jeudi 30 juillet 2026

Ayda et Otto Van Rees au musée Montmartre en mai 2026


Encore une belle retrospective dans ce charmant musée !

Au cœur des avant-gardes
Ars longa, vita brevis - gravée sur la tombe d'Adya et d'Otto van Rees, cette maxime d'Hippocrate résonne avec une justesse singulière pour ce couple d'artistes engagé dans les avant-gardes européennes du xx siècle, mais dont l'œuvre est longtemps demeurée dans le silence.
Installés à Montmartre, au Bateau-Lavoir dès 1904, Otto et Adya van Rees vivent au plus près de l'effervescence artistique où se forge le langage de la modernité. Ils nouent des amitiés fidèles avec Jean Arp, Georges Braque, Blaise Cendrars, Kees van Dongen, Otto Freundlich, Juan Gris, Piet Mondrian, Joaquín Torres García, Ossip Zadkine et bien d'autres. Ensemble, ils participent à la fraternité créative des avant-gardes. Dans ce milieu, Adya affirme avec force sa place d'artiste, défiant un monde qui refuse trop souvent de reconnaître le talent des femmes.
Entièrement tournés vers la nécessité intérieure de créer, Adya et Otto traversent les grands courants de leur temps du divisionnisme au cloisonnisme, du cubisme à l'abstraction par une trajectoire résolument internationale: ils participent à la naissance du mouvement Dada à Zurich, à la fondation du groupe Cercle et Carré à Paris, et partagent la volonté de faire de leur art un chemin d'élévation spirituelle. Leur œuvre nous invite à suivre une histoire de vie: celle d'une femme et d'un homme qui se sont aimés, et dont le quotidien intime nourrit et habite le travail créatif, d'une manière très incarnée.
Nées de leur dialogue fécond et nourries par leurs échanges avec un vaste cercle d'amitiés, les œuvres d'Otto et Adya van Rees racontent l'histoire de deux âmes libres. En leur consacrant, pour la première fois en France, une exposition rétrospective, le musée de Montmartre a l'honneur de mettre en lumière une création que le temps n'a pas effacée, mais simplement tenue en attente. Ars longa, vita brevis : la vie est brève, l'art demeure et se donne enfin à voir.


ADYA & OTTO VAN REES AU BATEAU-LAVOIR
Adya Dutilh grandit dans une famille prospère de la haute bourgeoisie hollandaise, attachée au prestige et à la propriété. Otto van Rees, issu d'une lignée de professeurs d'Université, connaît une enfance marquée par une sensibilité sociale, influencée par son père Jacob, pacifiste, idéaliste et anarchiste chrétien. Leur relation libre et égalitaire, basée sur la confiance réciproque, défie les conventions de genre et les codes bourgeois.
En 1904, ils s'installent au Bateau-Lavoir, à Montmartre, foyer d'une effervescence créatrice sans précédent. Sur la recommandation de Picasso, Otto découvre un atelier disponible dans cette cité d'artistes, où des peintres talentueux et passionnés, issus d'horizons divers, se rassemblent, partageant pauvreté et inspirations. Les Van Rees, jeunes et amoureux, font partie de ce milieu. Ils explorent le divisionnisme et font de leur quotidien une source d'expérimentation et d'apprentissage.

OTTO VAN REES
inv. 18175
Notre première habitation après le mariage, 1905
Crayon et aquarelle sur papier France, collection particulière
Montmartre, place Ravignan, 1904
Aquarelle et craie sur papier Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum

OTTO VAN REES
Adya de profil [le portrait parisien], 1904-1905
Huile sur toile
Pays-Bas, collection Tibor & Suzanne Kuitenbrouwer
À Montmartre, Otto rencontre son compatriote Kees van Dongen et de nombreux autres artistes. Il fréquente l'Académie Humbert - qui remplace le célèbre Atelier Cormon du 104, boulevard de Clichy. En 1902-1903, il y fait la connaissance de Georges Braque: "Braque était assis à côté de moi. J'étais captivé par ses belles et grandes études de nus", écrit-il au journaliste Theo Frenkel. Eugène Carrière, qui y enseignait, était alors reconnu pour son travail monochrome. Pendant leur période au Bateau-Lavoir, Otto et Adya réalisent quelques toiles inspirées par cette manière, tandis que d'autres œuvres révèlent l'influence du néo-impressionnisme.

ADYA VAN REES-DUTILH
Otto au Bateau-Lavoir, le soir, 1905
Huile sur toile
Canada, collection particulière

OTTO VAN REES
 Adya de profil, fin 1905-1906
Huile sur toile
Canada, collection particulière

En octobre 1905, lors du périple en Italie, les maîtres de la Renaissance laissent une impression profonde et durable sur l'œuvre d'Otto et d'Adya van Rees. En peinture, la tradition du portrait de profil se lie aux portraits en médaille du Quattrocento. Otto et Adya s'inspirent de la tradition florentine et s'exercent dans deux portraits croisés qui laissent transparaître la force de leur dialogue artistique à cette phase formative de leur carrière.

ADYA VAN REES-DUTILH
 Otto de profil, fin 1905-1906
Huile sur toile
France, collection particulière

OTTO VAN REES
Adya cousant à la machine, 1905
Huile sur toile marouflée sur carton Pays-Bas, collection Marjan & Honoré Verbist

Atelier collectif mythique, le Bateau-Lavoir était installé dans les anciens locaux d'une fabrique de pianos au 13, place Ravignan, aujourd'hui place Émile-Goudeau. Ses espaces reflètent l'esprit bohème de Montmartre et la camaraderie qui marquent la naissance de l'art moderne: pauvreté, vie communautaire, expérimentation et effervescence intellectuelle. C'est au cabaret du Lapin Agile qu'Otto van Rees rencontre Picasso, qui lui signale la disponibilité d'un atelier à gauche de l'entrée du bâtiment. À cette époque, plusieurs toiles d'Otto et d'Adya van Rees témoignent du style néo-impressionniste qui guidait déjà leurs recherches avant leur arrivée à Paris.

ADYA VAN REES-DUTILH
Otto au Bateau-Lavoir, 1905
Huile sur toile 
Espagne, collection particulière

OTTO VAN REES
Adya au Bateau-Lavoir, 1905
Huile sur toile
 France, collection particulière

FLEURY-EN-BIÈRE ET L'ITALIE
L'année 1905 marque la découverte des campagnes françaises et italiennes.
Au printemps, les Van Rees s'installent à Fleury-en-Bière, village voisin de Barbizon, célèbre pour son école paysagiste du xix siècle.
Pendant tout l'été, dans une maison dépourvue d'eau courante et du confort moderne, ils accueillent le peintre Kees van Dongen et sa famille.
Dans les années suivantes, Fleury devient leur refuge estival, où ils reçoivent écrivains et peintres de l'avant-garde: Otto Freundlich, Marc Chagall, Ludwig Rubiner, Emil Szitya ou Blaise Cendrars y sont des hôtes réguliers.
Des débats passionnés en plusieurs langues sur l'art, la spiritualité et la réforme de la société animent la maison.
En octobre, prêtant leur atelier du Bateau-Lavoir à Van Dongen, Otto et Adya partent pour un Grand Tour d'Italie. Après Vérone, Venise et Florence, ils s'installent à Anzio, où naît leur première fille, Aditya. Isolés des débats qui animent alors la scène parisienne, Otto et Adya révèlent une sensibilité instinctivement en accord avec leur temps. Ils peignent des paysages baignés de soleil, aux teintes contrastées, explorant le divisionnisme avec une approche très personnelle.

OTTO VAN REES

Le Lit de Van Dongen, 1905

Huile sur toile France, collection particulière

Arrière-cour à Fleury-en-Bière, 1905

Huile sur toile marouflée sur carton Pays-Bas, collection particulière

Coin de jardin [printemps], 1905

Huile sur toile marouflée sur panneau Pays-Bas, collection R.S. van Eijck

Champs de Fleury-en-Bière, 1905

Huile sur panneau Pays-Bas, Laren, collection Majoor

À Fleury-en-Bière, Adya, Otto et leurs hôtes vivent partiellement en plein air. Sujet surprenant, le blanc éclatant du lit de leur ami Kees van Dongen contraste avec le jardin verdoyant de la maison louée par le couple. En contact avec la nature, la touche d'Otto s'affirme de plus en plus néo-impressionniste. Le point de vue, parfois en contre-plongée, dynamise la composition et rapproche le sujet de l'observateur. Les couleurs, d'abord tempérées, deviennent progressivement plus lumineuses au fil de la belle saison.

OTTO VAN REES
Arrière-cour à Fleury-en-Bière, 1905
Huile  toile marouflée sur carton Pays-Bas, collection particulière
À Fleury-en-Bière, Adya, Otto et leurs hôtes vivent partiellement en plein air. Sujet surprenant, le blanc éclatant du lit de leur ami Kees van Dongen contraste avec le jardin verdoyant de la maison louée par le couple. En contact avec la nature, la touche d'Otto s'affirme de plus en plus néo-impressionniste. Le point de vue, parfois en contre-plongée, dynamise la composition et rapproche le sujet de l'observateur. Les couleurs, d'abord tempérées, deviennent progressivement plus lumineuses au fil de la belle saison.

OTTO VAN REES
Coin de jardin [printemps], 1905
Huile sur toile marouflée sur panneau Pays-Bas, collection R.S. van Eijck

OTTO VAN REES
Champs de Fleury-en-Bière, 1905
Huile sur panneau Pays-Bas, Laren, collection Majoor

OTTO VAN REES
Paysanne italienne, 1906
Huile sur toile Pays-Bas,
Galerie Pygmalion

OTTO VAN REES
Adya brodant à Anzio, 1906
Huile marouflée sur carton France, collection particulière

En 1908, Otto expose une cinquantaine de toiles à Rotterdam, parmi lesquelles figurent des compositions néo-impressionnistes comme celles qui sont présentées ici. La critique s'écrie: << Alors que reste-il du peinturlurer de Van Rees? Que de la peinture, de la peinture, de la peinture très lourde et désagréable? Tous ces efforts violents pour obtenir de la lumière intense, tout ce lancer des couleurs sans nuances semble être absolument inutile >>. Otto ne se laisse pas déstabiliser et peint sans concessions. Plus tard, il se souviendra: "Je revenais de Paris et d'Italie avec une cargaison de nouvelles œuvres qui ont été accrochées dans une salle où se trouvaient des œuvres de David Oyens [1842-1902]. Vous comprenez, cela a provoqué une certaine agitation et un court-circuit dans la salle"

OTTO VAN REES
Le Berceau, 1906
Huile sur toile marouflée sur carton Belgique, collection particulière

OTTO VAN REES
Adya allaitant Aditya, été 1906
Huile sur toile marouflée sur carton France, collection particulière
Aditya, la première fille d'Otto et d'Adya, naît à Anzio en Italie, le 8 juin 1906. Son prénom, "enfant du soleil" en sanskrit, reflète l'attirance du couple pour la mystique orientale. Le pseudonyme "Adya", "celle qui se trouve au commencement", partage la même origine. Cette nouvelle vie devient le sujet de plusieurs peintures: Otto dépeint un moment de maternité très intime, avec des teintes douces et pastel; Adya éternise l'image de sa fille par un portrait avec un premier plan très resserré sur les grands yeux bleus d'Aditya, qui commence à la reconnaître. En 1908, plusieurs toiles d'Adya, dont des portraits d'enfants, sont exposées aux Pays-Bas, à Zwolle, où la critique la qualifie de « peintre-poète"

ADYA VAN REES-DUTILH 
Aditya au berceau, été 1906
Huile sur toile marouflée sur panneau France, collection particulière

ADYA VAN REES-DUTILH
Autoportrait, 1904
Crayon sur papier
Pays-Bas, collection Tikoi Kuitenbrouwer, arrière-petit-fils de l'artiste
Dessinatrice talentueuse, Adya réside à Bruxelles avec sa famille de 1893 à 1897, où elle fréquente l'académie du peintre Ernest Blanc-Garin. Créée en 1883, cette institution propose des cours réservés aux femmes, auxquels les demoiselles de bonne famille se rendent accompagnées d'une chaperonne. Adya y suit des cours d'anatomie et étudie le nu, d'après des modèles femmes ou enfants, une occasion très rare pour les femmes artistes de l'époque, généralement cantonnées aux genres de la nature morte et du paysage. Cette formation académique se reflète dans la finesse et la précision de ses portraits dessinés.

ADYA VAN REES-DUTILH
Otto van Rees, 1903-1904
Crayon sur papier
Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum

OTTO VAN REES
Champ de blé, 1905
Huile sur toile
Pays-Bas, Laren, Museum Singer Laren, legs promis d'une collection privée

OTTO VAN REES 
Bêcheuse, 1907
Huile sur toile marouflée sur carton Pays-Bas, collection Claire de Roovere
En Italie, les œuvres d'Otto et d'Adya s'imprègnent de la lumière méditerranéenne. Installé avec sa compagne sur la côte d'Anzio, au sud de Rome, Otto, les pieds nus dans le sable brûlant, peint des paysages baignés de soleil aux teintes contrastées. Réalisées sans études préalables, avec des touches pâteuses et tourbillonnantes, ses toiles explorent à la fois le paysage et le rythme de l'agriculture. Le contraste des couleurs est particulièrement frappant dans Agave, où le vert-bleu des plantes s'oppose à l'orange-rouge de la terre. Dans La Bêcheuse, Otto ne semble pas dénoncer la dureté du travail dans les champs, sous un soleil de plomb, mais plutôt exalter la force de la femme: la jupe du personnage s'harmonise avec la terre, faisant de l'être humain une partie intégrante de la nature.

OTTO VAN REES 
Agave, 1906
Huile sur toile Pays-Bas, 
collection Wim Kruidenberg

L'ART AU CŒUR DE LA FAMILLE
Depuis leur jeunesse dans le Gooi, en contact avec la communauté libertaire fondée par le père d'Otto, le couple partage des idéaux progressistes et pacifistes. Adya trouve en Otto son âme sœur: il croit à l'égalité entre les hommes et les femmes et partage avec elle l'espoir de contribuer, par leur art et leur vie, à l'élévation spirituelle du monde.
Émancipée, Adya se rebelle contre le milieu haut-bourgeois dont elle est issue. Rêveur et anarchiste convaincu, Otto est très attaché à la simplicité de la vie. Les lieux où les Van Rees vivent sont toujours très humbles, et leurs amitiés sincères. Leur "union libre" est formalisée par le mariage en 1909 ce qui permet d'officialiser le statut de leur première fille. Ils partagent l'éducation de leurs trois enfants et recherchent des écoles alternatives favorisant la créativité et la proximité avec la nature.
La sphère familiale donne lieu à des créations à la fois expérimentales et domestiques. Les jouets réalisés par Adya, tout comme ceux représentés par Otto témoignent d'une approche moderne de la forme, qui s'articule chez Otto avec un héritage japonisant issu de sa passion pour l'Orient.

ADYA VAN REES-DUTILH
 ou OTTO VAN REES
Portrait d'Otto, 1908
Huile sur toile marouflée sur carton
Pays-Bas,
collection Tikoi Kuitenbrouwer, arrière-petit-fils de l'artiste

OTTO VAN REES
Aditya dans son lit, 1909
Huile sur toile
Pays-Bas, collection Marian van der Willigen

OTTO VAN REES
Adya brodant dans son lit d'accouchement, 1910
Huile sur papier contrecollé sur bois Pays-Bas, collection Francisca van Vloten

OTTO VAN REES
Les Jouets d'Aditya, 1909
Huile sur toile
Pays-Bas, collection Naramata Kuitenbrouwer
Pour le troisième anniversaire de sa fille, Otto réalise une composition réunissant ses jouets. Aux côtés des traditionnels ours en peluche et autres animaux, les poupées japonaises retiennent particulièrement l'attention. Au-dessus de leurs têtes figure la grue japonaise, symbole de bonheur et de longévité. Les jupes des poupées dessinent une diagonale qui conduit le regard vers la date de la toile et de l'anniversaire, inscrite dans le grand cercle rouge à droite, évocation explicite du Japon. Le choix des jouets comme le style de la composition témoignent de l'intérêt d'Otto pour l'Orient: les Van Rees possédaient en effet un important ensemble d'estampes japonaises.

EXPLORATIONS CLOISONNISTES
Adya et Otto considèrent comme un devoir social de mettre leurs talents au service du peuple et de promouvoir la coopération entre artistes. Pour les Van Rees, l'art se nourrit d'échanges réciproques avec leurs pairs, libérés de toute compétition et de toute rivalité.
Au début des années 1910, Otto expose dans les galeries de Clovis Sagot et de Berthe Weill. Les Van Rees développent alors un style proche du cloisonnisme, que Adya qualifie de "peinture plate" : la perspective y est réduite, les détails s'estompent et des formes nettes sont soulignées par des lignes affirmées.
Chez les artistes de leur temps, et notamment les cubistes, la schématisation des compositions s'appuie sur la découverte des formes pures de l'art égyptien et africain. À cette période, Otto réalise une série de trois tableaux intitulée Adam et Ève, présentée au Salon des indépendants en 1910. Il fréquente les ateliers de La Ruche, à Montparnasse, où il s'initie à la sculpture et noue des amitiés durables avec Ossip Zadkine et Blaise Cendrars.
Adya épure son travail de tout détail superflu. Dans L'Apparition à Marie-Madeleine, un horizon très élevé structure un paysage vide, composé de triangles et conduisant à la Croix; par deux silhouettes simplifiées, elle parvient à saisir l'instant éphémère.

ADYA VAN REES-DUTILH 
Apparition à Marie-Madeleine, 1910
Huile sur toile Pays-Bas, collection particulière
Les premières œuvres à sujet chrétien des Van Rees le cycle d'Adam et Ève d'Otto et la Marie-Madeleine d'Adya - datent de l'année 1910. Dans cette toile, Adya privilégie les couleurs primaires et resserre la composition autour de l'essentiel. Animée d'un fort dynamisme, la silhouette de Marie-Madeleine s'incline aux pieds du Christ, dont le halo blanc irradie la scène d'une aura mystique. À l'arrière-plan, le jaune brûlé d'une colline suggère la pente menant à la Croix. L'instant de révélation du Noli me tangere ("Ne me touche pas") s'exprime à travers un vocabulaire formel résolument moderne.

OTTO VAN REES
Torse de femme, 1909-1910
Grès et matière synthétique France, collection particulière
Les rares moments où Adya revêt le rôle traditionnel du modèle féminin notamment pour des nus restent spontanés. En 1909, dans le sanatorium du docteur Bircher-Benner à Zurich, où elle suit des cures de soleil pour soigner les séquelles de la tuberculose, elle devient le sujet de la toile Nu sous un parasol. Si elle inspire profondément son mari, la figure d'Adya ne correspond pas au stéréotype de la muse ou du modèle. De retour à Paris, Otto poursuit ses recherches sur le corps féminin, notamment à travers des sculptures qui témoignent de ses contacts avec Ossip Zadkine et les artistes de La Ruche, à Montparnasse.

OTTO VAN REES
Nu sous un parasol, 1909-1910
Huile sur toile Suisse, collection PCC

OTTO VAN REES
Torse de femme, bras levés, 1909-1910
Pierre calcaire et matière synthétique Pays-Bas, collection R.S. van Eijck

OTTO VAN REES
Courge et oranges, 1909
Huile sur toile
 Pays-Bas, collection particulière

OTTO VAN REES
Adam et Ève I, fin 1909-1910
Huile sur toile
Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum

OTTO VAN REES 
Adya au chapeau, 1909
Huile sur toile Pays-Bas, collection Cultural Heritage Agency of Netherlands, inv. AA1185
Pour des raisons sans doute liées aux rapports de genre, Adya sert bien plus souvent de modèle à son mari que l'inverse. Lorsqu'elle «pose», elle le fait pour des portraits, comme Adya au chapeau, qu'Otto réalise à l'occasion de leur mariage. Cette toile, au style épuré, réduit à l'essentiel la perspective, à peine suggérée par les ombres et par le fauteuil. L'héritage du cloisonnisme de Paul Gauguin et d'Émile Bernard se manifeste dans les aplats de couleur et dans les contours précis de la figure. Dans Adya de profil, Otto renonce complètement à la fidélité au réel: quelques lignes suffisent à définir le visage, le cou et le bras. La moitié de la composition est occupée par un plan de couleur vibrant, solution audacieuse pour 1909. La toile restitue l'image d'une femme forte et créative, tournée vers un avenir plein de promesses.

OTTO VAN REES
 Adya de profil, 1909
Gouache sur papier Pays-Bas, 
collection particulière

LE CUBISME, CHEMIN VERS L'ABSTRACTION
À partir de 1911, le cubisme s'impose sur toute la scène artistique. Dans un esprit de solidarité rebelle, des débats multiples traversent Montmartre et Montparnasse. Les jeunes artistes cherchent à se libérer de la formation académique, considérée comme un fardeau. Otto et Adya insufflent à leurs compositions une spiritualité profonde, affirmant leur conviction de l'existence d'un monde au-delà du visible. Dans une série de portraits en dessin, Adya explore des nouveaux langages visuels: chaque dessin présente l'image d'un archétype spirituel de l'être humain. Chez Otto, une série de toiles aux larges aplats de couleur illustre les thèmes de l'intime, dans une dimension universelle.
Par la fragmentation des formes, le cubisme mène leurs expérimentations vers l'art abstrait. Le milieu cosmopolite dont ils font partie contribue au rayonnement de leur œuvre: ils exposent à Zurich, Rotterdam, Munich et Prague, ou encore à la légendaire exposition internationale << Sonderbund >>> de Cologne et à la Galerie Der Sturm à Berlin, où Adya présente trois broderies, malheureusement perdues.
Peu soutenus par les critiques, Otto et Adya se font en revanche remarquer par leurs pairs. Adya est louée comme une << authentique cubiste >> pendant qu'Otto est acclamé comme « précurseur de l'art non-figuratif >>. Ils vendent peu, mais ne font aucune concession au public.

OTTO VAN REES 
Tête de femme, 1910
Bronze France, 
collection particulière

OTTO VAN REES
Baigneuse, 1911
Huile sur toile
Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum

OTTO VAN REES
Mère et Enfant, fin 1910
Huile sur toile
Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum

OTTO VAN REES
Baigneuses, 1910-1911
Huile sur toile
Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum, in
En 1910, Adya est enceinte de sa seconde fille, Magda. L'image de la femme devient alors le sujet central d'Otto. Le corps féminin est représenté comme une figure indissociable de la nature, un élément organique en harmonie avec un environnement abstrait.
De cette approche naît une série de toiles précubistes.
Ancrées dans l'expérience quotidienne et la grossesse d'Adya, ces œuvres atteignent une dimension idéalisée et universelle, dépassant le vécu individuel.
Une recherche formelle proche s'exprime en sculpture dans les formes segmentées du bronze Tête de femme.
OTTO VAN REES
Mère et Enfant, 1911
Huile sur toile
 Suisse, collection PCC

OTTO VAN REES 
Composition, 1911-1912
Huile sur toile Belgique, Alychlo Art Collection / Marc Coucke


OTTO VAN REES 
Composition, 1912-1913
Huile sur toile Pays-Bas, La Haye, Kunstmuseum Den Haag, inv. 0334571

ADYA VAN REES-DUTILH
Saint Thomas d'Aquin, 1913
Huile sur toile France, 
collection particulière
Dans une série de dessins réalisés dans les années 1910, Adya explore un cubisme tendant vers l'abstraction.
Les portraits de ses amis écrivains, Ludwig Rubiner et Blaise Cendrars, se composent d'une série de facettes kaléidoscopiques, aux profils courbes ou aigus. La toile Saint Thomas d'Aquin illustre bien l'influence du cubisme dans l'évolution des formes à travers le temps. Le visage du saint se construit autour de deux moitiés: l'aristocrate à gauche et le moine mendiant à droite. Sur le fond, la porte du palais où le saint a été emprisonné par ses frères et la Croix, symbole de la vie monastique, soulignent ce même contraste.

ADYA VAN REES-DUTILH
Le Poète L.R. [Ludwig Rubiner], 1913

Blaise Cendrars, 1916
Crayon Conté sur papier contrecollé sur carton Pays-Bas, La Haye, Kunstmuseum Den Haag, inv. 0631696


OTTO VAN REES 
Composition, vers 1912
Huile sur toile
Belgique, Alychlo Art Collection / Marc Coucke
Dans le combat des cubistes contre l'académisme, Adya et Otto suivent un parcours personnel et affranchi, fondé principalement sur une formation autodidacte. Ils créent par intuition et interprètent le cubisme à leur manière. La couleur conserve une place importante, mais devient plus mesurée. Dans les compositions d'Otto, un équilibre harmonieux se dégage de la disposition des plans autour d'une ligne médiane verticale. Pour la composition à droite, il existe une esquisse attribuée à Louis Marcoussis. Les deux artistes ont-ils travaillé ensemble ? L'une des deux œuvres doit-elle être réattribuée ? Ces questions demeurent pour l'instant sans réponse.

OTTO VAN REES
Composition, 1913-1914
Huile sur toile marouflée sur panneau Belgique, Alychlo Art Collection / Marc Coucke

ADYA VAN REES-DUTILH
Composition d'après Otto van Rees, 1915
Broderie en soie
Pays-Bas, collection Tibor & Suzanne Kuitenbrouwer

OTTO VAN REES
Projet pour l'affiche de l'exposition à la Galerie Tanner à Zurich d'Adya van Rees-Dutilh, Otto van Rees et Hans Arp, 1915
Collage de papier sur papier Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum, inv. 18195

DADA ET LE DEUXIÈME CUBISME
Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, Otto est mobilisé dans l'armée hollandaise tandis qu'Adya se réfugie en Suisse avec ses deux filles. Elle y trouve un réconfort dans la religion et se convertit au catholicisme. Réformé, Otto la rejoint à Zurich au printemps 1915.
En Suisse, le couple intègre un réseau d'artistes expatriés et expose à la galerie Tanner avec Jean Arp. Les collages d'Otto marquent une nouvelle étape dans sa recherche de schématisation tandis que les broderies d'Adya sont aux avant-postes de la rupture avec la figuration, par leur langage expressif et abstrait.
Tristan Tzara identifie l'exposition de la galerie Tanner comme l'événement fondateur de Dada. Dans ce contexte dadaïste - le groupe ne prenant son nom que le 18 avril 1916 - l'art des Van Rees incarne un renversement de l'ordre établi. Par le collage et par la broderie, Otto et Adya affirment une rupture avec l'art bourgeois. Dada rejette les catégories artistiques traditionnelles et sabote le langage par le non-sens: puisque la raison a conduit à la guerre, l'irrationnel devient une arme.
En décembre 1916, tandis que les manifestations Dada se poursuivent, Otto et Adya regagnent Paris et se réinstallent à Montparnasse. Ils y retrouvent Guillaume Apollinaire, Georges Braque et Blaise Cendrars, ainsi que Juan Gris, Max Jacob, André Lhote, Manuel Ortiz de Zárate, André Salmon et Gino Severini. Leur œuvre s'oriente alors vers une nouvelle phase du cubisme.

OTTO VAN REES
Adya se penchant sur le berceau, 1917
Huile sur toile Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum, inv. 23079

Malgré la guerre, le cubisme continue de mener la danse.
Alors que sa compagne prépare la venue de leur troisième enfant, Otto imagine soudain une composition, Adya se penchant sur le berceau. L'œuvre se déploie en surfaces rectangulaires, aiguës et asymétriques, tandis que les formes entourant le berceau traduisent la douceur et la chaleur maternelles. Toute l'attention converge vers l'espace central, entre les bras d'Adya, où bientôt reposera une nouvelle vie. Les couleurs sombres évoquent la guerre qui continue de ravager l'Europe, mais le turquoise de la serviette drapée sur une chaise introduit une lueur d'espoir, la promesse d'un avenir meilleur.

ADYA VAN REES-DUTILH
Deux religions, 1915
Gouache sur papier France, 
collection particulière

ADYA VAN REES-DUTILH
Madone, vers 1917
Broderie en soie
Pays-Bas, La Haye, Kunstmuseum Den Haag, inv. 0420257

Maison mortuaire de Léon Bloy, 1917
Broderie en soie

Cherchant une réponse au chaos de la guerre, Adya se convertit au catholicisme en 1914, espérant y trouver un refuge face à la folie et à l'absurdité du conflit. Otto se fait baptiser lui aussi en 1915, mais à contre-cœur. Dans la gouache Deux religions, Adya exprime leurs désaccords en s'inspirant d'un proverbe hollandais: "Mettre deux religions sur un même oreiller, c'est offrir au diable un espace pour s'y loger".
Le couple découvre les livres de Léon Bloy, parrain de leurs amis Jacques et Raïssa Maritain. Animé d'une foi catholique profonde, Bloy défend avec ferveur les opprimés contre l'hypocrisie de l'État et de l'Église. Figure centrale d'un petit cercle d'amis auquel Adya et Otto appartiennent, il décède le 3 novembre 1917. Adya peint alors la Maison mortuaire de Léon Bloy, parvenant à créer une atmosphère nocturne particulièrement mystique, éclairée par la lune. Ses "travaux d'aiguille"- comme elle appelle affectueusement ses broderies témoignent également de son engagement spirituel profond.


L'ÉCOLE PESTALOZZI
En 1915, à la suite de l'exposition Tanner, Han Coray, directeur de l'école Pestalozzi - alors fréquentée par la fille aînée des Van Rees - sollicite Otto pour décorer le hall d'entrée de l'établissement. Il réalise deux vastes peintures murales, composées de surfaces asymétriques ponctuées de quelques images reconnaissables, dont des figures humaines inspirées de la toile Lizzie lisant (1909). Leur blancheur symbolise l'esprit ouvert et pur des élèves. Il s'agit des premières compositions monumentales abstraites présentées dans un espace public en Suisse.
Le chantier se poursuit au début de l'année 1916. Équipé d'une simple chaise placée sur un échafaudage de fortune, Otto sollicite l'aide de Jean Arp afin d'achever la commande avant le printemps. Bien que sa participation soit secondaire, Arp appose sa signature et inscrit le nom du commanditaire Coray - qu'il orthographie par erreur avec deux " R ". Sa revendication surprend d'autant plus que les deux artistes défendaient alors une conception de l'art anonyme, où le nom de l'auteur s'efface au profit de l'œuvre.
Couvertes de chaux en 1917, les fresques ont été de nouveau révélées au public en 1975-1976 grâce à un important chantier de restauration. Elles sont aujourd'hui visibles au Laboratorium des Kantonschemiker de Zurich, ancienne école Pestalozzi.


OTTO VAN REES
Deux esquisses pour les peintures murales de l'école Pestalozzi, 1915
Gouache sur carton Suisse, collection PCC
Ces deux esquisses sont des projets préliminaires pour les fresques a secco qu'Otto réalise dans le hall d'entrée de l'école Pestalozzi à Zurich. La scène de droite illustre le thème de l'éducation: on y distingue les silhouettes de deux élèves, ainsi que des références à la géométrie, la musique et la géographie. Une pyramide symbolise la croissance spirituelle. L'esquisse de gauche s'approche davantage des fresques finales, la figuration ayant été presque entièrement abandonnée. Selon le souhait d'Otto, ces scènes plus abstraites devaient stimuler l'imagination des élèves, leur regard vagabondant librement entre formes et couleurs. Présentée dans cette même salle, la gouache Adya lisant sur le divan a probablement permis à Han Coray, commanditaire des fresques, d'apprécier l'atmosphère et le rendu qu'Otto envisageait pour l'école Pestalozzi.


OTTO VAN REES
Adya lisant sur le divan, 1915
Gouache sur papier Belgique, Alychlo Art Collection / Marc Coucke

OTTO VAN REES
Lizzie lisant, 1909
Huile sur panneau
Pays-Bas, collection Het Noordbrabants Museum, courtesy JK Art Foundation, inv. REE-960-01
Peinte pendant sa période cloisonniste, cette œuvre d'Otto inspire la composition des personnages pour les peintures murales qu'il réalise en 1915-1916 pour l'école Pestalozzi de Zurich. Dans cette toile, diverses surfaces se répondent dans un intérieur sobre. La perspective n'est pas exacte, mais l'ensemble forme un tout harmonieux. Il n'y a presque aucun dégradé de couleurs, sauf l'ombre qui tombe sur le papier de la femme en train de travailler. Il s'agit de la sœur aînée d'Otto, Lizzie, penchée sur ses livres d'étude. Le blanc de sa tête symbolise sa formation d'infirmière et l'ouverture d'esprit qu'elle manifeste dans son apprentissage.


ADYA & OTTO VAN REES, UN RÉSEAU D'AMITIÉS SANS FRONTIÈRES
L'entrelacement de la vie et de l'œuvre d'Adya et d'Otto van Rees touche par sa simplicité et sa vérité. Au cours de leur vie nomade, entre les Pays-Bas, la France, l'Italie, la Suisse et la Belgique, ils nouent des amitiés fidèles avec plusieurs artistes de leur temps: ils ne cherchent pas tant une proximité dans leurs démarches artistiques que des liens avec des hommes et des femmes partageant leurs idéaux de liberté et leur approche spirituelle de la vie. Des dialogues féconds autour de l'art, de la philosophie, de la littérature, de la musique et de l'éducation résonnent dans leurs ateliers, à Paris, Blaricum, Fleury-en-Bière, Ascona, Deurne et ailleurs. Aux côtés d'amis célèbres comme Georges Braque, Piet Mondrian ou Kees van Dongen figurent des artistes moins connus du grand public, tels que Marianne von Werefkin et German Cueto.

KEES VAN DONGEN
Otto et Adya rencontrent Kees van Dongen à Montmartre en 1904. En lui, ils trouvent un esprit proche du leur: Van Dongen partage notamment leurs idées et leur engagement en faveur des plus faibles et des délaissés, dont il témoigne dans ses dessins critiques de la société. Plus tard, Van Dongen abandonnera ces idéaux pour une vie luxueuse dans le beau monde parisien, ce qui mettra fin à son entente avec le couple, resté fidèle à ses principes. Au début du xx siècle, les jeunes artistes fréquentent les mêmes cercles et peignent côte à côte, à Paris et à Fleury-en-Bière.

 KEES VAN DONGEN
Otto van Rees, 1905
Pochoir sur papier, 26 x 20,2 cm. France, collection particulière Droits réservés

La maison des Van Rees à Fleury-en-Bière, 1905
Devant la porte: Guus van Dongen-Preitlinger. Allongé: Otto van Rees. Tout à droite, flous, Kees van Dongen et Adya van Rees. Fondation Van Rees

OSSIP ZADKINE
Les Van Rees rencontrent Ossip Zadkine à La Ruche, à Montparnasse. Dans son atelier, Otto s'initie à la sculpture. En 1920, ils illustrent ensemble le recueil L'Amour et la faim du poète russe Marc Talov. De retour aux Pays-Bas, Otto et Adya accueillent Zadkine à Deurne. La toile Le Sculpteur semble lui rendre hommage, la sculpture féminine évoquant Valentine Prax, artiste et épouse de Zadkine.

OTTO VAN REES
Zadkine au travail, 1922
Crayon sur papier, 25 x 20 cm France, collection particulière Fondation Van Rees

OTTO VAN REES
Le Sculpteur, vers 1925
Huile sur toile
Détails et localisation inconnus Fondation Van Rees

PIET MONDRIAN
Les Van Rees font la connaissance de Mondrian vers 1904, à l'époque où il peint la rivière Gein, près d'Amsterdam. Il s'installe à Paris à la fin du mois de décembre 1911, où il retrouve ses compatriotes. Otto et Adya l'introduisent dans leur cercle d'amis, entre Montmartre et Montparnasse. Grâce aux Van Rees, Mondrian rencontre Guillaume Apollinaire et expose le portrait d'Adya au Salon des indépendants de 1913. Pendant la Première Guerre mondiale, il séjourne à Blaricum, dans l'ancien atelier d'Otto. Dans les années 1920, Mondrian héberge régulièrement Otto dans son atelier parisien: les échanges autour du groupe Cercle et Carré consolident alors leur amitié

PIET MONDRIAN
Portrait d'une dame [Adya], 1912
Huile sur toile, 115 88 cm
Pays-Bas, La Haye, Kunstmuseum, inv. 0334310 Kunstmuseum Den Haag


OTTO VAN REES
Piet Mondrian, 1928-1929
Crayon sur papier, 27,6 21,7 cm Canada, collection particulière
Fondation Van Rees

LE RENOUVEAU DE LA FIGURATION
Pendant les Années folles, Otto et Adya abandonnent progressivement l'esthétique cubiste pour s'orienter vers une peinture plus réaliste. Leurs trajectoires convergent vers une redécouverte de la figuration pure, en ligne avec le << retour à l'ordre » théorisé par Jean Cocteau. Ils explorent alors le paysage, la nature morte et la représentation de la vie familiale.
En 1919, Otto travaille à un grand portrait de famille - présenté dans cette salle - qui demeure inachevé: début novembre, alors que la famille voyage vers Ascona, leur train, lancé à pleine vitesse, heurte un convoi de l'Orient-Express à l'arrêt près de Sens. Leur wagon est en partie broyé. Otto et leur fille Aditya restent prisonniers des décombres ; l'enfant succombe à ses blessures tandis qu'Otto, grièvement blessé, est hospitalisé durant un mois. En décembre, lorsqu'il peut être transporté, la famille regagne les Pays-Bas pour une longue convalescence.
En janvier 1923, après avoir acheminé le mobilier de Fleury-en-Bière vers les Pays-Bas, les Van Rees louent à Deurne une demeure historique, le Klein Kasteel ou « petit château >>. Son jardin et les paysages qu'ils peignent alors dégagent un sentiment de suspension et d'intemporalité.

OTTO VAN REES
Table avec rouleau de papier, 1921
Huile sur toile France, 
collection particulière

Nature morte au carreau hollandais, 
Huile sur toile Pays-Bas, 
collection particulière

OTTO VAN REES
Le Poêle, 1928
Huile sur toile
Pays-Bas, collection Cultural Heritage Agency of Netherlands, inv. K56138

OTTO VAN REES 
Coin du jardin, 1925
Huile sur toile
Espagne, collection particulière

OTTO VAN REES 
La Maison bleue, 1926
Huile sur toile Pays-Bas, collection particulière

OTTO VAN REES 
Arc de voûte, 1926
Huile sur toile Pays-Bas, collection Pim & Jill Donkersloot

ADYA VAN REES-DUTILH
 Chez Rémy, 1927
Huile sur panneau Pays-Bas, collection particulière

En septembre 1922, des œuvres d'Otto issues de la collection de l'avocat américain Arthur Jerome Eddy sont exposées à l'Art Institute de Chicago.
Dans les années 1920, Otto peint dans un style qualifié de "méridionalisme" : un expressionnisme aux couleurs tempérées, où l'héritage cubiste se retrouve dans la multiplicité des points de vue et dans le mouvement apparent des objets. Début 1927, Otto et Adya séjournent à Brasschaat, près d'Anvers, puis passent l'été à La Panne, sur la mer du Nord. C'est là qu'Adya retrouve sa sérénité après la perte de sa fille en 1919, et l'inspiration pour peindre, réalisant alors Chez Rémy

OTTO VAN REES
Adya et ses enfants, 1918
Huile sur toile France, collection particulière

La Famille, 1919
Huile sur toile
Pays-Bas, collection particulière

Vers 1918, Otto s'oriente vers une peinture plus réaliste. Plusieurs toiles réalisées cette année-là se concentrent sur le thème de la famille, hommage inconscient à la fragilité des liens affectifs - comme si Otto pressentait la tragédie qui frappera sa famille quelques mois plus tard. Son grand portrait collectif, qui inclut son autoportrait, restera inachevé après l'accident de train au cours duquel sa fille Aditya perd la vie.
Dans Adya et ses enfants, par les plis des vêtements et l'inclinaison des têtes, le peintre crée une forme circulaire qui souligne l'harmonie entre la mère et ses enfants. Le bleu de la robe d'Adya évoque le manteau d'une Madone.

ADYA VAN REES-DUTILH
 Tempête sur la plage, 1932
Huile sur toile Pays-Bas, collection particulière

ADYA VAN REES-DUTILH
 Le Carrousel, 1929
Huile sur toile marouflée sur carton France, collection particulière

Dans ces deux toiles, et notamment dans Tempête sur la plage, Adya van Rees-Dutilh explore le mouvement et joue avec les proportions. Sans atteindre les maisons, le vent nourrit les vagues, qui rejettent sur la plage une masse de coquillages. Elle peint cette œuvre à La Panne, en Belgique, où les Van Rees séjournent avec leur ami Joaquín Torres García et sa famille. La toile, réalisée dans une palette inhabituelle pour Adya, permet d'avancer l'hypothèse qu'elle ait utilisé celle de Torres García, qui peint la même année un tableau aux coloris similaires, au moment de son 58° anniversaire. Dans Le Carrousel, le stand de tir, l'église et les maisons possèdent chacun leur point de fuite, créant une perspective dynamique qui s'accorde au mouvement circulaire du manège.

OTTO VAN REES
Adya dans l'atelier 
(Klein Kasteel, Deurne), 1926
Huile sur toile Pays-Bas, collection R. et V. Jager

ADYA VAN REES-DUTILH
Dahlias, 1926
Huile sur toile
Pays-Bas, collection particulière

OTTO VAN REES
Glaïeuls, 1927
Huile sur toile
Pays-Bas, collection Claire de Roovere
Avec une palette chaude, liée aux couleurs de la terre et de la nature, Adya et Otto abordent la nature morte florale en privilégiant une dominante rouge et une simplification des formes héritée du cloisonnisme. Adya signe de son seul prénom et recherche la schématisation, tandis qu'Otto demeure plus attaché aux teintes fauves. La toile Adya dans l'atelier peinte par Otto et les Dahlias d'Adya offrent une belle mise en abyme: la silhouette de l'artiste, vue de dos et saisie dans l'acte de peindre, dialogue avec le résultat de son travail, exposé à ses côtés.

VERS UNE SCHÉMATISATION DES FORMES
La maison des Van Rees à Deurne, le Klein Kasteel, est suffisamment vaste pour leur permettre de poursuivre les rencontres qu'ils organisaient à Fleury-en-Bière. Ils y reçoivent notamment leurs amis Manuel Ortiz de Zárate, Arthur Segal et Ossip Zadkine.
En 1925, par l'intermédiaire du poète Pieter van der Meer de Walcheren, Otto et Adya entrent en contact avec un groupe de jeunes écrivains néerlandais fondateurs de la revue catholique progressiste De Gemeenschap. Grâce à la contribution des Van Rees, le public néerlandais découvre les œuvres et les textes de Blaise Cendrars, Marc Chagall, Charles-Albert Cingria, Jean Cocteau, Jaime Colson, Tsugouharu Foujita, Otto Freundlich, Max Jacob, Marie Vassilieff et de nombreux autres acteurs des cercles parisiens.
Durant les années 1920, Adya, profondément affectée par la mort de sa fille, peine à reprendre son activité. Ce sont principalement les œuvres d'Otto qui sont exposées à Anvers, Berlin, Chicago, Cologne, Londres, Munich et Rotterdam, ainsi qu'à la Biennale de Venise et au musée du Jeu de Paume à Paris. En 1926, une importante rétrospective lui est consacrée au Stedelijk Museum d'Amsterdam. Les œuvres du couple deviennent plus schématiques et épurées. L'effervescence parisienne leur manque: ils retournent à Paris en octobre 1928.

OTTO VAN REES
Composition [Arbre], 1930
Huile sur carton Pays-Bas, collection particulière

CERCLE ET CARRÉ
À partir des années 1920, l'art abstrait acquiert des fondements théoriques de plus en plus solides, notamment à travers des revues comme De Stijl aux Pays-Bas, l'enseignement du Bauhaus en Allemagne et l'influence du constructivisme russe.
En 1928, inspirés par l'essor des géométries pures, les Van Rees entreprennent la construction d'une maison en Suisse, près d'Ascona, dont Otto dessine le plan en associant un cercle et un carré. Deux ans plus tard, Joaquín Torres García fonde à Paris, avec Michel Seuphor et Pierre Daura, le groupe Cercle et Carré et la revue du même nom. Otto et Adya van Rees participent activement aux rencontres de ce groupe, qui cherche à mettre en valeur l'abstraction géométrique face au surréalisme. Pendant que le mouvement d'André Breton promeut une vision individualiste liée au subconscient, Cercle et Carré soutient la valeur autonome et universelle de l'œuvre d'art.
Les artistes de Cercle et Carré ne sont pas réunis par un manifeste, mais par une vision commune et plurielle de la structure et de la construction comme fondements de l'art. Otto et Adya figurent parmi les quarante-six artistes participant à la seule exposition officielle du mouvement, en avril 1930, à la Galerie 23, rue La Boétie à Paris.

OTTO VAN REES
Peinture [Cruche], 1930
Huile sur toile Pays-Bas, collection Tikoi Kuitenbrouwer, arrière-petit-fils de l'artiste

OTTO VAN REES
Peinture [Magda], 1930
Huile sur toile Belgique, collection particulière

Le groupe Cercle et Carré promeut la primauté de l'abstraction, la valeur symbolique des formes géométriques, l'internationalisme et une dimension spirituelle de l'art, qui s'exprime dans la recherche d'un ordre universel. L'œuvre abstraite n'a pas vocation à illustrer un discours politique ou narratif. Elle existe par elle-même, selon des lois plastiques propres: rythme, proportion, couleur, structure. Les toiles d'Otto de cette période portent souvent le titre générique de "Peinture". Par quelques formes simples, il synthétise et réduit à leur matrice géométrique le portrait de sa fille Magda, une nature morte ou un paysage.

OTTO VAN REES
Nature morte au jouet de Torres García, 1929
Huile sur panneau Pays-Bas, collection particulière

OTTO VAN REES
Peinture [Silhouette d'homme], 1930
Huile sur toile Pays-Bas, collection particulière

Peinture [Silhouette de femme], 1930
Huile sur toile Pays-Bas, collection particulière

Même dans l'abstraction, Otto intègre des éléments autobiographiques à sa peinture. Ces deux toiles représentent sa fille Magda et son mari, peu après leur mariage, célébré le 1er juillet 1929. Le marié, âgé de vingt-cinq ans, est un écrivain reconnu et rédacteur de la revue De Gemeenschap: Otto le figure portant le poids d'une maison, dont une fenêtre s'ouvre sur le monde.
Magda n'a alors que dix-neuf ans: elle tient une page blanche, symbole d'un avenir encore à écrire. La toile de gauche est exposée lors de la première exposition du groupe Cercle et Carré, en 1930.

LES DERNIÈRES ANNÉES
Le krach de 1929 frappe durement les marchés européens. Face à des collectionneurs devenus plus prudents, les revenus du couple diminuent fortement. Dans ce contexte de grande précarité, seules les commandes religieuses et les portraits assurent une relative stabilité. Aux Pays-Bas, les opportunités sont plus régulières et Otto s'installe à Utrecht en 1934. Adya refuse de le suivre, préférant vivre entre Paris et la Suisse. Quatre ans plus tard, Otto s'installe avec une nouvelle compagne, la peintre Micha Landt.
En 1937, le critique d'art Maarten Meuldijk inclut la toile d'Otto Mère et Enfant (1911) et le dessin d'Adya Der Freie Geist (1913) dans son ouvrage consacré à l'<< art dégénéré >> (Entartete Kunst). Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Adya se trouve près d'Ascona et Otto à Utrecht. Tous deux traversent la guerre dans la pauvreté. Aux Pays-Bas occupés, Otto refuse de siéger au conseil des artistes rattaché à la Kultuurkamer. Animée par l'espoir de la libération, Adya envoie une grande broderie à Franklin D. Roosevelt en 1942, puis une autre à Winston Churchill en 1945.
Le couple se retrouve après la guerre. En 1951, Adya rejoint Otto et s'installe avec lui. Presque aveugle, elle cesse de travailler. Le travail d'Otto est alors salué comme « le véritable trait d'union entre la grande révolution de l'art d'avant 1914 et les jeunes peintres néerlandais ». Longtemps occulté par le regard masculin dominant, l'œuvre d'Adya commence enfin à être reconnu à sa juste valeur, à partir des années 2010


OTTO VAN REES
Maria, 1942
Huile sur panneau
Pays-Bas, collection particulière

ADYA VAN REES-DUTILH
Paul Sabanga, 1944
Huile sur toile
Pays-Bas, collection Naramata Kuitenbrouwer
Déjà reconnue comme portraitiste au début de sa carrière, Adya réalise dans les années 1940 plusieurs portraits, dont celui de Paul Sabanga, membre des Forces françaises libres, héros de la bataille de Bir Hakeim et membre du 8e régiment des Marines américains. Pendant la guerre, elle donne des cours de piano et de français: ses agendas regorgent de notes sur la précarité de son quotidien. Comme pour Otto, les commandes de portraits constituent une source de revenus essentielle. Tous deux parviennent à saisir l'essence de leurs modèles. Dans les années 1930, en Suisse, Otto avait notamment immortalisé Thomas Mann.

OTTO VAN REES
Femme aux cheveux courts, 1947
Huile sur toile Utrecht, Fondation Van Rees, inv. 1416

OTTO VAN REES
 Arbre rouge et escalier, 1931
Huile sur carton Canada, collection particulière

OTTO VAN REES 
Coin d'atelier, 1944
Huile sur toile Pays-Bas, collection particulière

Dans l'atelier d'Otto à Utrecht règne une atmosphère de calme et d'harmonie: la lumière du soleil couchant pénètre l'espace tandis que le chien dort au sol.

Pourtant, en Hollande occupée, les matériaux de peinture sont rares pour les artistes qui refusent de dépendre des institutions culturelles mises en place par les autorités de l'Occupation. Otto recourt alors à des supports de fortune, utilisant notamment des sous-couches de tapis, dont on reconnait les formes en rouleau. En haut à gauche apparaît la toile Arbre rouge et escalier, réalisée dans les années 1930, peu après la période de Cercle et Carré. La répartition rigoureuse des surfaces et l'organisation des espaces témoignent encore de l'héritage de l'abstraction géométrique, intégré à une représentation plus figurative.


OTTO VAN REES
Nature morte au pichet blanc, 1948
Huile sur toile
Pays-Bas, collection Natacha Kuitenbrouwer

OTTO VAN REES
 Chaise et légumes, 1941
Huile sur toile Pays-Bas, collection R.S. van Eijck
À Utrecht, pendant la Seconde Guerre mondiale, des biens jusque-là ordinaires et accessibles deviennent des raretés. Parfois rémunérés en nourriture, Otto élève une série de légumes modestes, comme les poireaux -surnommés « les asperges des pauvres >>> - au rang de sujet noble d'une nature morte, posée sur une chaise de cuisine. Dans l'après-guerre, il explore des compositions s'approchant du surréalisme, telles que Nature morte au pichet blanc.

OTTO VAN REES
Santorini, 1955
Huile sur tolle
Pays-Bas, collection Mengelberg
Après la guerre, Otto reprend ses voyages. Ce changement d'horizon stimule son inspiration. À l'issue d'un séjour en Grèce, en 1955, et dans un renouveau de style abstrait, il représente l'île de Santorin et écrit: <<< L'image qui m'a peut-être le plus frappé et qui reste gravée dans ma mémoire est celle d'une île rocheuse émergeant perpendiculairement de la mer, perchée au sommet une ville blanche, et, le long de la côte, en contrebas, des grottes et des cavernes habitées par des pêcheurs et des muletlers. Le chemin qui fait des zigzags menant au sommet, avec cinquante virages, n'est rien d'autre qu'un escalier plat, tel un serpent se tortillant et atteignant les premières maisons avec sa tête».

ODE À ADYA, REGARDS CROISÉS
Exposer un couple d'artistes pose un défi: la disponibilité des sources est le plus souvent inégale et la lecture historique a longtemps été biaisée par un regard masculin. La disparité dans le nombre d'œuvres présentées ici reflète à la fois un écart réel de production et la difficulté à retracer les créations d'Adya, en raison du nombre plus restreint de recherches qui lui ont été consacrées.
Aux Pays-Bas, Adya van Rees-Dutilh est reconnue comme l'une des premières artistes à pratiquer l'abstraction, ainsi que pour son rôle dans les débuts du dadaïsme. Les œuvres divisionnistes de ses débuts, la force métaphysique de ses toiles et ses dessins cubistes proches de l'orphisme côtoient des broderies expérimentales et d'autres créations longtemps classées parmi les "arts mineurs": tissus, affiches, jouets.
Adya est plus souvent représentée par Otto que l'inverse, apparaissant "à l'œuvre", en train de peindre ou de broder. Elle n'est pas sa muse ni son modèle, mais une artiste à part entière, dont la force est pleinement assumée. Otto lui rend hommage dans une nature morte, en y intégrant un détail de sa vaste broderie Dieu avertit: il exprime ainsi son admiration pour la capacité d'Adya de garder sa maîtrise de l'ensemble tout en travaillant dans un espace restreint, sans recul pour visualiser la composition générale.
Par son engagement antibourgeois et sa volonté de transmettre des valeurs spirituelles et éthiques à travers l'art et la vie, Adya montre combien la contribution des femmes à l'art du XXe siècle est essentielle. Son parcours invite à une relecture de l'histoire de l'art et à la redécouverte de son œuvre, ainsi que de celles de nombreuses autres artistes oubliées.

OTTO VAN REES
Nature morte sur table ronde, 1956
Huile sur toile
Pays-Bas, Utrecht, Centraal Museum, inv. 20171
Cette toile apparaît comme le testament artistique d'Otto, un aveu intime, à la fois mélancolique et radieux. Un poisson - symbole de renaissance dans la mystique orientale - évoque l'harmonie entre destin et acceptation. La maquette de la maison rappelle le rêve du foyer familial. Un coquetier est vide, et l'œuf, relégué sous la table, symbolise la vie tout en questionnant la capacité de l'artiste à se renouveler.
Les trois coings - symbole d'amour - représentent ses enfants, mais le vase qui les accompagne reste vide, comme son amour défait avec Adya. Une seconde coupe, où reposent deux citrons, traduit l'amertume de sa relation interrompue avec Micha Landt. Un vase plus clair évoque sa jeunesse, le troisième, bleu, incarne Otto lui-même avec ses tiges ternies par les années. Le rouleau de papier encore vierge témoigne que subsiste toujours sa raison de vivre: le désir de créer.

OTTO VAN REES
 La Broderie rouge, 1910
Huile sur toile Pays-Bas, Deurne, Museum De Wieger

OTTO VAN REES
 Adya brodant, 1911-1912
Huile sur toile Pays-Bas, collection particulière

ADYA VAN REES-DUTILH
Dieu avertit, 1929
Broderie en laine
Pays-Bas, Tilburg, Textiel Museum, inv. BK0313
Dans cette immense broderie, Adya revisite l'histoire biblique de la Chute d'Adam et Ève. Au centre, Ève savoure l'abondance du paradis. À gauche, Dieu l'avertit, le doigt levé, tandis qu'Adam, à droite, semble découragé.
Le Diable apparaît dans la partie droite de la composition. Ève tend la main vers les fruits tandis que des plantes épineuses surgissent du sol, annonçant la Chute et la dureté de la vie à venir. Une pyramide évoque les anciennes cultures polythéistes, en dialogue avec
la coquille Saint-Jacques qui clôture la composition à droite, symbole du pèlerinage vers Dieu. Dans sa représentation triomphale d'Ève, Adya déconstruit le stéréotype de la femme responsable du péché universel et souligne son émancipation.
Symbole discret de la fécondité artistique qui anime le couple et de l'admiration qu'Otto porte à son épouse, un détail du visage d'Adam apparaît dans sa toile Nature morte, divan et broderie, ci-après :

OTTO VAN REES
Nature morte, divan et broderie, 1927
Huile sur toile France,
 collection particulière

Avec les Van Rees régnait toujours la meilleure harmonie. Gens sans préjugés qui avaient beaucoup vu et beaucoup voyagé, gens dans la vérité des choses bien que, si l'on veut, quelque peu en dehors de la réalité. Leur vie [...] était très différente de celle de la majorité des individus.
Otto van Rees est très pacifique, [...] d'une intelligence claire, c'est un vrai peintre, sans claudications, seule chose presque avec laquelle il est d'accord avec sa femme, qui suit de telle façon sa propre orbite qu'un autre pourrait difficilement la suivre.
Adya van Rees est toujours originale et met ses idées en pratique avec la plus grande aisance. Elle possède, comme son mari, un grand fond de bonté, autre point, peut-être, où tous deux coïncident.
Joaquín Torres Garcia, dans Histoire de ma vie, 1998

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