jeudi 30 juillet 2026

Paul Troubetzkoy au musée d'Orsay en novembre 2025

Un fascinant sculpteur
Adulé de son vivant, Paul Troubetzkoy qui avait choisi Paris comme l'un de ses ports d'attache, n'a pas fait l'objet d'une exposition en France depuis plus d'un siècle. Ce sculpteur et peintre italien, issu d'un père diplomate russe et d'une mère américaine pianiste et chanteuse, né comme enfant illégitime sous une identité d'emprunt puis reconnu avec ses frères à l'âge de cinq ans, a su convertir les circonstances de sa naissance en atouts pour connaître une carrière internationale flamboyante.
Formé a Milan, accueilli à ses débuts à Moscou et Saint- Pétersbourg, il trouve à Paris à partir de 1906 l'opportunité de développer une carrière internationale, qui culmine avec un succès sans précédent aux États-Unis. Portraitiste de talent, il est recherché par une élite cosmopolite qui voit dans ses statuettes représentant les personnalités les plus en vue de son époque le témoignage de la réussite.
Au-delà des portraits qui ont fait sa réputation, de sa brillante vie sociale qui le voit côtoyer des artistes majeurs comme le peintre Giovanni Segantini, ou des gloires littéraires comme Léon Tolstoi ou George Bernard Shaw dont il partage le mode de vie végétarien, l'exposition révèle la sculpture animalière de cet artiste sensible, moderne, fervent défenseur de la cause animale.
Grâce aux prêts exceptionnels du Museo del Paesaggio de Verbania, lieu de villégiature de sa région natale à qui il a confié le soin de protéger son œuvre, l'exposition pose un regard renouvelé sur sa pratique, son style si reconnaissable, et la notion discutée d'impressionnisme en sculpture.


UNE FAMILLE COSMOPOLITE
Paul Troubetzkoy, sculpteur et peintre italien, naît au bord du Lac majeur d'un père issu d'une famille aristocratique russe, Pyotr Petrovich Troubetzkoy, né en 1822 à Tultchine, ville d'Ukraine proche de la frontière moldave, et mort à Menton en 1892. Sa mère Ada Winans (1831-1917), fille d'un marchand de New York, se rend en Italie pour parfaire
sa formation musicale. Tous deux se rencontrent à Florence en 1863 alors que Pyotr Petrovitch a laissé en Russie son épouse Varvara Yuryevna Trubetskaya (1828-1901) pour rejoindre un poste diplomatique.
Les trois enfants nés de cette union illégitime, sont d'abord déclarés sous le nom de Stahl: Pierre (peintre) né en 1864, Paul en 1866 et Luigi (ingénieur) en 1867. Une fois le divorce avec Varvara Yuryevna prononcé en 1870, Pyotr Petrovitch se marie avec Ada et reconnait ses trois fils, qui prennent le nom de Troubetzkoy.
Paul semble avoir gardé toute sa vie l'empreinte de cette complexité d'origine. Il mène une existence cosmopolite, multipliant les séjours à l'étranger parfois pour de très longues durées. Si son nom et son talent lui ouvrent les portes de la haute société à Moscou, Paris, ainsi qu'aux Etats-Unis, Paul s'attache toute sa vie à représenter les membres de sa famille, notamment son épouse, Elin, et lui-même à travers des autoportraits, sculptés ou peints.

1866 Naissance à Intra, en Italie.
1870 La famille s'installe dans la Villa Ada, nouvellement construite à Ghiffa, sur les bords du lac Majeur. Beaucoup d'artistes, de musiciens, d'écrivains et de membres de la noblesse et de la bourgeoisie milanaise fréquentent la maison 1887 Vente de la Villa Ada de Ghiffa. Sa mère déménage à Milan et son père à Menton.
1896 Son frère Pierre épouse la célèbre écrivaine américaine Amelie Rives et fera une belle carrière de peintre portraitiste aux États-Unis

ANDERS ZORN (1860-1920)
Troubetzkoy dans l'atelier
1908
Eau-forte
Collection particulière
Suédois, Anders Zorn, figure centrale de l'art de son pays, est reconnu et admiré à Paris au cours des dernières années du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Portraitiste mondain, mais aussi chantre de la nature suédoise, il livre une des images les plus fortes de Troubetzkoy en pleine séance de modelage, devant une sellette.

Mon épouse
[Elin Troubetzkoy]
1911
Bronze
Rome, Galleria Nazionale d'Arte
Moderna e Contemporanea
703
Troubetzkoy représente plusieurs fois son épouse. Cette statue monumentale démontre tout
particulièrement le talent du sculpteur pour passer du format de la statuette aux œuvres de grandes dimensions. Elle fut présentée à la première exposition de la Secessione de Rome et achetée à cette occasion par l'État italien. Le modèle en plâtre est par ailleurs exposé de nombreuses fois par Troubetzkoy à des expositions individuelles.

DANIELE RANZONI (1843-1889) Les Trois Enfants Troubetzkoy
avec leur chien
Vers 1874
Huile sur toile
Milan, Galleria d'Arte Moderna
701
Troubetzkoy et Ada Winans ont trois fils: Pierre, le futur peintre, né en 1864, vraisemblablement à gauche, Paul né en 1866, et Luigi, qui devient ingénieur. Dans ce tableau typique des années 1870 italiennes, en plan rapproché, les visages des trois enfants semblent plus petits que la tête du chien qui les accompagne.

ILIA IEFIMOVITCH REPINE
(1844-1930)
Paul Troubetzkoy
1908
Huile sur toile
Rome, Galleria Nazionale d'Arte
Moderna e Contemporanea
Répine, à l'apogée de sa carrière, réalise en 1908 ce portrait, remarquable aussi bien par sa ressemblance que par le naturalisme de la pause

Amely Troubetzkoy-Hahn
1925
Bronze
Collection Troubetzkoy-Hahn
Amely Troubetzkoy-Hahn (1887-1978), née Amalia Sirtori, est l'épouse du demi-frère du sculpteur, Pietro Troubetzkoy-Hahn (1886-1952), constructeur immobilier, dont la mère, Marianna Hahn, a été l'institutrice de Pierre, Paul et Luigi.

Amelie Rives Troubetzkoy
Bronze
Rome, Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea
Amélie Rives (1863-1945) est déjà une écrivaine très célèbre aux États-Unis lorsqu'elle rencontre à Londres, grâce à Oscar Wilde, le peintre Pierre Troubetzkoy, frère du sculpteur. Ce dernier modèle sa future belle- sœur en allégorie du Printemps peu avant le mariage du couple en 1896.

Autoportrait
1925
Plâtre patiné ocre
Verbania, Museo del Paesaggio
Troubetzkoy pratique l'autoportrait plusieurs fois, principalement au cours des années 1910 et 1920-30. Dans cet autoportrait très intense, le sculpteur donne de lui-même une vision empreinte d'un mouvement presque inquiet du visage, qui regarde au loin, perdu dans un rêve intérieur.

Autoportrait
1937
Huile sur toile
Verbania, Museo del Paesaggio

LES ATELIERS
Les ateliers de Troubetzkoy à Paris et à Neuilly-sur-Seine sont photographiés à de nombreuses reprises. L'atmosphère de ces lieux, où le sculpteur se fait parfois représenter aves ses loups, est unique. Dans ces
bâtiments en bois, les verrières sont placées haut, et des étagères, disposées par deux, permettent de présenter modelages, plâtres et bronzes. De grandes sellettes sont utilisées pour modeler la terre ou cire, quelques-unes ont été prêtées pour l'exposition par le musée de Verbania, qui a reconstitué une partie de ces vues d'ateliers. Ce sont à la fois les lieux les plus intimes du sculpteur et les plus photographiés, où plusieurs modèles sont venus poser, comme Clemenceau.

MILAN
À Milan, Troubetzkoy se forme loin de toute contrainte académique. Il y fréquente les principaux acteurs du mouvement littéraire et artistique, anticonformiste, des Scapigliati, les peintres Daniele Ranzoni (1843-1889), Tranquillo Cremona (1837- 1878) et le sculpteur Giuseppe Grandi (1843-1894), qui joue un rôle important dans son éducation. Il participe aux principales manifestations artistiques (Brera, La Famiglia Artistica, la Permanente) de 1886 à 1897, avant son départ en Russie. Il y crée ses premiers chefs-d'œuvre, notamment le portrait en buste du peintre Giovanni Segantini, modelé en 1896 et dont l'édition en bronze connut un immense succès.


Edvige Vonwiller Gessner
1896
Bronze
Milan, Unione Femminile Nazionale
Née à Milan en 1856 d'un père Zürichois et d'une mère vénitienne et française, Edvige Vonwiller Gessner se consacre dès sa jeunesse à des activités caritatives. Son projet de réunir en un seul siège toutes les organisations féministes se réalisera après sa mort en 1898, sous le titre L'Union des Femmes.

PIERRE TROUBETZKOY (1864-1936) Mary Franckfort
1882
Huile sur toile
Verbania, Museo del Paesaggio
705
La famille Franckfort appartient à l'aristocratie anglaise. Elle s'établit en Italie sur les rives du Verbano au cours des années 1850, attirée par le climat et les paysages. Les Franckfort étaient très amis des Troubetzkoy et ce portrait raffiné représente Mary, la fille du baron Franckfort

Regret [Emilia Varini]
1892 (modèle), 1893 (fonte)
Bronze
Fine Arts Museums of San Francisco, California Midwinter International Exposition,
through M. H. de Young
Ce bronze, tiré du plâtre Sola! (à voir dans la section consacrée à l'atelier), figure Emilia Varini (1866-1949), une jeune comédienne milanaise. Il compte parmi ceux envoyés par l'artiste à la Chicago World's Fair en 1893 et à l'Exposition internationale de San Francisco de 1894, puis achetés pour le musée de cette ville.

GAETANO PREVIATI (1852-1920)
Erminia Cairati Vogt
1881
Huile sur toile
Milan, Galleria d'Arte Moderna
Erminia Cairati Vogt (1862-1897) est une importante philanthrope et mécène, qui tient avec son mari, peintre et architecte, un salon où se réunissent les plus importants artistes et hommes de lettres de Milan.

Jeune Femme [Ermina Cairati Vogt]
Vers 1897
Marbre
Milan, Galleria d'Arte Moderna
Troubetzkoy utilise peu le marbre. Pour la diffusion de son œuvre auprès du public, il lui préfère le bronze qui rend toute sa vérité au modelage original. Cette tête en marbre permet toutefois de se rendre compte à quel point le sculpteur maitrisait parfaitement toutes les techniques de la sculpture

Gabriele d'Annunzio
Vers 1892
Plâtre patiné vert
Verbania, Museo del Paesaggio
Parmi les Italiens dont Troubetzkoy fait le portrait, Gabriele d'Annunzio (1863-1938) demeure l'une des plus célèbres personnalités. Issu de la nouvelle bourgeoisie italienne, cet écrivain populaire, aux influences
multiples, et politiquement très engagé dans la guerre de 1914-1918 est l'un des intellectuels les plus à même d'assimiler les courants culturels les plus modernes.

Carlo Bugatti
1899
706
m
Bronze
Londres, Sladmore Gallery
Le Milanais Carlo Bugatti (1855-1940), célèbre ébéniste et créateur d'art décoratif, est le père de Rembrandt (1884-1916), sculpteur animalier, et Ettore (1881-1937), inventeur et industriel fondateur des automobiles Bugatti. La soeur de Carlo, Luigia (1862-1938), est la compagne du peintre Giovanni Segantini, portraituré par Troubetzkoy

Giovanni Segantini
1896
Bronze
Verbania, Museo del Paesaggio
Giovanni Segantini (1858-1899) est l'un des peintres majeurs d'Italie, au XIXe siècle, dont l'œuvre se situe entre symbolisme, postimpressionnisme et primitivisme. Maître des paysages de haute-montagne, il cherche une forme d'expression plus personnelle. Le buste du peintre, réalisé en 1896, est d'une importance décisive dans l'oeuvre de Troubetzkoy qui peine pourtant à trouver une pose convaincante, jusqu'au moment de se séparer. Il perçoit alors le mouvement juste: les deux pouces engagés sous le gilet,
et la figure de trois quarts: une esthétique personnelle, reconnaissable immédiatement.

Monument à Dante
1893
Bronze
Verbania, Museo del Paesaggio
707
Tout au long de sa carrière, Troubetzkoy présente des versions en bronze de son modèle de monument au poète italien Dante Alighieri (1265-1321), présenté mais non sélectionné lors d'un concours organisé en 1891 par la ville de Trente

Carlo Cadorna
Vers 1892
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
En 1892, Troubetzkoy remporte le concours pour le monument à la mémoire de Carlo Cadorna (1809-1890), homme politique né à Pallanza, président de la chambre des Députés, ambassadeur à Londres. Le monument est composé du portrait de Cadorna en haut relief, d'après ce modèle, et de la figure de La Bella Pallanza (voir dans la section atelier).

Elin Troubetzkoy nue
Vers 1910-1911
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio

Léon Tolstoi
,
Vers 1898
Plâtre patiné vert-gris
Verbania, Museo del Paesaggio
Léon Tolstoi (1828-1910) est l'un des plus importants auteurs russes de la seconde moitié du XIXe siècle. Troubetzkoy le rencontre en 1899 à lasnaïa Poliana («La clairière lumineuse >>), un domaine dans la région de Toula, dont Tolstoi a hérité à la mort de sa mère. Le buste le plus impressionnant qu'il réalise est certainement celui en plâtre patiné, conservé
à Verbania. Troubetzkoy retrouve ici sa monumentalité première, comme dans le portrait de Segantini: l'écrivain est représenté de trois quarts, la tête tournée sur sa droite et la puissance de ses bras semble amplifiée par la chemise russe.

La Bella Pallanza
Vers 1892
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
Conçue pour le monument érigé à la mémoire de Carlo Cadorna (1809-1890), homme politique né à Pallanza (voir son buste ci-contre), cette figure féminine allégorique montre tout le talent de Troubetzkoy employé à suggérer la grâce du modèle.

MOSCOU ET SAINT-PÉTERSBOURG
Paul Troubetzkoy, qui ne parle quasiment pas russe, s'installe à Moscou en 1897-1898, après avoir obtenu un poste de professeur de sculpture à l'École de peinture, de sculpture et d'architecture. Bien accueilli par les élites locales, il modèle de nombreux portraits, des jeunes femmes de l'aristocratie comme la princesse Gagarine aux imposants bustes tel celui du prince Meshchersky commencé en Italie. Ses portraits du célèbre écrivain Léon Tolstoi font partie des chefs-d'œuvre de cette période: la personnalité de ce végétarien convaincu marque durablement le sculpteur qui lui rend visite à plusieurs reprises.
En 1900, grâce au soutien de la famille impériale, Troubetzkoy est déclaré vainqueur du concours pour le monument au tsar Alexandre III, qui doit être érigé à Saint-Pétersbourg. Le monument suscite une vive polémique: aux yeux des sculpteurs russes, l'artiste reste << un étranger »>, peu doué de surcroît pour la statue monumentale. L'œuvre ne sera inaugurée qu'en 1909, en l'absence du sculpteur qui a quitté la Russie trois ans plus tôt.

Léon Tolstoi
1899
Bronze
Collection Troubetzkoy-Hahn

Tolstoi à cheval
1899
Bronze
Paris, musée d'Orsay
En 1899, Troubetzkoy modèle une statuette de Tolstoi à cheval. La statuette équestre est acquise par l'État français pour le musée du Luxembourg en décembre 1900. Il propose d'en faire un monument dans un quartier de Paris mais ce projet reste sans suite.

Prince Alexandre Vasilevic Meshchersky
Vers 1895
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
Le portrait du prince Alexandre Vasilevic Meshchersky, réalisé à Milan en 1895, est, sans conteste, l'un des plus singuliers de Troubetzkoy. De trois quarts, en vision frontale, comme posé sur les mains croisées, grandes, vigoureuses, le comte Meshchersky est présenté dans toute sa gloire «<russe»>, la barbe généreuse et conquérante.

 Léon Tolstoi
1909
Huile sur toile
Collection particulière
Troubetzkoy fait la connaissance de Léon Tolstoi dès 1899, année où il réalise le magnifique buste montrant l'écrivain en chemise, la tête légèrement tournée (exposé à côté) - que Tolstoi considère comme son meilleur portrait sculpté. Par la suite, Troubetzkoy exécute plusieurs portraits de l'écrivain, avec lequel il se lie d'amitié. Le portrait exposé ici date de 1909, un an avant la mort de l'écrivain: Tolstoï, bien qu'affaibli, est assis à sa table de travail, concentré dans l'écriture.


Cocher russe
1898
Bronze
Paris, musée d'Orsay
710
Cette statuette est réalisée en 1898, la première année du séjour de Troubetzkoy à Moscou. Elle s'inscrit dans la lignée des scènes de genre modelées par l'artiste pendant ses années milanaises. Le motif du véhicule à cheval intéresse en effet tout particulièrement le sculpteur, depuis ses débuts. Si le traineau ajoute ici une touche de couleur locale et fait référence aux rigoureux hivers russes, c'est cependant la lassitude commune du cocher et de son cheval que Troubetzkoy s'efforce de montrer

Tsar Alexandre III à cheval
1905
Bronze
Paris, musée d'Orsay
708
En 1900, Paul Troubetzkoy remporte le concours pour la réalisation d'une statue équestre à la gloire du tsar Alexandre III à Saint-Pétersbourg. La statue est érigée face à la gare, en mémoire du tsar créateur du Transsibérien. Le souverain, en simple uniforme de cavalerie, est campé sur un cheval solide et trapu. Inaugurée en 1909, la sculpture fait polémique et suscite les quolibets, certains n'hésitant pas à qualifier le cheval d'hippopotame en raison de son aspect massif.


LA GLOIRE À PARIS
En 1906, Paul Troubetzkoy quitte la Russie, alors en proie aux premiers troubles révolutionnaires, pour s'installer a Paris. Le sculpteur est déjà reconnu dans la capitale où il a obtenu un grand succès lors de l'Exposition universelle de 1900. Bohème et excentrique, il fait rapidement la conquête du Tout-Paris. Installé dans un hôtel particulier en bordure du bois de Boulogne - où il promène ses loups apprivoisés - Troubetzkoy fréquente les élites cosmopolites de la capitale. Il est notamment proche du poète Robert de Montesquiou, un personnage proustien haut en couleurs, immortalisé par Giovanni Boldini. La popularité du sculpteur auprès de la haute société parisienne lui vaut de nombreuses commandes de portraits. C'est à Paris que Troubetzkoy parfait le genre du portrait-statuette qui fera sa célébrité: Auguste Rodin, Anatole France, George Bernard Shaw, la baronne de Rothschild, Roland Garros... nombreuses sont les personnalités à avoir posé pour le sculpteur dont la capacité à saisir des «< instantanés de vie » est particulièrement appréciée du public parisien.

GIOVANNI BOLDINI (1842-1931)
Comte Robert
de Montesquiou
1897
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay

Madame Adelaide Aurnheimer, dit aussi Après le bal
1898
Bronze
Paris, musée d'Orsay
Adélaïde Aurnheimer (1873-après 1897) est l'épouse d'un riche marchand installé à Milan: le couple est mécène de la galerie d'art où expose alors Paul Troubetzkoy. La statuette, réalisée à l'issue d'un concours d'élégance et emblématique du talent de l'artiste, a été acquise dès 1905 par l'État français.

Comte Robert de Montesquiou
1907
Bronze
Paris, musée d'Orsay
Robert de Montesquiou (1855-1921), célèbre dandy et poète parisien, remarque Troubetzkoy dès l'Exposition universelle de 1900: sous le coup de l'admiration, il écrit alors un bel article sur le sculpteur. D'un geste théâtral, il semble sur le point de se lever, appuyé sur une fine cane que l'on retrouve également dans le célèbre portrait peint par Giovanni Boldini dix ans plus tôt, visible un peu plus loin.

Comte Robert de Montesquiou
Vers 1907
Plâtre patiné bronze
Verbania, Museo del Paesaggio

Anatole France
Vers 1907
Plâtre
Paris, Petit Palais - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
L'écrivain Anatole France (1844-1924) est l'une des gloires littéraires de la Belle Époque. Il reçoit le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre en 1921

Virginia Graham Vanderbilt
Vers 1910
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
William Kissam Vanderbilt
Vers 1910
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
Troubetzkoy, qui fréquente la haute société américaine en villégiature en Europe, modèle plusieurs membres de la richissime famille Vanderbilt, dont William Kissam Vanderbilt (1878-1944), pilote automobile, et son épouse Virginia Graham (1875-1935), fille d'un important industriel du secteur minier.

Rembrandt Bugatti
Vers 1904-1906
Plâtre
Verbania, museo del Paesaggio
Rembrandt Bugatti (1884-1916), que Troubetzkoy a conseillé à ses débuts à Milan, est un célèbre sculpteur animalier italien, installé à Paris en 1903.

Auguste Rodin
Vers 1906 (modèle), après 1926 (fonte)
Bronze
Paris, musée d'Orsay
Comme Montesquiou, Rodin (1840-1917) aurait remarqué Troubetzkoy à l'Exposition universelle de 1900: selon le poète, Rodin se faisait une gloire de montrer le chemin de la salle Troubetzkoy aux visiteurs. Le portrait statuette du «<maître de Meudon >> est l'un des premiers réalisés par l'artiste à son arrivée à Paris. Il montre Rodin, alors considéré comme le plus grand sculpteur vivant, la veste ouverte et les mains dans les poches, dans l'attitude familière d'un grand homme sûr de son talent.

Portrait de Rodin
Vers 1910
Crayon graphite, estompe sur papier filigrané
Paris, musée Rodin

Giovanni Boldini
Vers 1912-1913
Plâtre patiné jaune clair
Verbania, Museo del Paesaggio
Giovanni Boldini (1842-1931) est un célèbre peintre italien, spécialisé dans le genre du portrait mondain. Il a de nombreux modèles en commun avec Paul Troubetzkoy

Docteur Pozzi
1908
Bronze
Rouen, musée des Beaux-Arts
Samuel Jean Pozzi (1846-1918) est un médecin et chirurgien français, pionnier de la gynécologie moderne. Autant homme de science qu'homme du monde, il est également célèbre pour ses nombreuses conquêtes féminines, parmi lesquelles l'actrice Sarah Bernhardt (son portrait est visible dans l'exposition «Sargent, éblouir Paris», au musée d'Orsay).

George Bernard Shaw
Vers 1908
Plâtre patiné vert-gris
Verbania, Museo del Paesaggio
714
Une amitié durable unit Troubetzkoy à l'écrivain irlandais George Bernard Shaw (1850-1956). Shaw, devenu végétarien à l'âge de vingt-cinq ans, partage avec le sculpteur son amour pour les animaux, qu'il considère comme ses amis. Le buste présenté ici est le premier des quatre portraits de l'écrivain réalisés par Troubetzkoy. Rapidement modelé lors d'un séjour du sculpteur à Londres, il est exposé ensuite en 1908 au Salon à Paris. L'accent est mis sur le visage de l'écrivain, au large front et au regard perçant.

Roland Garros [à bord de son Morane]
1914
Bronze peint
Le Bourget, musée de l'Air et de l'Espace
Roland Garros (1888-1918) est un aviateur français, célèbre pour avoir effectué la toute première traversée de la Méditerranée en avion le 23 septembre 1913. Troubetzkoy est choisi pour effectuer son portrait immédiatement après la traversée, grâce à une souscription organisée par le journal L'Excelsior.

PORTRAITS INTIMES. PORTRAITS MONDAINS
Sculpteur et interprète de la vie dans toute sa spontanéité, Troubetzkoy excelle dans le genre du portrait, qu'il soit intime ou mondain. Modeleur virtuose, l'artiste parvient à saisir l'expression et le mouvement justes. Il aime tout particulièrement mettre en scène les enfants et les animaux. Derrière ces scènes de genre en apparence anodines, s'affirment en fait les convictions du sculpteur, fervent défenseur de la cause animale, qui entend démontrer que les enfants et les bêtes, même les plus farouches, peuvent coexister en toute quiétude. Le thème de la maternité, comme celui de la paternité, intéresse également Troubetzkoy qui le traite au format monumental, comme dans l'émouvant portrait de sa femme Elin et de son fils Pierre, réalisé quelques mois avant la mort de l'enfant. Troubetzkoy excelle tout autant dans la représentation des jeunes femmes de la haute société. Parées de leurs plus beaux atours, elles sont parfois accompagnées de leur enfant ou de leur animal de compagnie. Ces portraits font écho à ceux peints à la même époque par Giovanni Boldini.


Mère et enfant
Vers 1907 (modèle), avant 1909 (fonte)
Bronze
Collection particulière
Cette émouvante maternité représente Elin Troubetzkoy (1883-1927), la femme du sculpteur, épousée en 1905, et leur fils unique, Pierre. La sculpture est réalisée quelques mois avant la mort de l'enfant à Paris en 1907, à l'âge de deux ans et demi.

Matías Errázuriz avec sa fille
Vers 1909
Plâtre patiné gris clair
Verbania, Museo del Paesaggio
Matías Errázuriz (1866-1953) est un diplomate originaire du Chili. Il est ici représenté avec sa fille Josefina sur les genoux.

Petite fille assise avec un chien
1906
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
Le sculpteur montre ici, presque grandeur nature, une fillette assise à côté d'un grand chien-loup. Le thème de l'amitié entre l'enfant et l'animal lui tient en effet particulièrement à cœur. Pour Troubetzkoy, les bêtes sauvages ne sont telles que parce que l'homme s'est mis à les chasser. À partir du moment où l'homme cesse de les persécuter, elles deviennent de tranquilles compagnes. Fort de ses convictions, le sculpteur vivait lui-même entouré de loups, adoptés jeunes, et qu'il nourrissait selon un régime végétarien.

Madame Goujon et son chien
1906
Bronze
Collection Lucile Audouy
Julie Goujon, née Reinach (1885-1971), est la fille du journaliste Joseph Reinach. Elle épouse en 1905 le député Pierre Goujon. Cette statuette est peut-être un cadeau de mariage.


La marquise Luisa Casati
1904
Bronze
Collection Lucile Audouy
Belle et extravagante, la marquise Casati (1881-1957) est l'une des figures les plus brillantes de la haute société européenne de la Belle Époque. Célèbre pour ses fêtes somptueuses, organisées à Venise et à Paris, elle fait également sensation en raison de sa passion pour les animaux sauvages, aimant à se promener avec des guépards en laisse ou des serpents en guise de bijoux. Troubetzkoy la représente ici accompagnée d'un lévrier, qui souligne la minceur de sa silhouette filiforme.

GIOVANNI BOLDINI (1842-1931)
Madame Charles Max [Jeanne]
1896
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay

Baronne Robert de Rothschild [née Gabrielle Nelly Régine Beer]
1911
Plâtre
Collection particulière
Gabrielle Nelly Régine Beer (1886-1945), mécène et collectionneuse, devient l'épouse du baron Robert de Rothschild en 1910.

Madame Decori
1909
Bronze
Collection particulière
717
Née Madeleine Perrody, Madame Decori (1870-1951) est l'épouse d'un influent avocat sous la III République, Félix Decori. Célèbre pour sa beauté - elle a
probablement été la maîtresse du président Raymond Poincaré-elle tient un salon important qui réunit artistes, politiques et intellectuels. Troubetzkoy la représente ici nonchalamment assise sur un sofa, pensive, comme au retour d'un bal

Mademoiselle
Germaine Besnard
1907
715
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
Germaine Besnard (1884-1975) est la fille du célèbre peintre Albert Besnard et de la sculptrice Charlotte Besnard.

TROUBETZKOY « Ľ'AMÉRICAIN »
Avant même de voyager aux États-Unis, Troubetzkoy y remporte les premiers succès de sa carrière: il reçoit des médailles avec ses bronzes envoyés à l'Exposition universelle de Chicago en 1893, présentés ensuite à l'Exposition internationale de San Francisco de 1894; quatre seront acquis pour le musée de cette ville.
Le sculpteur fait trois séjours de quelques mois aux États-Unis, en 1911 et 1912, puis de presque sept ans entre 1914 et 1920, suite au conflit mondial qui sévissait en Europe. Il fascine d'emblée les journalistes par son titre princier, ses bustes du célèbre écrivain russe Léon Tolstoi, et son ardente défense de la cause végétarienne. Troubetzkoy enchaîne les expositions sur la côte Est, dans le Midwest et en Californie et y reçoit la commande de nombreux portraits. Confiés à la fonderie Roman Bronze Works de Brooklyn, ses bronzes, dont des statuettes de danseuse et de sujets inspirés du Far West, séduisent musées et collectionneurs. Son séjour américain culmine avec l'inauguration, en août 1920, à Los Angeles, du monument
à Harrison Gray Otis (1837-1917), général de l'Armée fédérale, entrepreneur, et éditeur fondateur du Los Angeles Times.


Franklin D. Roosevelt
1911
Bronze
Hyde Park, Home of Franklin D. Roosevelt, National Park Service, United States Department of the Interior
Franklin D. Roosevelt (1882-1945) vient d'être élu sénateur de l'État de New York quand sa marraine commande à Troubetzkoy ce portrait, remarquable par la ressemblance frappante, le naturalisme de la pose et l'originalité du format

LE FAR WEST
Ses compositions sur les thèmes du Far West offrent très tôt à Troubetzkoy une reconnaissance officielle et une célébrité dans ce genre autant en Europe qu'aux États-Unis.
Fasciné par le Wild West Show de Buffalo Bill (1846-1917), qui se produit à Milan en 1890, le sculpteur crée des œuvres très appréciées dès qu'il les présente à des expositions à Milan, Rome ou encore à Chicago en 1893. Préférant toujours créer sur le vif, il trouve de nouveaux modèles au << village des Peaux-Rouges »>, installé à l'été 1911 au jardin d'Acclimatation de Neuilly. Aux États-Unis, il assiste en 1916, à Sheepshead Bay (sud de New York), au premier spectacle de rodéo organisé à l'est du Mississippi, pour y modeler cowboys, Amérindiens, et animaux venus du Far West.
Troubetzkoy, loué pour la dignité qu'il réserve
à ses modèles, réalise des œuvres que tous admirent car "atmosphériquement" vraies ».

Deux cowboys
1916
Bronze
San Marino, The Huntington Library, Art Museum and Botanical Garden
Troubetzkoy modèle ce groupe en 1916 lors du festival de rodéo de Sheepshead Bay (sud de New York). Ce bronze, d'un grand naturalisme, compte parmi ceux que le collectionneur Henry Huntington (1850-1927), magnat des chemins de fer installé à San Marino (Los Angeles), achète à l'artiste.

Guerrier indien
sur un cheval au galop
1890? (modèle),
avant ou 1893 (fonte)
Bronze
Fine Arts Museums of San Francisco, California Midwinter International Exposition,
through M. H. de Young
Le sculpteur crée probablement cette composition très dynamique après avoir vu les numéros donnés par la troupe de Buffalo Bill dans le Wild West Show à Milan en 1890. Ce bronze, présenté à l'exposition universelle de Chicago en 1893, puis à San Francisco en 1894, est aussitôt acquis pour le musée de cette ville.

Vedette indienne
1890? (modèle), 1893 (fonte)
Bronze
Rome, Galleria Nazionale
d'Arte Moderna e Contemporanea
721
Inspiré du spectacle Wild West Show, donné par Buffalo Bill à Milan en 1890, ce bronze présenté par l'artiste à l'Exposition des Beaux-Arts à Rome en 1893 lui vaut une médaille d'or et son achat par l'État italien pour la Galleria Nazionale d'Arte Moderna de Rome. Très appréciée, l'oeuvre est connue en plusieurs exemplaires.

Indien peau-rouge
1911
Plâtre
Verbania, museo del Paesaggio
Indien peau-rouge
1911
Bronze
Collection particulière
Cet Indien peau-rouge, avec son majestueux costume orné de plumes, figure sans doute Ithúnkasan Glešká, ou «Belette tachetée», chef de la tribu des Lakotas présent au «Village des peaux-rouges >> du jardin d'Acclimatation de Neuilly à l'été 1911. Le bronze est celui présenté à la première exposition de la Sécession de Rome en 1913

JOAQUÍN SOROLLA Y BASTIDA (1863-1923)
Joaquín, fils de l'artiste
1911
Huile sur toile
Madrid, Museo Sorolla
720
Sorolla peint son fils près d'une table sur laquelle apparaît Danseuse - Mlle Svirsky, un bronze que son ami Troubetzkoy lui a dédié et envoyé fin 1909 (exposé au centre de cette salle).

Joaquín Sorolla y Bastida
1909
Bronze
Madrid, Museo Sorolla
Troubetzkoy se lie d'amitié avec le peintre espagnol Sorolla y Bastida (1863-1923) à Paris. Ce dernier le recommande au mécène américain Archer Huntington (1870-1955), fondateur de l'Hispanic Society de New York, où le sculpteur est invité à organiser en 1911 sa première exposition aux États-Unis

JOAQUÍN SOROLLA Y BASTIDA (1863-1923) Clotilde assise dans un sofa
1910
Huile sur toile
Madrid, Museo Sorolla
Dans ce portrait de son épouse, le peintre représente, sur la table derrière le sofa, le bronze de Danseuse - Mlle Svirsky que Troubetzkoy lui a offert fin 1909 (exposé au centre de cette salle).

Detail

Douglas Fairbanks
Vers 1918
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
Mary Pickford
Vers 1918
Plâtre patiné
Verbania, Museo del Paesaggio
A Los Angeles, Troubetzkoy modèle les plus grandes stars du moment, du cinéma muet d'Hollywood, Douglas Fairbanks (1883-1939) et Mary Pickford (1892-1979). La séance de pose dans le studio de Pickford est immortalisée par un photographe du journal Vanity Fair.

LES STATUETTES DE DANSEUSE
Formant un ensemble d'une dizaine de compositions, les statuettes de danseuse de Troubetzkoy comptent parmi ses sculptures les plus célèbres et fréquemment éditées en bronze. C'est à Paris en 1909-1910 et à New York en 1914-1915 que l'artiste crée ces œuvres qui lui offrent plus de liberté que les portraits de commande.
Si la notoriété des modèles représentés contribue aux succès des statuettes, le sculpteur sait à merveille exprimer le dynamisme des corps, l'élégance de leur gestuelle et insérer des détails d'une grande finesse. Les critiques admirent d'emblée «la souplesse des membres et la ferveur de l'action >> ainsi que << la vraie essence des mouvements de la danse qu'il montre avec une vibrante passion ». Ces bronzes séduisent de nombreux collectionneurs privés et musées américains, Troubetzkoy réussissant à les vendre directement après ses expositions.

Jean Bugatti
Vers 1930
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
722
Troubetzkoy, toujours soucieux de saisir ses modèles dans leur univers, immortalise l'ingénieur et pilote automobile Jean Bugatti (1909-1939) au volant d'une voiture. L'artiste, ami de la famille, avait conseillé son neveu, le sculpteur animalier Rembrandt Bugatti (1884-1916), lors de sa formation à Milan
LE RETOUR EN EUROPE
Après son retour en Europe en 1920, Troubetzkoy s'établit avec son épouse Elin près du bois de Boulogne. Il séjourne souvent en Italie, à Suna (Verbania) sur les rives du lac Majeur, dans sa villa de la Ca' Bianca, qui devient sa résidence principale en 1932.
En France et en Italie, il continue de sculpter les portraits de personnalités politiques et représentants de la haute société cosmopolite. Dans sa région natale, il est sollicité pour des monuments, tels celui des morts de la Première guerre à Pallanza. Il présente régulièrement ses nouvelles compositions aux salons parisiens et à la Biennale de Venise, qui lui réserve en 1922 un espace pour une cinquantaine de ses œuvres. La critique apprécie la grâce et
la vivacité de ses figures mais note que son style, inchangé, est en train de passer de mode. Jusqu'en 1937, il reste actif et organise des expositions individuelles à Paris, Londres, Alexandrie, Milan, et ailleurs en Italie.
Le 12 février 1938, âgé de 72 ans, Troubetzkoy meurt dans sa villa d'une grave forme d'anémie.



Georges Clemenceau
1926
Bronze
Paris, musée Clemenceau
Selon Clemenceau (1841-1929), «[Troubetzkoy] avait fait de petites esquisses de Tolstoi qui étaient très bien. Le buste fini (il était très mauvais) il eut le toupet de me demander de lui faire avoir la Légion d'honneur. >> L'ancien président du conseil n'en fit rien et remisa le buste, avec celui réalisé par Rodin, dans une armoire - «cette armoire, je ne l'ouvre jamais.»> Une
photographie de la séance de pose montre pourtant la ressemblance frappante du portrait, sans doute trop fidèle pour Clemenceau.

Achille Tominetti
1932
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
Troubetzkoy créé ce buste posthume d'Achille Tominetti (1848-1917), peintre italien de paysages et de scènes rurales, pour un monument inauguré en 1938 à Miazzina, près de Verbania, où l'artiste vécut. Le sculpteur connaissait depuis son enfance Tominetti, qui, comme nombre d'artistes et de musiciens, fréquentait la villa Ada de ses parents.

Giacomo Puccini
Vers 1920-1924
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
Troubetzkoy, qui avait déjà créé une statuette de Puccini (1858-1924) dix ans plus tôt (voir ci-contre), portraiture de nouveau le célèbre compositeur avec ce buste au modelé rapide et vigoureux. Son style reste imperméable aux changements radicaux que la sculpture européenne connaît alors

George Bernard Shaw
1926 (modèle), 1927 (fonte)
Bronze
Dublin, National Gallery of Ireland
Troubetzkoy réalise cette statue du célèbre écrivain irlandais George Bernard Shaw (1856-1950), son ami de longue date, quand celui-ci séjourne sur les bords du lac Majeur à l'été 1926. Ce bronze monumental est admiré à la Biennale de Venise de 1928 et lors d'une exposition à Londres en 1931. Shaw souhaitait qu'après sa mort un exemplaire perpétue sa mémoire à Londres, sur les bords de la Tamise. Selon son vou, cette statue, érigée en 1966, a longtemps orné la place devant le musée de Dublin, qui l'abrite désormais

Giacomo Puccini
1912? (modèle), 1925 (fonte)
Bronze
Milan, Museo Teatrale alla Scala
723
La statuette du compositeur Giacomo Puccini (1858- 1924) a servi de modèle pour la statue monumentale érigée en 1925 à la Scala de Milan sur l'initiative de son directeur, le chef d'orchestre Arturo Toscanini. Elle est désormais en place à Torre del Lago (Viareggio), près de la résidence de Puccini.

TROUBETZKOY
ET LE MONDE ANIMAL
Après avoir assisté, adolescent, au dépeçage de jeunes veaux, Troubetzkoy refuse définitivement toute nourriture animale. Comme nombre d'artistes et écrivains de son temps - tel son ami George Bernard Shaw-il défend avec ardeur le végétarisme, véritable philosophie de vie qu'il impose à ses animaux de compagnie (loups, chiens, ours..), avec un strict régime végétalien qui sera pour lui la cause d'une anémie fatale.
Cet amoureux des animaux les sculpte dès le début de sa carrière avec un degré d'acuité saisissant seuls, ou animaux fidèles aux côtés des adultes dont il fait le portrait, ou en interaction avec des enfants. Il défend ardemment leur cause à travers journaux, conférences, et jusque dans son œuvre qui compte deux sculptures militantes intitulées Dévoreurs de cadavre et Comment pouvez-vous me manger?


Comment pouvez-vous me manger?
1912 (modèle et fonte)
Bronze
Detroit Institute of Arts
725
Dans le parc du musée de Toledo (Ohio), où il organise en 1912 une exposition, Troubetzkoy modèle en public Humpy, un agneau recueilli par son épouse dans les alentours. D'un naturalisme émouvant, l'oeuvre se distingue de ses autres sculptures animalières par son échelle, grandeur nature, et l'originalité du titre, militant pour le végétarisme. Ce rare bronze (seuls deux autres sont connus) est un cadeau du sculpteur au musée de Detroit en remerciement de l'achat de deux de ses œuvres en 1916.

Les Amis fidèles
Vers 1897
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio
724
Troubetzkoy excelle dans les représentations pleines de tendresse d'enfants interagissant avec des animaux. Beaucoup admirent cette œuvre qui, selon Robert de Montesquiou, «<exhale tout ce qui se peut échanger d'attachement entre le débutant humain [...]
et la consolante fidélité canine >>.

Cheval
1893 (fonte)
Bronze
Milan, Courtesy Scultura Italiana - Dario Mottola
Éléphant
1887 (fonte)
Bronze
San Marino, The Huntington Library, Art Museum and Botanical Garden
Chienne de chasse italienne
1893 (fonte)
Bronze
San Marino, The Huntington Library, Art Museum and Botanical Garden


Deux pékinois assis
Sans date
Plâtre
Verbania, Museo del Paesaggio


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