Le Petit Palais rend hommage à Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) à l'occasion du 300° anniversaire de sa naissance. Le peintre, s'il est aujourd'hui méconnu et mal compris, compte parmi les artistes les plus importants et les plus audacieux du XVIIIe siècle. De son vivant, il est acclamé par le public, adulé par la critique et recherché des plus grands collectionneurs. À chaque Salon, Greuze triomphe: on admire ses portraits et ses scènes de genre, dont il s'est fait une spécialité, mais aussi et surtout ses figures d'enfants qui peuplent son œuvre. Les enfants, tel un fil rouge, sont partout présents chez lui: endormis dans les bras d'une mère, envahis par une rêverie mélancolique, ou saisis par la frayeur d'un évènement qui les dépasse. Nous souhaitons aujourd'hui mettre en lumière cette centralité de l'enfance dans l'oeuvre de Greuze pour mieux comprendre la portée de sa peinture.
Plus que tout autre, le peintre sait traduire la profondeur psychologique des enfants comme leur valeur universelle. Il dit par son œuvre le caractère crucial de l'éducation et le rôle fondamental de la famille dans le développement de l'enfant. Selon Greuze, en homme des Lumières sensible à la pensée des philosophes contemporains, de Rousseau à Diderot, c'est avec l'enfant que se joue l'avènement d'une société nouvelle fondée sur la connaissance, le savoir et la culture. Mais sous le pinceau du peintre, toujours attentif au réel, la famille n'est pas seulement un lieu d'amour et d'apprentissage au monde; elle peut aussi être le théâtre du désordre, où l'intime se mêle au tragique. En tirant le fil de l'enfance, mais à la lumière des grands débats qui animent le Paris du XVIIIe siècle, l'exposition révèle un œuvre d'une originalité et d'une modernité insoupçonnées.

Jean-Baptiste GREUZE
La Cruche cassée
1771-1772
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
La cruche cassée que tient la jeune fille donne son nom à ce tableau célèbre. Comme l'oeuf cassé, elle évoque ici la perte de virginité. La composition fournit d'autres indices signifiants: à gauche de la jeune fille, la fontaine où elle s'était rendue pour puiser de l'eau, a la forme d'un lion aux traits masculins, tandis que la fontaine elle-même évoque, par sa forme, un symbole phallique. La jeune fille, quant à elle, s'agrippe à ses vêtements, au niveau du bas-ventre, avec incertitude, son expression semble hésitante, presque stupéfaite. Comme aucun autre peintre avant lui, Greuze associe ici la perte de virginité à l'idée de trauma

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Jean-Baptiste GREUZE
Jeune fille pleurant son oiseau mort
1765
Huile sur toile
Édimbourg, National Galleries of Scotland
Ce tableau, rendu célèbre par le commentaire de Diderot au Salon de 1765, montre une jeune fille en pleurs devant son canari mort (le glacis jaune utilisé par Greuze étant devenu transparent avec le temps, l'oiseau paraît aujourd'hui blanc et les feuilles bleues). Diderot suggère que la jeune fille, distraite par la visite d'un prétendant, aurait oublié de nourrir son animal de compagnie. La mort du canari préfigurerait son propre abandon par son amoureux. Si l'interprétation de Diderot reste sujette à débat, le tableau semble clairement évoquer une première confrontation au traumatisme de la mort

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Jean-Baptiste GREUZE
L'Oiseau mort
1800
Huile sur bois
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Présenté au Salon de 1800, ce tableau offre la dernière interprétation de Greuze sur ce thème qui lui est cher. Une jeune fille, dont l'artiste s'attarde à décrire l'émotion, vient de découvrir le cadavre de son oiseau. Elle le touche d'une main hésitante, tout en levant l'autre dans un geste de consternation. Lorsque Greuze expose cette œuvre en 1800, le monde de l'art a profondément évolué. Bien qu'il reprenne ici un thème qui lui est familier, l'artiste cherche à actualiser son style en l'accordant au goût alors dominant pour le néoclassicisme, largement inspiré de l'art antique.

Jean-Baptiste GREUZE
Jeune Fille à la colombe
Vers 1780
Huile sur bois
Douai, musée de la Chartreuse
Radieuse, la jeune fille vêtue de blanc est promise à un brillant avenir, comme en témoigne la colombe blanche qu'elle serre contre elle. A l'instar des peintres hollandais du XVIIe siècle, Greuze établit des liens visuels étroits entre la féminité et les oiseaux. Un oiseau mort peut suggérer la perte de la virginité. Ici, cependant, l'oiseau enlacé dans les bras de la jeune fille est vivant. La présence de cette colombe blanche indique qu'il s'agit d'une évocation de la pureté et de l'innocence

Jean-Baptiste GREUZE
Jeune Fille pleurant son oiseau mort
Signé daté en bas à droite:<< 1. GREUZE. 1757 >>
1757
Huile sur toile
Paris, collection Farida et Henri Seydoux
Exposée en 1759, cette composition en ovale est la plus ancienne des variations de Greuze sur le thème d'une adolescente métaphore pour le pleurant son oiseau mort traumatisme de la mort ou la perte de virginité. Il s'agit aussi de la seule composition où la jeune protagoniste est vêtue dans un style contemporain plutôt que classicisant. L'artiste se tourne ici vers Rembrandt. Les empâtements et la palette terreuse témoignent de sa profonde admiration pour cet artiste hollandais du XVIIe siècle.
INNOCENCE PERDUE
et destins brisés
Parmi les œuvres de Jean-Baptiste Greuze, les représentations de jeunes filles constituent sans doute ses créations les plus virtuoses. Qu'il suffise d'observer le jeu raffiné des textures - satin, gaze, peau de porcelaine et des couleurs - blanc, crème, rose pâle-dans la Jeune Fille à la colombe ou La Cruche cassée. Mais si la jeune fille radieuse à la blanche colombe, allégorie de l'innocence et de la pureté, semble sereine, La Cruche cassée cache quant à elle une réalité dramatique.
Tout au long de sa carrière, le peintre interroge le basculement dans l'âge adulte, le temps de l'innocence, l'éveil à l'amour, mais aussi le danger des prédateurs, jeunes séducteurs et vieillards concupiscents. La jeune fille à la cruche cassée, qui vient d'être abusée, n'est plus qu'un corps figé, les mains crispées, tentant de retenir des fleurs qu'elle a déjà métaphoriquement perdues. Sa beauté est à l'image de la pureté de son âme, mais son regard, dans sa troublante fixité, est définitivement ailleurs, telle cette cruche cassée à jamais vidée de son eau pure. Dans le Paris du XVIIIe siècle, celui du moins de la richesse, des amateurs d'art et des grands seigneurs, Greuze invitait à voir ce qu'il était plus commode d'ignorer.

Jean-Baptiste GREUZE
Tête de jeune femme, dite Une nymphe de Diane
1760
Huile sur toile
Genève, collection particulière, courtesy galerie Hubert Duchemin
Cette figure, vêtue à la mode du XVIIIe siècle, fut exposée au Salon de 1761 sous le titre, pour le moins inattendu, Une tête de nymphe de Diane. Ce sont certainement la beauté virginale du visage, la pureté innocente du regard et la fraîcheur des chairs qui incitent Greuze à en faire une chaste compagne de la déesse antique. Cette tête singulière, récemment redécouverte, a appartenu à l'ami de Greuze, le peintre et graveur Jean Georges Wille en 1760. La jolie nymphe fut exposée au Salon du 1761, comme nous le faisons aujourd'hui, à côté du Jeune Berger du musée du Petit Palais

Jean-Baptiste GREUZE
Jeune Bergère effeuillant une marguerite, dite La Simplicité
1759
Huile sur toile
Fort Worth, Kimbell Art Museum
«Il m'aime, il ne m'aime pas... » Une jeune fille détache les pétales d'une fleur dans un rituel innocent destiné à sonder les sentiments de l'être aimé. Greuze a capté ici avec finesse ce sentiment romantique naissant en recourant au langage de la pastorale popularisé par François Boucher, l'un des - un genre peintres contemporains de Greuze les plus célèbres. Ce tableau a appartenu à Madame de Pompadour, maîtresse officielle de Louis XV, grande admiratrice de Boucher. Il retrouve, le temps de l'exposition, son pendant d'origine, le Jeune Berger tenant un pissenlit.

Jean-Baptiste GREUZE
Jeune Fille vue de dos
Vers 1770-1780
Huile sur toile
Musée Fabre Montpellier Méditerranée Métropole

Jean-Baptiste GREUZE
Jeune Berger tenant un pissenlit, dit Jeune Berger tentant le sort pour savoir s'il est aimé de sa bergère
1761
Huile sur toile
Paris, Petit Palais
Un jeune garçon tient un pissenlit, prêt à faire un vou, en soufflant dessus. Ses pensées innocentes vont à sa bergère, dont il espère être aimé en retour. Cette ode poétique à la beauté fragile du jeune amour ornait autrefois l'appartement versaillais de Madame de Pompadour, aux côtés de son pendant, La Simplicité. Restauré à l'occasion de l'exposition, le Jeune Berger du Petit Palais a retrouvé sa fraîcheur et son éclat. En pleine maîtrise de son art, Greuze brille ici par sa touche d'une liberté saisissante, alliée à un travail de la couleur d'un rare raffinement.

Jean-Baptiste GREUZE
Les (Eufs cassés
1756
Huile sur toile
New York, The Metropolitan Museum of Art, legs William K. Vanderbilt
Un jeune homme se fait violemment réprimander par une femme (une mère ou une grand-mère ?) pour avoir renversé un panier d'œufs, tandis qu'un enfant, debout à droite, tente en vain de reconstituer un œuf brisé. C'est l'une des premières fois que Greuze exploite la figure d'un enfant pour commenter la scène: grâce à ce petit personnage innocent, le spectateur comprend que l'incident dépasse largement la simple chute d'oeufs. Comme dans les peintures hollandaises du XVIIe siècle, dont Greuze s'est inspiré, les oeufs cassés sont le symbole de la virginité perdue. De manière significative, le modèle masculin semble être le même que celui de L'Oiseleur

Jean-Baptiste GREUZE
L'Oiseleur accordant sa guitare
1757
Huile sur toile
Varsovie, National Museum in Warsaw, collection Jadwiga Rey, née Branicka; entré au musée en 1954
Un jeune homme est assis en train d'accorder sa guitare. Le contexte indique un chasseur qu'il s'agit d'un << oiseleur » d'oiseaux, mais d'autres interprétations, si l'on sait lire les indices, se superposent. Greuze associe régulièrement les femmes aux oiseaux, et la notion de séduction, synonyme de piège, traverse son œuvre. De nombreux détails, comme le geste équivoque de l'index gauche de l'oiseleur vers la rosace de la guitare ou la figure de l'oiseau inerte pendant la tête en bas, sont éloquents. Greuze brosse ici en creux le portrait d'un prédateur. Ce tableau a été exposé au Salon de 1757 aux côtés des Eufs cassés, avec lesquels il résonne tragiquement.

Jean-Baptiste GREUZE
La Proposition malhonnête
Vers 1760-1765
Pinceau, lavis d'encre grise et brune et encre brune sur pierre noire
Collection particulière
Ce dessin explore les thèmes de la luxure et de l'oppression. Un homme âgé aborde une jeune femme, lui saisissant fermement le bras tout en se rapprochant d'elle de manière pressante. La passivité avec laquelle elle l'écoute pourrait se lire comme de la résignation. Mais il est difficile de se méprendre sur la consternation visible dans le regard des témoins de la scène : sans doute sa mère et son jeune frère. Les deux autres études préparatoires, présentées ici, et antérieures à celle-ci, soulignent à l'évidence la frayeur de la jeune femme face à la tentative d'agression sexuelle.

Jean-Baptiste GREUZE
La Ménagère surprise
Vers 1760 1765
Huile sur toile
Marseille, musée Grobet-Labadié
Ce tableau énigmatique semble être le fragment d'une composition plus ambitieuse, travaillée au travers de plusieurs études, présentées ici. Une jeune femme, saisie d'effroi, s'apprête à laisser tomber les légumes qu'elle tient dans les replis de sa jupe. Deux mains puissantes, surgissant par la gauche, comme pour s'agripper à elle, sont à l'origine de cette scène de panique. La jeune femme s'élance vers l'avant comme pour échapper à l'emprise de cet agresseur hors champ. A ses côtés, un chat pris dans le tumulte de la scène semble réitérer l'effroi de sa maîtresse.

Jean-Baptiste GREUZE
La Malédiction paternelle. Le Fils puni
1778
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Le second tableau présente, quelques années plus tard, le retour du fils aventurier, probablement blessé (il vient de laisser tomber sa béquille) et prématurément vieilli par les épreuves. Il est accueilli par sa mère éplorée et endeuillée qui lui désigne toute la famille rassemblée autour du lit de son père défunt. La main sur le visage en signe de désespoir, le fils semble se repentir de son ingratitude. On observera à l'arrière-plan l'expressio d'effroi du jeune enfant face à la mort.

Jean-Baptiste GREUZE
La Malédiction paternelle. Le Fils ingrat
1777
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Pensé dès 1765, l'ambitieux pendant du Fils ingrat et du Fils puni est achevé plus de douze ans plus tard, vers 1777-1778. Il illustre en deux épisodes la forte tension qui déchire une famille. La première toile représente le fils aîné, image moderne de l'enfant prodigue, qui abandonne les siens pour s'enrôler dans l'armée. Son père le maudit, tandis que toute la famille exprime sa détresse face au funeste départ. On relèvera la puissance de la scène, représentée telle une pièce de théâtre.

Jean-Baptiste GREUZE
Septime Sévère reprochant à son fils Caracalla d'avoir voulu
l'assassiner
1767-1769
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
L'épisode représenté par le peintre est tiré d'un passage de l'histoire romaine. On retrouve dans la toile tous les éléments rapportés par les historiens: la chambre du palais, le fils,«misérable jeune homme » qui a tenté d'assassiner son père, l'empereur << au lit, cassé de vieillesse », Castor et Papinien, les fidèles de l'empereur, l'épée posée sur la table et enfin le geste de la main de Septime Sévère, pointée vers celle-ci pour traduire ses paroles: «Si tu désires de me tuer, tue-moi ici. » La scène est d'une étonnante austérité, digne des compositions de Nicolas Poussin.
GREUZE
Acte III
intime
Le scandale du
Septime Sévère et Caracalla
La présentation du morceau de réception de Greuze à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1769 représente l'un des épisodes les plus douloureux de la vie du peintre. Contre toute attente, le sujet présenté n'est pas l'une de ses scènes domestiques qui ont contribué à sa renommée, mais une histoire de l'Antiquité romaine: l'empereur Septime Sévère reprochant à son fils Caracalla d'avoir tenté de l'assassiner. Le peintre représente l'instant où l'empereur convoque son fils pour le confronter à l'atrocité de son acte: «Si tu désires de me tuer, tue- moi ici >>, lui aurait-il dit. Loin de mettre en image le courage du père indifférent à la mort, Greuze représente la faute de l'empereur. Car ce dernier, en refusant de condamner son fils criminel, se rend responsable de la décadence de l'Empire romain.
Le coup d'éclat recherché par Greuze en présentant cette toile pour se faire reconnaître comme peintre d'histoire est un échec. L'Académie accepte de recevoir le peintre, mais seulement dans sa spécialité, en tant que peintre de genre, estimant son tableau « de la plus grande médiocrité ». Sans doute l'institution se refuse-t-elle à admettre l'esthétique révolutionnaire de la toile, soigneusement composée et austère, qui annonce l'art néoclassique de Jacques-Louis David; mais c'est aussi la portée morale du sujet qui est réfutée, car elle pouvait être comprise comme une critique des princes qui privilégient leurs intérêts privés au détriment de ceux de la nation. Humilié, Greuze quitte définitivement l'Académie et expose dès lors ses tableaux dans son propre atelier.

Jean-Baptiste GREUZE
La Piété filiale
1761
Huile sur toile
115 x 146 cm
Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage (reproduction agrandie)
La Piété filiale, aujourd'hui conservée à Saint-Pétersbourg et agrandie ici pour traduire sa puissance théâtrale, fut présentée au Salon de 1763. Le sujet met en lumière l'unité de la famille autour d'un père malade et l'exemplarité d'un fils reconnaissant, en raison de la bonne éducation reçue de ses parents. La chienne qui allaite ses petits, représentée au premier plan, vient évoquer les bienfaits du lait maternel pour le développement des enfants. Applaudi par le public, l'ambitieux tableau reste difficile à vendre en raison de son sujet. Si Louis XV refuse de l'acheter, Catherine II de Russie l'acquiert deux ans plus tard sur les conseils de Diderot. Vers 1766, en contrepoint de La Piété filiale, Greuze s'engage dans l'élaboration d'une autre composition, cette fois inspirée de l'histoire antique, Septime Sévère et Caracalla, pour illustrer l'exact contraire: les méfaits de la mauvaise éducation
LA LEÇON DE L'HISTOIRE
le fils face au père
La figure du père, comme contrepoint de celle de l'enfant, est centrale dans l'œuvre de Jean-Baptiste Greuze. C'est précisément autour de l'image paternelle que le peintre réalise ses compositions les plus ambitieuses, les plus théâtrales, les plus tragiques aussi. Le père, fût-il la figure de l'autorité au XVIII siècle, est souvent chez Greuze affaibli, malade, alité, voire mort. Ce temps du déclin intéresse l'artiste parce qu'il permet d'utiliser tous les ressorts du pathos pour traduire le sublime en peinture, autrement dit la forme d'expression la plus élevée dans l'ordre du Beau. Mais par ces scènes émouvantes, où l'horreur se conjugue à l'effroi, le peintre invite à méditer le rôle du père dans l'harmonie de la famille, tout comme sa responsabilité dans ses déséquilibres, voire dans son anéantissement. Si le père, entouré de ses enfants et petits enfants, est vertueux dans La Piété filiale, il est dans le Septime Sévère et Caracalla la figure opposée : le mauvais père qui, par ses déficiences éducatives, a produit un fils monstrueux. Dans le pendant du Fils ingrat et du Fils puni, le père semble être la victime de l'impiété du fils, mais la folle fureur qu'il exprime sur son visage lors de l'inacceptable départ du fils invite à se demander si lui aussi n'a pas sa part de responsabilité dans l'égarement du fils

Jean-Baptiste GREUZE
Tête d'enfant, dit La Petite Nanette
Vers 1770-1780 Huile sur bois
Musée Fabre Montpellier Méditerranée Métropole
La Petite Nanette, réalisée probablement durant les années 1770, compte parmi les nombreux portraits d'enfant ayant contribué, par la gravure, à la renommée de Greuze peintre de l'enfance. La toile fut gravée par Pierre Beljambe (1759-1838) en 1780 sous le titre de La Petite Nanette. La diffusion de la gravure fut annoncée dans de nombreux journaux, dont le Journal de Paris : « Cette estampe a de la vigueur et la tête est gravée par méplats [technique permettant d'accentuer les ombres], ce qui annonce de la part du graveur le sentiment juste des formes. >>>


Jean-Baptiste GREUZE
Portrait de Jean Georges Wille
1763
Huile sur toile
Paris, Institut de France, musée Jacquemart-André
Jean Georges Wille (1715-1808), peintre, graveur et éditeur, fut un ami intime de Greuze et le portrait, présenté ici, en est le témoignage. Le 19 novembre 1763, comme le rapporte Wille dans son journal, Greuze l'invite << pour « prendre le chocolat avec madame Greuze »: Cela fait, il me pria de m'asseoir auprès de son chevalet; là, à ma grande surprise, il commença mon portrait. » Exposé au Salon de 1765, le tableau subjugue Diderot : « C'est l'air brusque et dur de Wille; c'est sa raide encolure; c'est son il petit, ardent, effaré; ce sont ses joues couperosées. Comme cela est coiffé!»

GREUZE GRAVÉ l'enfance en majesté
Rarement peintre a été autant reproduit
que
en gravure dès son vivant Jean-Baptiste Greuze. L'importante diffusion de son œuvre, où la figure de l'enfant est presque partout présente, procède d'une stratégie éditoriale engagée par le peintre et son épouse Anne-Gabrielle Babuty dès les années 1760 peut-être sur les conseils de leur ami commun, le peintre et graveur Jean Georges Wille. Fille de libraire
habituée au commerce, Madame Greuze a joué de toute évidence un rôle essentiel dans cette activité. Les meilleurs graveurs de Paris furent sollicités, mais aussi de jeunes graveuses au talent prometteur.
Greuze fournit le dessin au graveur, tandis que celui-ci prend à sa charge le coût de la réalisation de la planche. L'un et l'autre, et leur épouse respective, se partagent pour moitié le fruit de la vente des gravures. Ce commerce semble avoir été particulièrement lucratif : il aurait rapporté aux dires de Greuze quelque trois cent mille livres
Acte II
Peintre insoumis
et couple haut en couleur
Auréolé par le succès, Jean-Baptiste Greuze est l'homme de toutes les audaces et de toutes les libertés
Il ose ainsi faire patienter l'Académie royale de peinture et de sculpture treize longues années avant d'envoyer son morceau de réception. Il s'agit d'un retard unique dans l'histoire de l'institution! En 1761, dans un autre registre, Greuze refuse de peindre le portrait de la Dauphine, la belle-fille du roi, sous prétexte, lui dit il, qu'il n'a pas pour habitude de peindre des << visages plâtrés ». Sa réponse, considérée comme une insulte, fait scandale à la cour. Les mots du Dauphin, adressés à un collectionneur qui soutient le peintre, sont restés célèbres : « Vous m'aviez donné ce peintre comme un homme particulier, mais vous ne m'aviez pas dit qu'il était fou. » Greuze, fort de sa notoriété publique et sûr de son talent, n'entend se soumettre à aucun ordre. Son épouse, Anne-Gabrielle Babuty, semble également avoir eu un fort caractère et selon Diderot le couple se dispute souvent : « J'aime à l'entendre causer avec sa femme. C'est une parade où Polichinelle rabat les coups avec un art qui rend le compère plus méchant. >>>

Jean-Baptiste GREUZE
La Dame de charité
Vers 1775
Huile sur toile
Lyon, musée des Beaux-Arts
Une femme élégamment vêtue incite sa fille à faire l'aumône à un couple démuni, lui enseignant ainsi les vertus de la charité. L'enfant tend timidement une bourse aux deux vieillards. Au dessus du lit, bien en évidence, est accrochée ce qui semble être une épée de cavalerie du début du XVI siècle, suggérant que l'homme alité est un ancien officier. On comprend done qu'il s'agit d'un noble tombé dans le dénuement

Jean-Baptiste GREUZE
Le Gâteau des rois
Inscription à gauche sur le sol : « J. B. Greuze 1774 »
1774
Huile sur toile
Musée Fabre Montpellier Méditerranée Métropole
Dans un simple décor, une famille de paysans célèbre l'Epiphanie qui commémore, le 6 janvier de chaque année, la visite des Rois mages à l'enfant Jésus, avec un gâteau des rois. La galette contenant une fève cachée est partagée et celui qui la trouve devient roi pour la journée. Le plus jeune enfant tire sa part d'un linge blanc tenu par son père. Greuze met ici en scène les plaisirs de la vie familiale. Il prend soin de décrire, une à une, la réaction de tous ses membres, petits et grands.

Detail du gateau des rois

Jean-Baptiste GREUZE La Lecture de la Bible
1755
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Dans un intérieur rustique, une famille de paysans s'est réunie pour écouter le père lire la Bible. Sa jeune épouse et ses enfants plus âgés l'écoutent avec une attention soutenue, tandis que les plus jeunes se montrent turbulents: l'un tente de jouer avec le chien de la famille, mais sa grand-mère le retient. Un autre tend la main vers un bâton posé sur la table. Cette œuvre, où s'illustre déjà la virtuosité technique de Greuze, lance sa carrière. Présentée à l'Académie royale de peinture et de sculpture pour son agrément provisoire, elle est exposée au Salon de 1755, où elle reçoit un accueil enthousiaste
HISTOIRES DE FAMILLE
théâtres intimes
En peintre de l'enfance, Jean-Baptiste Greuze interroge l'intimité de la famille, avec empathie, parfois avec humour, souvent avec esprit critique. Les histoires qu'il nous raconte, sous la forme de comédie ou de drame domestiques, sont autant de théâtres des émotions.
C'est au sein de la famille que se joue le destin des hommes, leur bonheur comme leur malheur. C'est là également que s'écrit, selon les penseurs des Lumières, et Greuze avec eux, le renouveau de la société aussi bien que sa décomposition. Pour eux, la famille est l'unité constitutive de la nation et le lieu d'apprentissage des valeurs collectives. Elle contribue à la formation du citoyen moderne, émancipé des préjugés et éclairé par le savoir. Le peintre se plaît à mettre en image les temps symboliques ou les rituels qui scandent la vie familiale - ainsi la remise de la dot au fiancé, le gâteau des rois ou la lecture de la Bible. Mais l'espace privé n'est pas seulement un havre de paix. Il est aussi et souvent chez Greuze le théâtre du désordre des familles, le lieu de la violence physique et de la cruauté psychologique. Et les victimes en sont bien plus les enfants que les adultes

Jean-Baptiste GREUZE
Le Repos ou Silence !
1759
Huile sur toile
Prêté par Sa Majesté le Roi Charles III du Royaume-Uni
Bien que la femme représentée ici ait trois enfants à charge, elle se montre à la hauteur de la situation. D'un geste ferme, elle ordonne à son aîné de cesser de souffler dans sa trompette pendant que ses frères et sœurs dorment. Ce même petit garçon n'aurait-il pas aussi cassé le tambour suspendu au dossier de la chaise de droite? En s'abstenant de céder aux caprices de ses enfants et en les encourageant à bien se comporter, cette jeune mère les met sur la voie du bonheur, conformément aux principes de l'époque en matière d'éducation et d'instruction.

Jean-Baptiste GREUZE
Une mère et son enfant
Vers 1755 1757
Encre et lavis brun
Collection particulière

Jean-Baptiste GREUZE
Une nourrice
Vers 1760-1770
Plume, encre brune et lavis gris sur papier vergé
Collection particulière

Jean-Baptiste GREUZE
Les Écosseuses de pois
Vers 1755-1760
Huile sur toile
Collection particulière
Dans cette scène de genre l'une des
premières connues de Greuze
l'artiste
explore déjà le thème des rituels familiaux
les plus simples. Deux jeunes filles s'affairent à écosser des pois, que leur apporte un homme (la figure paternelle ?). Au premier plan, un petit garçon s'apprête à boire un bol de bouillon ou de gruau, tandis que sa mère, à ses côtés, le retient d'une main protectrice. Ce tableau était à l'origine accompagné d'un pendant, aujourd'hui perdu, représentant une mère allaitant son enfant. Le dialogue des deux tableaux mettait en scène les relations entre une mère et son enfant.

Jean-Baptiste GREUZE
Le Retour de nourrice
Vers 1765
Pierre noire et lavis d'encre grise
Londres, collection particulière
Après le Départ en nourrice, Greuze décrit ici le retour de la nourrice, qui ramène l'enfant .dans sa famille. Le nourricier rapporte le berceau et des effets personnels sans prêter attention à l'enfant. Le père, lui, est absent. La mère manifeste son plaisir à retrouver son Sils. La grand-mère le scrute tandis qu'une petite sœur s'inquiète de la venue importune de ce rival. Le chien domestique vient renifler l'enfant dont l'odeur lui est inconnue. Malgré l'accueil affectueux de la mère, l'enfant résiste et veut retourner vers celle qui lui a donné le sein. Greuze invite ici à méditer les conséquences de la séparation.

Jean-Baptiste GREUZE
La Mère qui traye son lait, dit aussi L'Heureuse Mère
Vers 1765
Pinceau, lavis l'encre grise et d'encre noire sur un léger tracé au graphite sur papier crème doublé
Collection Milgrom
Une jeune mère offre son sein à l'enfant qui se tient entre ses genoux et tend la main vers elle avec impatience. Cet instant d'intimité que Greuze nous dévoile, bien loin d'être anecdotique, vient affirmer le rôle de la mère dans le développement de l'enfant, mais aussi les vertus de l'allaitement par la mère elle-même, gage du bonheur familial

Jean-Baptiste GREUZE
Le Ramoneur
Vers 1765
Plume, encre brune et lavis gris
Collection particulière

Jean-Baptiste GREUZE
Portrait de Denis Diderot
Inscription: signé, à la mine de plomb, dans le coin supérieur droit «J. B. Greuze »
1766
Pierre noire et blanche, estompée sur papier brun
New York, The Morgan Library & Museum, don de John M. Crawford
Le philosophe et critique d'art Denis Diderot mentionne Greuze pour la première fois dans une lettre de septembre 1760. Proche de l'artiste, il est l'un de ses plus fervents défenseurs. Le philosophe ne tarit pas d'éloges sur les scènes de vie familiale que peint Greuze, comme L'Accordée de village, mais il semble s'être fâché avec l'artiste vers la fin des années 1760
AIMER. allaiter, éduquer
Nombreuses sont les figures de mère, de père, ou de nourrice dans l'œuvre de Jean-Baptiste Greuze. L'une allaite son enfant, l'autre vient remettre à ses parents celui qu'elle a gardé en nourrice, une autre encore gronde gentiment son petit garçon. Ces différents sujets ne sont pas de simples scènes de genre. Ils traduisent une réflexion personnelle de l'artiste sur la place des enfants dans la société et l'enjeu crucial de leur éducation.
défend
Greuze se fait ici l'écho des préoccupations des pédagogues et philosophes (Diderot, Rousseau, Condorcet). L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751-1772) - véritable laboratoire des idées des Lumières l'idéal de l'amour des parents et leur rôle éducatif. Hostile à la mise en nourrice, dont la pratique domine très largement au XVIIIe siècle, Greuze, avec les philosophes, prône l'allaitement maternel, premier temps de l'éducation. S'y refuser serait briser le lien d'amour «qui forme l'union naturelle des enfants et des pères et mères». Paradoxalement, Greuze se résigne à mettre ses filles en nourrice, mais non loin de Paris, alors qu'il révèle par son œuvre les blessures intérieures de la séparation.

Jean-Baptiste GREUZE
Jeune Fille en buste
Vers 1780
Huile sur bois
Collection particulière

Jean-Baptiste GREUZE
Tête d'enfant
Vers 1766
Sanguine
Collection particulière

Jean Baptiste GREUZE
Tête de jeune garçon
Vers 1770
Sanguine, lignes d'encadrement à la plume et à l'encre brune
New York, The Metropolitan Museum of Art, fonds Rogers, 1949

Non identifié

Jean-Baptiste GREUZE
Jeune Fille en buste
Vers 1780
Sanguine
Collection particulière

Jean-Baptiste GREUZE
La Marchande de pommes cuites
Vers 1760
Lavis gris et brun sur papier vergé
Bâle, collection particulière

Jean-Baptiste GREUZE
Un enfant qui s'est endormi sur son livre, dit Le Petit Paresseux
1755
Huile sur toile
Musée Fabre Montpellier Méditerranée Métropole
Greuze est largement acclamé lorsqu'il présente son Petit Paresseux au Salon de 1755. Il s'agit de sa première participation à cet événement. Les critiques saluent la sobriété de la composition, tout comme l'effet du clair obscur, ainsi que le réalisme du sujet un petit garçon endormi sur son livre de leçons. La virtuosité de l'exécution, avec ses coups de pinceau audacieux et déliés, clairement inspirés de Rembrandt, suscitent également l'admiration du public. Lors de l'exposition de 1755, Le Petit Paresseux est présenté à côté de La Lecture de la Bible (Paris, musée du Louvre) qui se trouve dans la salle suivante. Ces deux tableaux ont appartenu au premier défenseur de Greuze, le collectionneur d'art Ange Laurent de La Live de Jully.

Non identifié

Non identifié

Jean-Baptiste GREUZE
Petit Garçon au gilet rouge
Vers 1775
Huile sur toile
Paris, musée Cognacq Jay

Jean-Baptiste GREUZE
Non identifié

Jean-Baptiste GREUZE
Petit Garçon au gilet rouge
Vers 1775
Huile sur toile
Paris, musée Cognacq Jay

Jean-Baptiste GREUZE
Portrait de jeune fille
Vers 1780-1790
Huile sur toile
Collection particulière

Jean-Baptiste GREUZE
Petit Garçon blond à la chemise ouverte
Vers 1760
Huile sur toile
Paris, musée Cognacq Jay

Jean-Baptiste GREUZE
Le Petit Mathématicien
Vers 1790
Huile sur toile
Musée Fabre Montpellier Méditerranée Métropole

Jean-Baptiste GREUZE
Portrait de jeune garçon, dit Le Petit Paysan
Vers 1780
Huile sur bois
Collection particulière

Jean Baptiste GREUZE
Portrait de Charles Étienne de Bourgevin de Vialart, comte de Saint-Morys
Vers 1782-1784
Huile sur bois
Musée d'Arts de Nantes
Greuze représente ici le fils de son protecteur Jean-Baptiste de Bourgevin, comte de Saint Morys, grand collectionneur de dessins. Charles Étienne prend la pose, le coude posé sur un livre ouvert, dans l'attitude d'un enfant studieux.

L'ENFANCE d'après nature
Dès ses débuts à Paris, Jean-Baptiste Greuze est salué pour son talent à traduire l'âme humaine, notamment dans les figures d'enfants dont il s'est fait une spécialité. Il peint ses propres enfants, ceux d'amis intimes, ceux de ses mécènes, mais aussi nombre d'inconnus. En observateur attentif, l'artiste sait restituer la diversité des émotions: de la douce rêverie à l'espièglerie, de la mélancolie à l'infinie tristesse. Le peintre saisit, toujours avec acuité, un trait de personnalité de son modèle: ainsi de l'air sérieux et grave de Charles Étienne de Bourgevin Vialart de Saint-Morys. Dans le sillage des philosophes, Rousseau en particulier, Greuze porte ici un regard nouveau sur le temps de l'enfance. Il n'est plus une étape de la vie sans intérêt mais un âge à part entière.

Jean-Baptiste GREUZE
Portrait de Louis Gabriel Greuze
1767
Huile sur toile
Collection particulière

Jean-Baptiste GREUZE
Une enfant jouant avec un chien (portrait de Louise-Gabrielle
Greuze)
1767
Huile sur toile
Collection particulière
Aux dires de Gabriel de Saint-Aubin, le célèbre chroniqueur de la vie parisienne, ce tableau représente Louise Gabrielle, la fille cadette de Greuze, alors âgée d'un peu plus de trois ans, en chemise et bonnet de nuit. Le petit chien qui gigote dans ses bras semble être le même que celui blotti contre Madame Greuze dans le grand dessin du Rijksmuseum, exposé ici. Lors de sa présentation au Salon de 1769, le tableau, considéré comme le chef d'œuvre de Greuze, remporte tous les suffrages: il est « le plus universellement applaudi», rapporte un contemporain.

Jean-Baptiste GREUZE
Portrait d'Anne-Geneviève (dite Caroline) Greuze
Inscription en bas à droite: << J. B. Greuze/1766»>
1766
Huile sur toile
Collection particulière
Ce portrait au naturel, saisi dans un cadrage serré, représente l'une des deux filles de Greuze, Anne-Geneviève, plus connue sous le nom de Caroline. Son pendant figure sa sœur, Louise Gabrielle. Elles sont âgées respectivement de quatre et deux ans. Greuze convie le spectateur dans l'intimité de son foyer: Caroline est placée derrière une simple table sur laquelle sont posés de petits ustensiles de table (écuelle, terrine, salière

ANONYME
Chaise longue brisée
Vers 1730 1740
Hêtre sculpté, garniture velours ciselé rouge
Paris, musée des Arts décoratifs
Pierre ROUSSEL (1723-1782) Table à ouvrage
Vers 1760 1775
Bois, marqueterie, bronze, dorure
Paris Petit Palais

Jean Baptiste GREUZE
Madame Greuze sur une chaise longue
avec son chien

Jean-Baptiste GREUZE
Autoportrait
Vers 1760
Huile sur bois
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
Greuze brosse son propre portrait avec un pinceau rapide et vigoureux, qui témoigne d'une grande maîtrise technique. Alors qu'il réalise cet autoportrait, Greuze a toutes les raisons d'être confiant. Depuis son retour de Rome en 1757, sa carrière prend un essor spectaculaire. Ses scènes de famille, aux nombreux enfants, sont recherchées par les collectionneurs et appréciées par les critiques, tels que le philosophe Denis Diderot
GREUZE
Acte I
intime
La famille Greuze Théâtre heureux
De manière singulière, Jean-Baptiste Greuze n'a de cesse d'entrelacer son œuvre et sa propre vie. Aux Salons de l'Académie royale de peinture et de sculpture, temps forts de l'art contemporain à Paris, le peintre n'hésite pas à présenter les portraits de ses intimes: celui d'Anne-Gabrielle Babuty qu'il épouse en 1759, celui de son beau-père, François-Joachim Babuty, un riche libraire de la rue Saint-Jacques, ou encore ceux de ses filles Anne-Geneviève (dite Caroline) et Louise-Gabrielle.
Il n'oublie pas non plus de représenter dans les bras de sa fille l'animal chéri de la famille, un petit épagneul, l'un des chiens les plus à la mode au XVIIIe siècle.
Sur son contrat de mariage, le 31 janvier 1759, le peintre appose à coté de celle de son épouse sa belle et fière signature toute en déliés. Madame Greuze, célèbre pour sa beauté, est à la fois sa muse et son modèle. Les visages de ses filles restitués par une touche délicate et à l'expression attachante, disent toute la tendresse du père pour ses enfants. Greuze est alors un artiste accompli aussi bien dans sa vie publique que privée, mais le peintre est une forte tête, récalcitrant à toute forme de compromis, et son épouse a une personnalité - disent ses contemporains - au moins aussi affirmée que lui

Jean Baptiste GREUZE
Portrait du libraire François Babuty
1761
Huile sur toile
Collection particulière
L'influent beau père de Greuze, François Babuty, tenait une librairie prospère rue Saint Jacques Garrondissement de Paris). C'est dans cette boutique que Greuze rencontre pour la première fois sa future épouse, Anne Gabrielle. Grâce aux liens familiaux de cette dernière avec le milieu parisien de l'édition, Greuze se tourn, vers la pratique de la gravure de reproduction, alors en plein essor, afin de diffuser son cruvre. Il expose le portrait de Monsieur Babuty au Salon de 1761, aux côtés d'autres portraits de sa nouvelle famille et d'un autoportrait qui pourrait bien être celui présenté ici.

Carlo Antonio PORPORATI (1741-1816)
d'après Jean-Baptiste GREUZE
L'Épagneul chéri ou
Une enfant qui joue avec un chien
1771
Eau-forte pure sur papier vergé
Paris, Petit Palais, don de la galerie Paul Prouté, 2025




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