Un portraitiste virtuose

Brillant portraitiste de la « Belle époque », paysagiste et aquarelliste virtuose, John Singer Sargent (1856- 1925) est considéré comme l'un des artistes américains les plus importants de sa génération. Il reste toutefois encore méconnu en France, où aucun musée ne lui avait encore consacré d'exposition monographique. Né en Italie, américain de nationalité et par éducation, Sargent a passé l'essentiel de sa carrière à Londres et le plus clair de sa vie à voyager. Il n'en a pas moins fait de Paris et de la France l'un des centres de son existence. Organisée en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York à l'occasion du centenaire de la mort de l'artiste, cette exposition s'intéresse plus particulièrement à ses années de jeunesse et à ses liens avec Paris et le monde de l'art français. Elle retrace l'histoire d'une ambition: éblouir la prestigieuse capitale du monde de l'art, où se concentrent les tendances esthétiques les plus modernes. Elle fait aussi le récit d'une ascension, de l'entrée de Sargent, à dix-huit ans, en 1874, parmi les élèves de l'atelier de Carolus-Duran, jusqu'au scandale suscité dix ans plus tard au Salon par son chef-d'œuvre, le portrait de « Madame X >> (Virginie Gautreau), qui contribuera à son départ pour Londres. Pendant cette dizaine d'années, l'artiste réalise certains des tableaux les plus audacieux et les plus provocants de sa carrière. Ils sont exceptionnellement réunis dans cette exposition.


Le Verre de porto,
dit aussi Après le dîner The Glass of Porto
1884
Huile sur toile
San Francisco, Fine Arts Museums of San Francisco
Don de la Fondation Atholl McBean
Albert et Edith Vickers, importants commanditaires et amis de Sargent au milieu des années 1880, l'encouragent à s'installer en Angleterre. L'artiste les montre ici dans leur propriété de Lavington (West Sussex), à la fin du repas éclairé à la lampe. Le sujet banal est l'occasion d'un extraordinaire effet de lumière dû à la lueur rouge des luminaires. Le point de vue et le cadrage rappellent certains Degas ou Caillebotte qu'il a pu voir dans les expositions impressionnistes. Sargent expose ce petit tableau à l'Exposition internationale de peinture à la galerie Georges Petit en 1885, aux côtés de Monet et Rodin.

Fête familiale,
dit aussi La Fête d'anniversaire Fête Familiale (The Birthday Party)
Vers 1885 (?)
Huile sur toile
Minneapolis, Minneapolis Institute of Art
Fonds Ethel Morrison Van Derlip et Fonds John R. Van Derlip
Ce tableau étonnant de Sargent représente son ami le peintre français Albert Besnard, aux traits à peine esquissés, et sa
femme, la sculptrice Charlotte Besnard, fêtant l'anniversaire de leur fils Robert. La composition, très originale par son aspect décentré, presque en déséquilibre, procure au spectateur l'impression d'être assis à leur table et de participer un instant à cette scène intime. On retrouve là le goût de Sargent pour les jeux d'éclairage complexes et les forts contrastes d'ombres et de lumières

Étude en plein air, dit aussi Paul Helleu dessinant auprès de son épouse
Paul Helleu Sketching by His Wife
1889
Huile sur toile
New York, Brooklyn Museum of Art Fonds de la collection du musée
Sargent restera toujours très proche de Helleu, dont il promeut l'art outre-Manche et outre-Atlantique, où l'artiste français connaîtra un certain succès. À l'été 1889, Helleu et sa femme Alice Guérin lui rendent visite à Fladbury, dans le Worcestershire, où ce double portrait est peint en plein air. Il adapte les leçons apprises à Giverny aux côtés de Monet, mais il adopte une touche moins fractionnée notamment pour les herbes hautes. Le point de vue élevé et la forte diagonale du canoë créent une composition dynamique et moderne

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Portrait de Mme Kate A. Moore (Katherine Robinson)
1884
Huile sur toile
Washington, DC, Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution Don de Joseph H. Hirshhorn, 1972
La riche américaine Kate Moore, une proche du Prince de Galles, est représentée dans son appartement près de l'Avenue Foch, où elle tient un salon cosmopolite. Sargent la peint au moment de la controverse autour de Madame X, et confie à l'écrivain Henry James son besoin de changer de décor: << ce sera agréable de venir à Londres et surtout de quitter Paris. Je suis terriblement fatigué des gens ici et de mon labeur actuel, un certain portrait majestueux d'une femme laide. Elle est comme une grande frégate toutes voiles dehors >>.
Après Paris, Sargent et la France
Après une ascension fulgurante, le scandale de Madame X ébranle la trajectoire de Sargent. Pourtant, il ne quitte pas immédiatement Paris, et Mme Gautreau n'est pas ostracisée. Il achève des commandes de portraits et continue d'exposer au Salon.
Sargent se partage entre Paris et Londres jusqu'en 1886, date à partir de laquelle il s'installe définitivement dans la capitale britannique. Mais ses liens avec la France restent forts: il conserve des amitiés fidèles (Helleu, Belleroche), en noue de nouvelles (Gabriel Fauré, Winaretta Singer) et se rapproche surtout de Monet. Il voue au peintre une grande admiration et réalise pendant cette période les œuvres parmi les plus << impressionnistes >> de sa carrière : sa touche devient plus esquissée et ses couleurs plus lumineuses. En 1889, aux côtés du peintre de Giverny, il mène une campagne active pour qu'Olympia de Manet soit acquis par la France.
La même année, il triomphe lors de l'Exposition Universelle de Paris, à laquelle il participe dans la section américaine. Il est fait chevalier de la Légion d'Honneur et reçoit une médaille d'Honneur.

Claude Monet peignant à la lisière d'un bois
Claude Monet Painting by the Edge
of a Wood
Vers 1885
Huile sur toile
Londres, Tate
Offert par Mile Emily Sargent et Mme Ormond via le Art Fund, 1925
Sargent aurait rencontré Monet pour la première fois pendant la deuxième exposition impressionniste, en 1876, date à laquelle il découvre son art avec un enthousiasme débordant. Il possédera quatre tableaux de sa main. Il le peint ici au travail, sur le motif, avec sur son chevalet Prairie et meules près de Giverny (1885, Museum of Fine Arts, Boston). Sargent qui adopte lui-même une technique impressionniste pour représenter son ami conservera ce petit tableau toute sa vie
<< Une revanche éclatante >>
Au plus fort du scandale causé par Madame X au Salon de 1884, certains critiques notent : « patience, M. Sargent ne se trompera pas toujours; il est homme à prendre avant peu une revanche éclatante ». Celle-ci survient au Salon de 1892, avec le flamboyant portrait d'une autre << femme fatale »>, la danseuse espagnole Carmencita. Sa pose altière et son visage maquillé, l'évocation de son numéro de danse andalouse, ravivent le souvenir des audaces de El Jaleo et de Madame X. L'oeuvre est largement admirée et est finalement achetée par l'État pour le Musée du Luxembourg (<< musée des artistes vivants »>). Une première pour un portrait de Sargent, qui n'a alors que 36 ans, et est déjà reconnu comme un << maître >> moderne.
Les années suivantes, depuis Londres, Sargent entretient encore des liens avec le monde de l'art français, participe au Salon jusqu'en 1905 et voyage en France jusqu'en 1918. Il meurt en 1925, un livre de Voltaire à la main. Sargent est alors un peu oublié à Paris. Seul Le Gaulois met sa nécrologie à la une : << cet américain, né à Florence, qui aimait la France et qui vécut à Londres, s'était d'ailleurs aux années de sa jeunesse bien déclaré des nôtres ».

La Carmencita (Carmen Dauset Moreno)
Vers 1890
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay
Sargent rencontre probablement la danseuse espagnole Carmen Dauset Moreno, originaire d'Almería, en 1889, lors de l'Exposition Universelle à Paris, puis la retrouve dans un cabaret à New York en 1890. Fasciné, il lui propose (comme avec « Madame X »>) de faire son portrait. L'éblouissant costume de la danseuse, qui semble entrer en scène, est un véritable morceau de bravoure pictural. Présenté à Paris, ce portrait est apprécié par les critiques pour son étrangeté : «M. Sargent excelle à mettre ce quelque chose d'attirant ou d'inquiétant dans les physionomies, et c'est par là que son art devient supérieur »> (Claude Bienne)

Gabriel Fauré
Vers 1889
Huile sur toile
Paris, musée de la Musique - Philharmonie de Paris
Gabriel Fauré et Sargent se rencontrent vers 1886. Sargent se passionne pour la musique du compositeur, qu'il joue avidement et qu'il soutient. Fauré lui offrira le manuscrit de son quintette pour piano et cordes n°2, op. 115 en remerciement. Ce portrait inspiré et animé de Fauré est vraisemblablement peint lors du passage de Sargent à Paris pour l'Exposition Universelle.

Portrait de la princesse de Scey-Montbéliard (Winnaretta Singer)
1889
Huile sur toile
Collection particulière
Lors de son séjour à Paris pour l'Exposition Universelle de 1889, Sargent peint l'américaine Winnaretta Singer, princesse de Scey-Montbéliard, héritière de la fortune de l'entreprise de machines à coudre Singer. Ce portrait, le dernier que Sargent peint en France, la montre chez elle, rue Tronchet, vêtue d'une robe de bal et d'une étole de fourrure, dans une attitude princière. Avec son second époux, le prince et compositeur Edmond de Polignac, elle compte parmi les plus grands mécènes des arts de l'époque et participe à la souscription pour l'Olympia de Manet

Portrait de Mme Henry White (Margaret Stuyvesant Rutherfurd)
1883
Huile sur toile
Washington, National Gallery of Art
Collection Corcoran, don de John Campbell White
« Daisy >> Rutherfurd est l'épouse de Henry White, diplomate en poste à Paris. Ce portrait << en blanc »> daté de 1883 est conçu en parallèle du portrait << en noir » de Virginie Gautreau. Sargent imaginait d'ailleurs de les présenter ensemble au Salon. Finalement Mrs Henry White figurera au Salon de la Royal Academy à Londres. Sargent met ici au point une formule promise le modèle porte un riche costume propice à un grand succès: de virtuoses effets de peinture, et est situé dans un espace indéterminé mais évoquant la tradition du grand portrait aristocratique.

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Portrait de Mme Harry Vane Milbank (Alice Sidonie Vandenburg)
Vers 1883-1884
Huile sur toile
Collection particulière
Sargent fait ici le portrait d'Alice Sidonie Vandenburg, veuve du marquis de Belleroche épouse de Mr Harry Vane Milbank, et mère d'Albert, jeune ami du peintre. Installée à Paris en 1871, elle organise d'importantes réceptions dans leur demeure de l'avenue Montaigne. Ce portrait, qui anticipe par certains aspects le portrait de Virginie Gautreau, est resté inachevé.

Un succès de scandale:
le portrait
de << Madame X >>
Née à la Nouvelle-Orléans d'une famille d'anciens émigrés français, Virginie Amélie Avegno (1859-1915) s'installe en France en 1867. Elle épouse l'homme d'affaires Pierre Gautreau, devient une importante figure de la vie mondaine parisienne et est reconnue comme l'une des grandes beautés de son temps.
Fasciné par sa beauté atypique et fardée, Sargent la convainc de poser. Les longues séances aboutissent à un coup de maître. Sargent a 28 ans, et son modèle, 25. Conscient d'avoir peint une œuvre exceptionnelle, mais provocante, il redoute les réactions des commentateurs et des visiteurs. Dès l'ouverture du Salon de 1884, le tableau attire tous les regards et fait scandale même si une partie de la critique en reconnaît l'importance. On considère comme inconvenants la bretelle droite descendue sur l'épaule, le décolleté plongeant, le maquillage trop prononcé du modèle et son profil jugé hautain. Sargent repeindra ultérieurement la bretelle sur l'épaule et gardera le portrait dans son atelier jusqu'à sa vente au Metropolitan Museum of Art en 1916, après le décès de Virginie Gautreau. Il rebaptise alors le tableau
<< Madame X » et le désigne comme « la meilleure chose qu'il ait faite »

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Portraits d'enfants, dit aussi Les Filles d'Edward Darley Boit The Daughters of Edward Darley Boit
1882
Huile sur toile
Boston, Museum of Fine Arts
Don de Mary Louisa Boit, Julia Overing Boit, Jane Hubbard Boit, et Florence D. Boit à la mémoire de leur père, Edward Darley Boit
Les filles (âgées de quatre à quatorze ans) d'Edward et Mary Louisa Boit, deux expatriés américains, sont représentées dans le vestibule de leur appartement. Sargent qui a copié à Madrid Les Ménines de Velázquez s'autorise comme lui des effets d'ombre et de lumière virtuoses et instaure un sentiment d'étrangeté et de mystère caractéristique: la grande ombre centrale, le vide et la disposition des figures sur les bords, le regard des filles, l'extraordinaire taille des vases japonais L'œuvre surprend au Salon de 1883. Si l'on admire son ambition, la nouveauté de la composition, la sûreté de la touche, on critique aussi l'exécution << lâchée >> qui rapproche Sargent des impressionnistes

Un portrait, dit aussi
Le Docteur Pozzi chez lui
Dr Pozzi at Home
1881
Huile sur toile
Los Angeles, Hammer Museum
Collection Armand Hammer, don de la Fondation Armand Hammer
Samuel Pozzi (1846-1918) est une figure phare du Tout-Paris de la Belle Époque. Chirurgien et pionnier de la gynécologie, esthète et collectionneur, il est aussi réputé grand séducteur. Sargent, qui le rencontre via Carolus-Duran, le décrit comme «< un être extrêmement brillant ». On ne sait si l'idée de ce portrait vient du peintre ou du modèle. De façon très audacieuse pour un portrait d'homme à cette époque, il le représente chez lui, en simple robe de chambre et instaure ainsi une troublante intimité avec le modèle. Hommage à la tradition du grand portrait aristocratique depuis la Renaissance (Titien, Greco, Velázquez, Van Dyck...), il est aussi conçu comme une ardente harmonie en rouges. Sargent expose ce tableau à Londres et Bruxelles mais pas à Paris.

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Portrait de Mme la Vicomtesse de Saint Périer
(Marie Jeanne de Kergorlay)
1883
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, en dépôt au musée franco-américain du château de Blérancourt, Blérancourt

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Portrait de Mme Arthur O'Connor (Marguerite de Ganay)
1882
Huile sur toile
Collection particulière
Mme Arthur O'Connor est la fille du marquis de Ganay et de la riche héritière américaine Emily Ridgway, tous deux amateurs d'art. Pour ce portrait, Sargent met en valeur l'élégant profil de son modèle et son gracieux port de tête. Sa robe décolletée et son étole noires font ressortir l'éclat de sa chair laiteuse. Si les traits du visage sont travaillés avec soin et «< fini », le vêtement et la chevelure rehaussée d'un croissant de diamants sont traités avec une très grande liberté de touche. L'œuvre a quelques affinités avec le portrait de « Madame X » peint l'année suivante.

Portrait de Mme Ramón Subercaseaux (Amalia Errázuriz y Urmeneta)
Vers 1880-1881
Huile sur toile
Fayez S. Sarofim Foundation
Amalia Subercaseaux et son époux Ramón, consul du Chili à Paris et peintre à ses heures, admirent Fumée d'ambre gris et Mme Pailleron au Salon de 1880. Surpris par la modestie de l'atelier de Sargent rue Notre-Dame des Champs, ils lui demandent de peindre à leur domicile le portrait de Madame Subercaseaux. Au Salon de 1881, et malgré la nationalité du modèle, le portrait est salué comme l'archétype de la parisienne et vaut à Sargent une médaille. L'importante lumière, l'environnement quotidien et la pose naturelle sont autant de caractéristiques du portrait «< impressionniste >>.

Portrait d'Édouard Pailleron
1879
Huile sur toile
Versailles, Musée national du château de Versailles, en dépôt au musée d'Orsay, Paris Don de Mme Édouard Pailleron, 1900
Édouard Pailleron est un homme de lettres et dramaturge en vogue sous la Ille République. Vraisemblablement séduit par le portrait de Carolus-Duran par Sargent, vu au Salon de 1879, il commande son portrait au jeune peintre. Sargent le représente en artiste, le vêtement et la pose empreints d'une nonchalante élégance, comme dans le portrait de Carolus-Duran. Les portraits de Madame Pailleron, puis de leurs enfants suivront. Leur luxueuse demeure, Quai Malaquais, où les trois portraits occupent une place d'honneur, tient lieu de vitrine au talent de Sargent auprès de l'élite intellectuelle parisienne.

Portraits de M. Édouard Pailleron et de Mlle Marie-Louise Pailleron
1880-1881
Huile sur toile
Des Moines, Des Moines Art Center Permanent Collections
Achat avec le Fonds du legs Edith M. Usry, à la mémoire de ses parents M. et Mme Georg Franklin Usry, du Fonds Dr et Mme Peder T. Madsen, et du Fonds de dotation Anna K. Meredith
Sargent peint ici les enfants du couple Pailleron, Édouard, 15 ans, et Marie-Louise, 10 ans. Leurs deux figures semblent décorrélées dans la composition, mais toutes deux nous fixent avec une intensité troublante, loin des conventions des portraits d'enfants de l'époque. Marie-Louise rapportera dans ses mémoires que Sargent avait requis 83 séances de pose, ce qui semble irréaliste mais rend compte de son sentiment d'impatience voire d'exaspération durant cette longue collaboration entre le peintre et son modèle.

Portrait de Frances Sherborne Ridley
Watts
1877
Huile sur toile
Philadelphie, Philadelphia Museum of Art Don de M. et Mme Wharton Sinkler
Une jeune amie de Sargent, américaine et expatriée comme lui, est le sujet de son premier envoi au Salon, en 1877. Le portrait est accepté et ses délicates harmonies orangées sont appréciées par des critiques importants, qui y décèlent aussi un certain << maniérisme » dans la posture en mouvement du corps ou la façon de peindre les mains du modèle. Sargent le présente de nouveau l'année suivante, dans la section américaine de l'Exposition Universelle de Paris.

Portrait de Mme Édouard Pailleron
(Marie Buloz)
1879
Huile sur toile
Washington, National Gallery of Art
Collection Corcoran, achat du musée et don de Katherine McCook Knox, John A. Nevius, et M. et Mme Lansdell K. Christie
Marie Pailleron est la fille de François Buloz, directeur de la Revue des Deux Mondes. Pour ce premier grand portrait en pied, Sargent choisit un point de vue en légère plongée. L'élégante robe noire de la jeune femme et sa chevelure rousse se détachent sur les tons de vert du jardin (le domaine familial de Ronjoux en Savoie). Comme dans un instantané, ses mains et son foulard, peints avec vivacité, donnent une impression de mouvement
Sargent portraitiste
Quelques années après son arrivée à Paris, Sargent devient portraitiste. Entre 1877 et 1884, il envoie chaque année un portrait au Salon afin de se faire connaître des amateurs. Ce genre artistique est alors porté par l'accroissement des demandes de la bourgeoisie. Alors que décline la « Peinture d'Histoire » et que triomphe le réalisme, l'art du portrait se voit investi d'une ambition « moderne >> : représenter l'époque. Le contexte est aussi marqué d'un côté par la montée en puissance du portrait photographique et de l'autre par les innovations des impressionnistes qui représentent leurs modèles dans une activité quotidienne ou en plein air.
Dans ce contexte, le talent de portraitiste de Sargent s'affirme très vite. Le jeune peintre obtient récompenses et commandes, aussi bien d'artistes bohèmes que de riches expatriés américains ou d'aristocrates français. Il sait intelligemment flatter ses modèles, mais n'hésite pas à s'émanciper des conventions artistiques et sociales qui brident souvent l'imagination des peintres de portraits. Il peint de véritables «< chefs-d'œuvre » qui exigent de longs mois de travail. Au Salon, ces peintures fascinent par leur mélange de virtuosité, de sensualité et d'étrangeté

Charles Émile Auguste Durant dit Carolus-Duran
La Dame au Gant The Lady with the Glove
1869
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay
Quelques années avant de devenir le maître de Sargent, Carolus-Duran connaît un vif succès au Salon de 1869 avec ce tableau, récompensé d'une médaille de deuxième classe, et acheté par l'État pour le musée du Luxembourg, une première pour un portrait moderne. L'oeuvre n'est plus simplement la représentation d'un individu (Pauline Croizette, épouse de Carolus-Duran) mais la personnification d'un «< type » - ici «< la femme de notre temps, la Française, la Parisienne >>> (Marius Chaumelin). Stylistiquement, le tableau fait la synthèse entre la référence aux maîtres anciens (Velázquez), la tradition classique française (David, Ingres) et les innovations de l'avant-garde réaliste (Courbet, Manet).

Fumée d'ambre gris Smoke of Ambergris
1880
Huile sur toile
Williamstown, Clark Art Institute
À l'hiver 1879-1880, Sargent quitte l'Espagne et se rend au Maroc (alors sultanat indépendant). Il séjourne à Tanger où il écrit : « l'aspect des lieux est saisissant, le costume grandiose et les Arabes souvent magnifiques >>. L'artiste exécute de nombreuses études et collecte des photographies ethnographiques sur les populations d'Afrique du nord. À partir de ces éléments, il imagine une grande composition pour le Salon, mêlant observation et invention. Dans le secret d'un patio immaculé, une jeune femme maquillée au khôl et au henné, parée de bijoux berbères en argent, capture les exhalaisons d'un brûle- parfum d'où émane une fumée d'ambre gris. Sargent compose ici une fantastique harmonie monochrome autour du blanc. Débutée à Tanger et achevée à Paris, l'oeuvre est exposée au Salon de 1880

Venise par temps gris Venice in gray weather
Vers 1882
Huile sur toile
Collection particulière

Conversation vénitienne, dit aussi Rue de Venise Venetian Street
Vers 1880-1882 Huile sur toile
Collection particulière
À Venise, Sargent délaisse le Grand canal et les sites touristiques pour les palais décatis et les venelles sombres des quartiers populaires. Dépourvues d'anecdotes, ses compositions représentent des lieux et des situations de la vie quotidienne. Elles sont nourries par l'exemple de la modernité parisienne et tout particulièrement les œuvres de Manet et Degas.

Intérieur vénitien
A Venetian Interior
Vers 1880-1882
Huile sur toile
Pittsburgh, Carnegie Museum of Art

Ramón Subercaseaux en gondole Ramón Subercaseaux in a Gondola
1880
Huile sur toile montée sur carton
Memphis, Dixon Gallery and Gardens
Don de Cornelia Ritchie
Lors de son séjour à Venise en 1880, Sargent se lie d'amitié avec Ramón Subercaseaux, diplomate chilien en poste à Paris, et peintre amateur. Ce tableau laisse imaginer leurs séances de travail communes, où, partageant la même gondole, ils se représentent mutuellement sur le vif (on remarque la boîte d'aquarelle sur les genoux de Subercaseaux). Pour Sargent, ce tableau est l'occasion d'une brillante étude des effets d'ombre et de lumière dans l'embarcation et à la surface de l'eau

Jeune femme à la jupe noire Young Woman with a Black Skirt
Début des années 1880 Aquarelle et mine graphite sur papier vélin
New York, The Metropolitan Museum of Art
Don de Mme Francis Ormond, 1950

Alhambra Patio de los Arrayanes (cour des Myrtes)
1879
Huile sur toile
Collection particulière
À la fin de l'été 1879, Sargent se rend en Espagne, à Madrid, puis à Séville et à Grenade. Fasciné par le complexe architectural du palais de l'Alhambra, chef- d'œuvre de la dynastie nasride, Sargent s'y arrête pour peindre quelques études. Celle-ci représente la cour des Myrtes. L'artiste s'intéresse tout particulièrement au reflet du grand pavillon dans le bassin au centre de la cour et aux effets d'ombre et de lumière, traités avec une grande liberté de touche.

La Danse espagnole The Spanish Dance
Vers 1879-1882
Huile sur toile
New York, The Hispanic Society of America
De son voyage en Espagne, Sargent rapporte à Paris de nombreuses études qui lui permettent de peindre une toile monumentale sur le thème de la danse gitane nocturne, El Jaleo (Isabelle Stewart Gardner Museum, Boston). Ce tableau est la vedette du Salon de 1883. À la même période, il peint cette œuvre, de plus petit format, où des couples dansent le tango et le flamenco sous les étoiles, au son d'un orchestre que l'on aperçoit à l'arrière-plan dans l'obscurité. Sargent est fasciné par le thème de la danse et par les traditions qui établissent une forme de lien primordial entre le corps, la musique et le sacré.

Dans les oliviers, à Capri Among the Olive Trees, Capri
1878
Huile sur toile
Collection particulière
À l'été 1878 Sargent voyage en Italie, notamment à Naples et Capri, destinations prisées des artistes européens. Il y trouve l'inspiration pour ce tableau qu'il expose au Salon de 1879. Le modèle qui pose pour de nombreux artistes est Rosina Ferrara, originaire d'Anacapri. La jeune femme adossée au tronc sinueux d'un olivier, baignée par la lumière du soir, exhale un sentiment de langueur et de mélancolie. La manière de peindre le paysage et les tonalités argentées rappellent l'art de Corot, disparu en 1875, qui est considéré comme un maître de la jeune génération de paysagistes en France.

Jeune Capriote sur un toit Capri Girl on a Rooftop
1878
Huile sur toile
Bentonville, Crystal Bridges Museum of American Art

La Table sous la tonnelle, dit aussi Les Verres de vin Wineglasses
Vers 1875
Huile sur toile
Londres, The National Gallery
Accepté par le gouvernement britannique en lieu et place de droits de succession, attribué à la National Gallery, Londres, 2018
Comme de nombreux artistes étrangers de sa génération, Sargent visite Grez-sur- Loing, à l'orée de la forêt de Fontainebleau, où s'était établie une colonie d'artistes sur le modèle de Barbizon. Il s'y rend à deux reprises avec des camarades de l'atelier de Carolus-Duran, davantage pour se détendre que pour peindre. Ce tableau ferait donc exception; il représenterait la tonnelle de l'Hôtel Chevillon, haut lieu de sociabilité des artistes. Sargent démontre dans cette étude de ses débuts une touche affirmée et une maîtrise remarquable
dans le rendu des effets lumineux.

En route pour la pêche Setting Out to Fish
1878
Huile sur toile
À la fin des années 1870, les sujets ruraux bretons et notamment celui des pêcheurs de coquillages, sont très à la mode à Paris. Sargent, qui a séjourné en Bretagne avec ses parents, y revient en 1877. Il y réalise les nombreuses études servant à composer ce grand tableau présenté au Salon de 1878 qui lui vaut un premier succès critique. L'artiste y cherche un effet de naturel et de mouvement dans ce groupe de pêcheurs à pied. Il s'essaye à d'audacieux effets de lumière et de couleurs dans le jeu des reflets au premier plan.

Jeune garçon sur la plage, étude pour En route pour la pêche et La Pêche aux huîtres à Cancale Young Boy on the Beach, Study for Setting Out to Fish and Fishing for Oysters at Cancale
1877
Huile sur toile
Chicago, Terra Foundation for American Art
Collection Daniel J. Terra

Jeune fille sur la plage, étude pour En route pour la pêche et La Pêche
aux huîtres à Cancale Girl on the Beach,
Study for Setting Out to Fish and Fishing for Oysters at
Cancale
1877
Huile sur toile
Chicago, Terra Foundation for American Art
Collection Daniel J.
Peintures "de voyage"
Refusant d'emblée les sujets historiques, le jeune Sargent se définit très rapidement comme un peintre de la réalité et s'inscrit dans le courant << naturaliste » naissant. Pour autant, la vie moderne urbaine et industrielle ne l'intéresse pas. Dans ses peintures « de voyage », l'artiste explore des univers géographiques et culturels variés, mais fait la part belle à des sujets ruraux ou traditionnels, tels que le motif de la danse folklorique. Souvent tributaire de stéréotypes à ses débuts, son regard gagne progressivement en originalité comme à Venise dont Sargent montre un autre visage, réaliste, sombre et populaire.
Reflet d'une préoccupation proprement << picturale », chaque tableau est pour lui l'occasion d'une étude précise d'un effet lumineux ou coloré particulier.
Ces œuvres « de jeunesse »> font progressivement connaître Sargent auprès du public et des critiques parisiens qui regardent de près l'éclosion d'un talent singulier.

Coucher de soleil sur l'Atlantique Atlantic Sunset
Vers 1876-1878
Huile sur toile
Collection particulière

Tempête sur l'Atlantique
Atlantic Storm
1876
Huile sur toile
Minneapolis, Myron Kunin Collection of American Art
En mai 1876, Sargent, âgé de 20 ans, voyage pour la première fois aux États- Unis d'Amérique, en compagnie de sa mère et de sa sœur Emily. C'est sans doute lors du trajet retour qu'il peint cette étonnante composition qui défie les traditions de la peinture de marine. Sargent nous installe sur le pont du bateau et hisse la ligne d'horizon très haut pour rendre l'impression vertigineuse des énormes vagues. Le peintre balaye la toile de son pinceau pour rendre le ciel, l'effet du vent sur la mer déchainée et la vitesse du bateau à vapeur.
Sargent,
Paris et le monde
Marqué par son enfance nomade, Sargent, bien que pleinement établi à Paris, reste un peintre voyageur qui trouve l'essentiel de son inspiration lors de ses multiples excursions en France ou dans le bassin méditerranéen (Italie, Espagne et Maroc). Il en rapporte des dessins et esquisses peintes en plein air qui lui servent à composer, dans son atelier parisien, d'ambitieuses compositions qu'il présente au Salon.
Le Salon, qui attire des centaines de milliers de visiteurs chaque année à Paris, se tient alors au « Palais de l'Industrie >> sur les Champs-Élysées. C'est la plus grande exposition d'art contemporain en Europe à cette époque. Elle rassemble des centaines d'artistes et plusieurs milliers d'œuvres. Pour un jeune peintre comme Sargent, c'est le lieu où il faut se faire remarquer, par l'administration des Beaux-Arts (qui distribue les honneurs), les critiques (qui établissent les réputations) et les amateurs (qui achètent et passent commandes). Entre 1877 et 1885, Sargent y expose tous les ans un ou plusieurs tableaux, souvent un portrait et une peinture << de voyage >>.
Sargent ne se rend aux États-Unis qu'en 1876, à l'âge de vingt ans. Il y reviendra régulièrement, y trouvera de nombreux commanditaires, mais ne s'y installera jamais.

Répétition de l'orchestre Pasdeloup au Cirque d'Hiver
Rehearsal of the Pasdeloup Orchestra at the Cirque d'Hiver
Vers 1879-1880
Huile sur toile
Boston, Museum of Fine Arts
Collection Hayden - Fonds Charles Henry Hayden
Sargent est un pianiste talentueux et un spectateur assidu des théâtres et salles de concerts. Dans ce surprenant tableau, le noir et blanc s'enchevêtrent dans des touches rythmées et staccato qui semblent mimer les notations musicales. Le chef d'orchestre Jules-Etienne Pasdeloup, debout à gauche, se trouve enveloppé dans la composition semi-circulaire. Compte tenu de l'instrumentation et de la date du tableau, il a été avancé que son orchestre interprétait ici la Damnation de Faust de Berlioz

Dans le jardin du Luxembourg In the Luxembourg Gardens
1879
Huile sur toile
Philadelphie, Philadelphia Museum of Art
Collection John G. Johnson, 1917
Pendant les dix années passées par Sargent à Paris, les sujets parisiens font paradoxalement figure d'exception. Il peint le jardin du Luxembourg à l'heure bleue, dans des harmonies mauves rehaussées de touches rouges. Le couple élégant, au premier plan, est décentré, comme s'il s'était déplacé le temps que Sargent l'immortalise. Cette asymétrie confère un aspect très moderne à la composition, peut-être influencée par les harmonies colorées « musicales » de son compatriote James McNeill Whistler, qui avait aussi débuté sa carrière à Paris. Le jardin était proche de l'atelier de Sargent au 73 rue Notre-Dame des Champs.

Albert de Belleroche
Vers 1883
Huile sur toile
Collection particulière
L'artiste gallois Albert de Belleroche (1864- 1944), de huit ans le cadet de Sargent, fait un bref passage dans l'atelier de Carolus-Duran. Sargent le rencontre en 1882 lors d'un dîner en l'honneur de leur maître et ils nouent une amitié pérenne. Fasciné par les traits de Belleroche, qu'il surnomme affectueusement << baby >>, il en fait de nombreux portraits à cette époque (ici en costume de la Renaissance). Dans ces effigies s'exprime un sens de la séduction et une sensualité caractéristiques de certains modèles de Sargent, qui conservera ce portrait toute sa vie.

Paul César Helleu
Vers 1880
Huile sur toile
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu, musée des beaux-arts de Bayonne

Vernon Lee 1881
Huile sur toile
Londres, Tate
Legs de Mille Vernon Lee avec le concours de Mille Cooper Willis, 1935
Vernon Lee est le nom de plume de la femme de lettres et historienne de l'art britannique Violet Paget (1856-1935). Amie d'enfance de Sargent, expatriée comme lui, leur correspondance semble une chronique de la vie de l'artiste à Paris. Sargent peint son portrait, lors d'un passage à Londres, en une séance de trois heures. Il saisit son intelligence incisive et accentue le style androgyne que son amie féministe affectionne. Exposé à Paris en 1882 sous le titre « Pochade », les critiques y notent l'influence de l'impressionnisme.

François Flameng et Paul Helleu
Vers 1880
Huile sur toile
Waterville, Colby College Museum of Art Collection Lunder
Dans ce double portrait d'artistes, Sargent semble se souvenir de sa copie d'après Hals. Il y rapproche le profil de Paul Helleu (1859- 1927) et le visage de François Flameng (1856-1923), qui semble nous toiser avec malice. Helleu, que Sargent rencontre peu de temps après son arrivée à Paris, restera un ami très proche tout au long de sa vie, mais peu d'informations subsistent sur les liens qui existaient entre Sargent et Flameng, à qui le tableau est dédicace.

Le Porte-drapeau du Banquet des officiers de la garde civile de Saint-Georges, d'après Frans Ha The Standard Bearer from The Banque of the Officers of the St. George Civic Guard, after Frans Hals
Vers 1880
Huile sur toile
Collection particulière
Après ses études, Sargent, comme beaucoup d'artistes de sa génération, emboîte le pas à Carolus-Duran et Édouard Manet en faisant un pèlerinage au musée du Prado à Madrid pour y copier l'œuvre de Diego Velazquez. Il se rend aussi en Hollande accompagné de son ami Paul Helleu pour étudier Frans Hals. Les deux maîtres du XVIIe siècle ont en commun une peinture virtuose, basée sur l'étude de la lumière, et mettant en valeur la matière picturale et le geste de l'artiste.

Don Juan de Austria, d'après Velázquez Don Juan de Austria after Velázquez
1879
Huile sur toile
Collection particulière

Le Bouffon Juan de Calabazas, d'après Velázquez
The Jester Juan de Calabazas, after Velázquez
1879
Huile sur toile
Collection particulière
L'élève prodige
de Carolus-Duran
En 1853, Mary Newbold Singer persuade son mari, Fitzwilliam Sargent, de suspendre sa carrière prometteuse de chirurgien à Philadelphie pour voyager sur le vieux continent. Leur départ se révèlera définitif, et ils adopteront avec leurs enfants une existence itinérante en Europe. John naît en 1856 à Florence. Enfant, il parle quatre langues, excelle au piano et, dès ses douze ans, développe une passion précoce pour le dessin et l'aquarelle, notamment lors des nombreux voyages avec ses parents et ses deux sœurs. Il copie aussi des aquarelles dans l'atelier du paysagiste Karl Welsch à Rome.
Déçus par le premier enseignement artistique que John reçoit à Dresde puis à Florence, les Sargent choisissent finalement de s'installer à Paris, en mai 1874, car la capitale est réputée pour ses ateliers privés et sa prestigieuse École des Beaux-Arts. Accompagné de son père, John frappe à dix-huit ans à la porte de Carolus-Duran, peintre réaliste devenu portraitiste à succès. Stupéfait par la qualité de ses dessins et esquisses, le maltre invite Sargent à rejoindre son atelier, fréquenté surtout par des élèves anglais et américains. En parallèle, le jeune homme réussit le concours d'entrée à l'École des Beaux-Arts.

Autoportrait Self-Portrait
1886
Huile sur toile
Aberdeen, Aberdeen City Council (Aberdeen Archives, Gallery & Museums)
Sargent n'a peint que trois autoportraits dans sa carrière. Peu enclin à l'introspection, il juge aussi que ses traits ne présentent pas de << motifs plastiques >> dignes d'intérêt. L'air encore juvénile, il se représente ici à l'âge de trente ans, alors qu'il décide de s'installer définitivement à Londres après une dizaine d'années passées à Paris.

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