jeudi 30 juillet 2026

Les mondes de Colette en octobre 2025 à la BNF


Une exposition passionnante
Classique ou moderne? Moraliste ou amorale? Engagée ou apolitique? Féministe ou antiféministe? Libre ou entravée? Véritable icône littéraire du XXe siècle, seule femme présidente du jury du prix Goncourt, consacrée par la légion d'honneur et des obsèques nationales, Colette (1873-1954) a su construire une œuvre populaire et gagner la reconnaissance de ses pairs en littérature. Sa liberté de ton et d'action, sa largesse d'esprit et son écriture singulière très attentive à tous les mouvements de la vie végétale, animale et humaine, lui ont donné la faveur d'un large public. Ses lectrices et lecteurs ont trouvé dans ses textes le tableau sans fard d'une condition féminine diverse, et, dans sa vie, la trajectoire d'une femme indépendante, qui traverse un siècle violent à bien des égards pour elles. Son œuvre est toutefois loin d'être univoque. Traversée de paradoxes, voire de contradictions, donnant à réfléchir, offrant à regarder et à sentir avec vivacité tout en suspendant son jugement, elle joue aussi entre la fiction et l'autobiographie. Colette, qui écrit au plus près de la vie, met en scène une liberté en acte: la sienne. En cela, son œuvre résonne avec nos questionnements sur l'identité, les représentations de soi, le désir, le rapport au corps et aux autres.

Giulia Andreani
Gabrielle Sidonie (Colette)
2022-2024
Acrylique sur toile de coton
Collection de l'artiste
Adagp, Paris, 2025

Colette, portrait au miroir
[Entre 1903 et 1906]
Tirage d'exposition réalisé à partir des albums photographiques de Willy (1859-1931), premier époux de Colette
Chancellerie des Universités de Paris - Bibliothèque
littéraire Jacques Doucet, ING 854 (3/3), photographies 111

Colette, dans l'appartement
du 177 bis rue de Courcelles, à Paris
[Entre 1903 et 1906]
Tirage d'exposition réalisé à partir des albums photographiques de Willy (1859-1931), premier époux de Colette
Chancellerie des Universités de Paris - Bibliothèque
littéraire Jacques Doucet, ING 854 (3/3), photographie 32

Colette en tenue de cavalière lors d'un séjour aux Monts-Boucons (environs de Besançon)
Juin 1904
Reproduction réalisée à partir des albums photographiques de Willy (1859-1931), premier époux de Colette
Chancellerie des Universités de Paris - Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, ING 854 (1/3), photographie 14

Souvenirs sensibles
Les souvenirs sensibles sont omniprésents dans l'oeuvre de Colette et la déterminent à bien des égards. Colette les réécrit sans cesse, et les réinvente. Sa maison d'enfance à Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l'Yonne, officiant tel un Paradis perdu, est le creuset de cette mémoire des sens. D'autres demeures, celle de Rozven, en Bretagne, de la Treille Muscate, en Provence, sont des lieux célébrés et réinventés dans ses récits. Les membres de sa famille, à commencer par sa mère, Sido, deviennent dans La Maison de Claudine des personnages hauts en couleur, comme souvent par la suite celles et ceux qui partageront son existence. La faune et la flore de ces lieux chargés en émotions peuplent les pages des livres, témoi- gnant de la précoce sensibilité de Colette pour les éclo- sions et les métamorphoses de la nature. S'appropriant à sa manière l'injonction maternelle «Regarde!», Colette transpose des sensations authentiques et vécues dans un univers de fiction. Le lecteur traverse ainsi toute la richesse de son expérience.

Le jardin perdu
Sidonie Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye dans l'Yonne. Avec ses deux demi-soeur et frère Juliette et Achille et son frère Léopold, elle y vit heureuse jusqu'à ce qu'en 1891 un revers de fortune oblige ses parents, Jules-Joseph Colette et Sidonie Colette, née Landoy, à vendre leurs biens et à déménager à Châtillon-Coligny. Ce trau- matisme familial amplifia la construction, mi-réelle, mi-fictive, du mythique jardin de l'enfance évoqué dans La Maison de Claudine dont les personnages sont inspirés de sa propre famille. Ce paradis originel de plantes, de bêtes et d'êtres humains fabuleux est gouverné par la puissante figure maternelle de << Sido»> ; y plane également l'ombre du «< Capitaine
Colette ».


Giulia Andreani
Le Souvenir (la classe des filles)
2025
Impression d'après aquarelle sur papier et acrylique sur toiles
Invitée à créer un ensemble d'oeuvres spécialement pour l'exposition, la peintre Giulia Andreani (1985) a réalisé quatre aquarelles exposées dans la dernière salle. Agrandies en reproduction, elles sont surmontées de toiles originales.
Ici, l'artiste utilise une ancienne photographie de classe de Colette  à Saint-Sauveur-en-Puisaye. Elle ajoute les portraits de l'écrivain Jean Cocteau (1889-1963) qui fut proche de Colette, de Simone de Beauvoir (1908-1986) qui lut abondamment Colette pour écrire Le Deuxième Sexe et la rencontra, ainsi que des amis de Colette l'écrivain Marcel Schwob (1867-1905) et la poétesse Anna de Noailles (1876-1933), d'après des photographies des fonds de la BnF.


Colette sur l'estran face à la mer
[1920]
Tirage d'époque
Collection particulière

Miroirs d'un jardin perdu 
La marquise de Morny, dite «Missy »>, compagne de Colette de 1905 à 1912, acheta pour elle la maison de Rozven, en bord de mer près de Saint-Malo. En 1926, Colette fit l'acquisition d'une villa, la Treille Muscate, près de Saint-Tropez, donnant sur la baie des Canoubiers. Ces maisons dans leur écrin de nature sont comme des échos de la maison d'enfance de Saint-Sauveur, tout en offrant d'autres vues, faunes, flores et amitiés. L'ouvrage Regarde..!, publié en 1929, réunit deux textes de Colette, «Regarde» et «

Colette devant la maison
de Rozven avec sa fille Colette
de Jouvenel, Léopold Marchand,
son beau-fils Bertrand de Jouvenel, et miss Marchand
[1920]
Tirage d'exposition réalisé à partir d'un fichier numérique
Collection Centre d'études Colette

Mathurin Méheut (1882-1958) Gouaches originales
pour "Regarde..."
Collection Gilles Baratte
Adagp, Paris, 2025

André Dunoyer de Segonzac (1884-1974)
Portrait de Colette
[Vers 1930?]
Dessin à l'encre
BnF, département des Arts du spectacle
Adagp, Paris, 2025

Charles Camoin (1879-1965) Saint-Tropez. Voilier blanc dans la baie des Canoubiers
1939
Huile sur toile
Colette a rencontré André Dunoyer de Segonzac et Charles Camoin grâce à l'écrivain Francis Carco.
Collection particulière
Adagp, Paris, 2025

André Dunoyer de Segonzac (1884-1974) La plage de Saint-Tropez

Paul Colin (1892-1985) Dessins de costumes pour L'Enfant et les Sortilèges
«Le Feu», «Le Bonhomme mathématique »>, «La Libellule», «La Théière >>
1939
Crayon, aquarelle et gouache
BnF, département de la Musique, Bibliothèque-musée de l'Opéra Adagp, Paris, 2025
Au grand récit d'une enfance uni- formément heureuse, L'Enfant et les Sortilèges apporte, le temps d'un cauchemar, comme un sombre contre- point. Écrit << en moins de huit jours >> en 1915 pour répondre à une commande du directeur de l'Opéra de Paris, ce livret de «féérie-ballet » explore les aspects les plus violents de la psyché infantile, entre colère et cruauté - une violence toutefois tempérée par l'humour et la poésie du texte. On entrevoit ici combien la relation de Colette à la figure maternelle est plus complexe qu'on ne pourrait le croire à la lecture de La Maison de Claudine ou de Sido. Maurice Ravel compose sur ce livret une << fantaisie lyrique » entre 1919 et 1925.

Colette
Pour un herbier (1949)
Dessins et aquarelles de Raoul Dufy (1877-1953) Lausanne, Mermod, 1951
Maurice Goudeket a raconté comment l'éditeur Mermod avait su convaincre Colette: «Je vous enverrai, une ou deux fois par semaine, des fleurs pendant un an ou davantage. Lorsque cela vous chantera, vous tracerez le portrait de l'une de ces fleurs. Et puis nous ferons un petit volume. » C'est aussi à l'initiative de Mermod que revient l'existence de cette édition de luxe illustrée par Dufy.
BnF, Réserve des livres rares

Kees van Dongen (1877-1968) Nini, danseuse aux Folies Bergère
Vers 1909
Huile sur toile
Van Dongen, ancien peintre fauve, et Colette vivaient tous deux au début des années 1920 au long du Bois de Boulogne, l'une 69 boulevard Suchet, l'autre villa Saïd. Ils se croisaient dans différents cercles. L'un et l'autre ont aussi vu et représenté «l'envers du music-hall». Mais Colette était surtout l'amie de la couturière Jenny Sacerdote, pour laquelle travaillait Jasmy Jacob, la compagne de van Dongen.
Centre Pompidou, Paris. Musée national d'art moderne - Centre de création industrielle (inv. AM 2834 P) Adagp, Paris, 2025

Giulia Andreani
La Vagabonde (music-hall)
2025
Impression d'après aquarelle sur papier et acrylique sur toile
Giulia Andreani associe dans ce grand panneau des figures du music-hall: Colette, l'actrice amie de Colette, Polaire sur son trapèze, et des artistes anonymes choisis dans le fonds de photographies réalisées au début du xx siècle par Victor Paul Marre-Philipon et projetées dans la salle. Le portrait peint masculin représente-t-il le «Serin>> de La Vagabonde?
Giulia Andreani and ADAGP, Paris 2025; courtesy the artist and Galerie Max Hetzler Berlin/Paris/London/Marfa

L'Envers du music hall
Séparée de son premier mari Willy en 1910, Colette s'engagea pour assurer son indépendance financière dans la vie mouvementée et courageuse de mime, de danseuse, faune ici, gymnaste là, à Paris, puis en tournée provinciale. L'Envers du music-hall, composé de courts chapitres de scènes vues et de portraits, offre, comme La Vagabonde, un panorama souvent poignant de la condition des artistes de music-hall, auxquels il rend hommage. Les photographies prises dans les loges offrent un rare témoignage visuel de la vie de ces derniers, qui peuplent aussi les tableaux de Kees van Dongen, fréquenté par Colette en voisine dans l'entre-deux-guerres, ou de Marie Laurencin, dont Colette est une amie. Rarement la vie de l'autrice et ses textes n'ont été mêlés aussi étroitement que dans ce monde des feux de la rampe.


Studio Waléry
Colette dans La Chair
Pantomime de Georges Wague et Léon Lambert, musique d'Albert Chantrier Jouée entre 1907 et 1911
Théâtre Apollo, 1907
Tirage d'exposition réalisé à partir des albums photographiques de Willy, et impression format carte postale
Par le sein qu'elle y dévoilait à la fin, La Chair fut le plus grand succès de Colette. Jouée d'abord du 1 au 30 novembre 1907 au Théâtre de l'Apollo à Clichy, la pièce fut reprise dans plusieurs salles en France mais aussi à Bruxelles, Ostende ou Lausanne entre 1907 et 1911. Sur la carte avec envoi à Maurice Chevalier (collection particulière), Colette écrit en dédicace: «Cher Maurice, cachez discrètement... ce que je montrais avec libéralité.»
Chancellerie des Universités de Paris- Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, ING 854 (2/3), photographie 149, et collection particulière

Marie Laurencin (1883-1956) Danseuse couchée
1937
Huile sur toile
Colette et Marie Laurencin semblent se fréquenter dans les années 1930. Laurencin, comme Hervieu
et Charmy, est active au sein du Salon des Femmes Artistes Modernes, qui la rend plus visible. Dans un exemplaire de Bella-Vista avec envoi, Colette compare ses descriptions au style de son amie, ajoutant: «Mais vous seule saurez peindre cette belle jeune femme!». De fait, dans une lettre à Colette, Laurencin écrit qu'« [elle a] peint un tableau qui ressemble à Gribiche».
Centre Pompidou, Paris. Musée national d'art moderne - Centre de création industrielle (inv. AMP 2162 P) OFoujita Foundation/Adagp, Paris, 2025

Henri Matisse (1869-1954) Danseuses acrobates, Mouvements de danse
1931-1932 Lithographies
BnF, département des Estampes et de la photographie


Avatars
« Êtes-vous pour ou contre le second métier de l'écrivain?» Par cette formule provocatrice, Colette fait la réclame du salon de beauté qu'elle ouvre pour quelque temps au début des années 1930 rue de Miromesnil à Paris. Peu d'écrivaines furent à la fois mime, danseuse de music-hall, comédienne et esthé- ticienne. Pourtant, quand on est une femme et que, telle une «Vagabonde» au début des années 1900, on souhaite ne dépendre de personne, il faut bien gagner sa vie. Dans le texte où elle répond aux cri- tiques qui lui ont été adressées, Colette déploie l'ensemble de ses «avatars», ces métiers qui la firent circuler dans tous les interstices de la société affirmant ainsi la radicalité de son autonomie.

Cocottes
Tante Alicia et Mamita dans Gigi, Léa dans Chéri, sont des demi-mondaines, des cocottes, des femmes entretenues qui fréquentent «<le monde» sans jamais vraiment s'y intégrer. Sans doute cette forme singulière de marginalité attire-t-elle Colette, elle qui, jeune campagnarde à Paris, danseuse et figure du Paris Lesbos puis femme mariée, baronne et journaliste, évolua dans tous les milieux sans jamais en faire pleinement partie. La demi-mondaine témoigne d'un temps où les femmes sans statut marital ne peuvent se faire une place dans la société qu'en acceptant la compromission d'un entretien assuré aux frais des hommes, et une vie dans un «< demi >>-monde.

Sem
(Georges Goursat dit Sem; 1863-1934) Palais de Glace. Salon de thé. Le couple Willy-Colette, Angèle de Lignières, Mme Darnley, le Chevalier de Freidtschtater de Kovesgyur, et personnages non identifiés. Piste, patineurs
1904
Lithographie
Le couple Colette-Willy apparaît à gauche de cette représentation de l'intérieur du Palais de Glace, pati- noire située près des Champs-Élysées. La réalisatrice Jacqueline Audry introduira une scène analogue dans son adaptation de Gigi (1949).
Musée Carnavalet - Histoire de Paris (inv. G.20667-17)

Jacqueline Marval (1866-1932)
Les Coquettes
1903
Huile sur toile
Les coquettes ou les cocottes? Ces trois femmes sont rassemblées à leur toilette, se pomponnant et discutant. Cette scène d'intimité féminine pourrait en évoquer tant des romans de Colette, à commencer par le trio formé de Gigi, sa grand-mère et sa grand-tante. Marval et Colette se croisèrent - une correspondance témoigne d'un déjeuner ensemble. Marval fréquentait également Louise Hervieu.
Collection particulière, Courtesy Comité Jacqueline Marval, Paris

Henri Matisse (1869-1954)
Portrait de Colette
Frontispice pour l'édition de La Vagabonde chez André Sauret en 1951
Lithographie
BnF, département des Estampes et de la photographie

S'écrire
Dans La Naissance du jour, la narratrice confesse que plusieurs de ses personnages romanesques les plus célèbres sont en réalité de simples avatars d'elle-même. Claudine est la première, qui, des bêtises de l'école primaire à l'adultère (avec une femme) puis à la fuite du domicile conjugal, agit hors du cadre assigné aux demoiselles de son époque. Puis vient Renée Néré, << la Vagabonde» qui incarne non sans mélancolie les souvenirs du music-hall. Renée préfère les tournées à un mariage qui la tirerait pourtant de sa condition de saltimbanque mais la priverait de sa liberté. Enfin, apparaît Léa, la cocotte indépendante, amante mûre du très jeune Chéri, avant que celui-ci, marié comme il faut, ne revienne traumatisé de la guerre et se tue. Cette dernière figure pose comme rarement la question de l'âge au féminin.
Claudine, Renée, Léa sont comme les trois moments d'une vie de femme. Dans La Naissance du jour, l'écrivaine s'essaye à une forme d'écriture à mi-chemin du roman et de l'autobiographie, qu'on appelle aujourd'hui l'autofiction. Conformément à l'épigraphe du livre, la «Madame Colette» autour de laquelle gravitent les amis réunis à la Treille Muscate est moins un autoportrait que le modèle » que se fabrique l'autrice, oeuvre de toute une vie.

Maurice-Louis Branger (1874-1950) Colette à sa table de travail
[1910]
Tirage d'époque
Colette s'installa au rez-de-chaussée du 44 rue de Villejust après sa séparation d'avec Willy. Elle dut le quitter fin septembre 1908, l'immeuble devant être détruit. Elle y vivra quand les tournées et les représentations ramèneront ses pas vers Paris.
Collection particulière
Maurice-Louis Branger / Roger-Viollet

Eugène Pascau (1875-1944) Portrait de Colette et Willy
1903
Huile sur toile
Le célèbre journaliste et critique musical Henry Gauthier-Villars, alias « Willy», épousa Colette le 15 mai 1893. Colette passa alors sans transition de sa vie provinciale à la fréquentation des salons littéraires et musicaux de la capitale.
Collection particulière Monique Vuong (†)

Paul Dornac (1859-1941) Colette et Willy à l'époque de l'écriture des Claudine
1903
Tirage d'exposition réalisé à partir
des albums photographiques de Willy
Chancellerie des Universités de Paris - Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, ING 854 (1/3), photographie 13

Atelier Nadar
Polaire en Claudine aux Bouffes parisiens
1902
Positif sur papier albuminé
La première de Claudine à Paris, comédie en trois actes précédée d'un prologue, Claudine à l'école, pièce écrite par Willy, Lugné-Poe et Charles Vayre, est jouée le
22 janvier 1902 aux Bouffes-Parisiens. Elle sera suivie de 123 représentations.
BnF, département des Estampes et de la photographie


Georges Coudray (1862-1944) Claudine
[1904]
Bronze
Épreuve unique exposée au salon d'Automne 1904
Outre les cartes postales, de nombreux produits dérivés virent le jour: lotions, parfums, chapeaux, cravates, cigarettes, cure-dents et bien sûr le fameux «col Claudine». Des sculpteurs contribuèrent aussi à la diffusion du personnage.
Musée Colette, Saint-Sauveur-en-Puisaye

Colette et Willy
[Entre 1902 et 1904]
Photographies imprimées au format carte postale et papier à en-tête
Charles Colette e
[Entre 1902 eti Photographie in
Willy avait le sens la similitude entre de s'habiller de faç
de «twins» au prof
BnF, département des Estampes et de la photographie

Sem
(Georges Goursat dit Sem; 1859-1934) Caricature de Colette
S.d.
Encre et peinture sur papier
L'illustrateur Sem a croqué de nombreuses figures du monde littéraire et artistique du début du xxe siècle, dont Colette, qui fit dès l'époque des Claudine l'objet de plusieurs caricatures publiées dans la presse.
Collection particulière

Giulia Andreani
Le Temps des Colettes
2025
Impression d'après aquarelle sur papier
Travaillant toujours d'après des photographies originales, Giulia Andreani juxtapose dans cette vaste fresque plusieurs âges de la vie: Colette vers la quarantaine, puis en femme mûre en négligé à la Treille Muscate et, tout à gauche, sa fille Colette de Jouvenel qui fut journaliste, résistante, et vécut dans l'ombre écrasante de sa célèbre mère.
Giulia Andreani and ADAGP, Paris 2025; courtesy the artist and Galerie Max Hetzler Berlin Paris | London | Marfa


Le Temps
Plus de 1200 articles de presse; plusieurs chroniques suivies dans différents journaux; des critiques théâ- trales, musicales, cinématographiques; des récits de voyages comme envoyée spéciale au Maroc ou à New York; mais aussi des chroniques judiciaires, sportives, ou des interventions dans la presse féminine: Colette n'a cessé en vérité d'écrire son temps. Débarquant à Paris à l'orée du XXe siècle et célébrée par des funérailles nationales en 1954, elle traverse toute la première moitié du siècle en la vivant pleinement. Elle est une journaliste active intéressée à rendre compte de la vie moderne dans toute sa variété et tous ses changements. Elle excelle dans le tableau des moeurs, avec son ironie habituelle, brouillant les pistes de ses portraits, et dans les peintures de <<monstres», ces criminels hors normes qui semblent dépasser les fictions les plus inventives. Fervente apolitique, plus conservatrice que révolution- naire, elle s'inscrit en porte-à-faux des conventions, comme lorsque dans les années 1930, en plein «réar- mement démographique »>, elle s'attelle à décrire la déception de la maternité

Un demi-siècle de cinéma
L'expérience de la scène permet à Colette de poser sur le cinéma naissant un regard qui n'est pas celui d'une simple profane. Dès les années 1910, elle y consacre une trentaine d'articles, dont 19 pour la revue Le Film qui s'emploie à faire accepter ce nouveau média comme un art à part entière. Si la rédaction de sous-titres ou de dialogues a surtout pour l'écrivaine une dimension alimentaire, il n'en va pas de même de sa collaboration à certaines adaptations de ses livres, comme Divine de Max Ophüls (1935) ou Gigi de Jacqueline Audry (1949). Son aisance comme actrice de son propre rôle est sensible dans le documentaire que lui consacre en 1952 la jeune cinéaste Yannick Bellon, et dont elle fut comme une co-scénariste.

La Chair
The Ways of the Sensuality
Le plaisir, le désir, l'amour sont des forces puissantes dans les textes de Colette. Des jeunes gens qui découvrent la sexualité dans Le Blé en herbe aux lesbiennes, opiomanes et Don Juan libres et autres insoucieux du qu'en-dira-t-on du Pur et l'Impur, l'écriture de Colette accueille les diverses figures d'un monde aux moeurs en pleine révolution. Pour autant, Colette a-t-elle une conception moderne des sexes et des rapports de genre? La liberté sexuelle et amoureuse qui fut celle de l'autrice côtoie une conception traditionnelle des pôles féminin et masculin. Parallèlement, La Chatte livre entre autres textes un tableau sombre de la conjugalité, alors même que son autrice se lie avec l'homme d'affaires et écrivain Maurice Goudeket. La chair est contradictoire chez Colette, avant de se faire, dans la vieillesse marquée par l'arthrite de L'Étoile Vesper et du Fanal bleu, corps de douleurs.
Colette est l'écrivaine la plus citée par Simone de Beauvoir dans son essai Le Deuxième sexe (1949), non que leurs convictions aient été les mêmes, mais sans doute parce que, à travers ses récits, rien de ce qui est une femme ne lui fut étranger.

Physiologie du couple
Le couple est l'un des grands sujets des textes de Colette, et l'amour, une question centrale. Elle le dissèque à la manière de son écrivain préféré, Honoré de Balzac, qui écrivit en 1829 une Physiologie du mariage. Récit après récit, selon des degrés de fiction variable, elle décrit, expose les phases, les non-dits, l'attraction physique ou son absence, la violence aussi, qui peut souder ou défaire un couple, hétérosexuel ou non. La Chatte, histoire de la préférence d'un jeune homme (mal) marié pour sa chatte, se déroule tel un roman noir selon une logique implacable, qui ne sème pas tant le doute sur la valeur du mariage en soi, que sur le véritable crime: ne pas
suivre son désir.


Ces plaisirs...
En 1923, Colette publie Le Blé en herbe, récit faisant écho à Chéri (1920) qui traite de l'amour entre une femme et un adolescent. Elle s'inspire alors de sa liaison avec son beau-fils Bertrand de Jouvenel. En 1932, Ces plaisirs... rebaptisé, remanié et réédité en 1941 sous le titre Le Pur et l'Impur, évoque les plaisirs de la chair et de l'amour dans leurs multiples possibilités: émouvant couple des « ladies of Llangollen », portraits de Renée Vivien, de «<la Chevalière» (Missy) et autres figures du Paris lesbien telle Elsie de Wolfe «la chèvre blanche », qui côtoient opiomanes et Don Juan vieillissants. Elle y insiste sur le pouvoir de la chair, si bien peinte par celle qui fut un temps son amie, et peut-être son amante, l'artiste Émilie Charmy, dont elle possédait plusieurs
oeuvres.

Émilie Charmy (1878-1974) Femme tête renversée
1920
Huile sur toile
Collection Privée. Courtesy Galerie Bernard Bouche
Adagp, Paris, 2025

Romaine Brooks (1874-1970) La Chèvre blanche (portrait d'Elsie de Wolfe)
Vers 1915
Huile sur toile
La peintre américaine Romaine Brooks compagne et amante de Natalie Barney pendant plus de cinquante ans, a représenté le Paris Lesbos, construisant, grâce à son art de la palette sombre, des identités féminines hors d'un regard masculin. Elle fait ici le portrait de sa compatriote la comédienne Ella Anderson de Wolfe (1859-1950), dite la «Chèvre Blanche», figure mondaine parisienne de la première moitié du xxe siècle faisant partie du cercle de Colette.
Centre Pompidou, Paris. Musée national d'art moderne - Centre de création industrielle, en dépôt au musée franco-américain de Blérancourt (inv. JP 6 P)
Pascal Alcan Legrand @ The Romaine Brooks Estate

Émilie Charmy (1878-1974)
Colette nue
1921
Huile sur toile
En 1921, Colette écrivit la préface à l'exposition de la peintre Émilie Charmy présentée à la Galerie d'art ancien et moderne, qu'elle avait rencontrée par l'écrivain Francis Carco. Elle y loue le «pinceau... qui attache... la plaque de nacre sur l'épiderme d'une hanche ou d'un sein bien tendu.» Portrait (si c'est bien Colette) fait
de mémoire: l'écrivaine n'avait plus alors ce corps svelte.
Collection Privée. Courtesy Galerie Bernard Bouche Adagp, Paris, 2025

Jean Cocteau (1889-1963) Portrait de Colette
1944
Farine et charbon sur bois
Centre Pompidou, Paris. Musée national d'art moderne - Centre de création industrielle (inv. AM 2019-296)
Adagp/Comité Cocteau, Paris, 2025

Rogi André (Rosa Klein, dite Rogi André; 1900-1970) Colette
1947
Tirage argentique et encre
Envoi de Colette à Rogi André
L'émouvant envoi à Rogi André joint à la photographie témoigne de l'intérêt que Colette portait à ses représenta- tions. «Celle-là (je la détruis, elle est trop vilaine) >> écrit-elle d'une des photographies passées en revue dans L'Étoile Vesper.
BnF, département des Estampes et de la photographie Droits réservés

Gisèle Freund (1908-2000) Colette, Monte-Carlo
1954
Tirage d'exposition
Toute sa vie, Colette se laissa beaucoup photographier. «Mon musée photographique est si gai!», écrit-elle dans L'Étoile Vesper. Après la guerre, les plus grands photographes l'ajoutèrent à leur galerie de portraits.
Institut Mémoires de l'édition contemporaine (inv. FND49-392-1-4)
OIMEC/Fonds MCC, Dist. Rmn - GP/Photo Gisèle Freund

Écrire la maladie
En 1938 se font ressentir les premières douleurs de l'arthrite de la hanche qui finissent par clouer Colette sur son << lit-radeau »>, où elle continue à écrire tout en restant couchée. La souffrance physique permanente, jamais totalement calmée par les traitements, n'entame pas son désir de continuer à observer et à décrire. Depuis la fenêtre de son appar- tement, le jardin du Palais-Royal porte encore à ses yeux et ses oreilles ce qu'elle tenta de peindre sa vie durant: le chatoiement du monde dans sa diversité. Elle fait de la douleur même son dernier sujet d'exploration, observant avec intérêt le «<flux >> et le << reflux >> de ses élancements, ultime manifestation de la chair.

Émilie Charmy (1878-1974)
Portrait de Colette
1921
Huile sur toile
Charmy fait le portrait de Colette en 1921, lorsque celle- ci écrit pour elle. L'écrivaine avait chez elle ce portrait en majesté dans son salon, ainsi que plusieurs natures mortes de fleurs.
Musée Colette, Saint-Sauveur-en-Puisaye
Adagp, Paris, 2025

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