exprime ses préférences, tantôt pour Huet -- Aussi les hommes d'imagination placent-ils Paul Huet fort au-dessus de Cabat (E. S., La Tribune des départements, 26 avril 1835)-, tantôt pour Cabat-M. Paul Huet [] ferait bien d'emprunter à M. Cabat sa précision et ses contours arrêtés (Alexandre de Saint-Chéron, L'Université catholique, mai 1836

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Vue générale d'Avignon et de Villeneuve-lès-Avignon, prise de l'intérieur du fort Saint-André, dit aussi: Avignon, vue sur les anciens remparts
1834
Huile sur toile
Cahors, musée Henri-Martin
<<<Sa Vue générale d'Avignon est en ce genre son chef-d'œuvre: sans parler de la perspective aérienne sur laquelle il serait possible de lui chercher noise avec justice, nous lui demanderons s'il a vu dans la nature tous ces tons rouges, jaunes et violâtres qui diaprent son tableau en tous sens, qui tombent sur la toile, qui enveloppent les édifices, chargent le ciel de leurs lourdes teintes et font de ce grand paysage un véritable chaos, un débris de roche calcaire! C'est pitié!>> (Hilaire Léon Sazerac, Lettres sur le Salon de 1834, Paris, Delaunay, 1834, p. 229-230

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
L'Escarène, col de Braus (Italie) avec des voleurs
1838
Huile sur toile
Paris, Fondation Custodia, collection Frits Lugt
Durant l'hiver 1838, Paul Huet accompagne son épouse, malade, à Nice. Bien décidé à y travailler, il confie pourtant dans sa correspondance ses difficultés face à la lumière méridionale. Le 27 décembre 1838, il écrit: Je suis tout ébloui de cette lumière si vive et si brillante. Je ne sais si cette nature resplendissante, bien en dehors de mes études et de mes premières affections, convient bien à mon talent. Les œuvres issues de ce séjour, comme celles d'autres voyages à Nice et en Italie, témoignent cependant de sa remarquable capacité à saisir l'intensité des couleurs du sud.

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Sources de Royat (Auvergne), dit aussi: Les Eaux de Royat (Auvergne)
1837
Eau-forte sur papier japon
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
<<<Je sais que, dans toutes les questions d'art, il faut plutôt juger l'œuvre en elle-même que le mérite de la difficulté vaincue; mais lorsque ce dernier mérite vient s'ajouter à la valeur de l'œuvre, il y aurait de l'injustice à n'en pas tenir compte. C'est pourquoi je recommande à l'admiration publique le ciel des Sources de Royat, non seulement comme un modèle de transparence et de légèreté, mais encore comme un des triomphes les plus éclatants de la gravure à l'eau forte >>> (Gustave Planche, Revue des Deux Mondes, 1838)

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Les Deux Chaumières
1833
Eau-forte sur papier chine appliqué sur vélin Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Les premières gravures de Paul Huet datent de 1829, mais ce n'est qu'au Salon de 1834 qu'il en présente pour la première fois. Ses peintures, dont deux appartiennent à Ferdinand Philippe, duc d'Orléans, fils de Louis-Philippe, sont largement commentées. À l'inverse, ses estampes sont à peine citées, si ce n'est par Gustave Planche dans la Revue des Deux Mondes. Le critique littéraire y distingue notamment Les Deux Chaumières, estimant que « la gravure ainsi comprise est une véritable peinture, tant elle est vivante et animée».

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Grande marée d'équinoxe aux environs de Honfleur
1838
Eau-forte sur papier japon
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Dans le livret du Salon de 1838, apparaît une première version d'un tableau intitulé Grande marée; temps d'équinoxe. En 1861, une seconde version, plus grande, précise sa localisation << aux environs d'Honfleur». Loys Delteil, rédacteur du catalogue raisonné des gravures de Paul Huet, mentionne la publication de cette eau-forte « dans un journal de Rouen dont [il] ignore le titre». Elle réapparaît, en 1869, lorsque René-Paul Huet édite un recueil de dix-sept gravures inédites de son père, à l'exception de celle-ci.

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Orage au Mont-Dore
1834
Manière noire sur japon mince appliqué sur vélin Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Parmi les 98 estampes réalisées par Paul Huet, cette planche est exceptionnelle. C'est l'un des rares essais de gravure à la « manière noire>>> réalisé par un graveur français au XIXe siècle une technique dont Diderot regrettait déjà la rareté dans son Essai sur la peinture de 1795. Cette vision cataclysmique d'un site d'Auvergne, véritable apothéose de l'expression romantique en noir et blanc, évoque les paysages fantastiques des artistes anglais John Martin ou Francis Danby.

Paul Huet (Paris, 1803-Paris, 1869) Le Gouffre, paysage
1861
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay
<<L'imagination se mêle à la chose observée; le site est dramatisé, comme s'il s'agissait d'une scène humaine. Des arbres tordus, des terrains mouvementés, des ciels qui roulent leurs nuages comme des vagues, des rochers qui prennent des silhouettes fantastiques et saisissantes. Pour ma part, j'admire cette originalité, cette invention, cette verve pittoresque qui distinguent le talent de M. Paul Huet parmi tant de plates copies et de trompe-l'œil vulgaires. [...] M. Paul Huet est le maître romantique du paysage moderne >>> (Jean Rousseau, «Salon de 1861. IV. Discutés », Le Figaro, 6 juin 1861)
Le ciel dans tous ses états
Dans les années 1840, le jury du Salon se montre moins sévère envers Paul Huet et lui accorde plusieurs distinctions. Grâce au soutien d'Eugène Delacroix, alors membre du jury, il obtient une médaille de première classe à l'Exposition universelle de 1855, la même année que Camille Corot.
Au cours de cette période, Huet fréquente de grandes figures littéraires: Victor Hugo, Alexandre Dumas ou encore Alphonse de Lamartine, qui l'invite dans son château de Saint-Point, en Bourgogne. Sa peinture de paysage, déjà sensible et expressive, semble alors gagner une dimension plus narrative et poétique. Les personnages de son tableau Le Gouffre, présenté au Salon de 1861, évoluent dans un décor presque fantastique qui évoque davantage l'imaginaire romantique du romancier écossais Walter Scott que celui des auteurs français. La critique reconnaît en Huet l'un des derniers représentants majeurs du romantisme: un artiste qui utilise le paysage pour exprimer des émotions fortes et une vision personnelle de la nature

Eugène Isabey
(Paris, 1803 - Montevrain [Seine-et-Marne], 1886)
Vue de Dieppe
1842
Huile sur toile
Nancy, musée des Beaux-Arts
Au Salon de 1842, Eugène Isabey présente un tableau d'histoire évoquant le retour des cendres de Napoléon ler sur le navire La Belle Poule, le 15 octobre 1840, destiné à raviver les sympathies bonapartistes. L'œuvre attire toutefois moins l'attention que sa vue de Dieppe, peinte depuis la falaise qui surplombe la ville et la mer. Il s'agit d'une composition panoramique ambitieuse mais classique, une approche que Paul Huet avait également adoptée à plusieurs reprises, notamment dans sa Vue de Rouen, prise du Mont-aux-Malades (Salon de 1833).

Détail de l'oeuvre précédente

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Vue d'Avignon et du château des Papes; dit aussi: Vue d'Avignon pris du côté nord, sur la rive gauche du Rhône, ou encore: Vue d'Avignon, du palais des Papes et du pont Saint-Bénezet
1841
Huile sur toile
Avignon, musée Calvet
À partir de 1831, Paul Huet se rend régulièrement à Avignon, chez son ami le marquis Auguste de Cambis d'Orsan, député puis pair de France, administrateur de la Fondation Calvet depuis 1822. C'est lui qui commande au peintre cette vue d'Avignon pour le musée. Exposée au Salon de 1843, cette œuvre est la seule acceptée par le jury, parmi les six envois de Huet, où figurent également une Cascade du Mont-Dore qui lui a inspiré l'une de ses plus célèbres estampes.

Camille Corot (Paris, 1796 - Paris, 1875) La Charrette; souvenir de Marcoussis, près Montlhéry
1855
Huile sur toile Paris, musée d'Orsay
Grâce à l'influence de leurs amis Eugène Delacroix et Adrien Dauzats, membres du jury des récompenses de l'Exposition universelle, Camille Corot et Paul Huet, initialement oubliés, reçoivent chacun une médaille de première classe, à leur grande surprise. La presse commente alors leur travail en les associant, soulignant qu'ils ne copient pas la nature, ils la poétisent >». Ce tableau montre l'évolution de Corot vers un paysage lyrique, où la mémoire et l'impression du lieu dominent sur la représentation fidèle.

Camille Corot (Paris, 1796 - Paris, 1875) La Charrette; souvenir de Marcoussis, près Montlhéry
1855
Huile sur toile Paris, musée d'Orsay
Grâce à l'influence de leurs amis Eugène Delacroix et Adrien Dauzats, membres du jury des récompenses de l'Exposition universelle, Camille Corot et Paul Huet, initialement oubliés, reçoivent chacun une médaille de première classe, à leur grande surprise. La presse commente alors leur travail en les associant, soulignant qu'ils ne copient pas la nature, ils la poétisent >». Ce tableau montre l'évolution de Corot vers un paysage lyrique, où la mémoire et l'impression du lieu dominent sur la représentation fidèle.

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Soleil couchant, dit aussi: Soleil couchant (Seine-Port, Seine-et-Marne)
1855
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Paul Huet participe à l'Exposition universelle de 1855, dont la section des Beaux-Arts remplace alors le Salon, avec dix œuvres offrant un aperçu de son travail entre 1835 et 1855. Ce Soleil couchant est peu commenté, si ce n'est par son ami Théophile Gautier: <<< Le Soleil couchant a un ciel comme M. Paul Huet sait les faire, inondé d'air, rutilant d'or et de pourpre, sans tomber dans ces excès de cinabre et de mine orange auxquels se livrent les moins fins coloristes pour exprimer cette heure splendide >>> (Gazette nationale, 1855)

Paul Huet (Paris, 1803 – Paris, 1869)
Le Val d'Enfer, au pied du Sancy
1847
Huile sur toile
Reims, musée des Beaux-Arts
Au lendemain de l'abdication de Louis-Philippe, le 24 février 1848, la IIº République est proclamée. Son ministre de l'Intérieur, Alexandre Ledru-Rollin, organise un Salon ouvert à tous, où 5180 œuvres sont exposées (contre 2321 en 1847). Paul Huet participe avec onze peintures, parmi lesquelles ce paysage est le plus admiré : <<<Cet idéal, cette faculté d'interprétation de la nature, personne ne nous semble la posséder à un plus haut degré>>> (Calixte Ermel, «Causerie. Le Salon. Suite et fin>>, La Mode, 9 avril 1848)

Détail de l'oeuvre précédente

Charles François Daubigny
(Paris, 1817 - Paris, 1878)
Effet du matin sur l'Oise
1866
Huile sur toile
Rouen, musée des Beaux-Arts
Charles-François Daubigny est présent au Salon à partir de 1838. Bien accueilli par la critique, il l'est également par les autres artistes, comme Paul Huet, qui écrit, à propos de son envoi au Salon de 1857 : « Le paysage n'existe que faiblement représenté: trois paysages d'un grand sentiment de nature par Daubigny.>>> Les critiques, plus prolixes, adoptent une approche plus technique que poétique pour commenter des œuvres qui privilégient désormais l'étude de la lumière à celle du ciel.

Louis-Auguste Lapito
(Joinville-le-Pont [Val-de-Marne], 1803 Boulogne-Billancourt [Hauts-de-Seine], 1874)
Paysage
1852
Huile sur toile
Carcassonne, musée des Beaux-Arts
Les notes de Paul Huet ne mentionnent Louis-Auguste Lapito qu'une seule fois. Dans ses pages consacrées au prix de Rome de paysage historique et à un genre qui <<< veut l'air, le soleil et la liberté >>, Huet établit une généalogie des peintres << élevés dans les principes de l'École>», qu'il considère comme victimes des défauts de cette « vicieuse institution >>. Il désigne Louis Étienne Watelet comme chef de file et présente Lapito comme son suiveur, dont la peinture est, selon lui, <<<encore en grand honneur à Vienne et à Berlin>>.

Détail de l'oeuvre précédente

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Ruines du château de Pierrefonds
1867
Huile sur toile
Compiègne, musée national du Château de Compiègne
À partir de 1865, la correspondance de Paul Huet révèle le projet d'une commande officielle de deux tableaux représentant le site de Pierrefonds, dans l'Oise, au nord de Paris, célèbre pour son château médiéval restauré par Viollet-le-Duc et cher à Napoléon III. La version <><>< restaurée >> est exposée en 1867 et la vision <><>< en ruines >> au Salon de l'année suivante. Conscients de la santé fragile du peintre, les critiques rendent souvent hommage à son talent: <<<Artiste passionné et passionnant, il a sa place dans l'histoire de l'école moderne. M. Prud'homme ne comprend pas Paul Huet. Qu'importe, Delacroix l'aimait >> (Paul Mantz, <<<Salon de 1868. VI», L'Illustration, 13 juin 1868).

Louis Cabat (Paris, 1812 - Paris, 1893)
Un soir d'automne
1852
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Comme chaque année, Paul Huet et Louis Cabat se retrouvent sur les cimaises officielles du Salon en mai et juin 1852, et la critique les compare à nouveau. La presse favorise Huet, qui expose trois paysages forestiers, tandis que Cabat présente ce Soir d'automne. Les journalistes préfèrent Huet, le chercheur solitaire, à <<Louis Cabat [le corrupteur], l'aïeul de cette jeune école, [qui] n'a pas trente-huit ans, et [dont la] descendance est déjà plus nombreuse que les sables de la mer >>> (Théophile Gautier, << Salon de 1852. Quatorzième article », La Presse, 6 juin 1852).
Le ciel transfiguré
Au milieu des années 1860, le monde artistique connaît de profonds bouleversements.
L'enseignement académique est de plus en plus critiqué, et le Salon, qui domine encore la vie artistique, fait l'objet de vives discussions. De jeunes artistes cherchent à s'affranchir des règles strictes en vigueur. Ils expérimentent une manière de peindre plus libre, utilisent des couleurs plus claires, disposées sur la toile avec davantage de spontanéité. Les critiques d'art de la nouvelle génération soutiennent ces recherches et proposent une lecture différente du paysage: l'étude précise des effets atmosphériques laisse progressivement la place à un intérêt plus marqué pour la lumière.
Dans ce contexte d'évolution rapide, Paul Huet poursuit sa carrière avec succès. Son œuvre conserve une sensibilité romantique, tout en s'adaptant parfois à ces nouvelles attentes. Le gouvernement impérial lui commande plusieurs tableaux, qu'il prépare par des esquisses plus légères et rapidement brossées, peut-être en écho aux pratiques de la jeune génération. Malgré ces réussites, l'artiste affronte l'épreuve du vieillissement, qu'il qualifie, dans ses lettres, d'"assez vilaine chose".

Paul Guigou (Villars [Vaucluse], 1834 - Paris, 1871)
Paysage de Provence Vue de Saint-Saturnin-les-Apt
1867
Huile sur bois
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Déjà célèbre, Paul Guigou quitte Marseille, vers 1862, pour Paris où il expose à partir de 1863. Il séduit immédiatement le public et la critique, et figure parmi ces jeunes artistes soutenus par une nouvelle génération de journalistes qui parlent davantage de lumière que de ciel: «Il donne à ses paysages un aspect vrai, en leur conservant un aspect de grandeur incontestable. Il traduit bien les vastes espaces, et y fait circuler l'air et la lumière, une lumière qui n'a rien de factice (Théodore Pelloquet, Journal du Salon de 1863).

Johan Barthold Jongkind (Lattrop [Overijssel, Pays-Bas], 1819 - Saint-Égrève [Isère], 1891)
Le Port de Harfleur
1850
Huile sur toile
Amiens, musée de Picardie
Au Salon de 1850-1851, Johan Barthold Jongkind, de retour de Normandie, expose cette vue du port de Harfleur. Aucun critique ne cite spécifiquement son tableau, mais il compte peut-être parmi les artistes évoqués par le critique d'art Albert de la Fizelière:
"[les] ouvrages conçus selon cette donnée de l'art qui porte l'artiste à rechercher dans une interprétation sincère de la nature la vérité qui plaît, la poésie qui charme et cette science d'observation qui prépare les voies nouvelles où l'avenir de la peinture nous apparaît brillant et régénéré ».

Détail de l'oeuvre précédente

Paul Huet (Paris, 1803 - Paris, 1869)
Le Ciel entrouvert
1869
Huile sur toile
Neuilly-sur-Seine, collection particulière
Peu avant sa mort, Paul Huet réalise, dans son atelier parisien, cette œuvre marquée par une grande liberté d'exécution. Il représente un immense ciel parcouru de nuages qui s'entrouvrent sous la lumière discrète d'un soleil levant. Au premier plan, la silhouette d'un homme courbé apparaît comme un détail réaliste ou une possible allusion aux épreuves de la condition humaine. Cette cœuvre testamentaire rassemble l'ensemble des recherches du peintre et ouvre de nouvelles voies à la peinture de paysage qu'il lègue à la postérité.

Charles Mozin (Paris, 1806 - Trouville, 1862)
L'Attente du haut de la falaise
Sans date
Huile sur toile
Honfleur, musée Eugène Boudin
Dès 1825, Charles Mozin s'installe à Trouville, sur la côte normande, qu'il connaît déjà puisqu'il a exposé, en 1824, une vue de Dieppe. Paul Huet le croise et l'évoque avec sympathie dans l'un de ses courriers d'août 1828. Dans sa vente après décès, en 1865, figure une œuvre tardive, Mer, vue des falaises, qui semble avoir été destinée au Salon sans y avoir jamais été exposée. Il s'agit peut-être ici de son esquisse, chronologiquement proche de la Laïta de Huet et traitée de manière tout aussi libre et spontanée.

Paul Huet (Paris, 1803 – Paris, 1869)
La Laïta à marée haute
1865
Huile sur toile
Quimper, musée des Beaux-Arts
L'estuaire de la Laïta, ou rivière du Pouldu, prend sa source en aval de Quimperlé, en Bretagne, à la confluence de l'Ellé et de l'Isole. Paul Huet semble s'être installé au milieu de la rivière, peut-être inspiré par le bateau-atelier Le Botin de Daubigny qui permettait de peindre directement sur l'eau et de saisir les effets de lumière et de mouvement. À grands coups de brosse, il capte le spectacle qui s'offre à lui. Cette esquisse, depuis considérée comme pré-impressionniste, préparait l'un des tableaux exposés à titre posthume au Salon de 1869, admiré pour sa composition et son chromatisme traditionnels, et sa palette aussi réaliste qu'harmonieuse.

Eugène Boudin
(Honfleur, 1824 - Deauville, 1898)
Pêcheur à Villerville, marée basse
Vers 1862
Huile sur bois
Rouen, musée des Beaux-Arts
Les commentaires de Charles Baudelaire lors du Salon de 1859, après sa découverte des études de ciel au pastel de Boudin, ainsi que ceux de Gustave Courbet, qui rencontre le peintre à la même période à Honfleur, consacrent définitivement l'artiste comme le << roi des ciels ». Ces avis ont sans doute renforcé son choix de donner aux ciels une place centrale dans ses compositions. Cette vue du rivage de Villerville, contemporaine de Paul Huet - qu'il ne semble pas avoir rencontré -, précède les scènes mondaines de plage qui feront bientôt son succès.

Charles Mozin
(Paris, 1806 - Trouville, 1862)
L'Attente du haut de la falaise
Sans date
Huile sur toile
Honfleur, musée Eugène Boudin
Dès 1825, Charles Mozin s'installe à Trouville, sur la côte normande, qu'il connaît déjà puisqu'il a exposé, en 1824, une vue de Dieppe. Paul Huet le croise et l'évoque avec sympathie dans l'un de ses courriers d'août 1828. Dans sa vente après décès, en 1865, figure une œuvre tardive, Mer, vue des falaises, qui semble avoir été destinée au Salon sans y avoir jamais été exposée. Il s'agit peut-être ici de son esquisse, chronologiquement proche de la Laïta de Huet et traitée de manière tout aussi libre et spontanée.

Léon Bonnat
(Bayonne, 1833 – Monchy-Saint-Éloi [Oise], 1922)
Le Lac de Gérardmer
1893
Huile sur toile
Beauvais, MUDO, musée de l'Oise
Portraitiste incontournable des personnalités françaises et étrangères, et peintre religieux largement récompensé pendant plus de cinquante ans, Léon Bonnat se consacre aussi, ponctuellement, à la peinture de paysage. Il réalise des vues du Pays basque, sa région natale, ou de lieux où il séjourne. Cette vue du Lac de Gérardmer, à l'instar de La Laïta à marée basse de Paul Huet, illustre la liberté que seul l'âge peut offrir: une peinture simple et théâtrale, oscillant entre réalisme et symbolisme.

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