PLACE AUX JEUNES
BERTHE WEILL
GALERISTE D'AVANT-GARDE
8 octobre 2025 - 26 janvier 2026
Place aux jounes.
En 1901, Berthe Weill ouvre une galerie au 25 rue Victor-Massé, dans le quartier de Pigalle, en bas de Montmartre. Elle choisit de s'engager aux côtés des artistes de son temps en contribuant à leur révélation puis à l'essor de leur carrière. Parmi eux se trouvent certains des plus grands noms des avant-gardes, Pablo Picasso, Henri Matisse, Amedeo Modigliani, Suzanne Valadon, comme d'autres artistes moins en vue. Avec un enthousiasme et une persévérance sans faille, elle a été leur porte-voix et les a soutenus pendant quarante ans jusqu'à la fermeture de sa galerie en 1940, dans le contexte de persécution des Juifs pendant la guerre.
Dès 1933, elle est la première marchande à publier ses souvenirs sous le titre Pan dans l'oeil..
Bravant le sexisme, l'antisémitisme et les difficultés économiques, elle fait le pari de miser sur des talents encore inconnus plutôt que sur des figures déjà sur le devant de la scène artistique, écrivant alors un pan encore méconnu de l'histoire de l'art moderne. Pourtant, la trajectoire de Berthe Weill, un temps presque effacée, n'est aujourd'hui pas encore inscrite au firmament des marchands d'art où figurent en bonne place Daniel-Henry Kahnweiler, Paul et Léonce Rosenberg, Ambroise Vollard ou Paul Guillaume.
Cette exposition se propose de lui rendre la place qui est la sienne.

Pablo Picasso (1881-1973)
Nature morte
1901
Huile sur toile
Barcelone, Museu Picasso
Exposé en 1902 à la Galerie B. Weill, Nature morte Exhibited in 1902 at the Galerie B. Weill, Nature morte

Détail du tableau précédent

Henri Matisse (1869-1954)
Première nature morte orange
1899
Huile sur toile
Paris, Centre Pompidou, musée national d'Art moderne / Centre de création industrielle, déposé au musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis
Exposé en 1905 à la Galerie B. Weill, Nature morte aux oranges
«En avril 1902, je vends pour la première fois une peinture de Matisse » se souvient Berthe Weill dans ses Mémoires. Elle souligne quelques lignes plus loin les débuts difficiles de l'artiste : «Henri Matisse, clerc de notaire, lâche tout pour la peinture, à l'exemple de Gauguin. C'est très dur, n'est-ce pas, Matisse ? [...] Natures mortes de qualité, figures qui me stupéfient; j'en pris quelques-unes pour essayer d'y intéresser les gens ».

Meta Daux Warrick Fuller (1877-1968)
Les Malheurs
1901
Bronze
Goldendale (Washington), Maryhill Museum of Art, don Alma de Bretteville Spreckels
Exposé en 1901 à la Galerie B. Weill, Les Malheurs
«Mile Warrick expose des sculptures qui promettent... qu'est-elle devenue? » se demande Weill lorsqu'elle rédige ses souvenirs. Africaine-américaine, originaire de Philadelphie, Warrick complète sa formation à Paris entre 1899 et 1902 et rencontre Auguste Rodin dont elle reçoit les encouragements. Puis elle retourne aux États-Unis où la communauté artistique la rejette souvent pour des considérations raciales

Henri Matisse (1869-1954)
Le Lit
[dit aussi Ma chambre à Ajaccio]
1898
Huile sur toile
Collection particulière, ancienne collection Henri Matisse
Exposé en 1905 à la Galerie B. Weill, Le Lit

Fabien Launay (1877-1904) Victorien Fabien Vieillard dit Fabien Launay
Le Tournesol
1902
Huile sur toile
Paris, Centre Pompidou, musée national d'Art moderne /
Centre de création industrielle
Présenté en 1901 à l'exposition inaugurale
de la Galerie B. Weill, Tournesol

Pablo Picasso (1881-1973)
L'Hétaire [ou Courtisane au collier de gemmes]
1901
Huile sur toile
Turin, Pinacoteca Agnelli
Exposé en 1902 à la Galerie B. Weill, Hétaire
Très vite, la carrière de Picasso prend son envol. Il se focalise sur la vie parisienne, les lieux de divertissement, reflétant son désir d'être vu comme un observateur de la vie française moderne plutôt que comme un peintre espagnol. Weill présente une première exposition en avril 1902 puis le montre à nouveau à des dates très rapprochées malgré l'absence de vente, alors que Mañach retourne en Espagne et que leur association prend fin. Dès 1904, l'intérêt des collectionneurs pour Picasso est très vif.

Henri de Toulouse-Lautrec
(1864-1901)
Clownesse Cha-U-Kao
1895
Huile sur carton
Paris, musée d'Orsay, legs comte Isaac de Camondo, 1911
Weill cesse progressivement de montrer les artistes emblématiques du Montmartre de la fin du XIXe siècle mais reste attachée à l'œuvre de Toulouse-Lautrec, alors surtout célèbre pour ses affiches. En 1904-1905, elle défend son travail avec conviction et ténacité. Elle n'expose pas ce tableau mais un pastel (non localisé) sur le même sujet, une danseuse de cabaret qui a inspiré un ensemble d'oeuvres à Lautrec.

Pablo Picasso (1881-1973)
La Fin du numéro
1901
Pastel sur toile
Barcelone, Museu Picasso
Exposé en 1904 à la Galerie B. Weill, Romancière de music-hall

Jacqueline Marval (1866-1932)
Minerve
1900
Huile sur toile
Collection particulière, avec l'aimable autorisation du Comité
Jacqueline Marval,
«MA RÉSOLUTION EST INÉBRANLABLE; ON VERRA BIEN ! »
Berthe Weill, Pan! dans l'oeil..., 1933
Berthe Weill, née à Paris dans une modeste famille juive d'origine alsacienne, est placée en apprentissage, très jeune, auprès de Salvator Mayer, un marchand d'estampes renommé. Elle apprend le commerce des œuvres d'art et rencontre les différents protagonistes de la scène artistique parisienne, ainsi que de nombreux collectionneurs. Peu après le décès du marchand en 1897, elle s'associe avec l'un de ses frères pour ouvrir une boutique d'antiquités et d'objets d'art au 25 rue Victor-Massé dans le quartier de Pigalle, alors épicentre du Paris nocturne, des théâtres et des cabarets. Cette adresse se trouve en bas de Montmartre où beaucoup d'artistes d'avant-garde vivent et travaillent, souvent dans une grande précarité. Sans ressources financières importantes, elle diversifie les activités de sa galerie pour trouver des solutions économiques viables. Elle vend des livres et expose des gravures d'artistes aux côtés d'œuvres d'illustrateurs et de caricaturistes tels Jules Cheret et Théophile Steinlen. Berthe Weill commence à se faire une réputation.
Alors que l'antisémitisme virulent qui s'exprime en cette fin de XIXe siècle s'incarne dans l'affaire Dreyfus et divise dangereusement la France, elle prend position avec courage en exposant dans sa vitrine des volumes et dessins originaux en faveur d'Alfred Dreyfus et de son défenseur, Émile Zola.

Jules-Alexandre Grün (1868-1938), Chaix (imprimeur)
La Boîte à Fursy 12 rue Victor-Massé, ancien bôtel du Chat noir
1899
Lithographie
Paris, musée Carnavalet - Histoire de Paris
Lorsque Berthe Weill prend son indépendance, l'agent catalan Pere Mañach l'aide à transformer sa boutique en galerie et à développer une stratégie de vente consistant à exposer en alternance des œuvres de jeunes artistes d'avant-garde et des dessins d'illustrateurs. Des affichistes et caricaturistes sont présentés dans la galerie qui se situe dans la même rue que la Boîte à Fursy, salle de spectacle et de fêtes ouverte en 1899.

Odilon Redon (1840-1916)
Le Prisonnier [dit aussi Le Captif]
vers 1880
Fusain sur papier
Nantes, musée d'Arts de Nantes
L'œuvre de Redon joue un grand rôle dans l'engagement de Berthe Weill pour l'art de son temps. Mayer, l'antiquaire chez qui elle avait fait ses classes, avait constitué un stock de dessins de l'artiste, que sa veuve cède ensuite à la jeune marchande. Celle-ci en conclut : «Du nouveau, voilà qui doit nous plaire. Nous sommes attirés peu à peu vers cette fameuse école moderne qui doit régir ma vie : fatal penchant! >>.

Pablo Picasso (1881-1973)
La Mère
1901
Huile sur carton monté sur panneau de bois
Saint Louis, Saint Louis Art Museum
<< J'ACHÈTE LES TROIS PREMIERS PICASSO... >>
Berthe Weill, Pan! dans l'oeil..., 1933
En 1900, Pere Mañach, le fils d'un industriel catalan, s'est établi comme marchand de tableaux à Paris où il s'est donné pour mission de promouvoir la jeune génération espagnole. Il présente Berthe Weill à Picasso, tout juste arrivé de Barcelone. Elle lui achète des œuvres dès ce moment et repère dans l'atelier Le Moulin de la Galette, première grande toile que le peintre de vingt-et-un ans exécute à Paris. Elle le vend à un prix important pour un si jeune artiste. Ainsi, elle réalise une quinzaine de ventes, avant même l'exposition Picasso à la galerie d'Ambroise Vollard l'année suivante.
En 1901, à trente-six ans, Berthe Weill aidée
par Mañach transforme sa boutique qui devient la Galerie B. Weill - son prénom n'est pas mentionné, sans doute pour faire oublier qu'elle est une femme. Elle est officiellement inaugurée le 1er décembre avec une exposition qui rassemble un ensemble divers d'œuvres très récentes de Pierre Girieud, Fabien Launay et Raoul de Mathan ainsi que des terres cuites d'Aristide Maillol, qui rencontre peu de temps après le succès pour ses bronzes. Le critique d'art Gustave Coquiot signe une préface pour le premier catalogue.
Berthe Weill, qui repère les talents émergents dans le vivier des Salons, les encourage à se présenter à sa galerie, se constituant ainsi une notoriété de découvreuse.

Paco Durrio (1868-1940)
Pot anthropomorphe
entre 1900 et 1905 Vase en grès émaillé Paris, musée d'Orsay

Aristide Maillol (1861-1944)
Jeunes filles portant une cruche
1898
Terre cuite
Paris, musée d'Orsay

Jean Metzinger (1883-1956)
Champs de pavots
1904
Huile sur toile
Minneapolis, Minneapolis Institute of Arts, don Anne Dalrymple Hull

Albert Marquet (1875-1947)
La Petite Place au réverbère, Paris
vers 1904
Huile sur toile
Ottawa, musée des Beaux-Arts du Canada

Robert Delaunay (1885-1941)
Paysage aux vaches
1906
Huile sur toile
Paris, musée d'Art moderne de Paris, donation Henry-Thomas, 1984
Peut-être exposé en 1907 à la Galerie B. Weill, Les Champs Possibly exhibited in 1907 at the Galerie B. Weill, Les Champs

Raoul Dufy (1877-1953) Paysage de Provence
1905
Huile sur toile
Paris, musée d'Art moderne de Paris, don Mme Geneviève Gallibert, 1971
L'artiste fait ses débuts sur les cimaises de Berthe Weill, à qui il vend un pastel en 1902. Il est régulièrement associé au groupe « Fauve » par la marchande, bien qu'un peu en marge de ce courant. Weill tisse avec Dufy de solides liens d'amitié et de confiance au fil d'une relation au long cours faite d'encouragements mutuels. Il est l'artiste le plus montré avec une exposition personnelle et 35 expositions collectives.

Raoul Dufy (1877-1953)
La Rue pavoisée
1906
Huile sur toile
Paris, Centre Pompidou, musée national d'Art moderne /
Centre de création industrielle

Émilie Charmy (1878-1974)
Piana Corsica
1906
Hulle sur carton toilé
Collection particulière
<< NOTRE-DAME DES FAUVES >>
Philippe Diolé, « Les livres », Beaux-Arts, 21 avril 1933
La salle VII du Salon d'automne de 1905 réunit les peintures de Matisse, Maurice de Vlaminck, André Derain, Albert Marquet... Elle est jugée inacceptable par beaucoup de critiques en raison de l'affranchissement des règles de la perspective et du modelé au profit de l'exaltation des couleurs pures, ainsi que d'une simplification des formes. Un buste placé au centre de la pièce fait écrire au critique Louis Vauxcelles dans un article du Gil Blas: «C'est Donatello parmi les fauves ». La formule plaît tellement que la salle est rebaptisée « la cage aux fauves ».
La galerie B. Weill prend une part importante dans la reconnaissance de ce mouvement en présentant régulièrement des expositions collectives qui rassemblent les différentes configurations du groupe, constitué principalement d'élèves de Gustave Moreau, réunis autour de Matisse. Elle commence à s'intéresser à ces artistes dès 1902, bien avant le scandale du Salon d'automne. Lorsqu'il éclate en 1905, ces peintres ont déjà été montrés plusieurs fois chez la marchande. L'année précédente elle a demandé au critique Roger Marx, fervent défenseur de cette constellation, de préfacer le catalogue d'une exposition, œuvrant ainsi stratégiquement à créer le contexte nécessaire
leur reconnaissance. De même, elle a contribué à faire de Raoul Dufy, dont elle est proche, un artiste fauve contre la volonté de Matisse qui refuse de l'accueillir dans son cercle. Bientôt Weill constate que «les Fauves commencent à apprivoiser les amateurs.

Maurice de Vlaminck (1876-1958)
Le Restaurant de la Machine à Bougival
1905
Hulle sur toile
Paris, musée d'Orsay, donation Max et Rosy Kaganovitch

Maurice de Vlaminck (1876-1958)
Le Cultivateur
1905
Huile sur toile
Collection particulière

André Derain (1880-1954) Pont de Charing Cross
vers 1906
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, donation Max et Rosy Kaganovitch, 1973
Derain expose à la Galerie B. Weill à partir d'octubre 1905, peu avant qu'il ne s'engage avec Ambroise Vollard qui l'encourage à effectuer deux séjours à Londres - dont est issue cette composition caractéristique du fauvisme. En 1907, il rejoint le marchand Daniel-Henry Kahnweiler cependant que Weill, qui a contribué à son éclosion, continue à vendre régulièrement ses œuvres jusqu'à la fin des années 1930.

Pierre Girieud (1876-1948)
Nu au bas noir
1905
Huile sur carton
Saint-Tropez, musée de l'Annonciade
Exposé en 1905 à la Galerie B. Weill, Étude de nu
Cette œuvre est exposée à la Galerie B. Weill
en décembre 1905 aux côtés d'Émilie Charmy, Othon Friesz et Jean Metzinger. Girieud vient alors de montrer cinq tableaux au Salon d'automne. Le critique Louis Vauxcelles le compte parmi les « oseurs, [les] outranciers, de qui il faut déchiffrer les intentions, en laissant aux malins et aux sots le droit de rire >>. Weill montre son travail en 1901, dans l'exposition inaugurale de la galerie, puis jusqu'en 1934.

Kees Van Dongen (1877-1968)
La Jarretière violette
vers 1910
Huile sur toile
Toronto, Art Gallery of Ontario, don Rose et Charles Tabachnick 1997

Émilie Charmy (1878-1974)
Autoportrait
1906-1907
Huile sur toile
Collection particulière
Impressionnée par les peintures d'Émilie Charmy
au Salon des indépendants de 1905, Berthe Weill décide aussitôt de promouvoir son travail, louant l'indépendance d'une artiste qui ne fait partie «d'aucune chapelle». Cette rencontre marque le début d'une amitié qui unit les deux femmes jusqu'à la disparition de la marchande. Elles s'épaulent et tissent des liens quasi familiaux. Weill présente les ceuvres de l'artiste pendant près de trente ans au fil de 30 expositions.

Raoul de Mathan (1874-1938)
Le Cirque
1909
Huile sur toile
Collection particulière

Raoul de Mathan (1874-1938)
La Cour d'assises
1908
Huile sur toile
Collection particulière
Raoul de Mathan, marqué par le deuxième procès d'Alfred Dreyfus auquel il a assisté en 1899, capture dans ses œuvres la théâtralité des salles d'audience. En 1908 et 1909, il peint deux toiles aux formats comparables représentant la cour d'assises puis le cirque, suivant des compositions qui se font écho. Exposé dès l'inauguration de la Galerie B.Weill en 1901, Mathan participe régulièrement, entre 1902 et 1920, à la programmation de Weill qui le qualifie de « peintre de talent »

Béla Czóbel (1883-1976)
L'Homme au chapeau de paille
1906
Huile sur toile
Collection Ursula et R. Stanley Johnson
Probablement exposé en 1908 à la Galerie B. Weill
«L'exposition particulière de Béla Czóbel en mars 1908 a un succès moral très appréciable [...] je le crois très doué », écrit Weill se souvenant d'avoir organisé la première exposition de l'artiste hongrois en France. Elle porte un intérêt très vif à son œuvre fortement imprégné de fauvisme. Alors qu'il est violemment attaqué par des critiques xénophobes, elle contribue à le distinguer parmi ses contemporains. Adolphe Basler, marchand, critique et relation professionnelle de la galeriste, est probablement le sujet de ce portrait.

Pierre Girieud (1876-1948)
Portrait de l'artiste peintre Émilie Charmy
1908
Huile sur carton
Munich, Städtische Galerie im Lenbachhaus, prêt permanent
de la Fondation Gabriele Münter et Johannes Eichner

Georges Kars (1882-1945)
Dans le salon de peinture
1933
Huile sur contreplaqué Collection particulière

Émilie Charmy (1878-1974)
Portrait de Berthe Weill
1910-1914
Huile sur toile
Montréal, musée des Beaux-Arts de Montréal, achat, legs Horsley and Annie Townsend
Charmy représente Weill, sa marchande et surtout son amie avec, comme attribut, une montre-bracelet, signe ostensible de son statut professionnel. Le portrait, peu conventionnel, évoque les chemins inhabituels qu'elles ont toutes deux choisis, poursuivant des carrières passionnément indépendantes. Weill a exposé Charmy 30 fois en vingt-huit ans
<< LE CUBISME SOULÈVE LES PASSIONS »
Berthe Weill, Pan! dans l'oeil..., 1933
Le rôle joué par Berthe Weill dans la présentation des œuvres cubistes a été presque oublié, bien qu'elle ait accompagné dès leurs débuts beaucoup d'artistes dont la carrière a connu une période cubiste. Ainsi, elle montre les œuvres de Jean Metzinger, qu'il soit néo-impressionniste, fauve ou cubiste, de 1903 à 1922, avant une ultime exposition en 1939. Elle contribue dans l'ombre, comme elle l'avait fait quelques années plus tôt avec les fauves, à façonner une avant-garde qui partage la leçon de Paul Cézanne sous des formes multiples. La galeriste insiste sur les difficultés à faire apprécier cette peinture, tandis que le débat qui fait rage depuis 1912 autour de la réception du cubisme exprime souvent, sous des dehors de querelle esthétique, des considérations à caractère nationaliste. Certains réclament, sans succès, que les cubistes soient interdits d'exposition dans les bâtiments publics; d'autres souhaitent différencier « les indépendants français et les indépendants étrangers ». Lorsque le mouvement s'éparpille, peu avant la guerre, la marchande a montré presque tous les protagonistes du cubisme. Exceptionnellement, elle programme en 1914 trois expositions personnelles consacrées à Jean Metzinger, Alfréd Réth et Diego Rivera. Elle porte ensuite ses efforts sur ceux que Georges Braque nommait les « cubisteurs » André Lhote, Louis Marcoussis, Léopold Survage, Alice Halicka.

Diego Rivera (1886-1957)
Tour Eiffel
1914.
Huile sur toile
Collection particulière
En 1914, lorsque Berthe Weill organise une exposition personnelle de peintures de Diego Rivera, elle affirme son intérêt pour le cubisme. C'est la première fois que l'œuvre du peintre mexicain arrivé en Europe en 1907 est montré à Paris. Guillaume Apollinaire le remarque et le juge «pas du tout négligeable». Weill, au risque de minimiser le talent qu'elle promeut, rédige la préface du catalogue de l'exposition sous forme d'une tribune à l'humour acide sur le danger d'encenser trop tôt les artistes.

Albert Gleizes (1881-1953)
Le Port (Marseille)
1912 Huile sur toile
Toronto, Art Gallery of Ontario, don Junior Women's Committee Fund,
1955
Exposé en 1913 à la Galerie B. Weill, Port marchand
En 1913, Weill expose ensemble Fernand Léger, Albert Gleizes et Jean Metzinger peu après que les deux derniers ont publié le traité Du cubisme en marge de l'exposition de la «Section d'or», à la galerie La Boétie à Paris. Au même moment, Guillaume Apollinaire retrace les origines du mouvement dans Les Peintres cubistes. Malgré ces efforts coordonnés, la galeriste insiste sur les difficultés à faire apprécier cette peinture: «Trois peintres cubistes notoires [...] exposent un ensemble qui doit porter... fiasco!».

André Lhote (1885-1962)
Le Port de Bordeaux
1914
Huile sur toile
Chicago, The Art Institute of Chicago, don Sheila and Alvin Ukman
Probablement exposé en 1920 à la Galerie B. Weill, Port de Bordeaux
Berthe Weill, comme le marchand Eugène Druet, montre les peintures d'André Lhote dès 1910, puis régulièrement jusqu'en 1937. Elle apprécie le travail du peintre, qu'elle ne se décourage pas de vendre: «Reviendra-t-il, le temps où mon ami André Lhote, lors de sa première exposition d'ensemble, rue Victor-Massé, vendit le tout? Peut-être ! le bel ensemble qu'il présente ici, en ce joli mois de mai [1925], tentera-t-il les amateurs? Eh! bien! non !... Je puis assurer qu'ils ont tort... ».

Alice Halicka (1894-1975)
Nature morte au violon
1918
Huile sur toile
Bordeaux, musée des Beaux-Arts; achat, 1972
Weill soutient l'œuvre d'Halicka en l'associant à quatre expositions collectives et en lui organisant en 1922 une présentation personnelle couronnée de succès. Dès 1914, Apollinaire la remarque, soulignant «des dons [...] qui lui permettent de construire savamment son tableau sans déformer la composition». Berthe Weill montre l'œuvre de la peintre dans sa galerie jusqu'en 1926, et leur relation illustre l'exemplarité de la marchande dans la promotion des artistes femmes.

Louis Marcoussis (1878-1941)
Nature morte: le bocal aux poissons rouges
1925
Huile sur carton
Paris, Centre Pompidou, musée national d'Art moderne /
Centre de création industrielle, déposé au musée Zervos, Vézelay

Jean Metzinger (1883-1956)
Nu debout
1911
Huile sur carton marouflé sur panneau Montréal, musée des Beaux-Arts de Montréal,
don de la famille Chrétien-Desmarais
«GROUPE DES PLUS ÉCLECTIQUES»
Berthe Weill, Pan! dans l'oeil..., 1933
Au début du XXe siècle, des artistes du monde entier viennent chercher l'émulation et la reconnaissance à Paris. Berthe Weill participe à cette effervescence en rendant visibles des talents qui cherchent à échapper aux discriminations ainsi qu'aux difficultés économiques. Ils sont natifs de partout en Europe, des confins de l'Empire russe, de Norvège, de Pologne, d'Espagne, d'Italie ou de Grèce jusqu'à l'Empire austro-hongrois, ou même des États-Unis. Sa curiosité la conduit à donner leur chance à des artistes, ne suivant aucun dogme, mais plutôt son instinct, son œil et ses sympathies. Elle adopte une position engagée en participant, exposition après exposition, à la lutte s défenseurs lutte contre certains
a
d'un bon goût français aux aux résonances xenophobes et antisémites. Si le nom de Berthe Weill est antisem Se nom de Berthe Weill est etroitement associé aux avant-gardes de la première moitié du XXe siècle, elle s'intéresse également
à des personnalités n'appartenant à aucun courant précis. L'attention qu'elle porte aux jeunes artistes ne faillit jamais, malgré les vicissitudes, et c'est ainsi qu'elle encourage, en organisant une ou plusieurs expositions, des figures aujourd'hui dans l'ombre ou parfois tombées dans l'oubli.

Suzanne Valadon (1865-1938)
Nu à la couverture rayée [dit aussi Gilberte nue assise sur un lit
1922
Huile sur toile
Paris, musée d'Art moderne de Paris

Édouard Goerg (1893-1969)
Portrait de Mademoiselle W [Berthe Weill]
1926
Huile sur toile
Montréal, musée des Beaux-Arts de Montréal, achat, legs Olga Minarick
Exposé en 1927 à la Galerie B. Weill, Portrait de B.W. Exhibited in 1927 at the Galerie B. Weill, Portrait de B.W.

Raoul Dufy (1877-1953)
Trente ans ou la Vie en rose
1931
Huile sur toile
Paris, musée d'Art moderne de Paris, don Mathilde Amos, 1955
Exposé en 1931 à la Galerie B. Weill
Depuis 1925, Berthe Weill convie chaque année «

Jules Pascin (1885-1930)
Deux femmes couchées
1927
Huile sur toile
Grenoble, musée de Grenoble

Jules Pascin (1885-1930)
Portrait de Mme Pascin (Hermine David)
1915-1916
Huile sur toile
Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, The Samuel S. White 3rd and Vera White Collection, 1967
Après leur rencontre en 1910, Weill expose Pascin dans sa galerie à 23 reprises La présence de la marchande lors des grands moments de la vie de l'artiste atteste de leur proximité. Ainsi, elle est assise à sa droite au diner célébrant ses quarante ans. Peu après le suicide du peintre, en 1930, elle conclut Pan! dans l'œil... par: « Et ce dernier mot à la mémoire de mon pauvre Pascin [...] C'est, pour moi, un devoir pieux de clore ces mémoires par ces quelques mots dictés par l'amitié ».

Jules Pascin (1885-1930)
Claudine au repos
1913
Huile sur toile
Chicago, The Art Institute of Chicago, don Mr. and Mrs. Carter, H. Harrison
Acheté en 1922 par Carter Harrison à la Galerie B. Weill
Au travers des lettres et des souvenirs rédigés par l'homme politique américain Carter Harrison IV, ancien maire de Chicago, on peut retracer l'achat qu'il fit de ce tableau, parmi un ensemble d'œuvres d'artistes français, à Berthe Weill, rencontrée en 1921. Lors de l'Exposition universelle de 1933 à Chicago, il tient à faire une place à l'art parisien, et notamment aux œuvres contemporaines que lui-même collectionne. Il donne ces peintures en 1936 au musée de sa ville, l'Art Institute

Paul-Élie Gernez (1888-1948)
Nature morte
1921
Huile sur toile
Strasbourg, musée d'Art moderne et contemporain
Exposé en 1927 à la Galerie B. Weill où il a été acheté
par le musée des beaux-arts de Strasbourg
Exhibited in 1927 at the Galerie B. Weill where it was purchased
by the Musée des Beaux-Arts in Strasbourg

Hermine David (1886-1970)
Le Restaurant à Menton
1927
Pointe sèche
Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, achat financé par des dons
de Penn Brook Milk Company, 1959

Hermine David (1886-1970)
Le Match de boxe
vers 1927
Pointe sèche
Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, Print Club of Philadelphia
Permanent Collection, 1956

Hermine David (1886-1970)
Kiosque à Menton
1927
Pointe sèche
Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, Print Club of Philadelphia Permanent Collection, 1956
Weill rencontre Hermine David par l'entremise de Jules Pascin, son mari. Elle organise, en 1923, la première exposition personnelle de l'artiste. Le critique André Warnod relate que « la Galerie Weill, fidèle à sa tradition, abrite la première exposition d'ensemble que fait Hermine David. [...] cette exposition sera une révélation quand Weill qualifie l'artiste de « talentueuse, fine et charmante ». Weill montre le travail d'Hermine David jusqu'en 1936
« MAIS QU'ONT-ILS DONC, CES NUS ?... »
Berthe Weill, Pan! dans l'oeil..., 1933
Esprit inventif, audacieux et original, Weill suit courageusement son instinct sans fléchir devant les préjugés et les ressources financières des autres marchands d'art, souvent plus importantes que les siennes. Ainsi, en 1917, elle organise, à l'instigation du poète d'origine polonaise Léopold Zwoboroski, la seule exposition personnelle consacrée à Modigliani de son vivant. L'écrivain Blaise Cendrars, fervent admirateur du peintre, préface le catalogue avec un rapide poème intitulé «Sur un portrait de Modigliani ». Le 3 décembre 1917, trente-deux œuvres, surtout des peintures, sont dévoilées rue Taitbout, où la galerie a déménagé au cours de la même année. Quatre nus devenus emblématiques sont présentés. Leurs poils pubiens apparents déclenchent le scandale et le désordre, qui braquent le projecteur sur la Galerie B. Weill. Le commissaire du poste de police situé en face ordonne
à la marchande d'« enlever toutes ces ordures!», exerçant sa censure pour « outrage à la pudeur ». L'échec commercial de l'exposition est cuisant malgré les cinq œuvres achetées par Weill pour soutenir Modigliani dont elle admire la peinture: Elle note dans Pan! Dans l'oeil.... «Nus somptueux, figures anguleuses, portraits savoureux. >>

Amedeo Modigliani (1884-1920)
Femme au ruban de velours
vers 1915
Huile sur papier collé sur carton
Paris, musée de l'Orangerie, collection Jean Walter et Paul Guillaume

Amedeo Modigliani (1884-1920)
Nu au collier de corail
1917
Huile sur toile
Oberlin, Allen Memorial Art Museum, don Joseph and Enid Bissett 1955-59
Peut-être exposé en 1917 à la Galerie B. Weill, Nu
Pour la brochure publiée par Berthe Weill en accompagnement de l'exposition de 1917
Blaise Cendrars écrit: «Sur un portrait de Modigliani / Le monde intérieur / Le cœur humain avec ses 17 mouvements dans l'esprit et le va-et-vient de la passion.». L'absence de précision du catalogue sur les quatre nus présentés dans l'exposition ne permet pas de prouver définitivement la présence de ce tableau, qui fait partie de la vingtaine de nus féminins peints par Modigliani dans les dernières années de sa vie.

Suzanne Valadon (1865-1938)
La Chambre bleue
1923
Huile sur toile
Paris, Centre Pompidou, musée national d'Art moderne / Centre de création industrielle, déposé au musée des Beaux-Arts de Limoges
Exposé en 1927 à la Galerie B. Weill, La Chambre bleue
Lorsqu'en 1913 Weill commence à montrer les œuvres de Valadon, celle-ci dessine et peint depuis une vingtaine d'années. L'artiste noue une relation régulière et fructueuse avec la marchande, qui contribue au développement de sa renommée et constate « le succès ascendant de Valadon. Mais que de détracteurs! Son grand mérite est, malgré tout, de ne faire aucune concession... grande artiste! ». Les deux femmes affirment leur détermination, leur audace et leur faculté à transgresser les règles.

Marc Vaux (1895-1971)
Bal des noces d'argent de la Galerie B. Weill
au restaurant Dagorno à La Villette
28 décembre 1926 Photographie, 16,1x29 cm Collection particulière
B. Weill au centre porte un monocle

Alfréd Réth (1884-1966)
Les Cyclamens
1912
Huile sur toile
Évreux, musée d'Art, Histoire et Archéologie

Alfréd Réth (1884-1966)
Forme dans l'espace
1934
Huile sur bois
Paris, avec l'aimable autorisation de la galerie Le Minotaure
Formé à Nagybánya, creuset du modernisme hongrois, Réth s'installe à Paris en 1905 où il profite
de l'enseignement de l'école de peinture de Jacques-Émile Blanche et fréquente le salon de Gertrude Stein, écrivaine et collectionneuse. Berthe Weill montre son œuvre dans une exposition personnelle, en 1914, au moment où il explore les chemins du cubisme, puis à la fin des années 1930, alors qu'il s'est engagé auprès du groupe Abstraction-Création, dont le but est de promouvoir et de diffuser l'art abstrait

Georges Émile Capon (1890-1980)
La Java
1925
Huile sur toile
Chicago, The Art Institute of Chicago,
don Mr. and Mrs. Carter H. Harrison
Exposé en 1925 à la Galerie B. Weill, La Java Exhibited in 1925 at the Galerie B. Weill, La Java
Berthe Weill fait le choix de promouvoir les artistes sans
préjugés de genre ou d'école. Ainsi, elle montre avec obstination l'œuvre d'Émilie Charmy, de Suzanne Valadon, soulignant que « la lutte de la femme est dure et il faut [...] une force de volonté exceptionnelle pour sortir à peu près indemne de cette fange ». Fidèle, elle apprécie la peinture d'Odette des Garets dès 1924 et continue ensuite à vendre ses peintures jusqu'en 1940. Elle laisse libre cours à ses enthousiasmes, de Georges Capon pour qui elle organise cinq expositions personnelles à Georges Kars.

Émilie Charmy (1878-1974)
Autoportrait
vers 1906
Huile sur toile
Collection particulière

Kees Van Dongen (1877-1968)
La Femme au canapé
avant 1920
Huile sur toile
Montréal, musée des beaux-arts de Montréal, don Dr. et Mme Max Stern

Georges Kars
Portrait de femme
1922
Huile sur toile
New York, The Museum of Modern Art,
don Mr. and Mrs. Maxime L. Hermanos, 1964
Exposé en 1927, à la Galerie B. Weill, Madame Z Exhibited in 1927 at the Galerie B. Weill, Madame Z

Odette des Garets (1891-1967) Brodeuse
1927
Huile sur toile
Paris, Centre Pompidou, musée national d'Art moderne / Centre de création industrielle

Georges Kars (1882-1945)
Portrait de femme
1926
Huile sur toile
Grenoble, musée de Grenoble
Exposé en 1928 à la Galerie B. Weill

Kees Van Dongen (1877-1968)
La Perruche
vers 1910
Huile sur toile
Montréal, musée des Beaux-Arts de Montréal,
don Dr et Mme Max

Marc Chagall (1887-1985)
La Cage d'oiseaux
1925
Huile sur carton
Collection particulière
Vraisemblablement présenté à la Galerie B. Weill en 1929, dans l'exposition «Les Oiseaux».
En 1924, Weill inaugure une première exposition d'ensemble qui aura désormais lieu chaque fin d'année autour d'un thème commun. Pour la première édition, le sujet retenu est «La Fleur»; près de 70 artistes y participent. Ces manifestations remportent un vif succès qui remet «à chaque fois la trésorerie à flot». Les sujets sont simples mais variés, allant des oiseaux à la couleur blanche, aux enfants ou à Paris. Le 30° anniversaire de sa galerie d'art est célébré par une exposition intitulée «La Joie de vivre».
«JE DOIS LUTTER SEULE »
Berthe Weill, Pan! dans l'oeil..., 1933
À la fin des années 1930, Berthe Weill choisit de montrer des artistes qu'elle n'a pas encore promus. Elle s'attache alors à des tenants de l'abstraction, proches du groupe Cercle et Carré, puis de l'association Abstraction-Création. C'est ainsi qu'elle décide en 1939 d'exposer les œuvres d'Alfred Reth ou celles d'Otto Freundlich dans la galerie qu'elle occupe depuis 1934, rue Saint-Dominique, et qu'elle devra bientôt fermer en conséquence des mesures antisémites prises à partir de 1940. Berthe Weill, qui ne publie plus de bulletins après 1935, accompagne certains de ses cartons d'invitation de courtes pensées. Sous l'Occupation, elle n'est pas arrêtée mais vit dans un grand dénuement. En 1946, une vente aux enchères est organisée pour mettre fin à ses difficultés financières et la sortir de la misère. Elle regroupe plus de quatre-vingts œuvres offertes par des amis de longue date, artistes et galeristes concurrents. Berthe Weill peut alors prendre sa retraite. En 1951, à sa disparition, elle a défendu plus de trois cents artistes et organisé des centaines d'expositions aux quatre adresses successives de sa galerie: 25, rue Victor-Massé; 50, rue Taitbout à partir de 1917:46 rue Laffitte de 1920 à 1934, et enfin 27, rue Saint-Dominique.

Jeanne Kosnick-Kloss (1892-1966)
Composition
1934
Huile sur bois
Pontoise, musée Tavet-Delacour déposé par L'Association Les Amis de Jeanne et Otto Freundlich

Otto Freundlich (1878-1943)
Composition 1939
1939
Tempera sur papier marouflé sur toile Pontoise, musée Tavet-Delacour
Otto Freundlich est stigmatisé très tôt en Allemagne comme représentant de l'«art juif français». Ses ceuvres sont montrées à la Galerie B. Weill en 1939, cependant que l'une de ses sculptures a été choisie deux ans auparavant par les nazis pour illustrer la couverture du catalogue de l'exposition d'Art dégénéré » à Munich. Freundlich est interné, des 1939, dans un camp pour les «ressortissants de puissances ennemies », puis déporté au camp d'extermination de Sobibór, où il est assassiné le 9 mars 1943
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