jeudi 29 octobre 2026

Gustave Fayet à la Fondation Louis Vuitton en octobre 2026

Une exposition époustouflante,  un monde  fou !

GUSTAVE FAYET COLLECTIONNEUR - CRÉATEUR
Entre Art nouveau et Art déco, ses textiles, papiers peints et tapis séduisent Paul Poiret, Jacques Doucet ou encore Jeanne Lanvin et lui apportent le succès. Collectionneur, créateur et entrepreneur, ces facettes font la singularité de celui qui < a tout fait avec art >, comme le soulignait son ami l'écrivain André Suarès.
Qui connaît Gustave Fayet ? Derrière ce nom aujourd'hui méconnu, se dessine l'un des plus importants collectionneurs français du début du XXe siècle. Après les expositions consacrées à Serqueï Chtchoukine, aux frères Mikhaïl et Ivan Morozov et à Samuel Courtauld, la Fondation Louis Vuitton poursuit son exploration de grandes collections qui ont contribué à façonner I'histoire de l'art moderne.
Après sa mort, la collection de Gustave Fayet est dispersée et son œuvre oubliée Pour la première fois depuis un siècle, cette exposition les réunit. Certains chefs- d'œuvre de Van Gogh ou de Gauguin n'ont pas été montrés en France depuis lors. Fruit d'une longue enquête, cette exposition inédite révèle à la fois un collectionneur audacieux et un créateur à part entiere.
Passionné et visionnaire, Gustave Fayet (1865-1925) est parmi les premiers à acquérir des œuvres de Vincent Van Gogh et devient, autour de 1900, le plus important collectionneur de Paul Gauguin et Odilon Redon. Des impressionnistes aux fauves il rassemble un ensemble exceptionnel et unique de près de 750 œuvres.
Le parcours se déploie en deux temps, retraçant sur trois niveaux les partis pris de la collection avant de se consacrer à la quête artistique de Gustave Fayet. Elle dévoile ainsi les mondes d'un collectionneur-créateur singulier, où l'art, porté par la couleur, le rêve et l'imagination, est pleinement relié à la vie.
Ce fervent défenseur des artistes de la modernité se double d'un créateur inclassable et fécond. D'abord peintre, aquarelliste, céramiste, il investit les arts décoratifs.


Si je parle de lui comme d'un artiste, alors qu'il a paru, dans l'ordinaire de la vie, un homme d'action, grand vigneron, industriel, financier même, c'est qu'au fond il a toujours été artiste et toujours voulu I'être. Il a tout fait avec art.
André Saurès, Gustave Fayet 
In memoriam,1925

UNE INTRODUCTION À GUSTAVE FAYET COLLECTIONNEUR 
Dans la fabrique du collectionneur
Comment devient-on l'un des plus grands collectionneurs d'art moderne du début du XX siècle ? Gustave Fayet, né à Béziers en 1865, bénéficie de circonstances favorables : des moyens financiers considérables, hérités d'une famille de viticulteurs et de propriétaires terriens, une éducation artistique prodiguée par son père et son oncle, ainsi qu'un solide réseau dans le monde de l'art. Autour de 1900 en effet, Fayet est introduit auprès des plus importants marchands, amateurs et artistes à Paris, alors la capitale des avant-gardes. Il achète, échange et revend: sa collection sera en perpétuelle évolution.
Les archives et documents réunis ici introduisent le parcours de ce collectionneur dynamique qui fréquente galeries et salles de ventes, organise des expositions il est parmi les premiers en France à montrer le jeune Pablo Picasso) et cultive l'amitié avec les artistes. Ces témoignages émouvants offrent aussi des indices pour retracer une collection qui a sombré dans I'oubli après sa dispersion. Cette exposition en restitue les moments marquants à travers un ensemble d'oeuvres majeures.

GABRIEL FAYET
Portrait de Gustave Fayet, 1887 Huile sur toile  Collection particulière 

Portrait de Gustave Fayet, 1890 
Tirage moderne Archives familiales
Musée d'art Gustave Fayet à Fontfroide

GABRIEL FAYET 
Non daté
(1832-1899)
Vue de Béziers,
Huile sur toile Collection particulière 

COLLECTIONNER ENTRE LE MIDI ET PARIS 
La relation avec Maurice Fabre
Maurice Fabre (1861-1939), viticulteur, critique d'art et collectionneur, partage sa vie entre le domaine familial de Gasparets, près de Narbonne, et Paris. Il connaissait Gustave Fayet depuis leurs années d'études mais les deux hommes renouent surtout à la fin des années 1890. Fabre guide alors Fayet à Paris dans les galeries, l'introduit à l'avant-garde artistique et oriente ses premiers choix de collectionneur.

GABRIEL FAYET
Non daté
Les Vendangeurs, 
Huile sur toile 
Collection particulière 

PAUL CÉZANNE (1839-1906)
Portrait de l'artiste au bonnet blanc
Huile sur toile, 55,5 x 46,2 cm, Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen Neue Pinakothek München
Acheté en novembre 1900
 Vendu vers février 1908
< J'ai vu le portrait de Cézanne [Portrait de l'artiste au bonnet blanc. 1878-1880) dont tu m'as parlé, et que ie ne connaissais pas. C'est magnifique. C'est une chose qui ira sûrement au Louvre un jour, dans 50 ans ou dans 50 siècles, peu importe. Puissance et délicatesse, Gravité et Force, vie intérieur et réalisation matérielle, tout y est.>
Gustave Fayet suivra le conseil de Maurice Fabre : il achète le tableau le même mois.


COLLECTIONNER ENTRE LE MIDI ET PARIS 
La relation avec George Daniel de Monfreid
George Daniel de Monfreid (1856-1929) joue un rôle déterminant dans la découverte de Paul Gauguin par Gustave Fayet. Confident de l'artiste, il gère ses affaires et contribue à la diffusion de son oeuvre en France tandis que Gauguin vit en Polynésie francaise, et le fera plus encore après sa mort. C'est aupres de Monfreid que Fayet achète, dès 1900, ses premiers tableaux de Gauguin. Peintre lui-même, Monfreid qui vit entre Paris et le Languedoc est également representé dans la collection Fayet, qui lui commande le portrait de sa femme Madeleine (1901) et le sien (1905)


GABRIEL FAYET
Léon Fayet dans son bureau, 1857
Huile sur toile Collection particulière 


REPÉRER, ACHETER CHEZ LES GRANDS MARCHANDS 
La galerie Durand-Ruel
Autour de 1900, la galerie Durand-Ruel, fondée au début du XIXe siècle, domine le marché international de l'impressionnisme. C'est donc vers Paul Durand-Ruel 1831-1922) que Fayet se tourne dans sa quête d'œuvres de Monet, Renoir ou Degas.
 La galerie Bernheim-Jeune
À la fin des années 1890, la galerie Bernheim- Jeune soutient tendances les plus novatrices, de Cézanne et Van Gogh aux plus jeunes artistes, tels les nabis, les fauves et les néo-impressionnistes, tous représentés dans la collection Gustave Fayet.

GABRIEL FAYET 
Les Vendanges: pressage de raisin, sans date
Huile sur toile Collection particulière 

LÉON FAYET
L'Alambic, vers 1860
Huile sur toile Collection particulière

ADOLPHE MONTICELLI
Promenade dans un parc au crépuscule,  1883 huile sur toile
muséee ďOrsay 

VINCENT VAN GOGH (1853-1890) 
Les Arènes d'Arles, 
1888 Huile sur toile  74,5 x 94 cm 
Saint-Pétersbourg, musée d'État de l'Ermitage, Russie
Acheté le 21 février 1901 Cédé par échange le 16 décembre 1902

ADOLPHE MONTICELLI
Paysage d'automne, s.d.
Huile sur bois Collection particulière
Acquis par échange le 15avril 1907 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie


George Daniel de Monfreid 
Portrait de Gustave Fayet, 1905 
Huile sur toile Prêteur particulier 
Commandé possiblement en avril 1902 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie

George Daniel de Monfreid
Portrait de Madame Madeleine Fayet, 1901 
Huile sur toile Collection particulière 
Commandé en mai 1901 Resté en la
possession de Madeleine Fayet après la séparation du couple en 1924

HENRY MARTIN 
Tête de femme, avant 1900
Huile sur toile Musées de Béziers
Acheté par la Ville de Béziers sur proposition de Gustave Fayet, conservateur, lors de l'exposition de la Société des Beaux-Arts de Béziers de 1900

Catalogue de l'exposition  < Cinquante ans de peinture française, 1875-1925 >, 28 mai - 12 juillet 1825, Paris, musée des Arts décoratifs, Paris, Éditions Albert Lévy, 
Cette exposition du musée des Arts décoratifs retrace un demi siècle de création en France, de l'impressionnisme aux années 1920. Gustave Fayet prête cinq oeuvres emblématiques de Gauguin, Monticelli, Redon et Vincent Van Gogh, dont le célèbre Autoportrait à l'oreille bandée et à la pipe (1889, collection particulière). Par cette contribution remarquée, il affirme le rayonnement de sa collection et son statut de collectionneur majeur de son temps.

PABLO PICASSO
(1881-1973)
Mère et enfant au bord de la mer, 1901 
Huile sur carton marouflé sur panneau Collection particulière
Possiblement exposé par Gustave Fayet à l'exposition de la Société des Beaux-Arts de Béziers de 1901

GEORGE DANIEL DE MONFREID (1856-1929)
Etude de nu féminin (Nu vert), 1895 
Huile sur toile Béziers, Musées de Béziers
Acheté par la Ville de Béziers sur proposition de Gustave Fayet, conservateur lors de l'exposition de la Société des Beaux-Arts de Béziers de 1900

EUGÈNE DRUET (1867-1916)
Photographies de peintures de Paul Gauguin
En 1903, Eugène Druet crée un atelier
de reproduction d'œuvres d'art
Fayet acquiert ces clichés soignés et
coûteux. Les Gauguin photographiés
ici lui ont tous appartenu avant
de reioindre les collections de
Sergueï Chtchoukine et Ivan Morozov.

GUSTAVE FAYET CRÉATEUR 
Collectionneur éclairé,  Gustave Fayet est aussi un créateur et un entrepreneur passionné. Chez lui, collection et création se nourrissent l'une de |'autre. Cette approche décloisonnée s'inscrit dans l'esprit de son temps, visant à dépasser la hiérarchie entre beaux-arts et arts appliqués. Ses ambitions de créateur sont stimulées par des rencontres décisives avec l'art de Paul Gauguin, l'amitié d'Odilon Redon ou encore la personnalité de Paul Poiret. Fayet s'inscrit dans les réseaux professionnels, exposant dans les Salons et les galeries qu'il fréquente aussi comme collectionneur. Si, pendant près de dix ans, l'élan du collectionneur emporte sur celui du créateur, à partir des années 1910 et jusqu'à sa mort, sa pratique artistique prévaut et s'exprime dans des champs aussi variés que la peinture, le desin, le livre illustré, la céramique, le textile, le tapis, et le vitrail. 

GUSTAVE FAYET
(1865-1925)
Autoportrait, 1901 
Huile et fusain sur carton 
Collection particulière
Dès les années 1890, à Béziers, Gustave Favet s'adonne à sa passion pour la peinture, puisant ses inspirations dans les paysages viticoles de sa région natale. Imprégnée d'abord de l'école de Barbizon, sa peinture se détache peu à peu de l'académisme hérité de son père, Gabriel, de son oncle, Léon, ainsi que des toiles de Monticelli qu'ils collectionnent, pour se tourner vers de nouveaux modèles, initiés notamment par les avant-gardes parisiennes, de l'impressionnisme au postimpressionnisme de Paul Gauguin et des Nabis.


GUSTAVE FAYET (1865- 1925)
Petit Feu dans les vignes, 1885-1895 
Huile sur toile Collection particulière

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Les Allées Paul Riquet à Béziers, s.d. 
Huile sur carton  Collection particulière

GUSTAVE FAYET (1865- -1925)
1915 
Aquarelle sur papier Collection particulière

GUSTAVE FAYET
(1865-1925) Crépuscule sur l'étang, s.d.
Huile sur toile Collection particulière 

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Madeleine Fayet lisant, 1914 
Encre de Chine et aquarelle sur papier Collection particulière 
Gustave. Madeleine et les enfants Fayet
Loin de s'enfermer dans un idéal restreint, Gustave Fayet s'accomplit dans un univers créatif où règnent l'art, la musique et l'amitié. Descendante elle aussi d'une importante famille languedocienne, son épouse Madeleine d'Andoque (1873-1971) devient rapidement un personnage central de sa vie et de son œuvre. Si rares sont les figures dans l'art de Fayet, les visages de Madeleine, de leurs enfants et de quelques amis, comme autant de < portraits de famille > croqués sur le vif, peuplent les feuilles de ses carnets, jusqu'à leur séparation, en 1924.

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Madeleine Fayet, 1915
Encre de Chine et gouache sur papier Collection particulière 

GUSTAVE FAYET
(1865-1925)
Voiles latines, 1901
Huile sur carton Collection particulière 

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Simone Fayet au chapeau, 1914 
Encre de Chine, encre colorée et gouache sur Collection particulière 

GUSTAVE FAYET (1865 1925)
En mission, 1915 
Aquarelle sur papier Collection particulière 

GUSTAVE FAYET
(1865-1925)
Paysage nocturne
Huile sur carton Collection particulière

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Léon Fayet, 1915
Aquarelle et encre sur papier 
Collection particulière 

GUSTAVE FAYET (1865-1955
Paul Bacou fumant, 1914
Aquarelle sur papier Coliection particulière

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Marine, s.d.
Huile sur toile Collection particulière

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Léon Fayet Michelet, 1914 
Aquarelle et encre sur papier Collection particulière 

La nature en couleurs
S'il pratique d'abord la peinture à l'huile, Fayet se tourne progressivement vers I'aquarelle pour exprimer plus librement sa passion des paysages du Sud. Dans les années 1910, alors qu'il retrouve peu à peu la pratique du dessin, il crée ainsi plus d'une centaine d'aquarelles, illustrant tantot les sentiers côtiers de la Méditerranée, à Banvuls-sur-Mer chez son ami Maillol, tantôt les jardins en fleurs de ses différentes demeures. Tandis que l'aquarelle devient son médium de prédilection, le motif de la montagne son "grand thème secret" , jalonnera parallèlement toute son œuvre graphique.

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Arbre en fleurs sur fond de mer,1916 Blossoming Aquarelle et graphite sur papier Collection particulière

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Pin au bord de la mer, 1916 
Aquarelle et couleur collé sur papier Collection particulière

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Les Arbres rouges, 1900-1901
Huile sur toile Collection particulière 

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Paysage à Banyuls-sur-Mer, 1915
Aquarelle sur papier  Collection particulière

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Les Lecques, 1916
Aquarelle, graphite et encre sur papier  Collection particulière 

GUSTAVE FAYET
(1865-1925)
Ensemble de pochoirs japonais 
(katagami), s.d.
Papier japonais coloré et découpé 
Collection particulière

GUSTAVE FAYET (1865-1925) Carpe, 1915
- Aquarelle sur papier buvard Watercolor on blotting paper Collection particulière Private collection
Imprégner sa création des motifs japonais
Si le père et I'oncle de Gustave Favet collectionnent déja des < japonaiseries >, c'est en fréquentant la galerie de Sieafried Bing à Paris et en feuilletant sa revue, Le Japon artistique, que Fayet se convertit à son tour à la passion japoniste. Lors de ses séjours parisiens, il fréquente les galeries dans lesquelles s'exposent céramiques et sculptures importées directement de cet ailleurs rêvé à l'ïimage de cette carpe en laque, acquise lors de la vente Gillot organisée à Drouot par Durand-Ruel en 1904, qu'il reprendra dans ses propres < fantaisies > à l'aquarelle.

Carpe, Japon XIXe siècle 
Bois, laque et nacre 
Collection particulière

La première entreprise décorative de Gustave Favet à Béziers
En 1896, Gustave Favet lance sa première entreprise dans le champ des arts décoratifs. Avec le peintre et sculpteur Louis Pau (1854-1922), ancien élève de Cabanel et de Rodin, ils fondent à Béziers un atelier de grès dans lequel ils produisent plus d'une centaine de pièces, jusqu'en 1904. Depuis Paris en 1898, Fayet note dans une lettre à sa femme Madeleine ses aspirations à égaler les grands céramistes de son temps. Pour les deux jeunes artistes, il s'agit bien de se mesurer aux meilleurs pour se faire une place sur la scène artistique parisienne.
L'esprit d'initiative de Fayet sera bientôt récompensé : vers 1900, il présente à Siegfried Bing quelques essais de grès qui séduisent le galeriste parisien, alors à la pointe des recherches décoratives au tournant du siècle.


GUSTAVE FAYET (1865-1925) 
LOUIS PAUL (1854-1922)
Vase,1896-1904
Grès émaillé 
Collection particulière
La production des céramiques avec Louis Paul
Guidées par les formes végétales des grès japonais, remis au goût du jour par Bing, les céramiques de l'atelier biterrois s'inscrivent au cœur des recherches techniques mais aussi esthétiques des figures phares de l'Art nouveau - Pierre-Adrien Dalpayrat, Clément Massier, Jean-Joseph Carriès ou encore Ernest Chaplet - reprenant ces mêmes couvertes < flammées > aux nuances de violet, de bleu et de pourpre, caractéristiques du début des années 1900


GUSTAVE FAYET (1865-1925) 
Études florales, 1916-1921
Aquarelle sur papier buvard
Collection particulière

L'essor de la Maison Della
En 1920, Gustave Favet devient actionnaire et administrateur de la Maison Della à Paris, fondée par deux industriels, Gabriel Davné et Umberto Della Casa, et consacrée à la création d'obiets d'ameublement, de textiles et de vêtements. Inspirée des maisons de haute couture qui articulent mode et decoration, Favet s'y réinvente en directeur artistique, suivant le modèle initié par Paul Poiret avec son Atelier Martine. A la croisée de l'art et de l'industrie il semble désormais convaincu volonté d'inscrire ses propres créations dans les circuits diffusion les plus prestigieux de son temps

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Projet ďabat-jour, 1916-1925 
Aquarelle sur papier buvard 
Collection particulière 

Du dessin au textile
En 1917, l'éditeur Paul Dumas, spécialisé dans les étoffes imprimées et le papier peint, achète à Gustave Fayet une centaine d'aquarelles sur papier buvard qu'il dessine depuis 1912. Réjoui, Favet en témoigne dans l'une de ses lettres :  "Visite à mon bailleur de fond[s], Dumas. Je lui ai porté vingt-cing nouveaux buvards qui l'ont enchanté au dernier point. L'un deux portant pour titre : "Formes étranges, si vous êtes vivantes, à quel règne appartenez- vous ?" Cet homme froid m'a ieté un regard, le regard qu'on jette à un fou de génie. Et je ne crois pas être fou. Quant au génie,
ie sais à quoi m'en tenir."
Première consécration commerciale pour Fayet, il a la joie de redécouvrir quelques mois plus tard sa botanique imaginaire métamorphosée et exposée dans les vitrines de grands magasins parisiens. Cette première expérience le décide à décliner les motifs de ses aquarelles en son nom propre, à travers la Maison Della.

GUSTAVE FAYET
ATELIER DE LA DAUPHINE 
Tapis dessiné par Gustave Fayet, 
1920-1925 
L'Atelier de la Dauphine, "tapis d'art moderne"
Convaincu du potentiel commercial de ses dessins, Gustave Fayet décide de s'associer en 1920 avec son ami Fernand Dumas, homme d'affaires de Perpignan, pour créer une manufacture de < tapis d'art moderne > : Vous ai-je dit que depuis près d'un an j'ai monté un atelier de tapis ? Une quinzaine d'ouvrières tissent des tapis d'après mes aquarelles décoratives. Je suis content du résultat. Je n'ai mis aucun frein à ma fantaisie et à mon imagination. Plus de géométries, plus de lignes ! Des fleurs étranges; des couleurs harmonieuses dans l'exaltation des laines soyeuses. Directeur artistique et actionnaire, Fayet controle alors étroitement le processus de création de ses tapis, tissés au point noué symétrique d'après ses propres aquarelles. Les commandes affluent, de l'aristocratie aux collectionneurs et aux grands noms de la mode, tels que les frères Kapferer, Jacques Doucet ou encore Jeanne Lanvin. En 1923, la couturière lui commande quatre tapis pour son hôtel particulier de la rue Barbet-de- Jouy, faisant finalement éclore le nom de Fayet comme une référence majeure dans le domaine des arts décoratifs.

GUSTAVE FAYET (180 1925
Mise en carte G26, 1920-1925 
Aquarelle sur papler  
Collection particulière

La fondation de la verrerie des Sablons
De sa découverte des vitraux de Louis Comfort Tiffany chez Bing, vers 1900, à sa visite de la cathédrale de Chartres en 1908 Gustave Fayet mûrit peu à peu une réflexion sur le vitrail, de sa tradition médiévale à sa réinvention moderne. Celle-ci trouve un champ d'expression privilégié à l'abbaye de Fontfroide, que l'entrepreneur-collectionneur acquiert aux enchères en ianvier 1908. Souhaitant réinventer les décors de l'abbaye, Fayet missionne alors le peintre et musicien Richard Burgsthal (1884-1944), qu'il rencontre par l'intermédiaire d'Odilon Redon. Il finance en 1911 la construction de la verrerie des Sablons à Bièvres, où le peintre wagnérien se réinvente en maître- verrier. De 1912 à 1927. Burasthal réalise ainsi plus d'une trentaine de vitraux pour l'église abbatiale et la salle de musique, découvrant à travers ce médium un terrain de jeu pour ses propres recherches formelles et chromatiques.


RICHARD BURGSTHAL (1884-1944)
Maquette préparatoire à la rosace de la Création du monde à Fontfroide, 1912-1924
Verre coloré, plomb  Paris, musée des Arts décoratifs, don de l'artiste, 1933
Les vitraux de Richard Burgsthal pour l'abbaye de Fontfroide
À travers le vitrail, Richard Burgsthal découvre un espace de liberté propice à l'expérimentation de nouvelles techniques. Il met notamment au point des verres épais et irréguliers, une pratique inspirée de traités monastiques du XIl siècle, qu'il conjugue aux innovations formelles de son temps, dans le travail des courbes et la recherche de nouvelles couleurs en particulier.

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Richard Burgsthal, 1912-1915
Aquarelle sur papier
Collection particulière

Des debuts impressionnistes
Les premiers pas de collectionneur de Gustave Fayet sont placés sous le signe de l'impressionnisme. En 1899, il acquiert notamment des oeuvres de Pissaro, Sisley, Degas, Renoir, Monet, et Manet. Plus de vingt ans après l'exposition fondatrice de 1874, Manet et les impressionnistes sont désormais consacrés Cet achat marque un tournant vers l'art moderne, mais son audace mesurée. Fayet échangera la plupart de ces oeuvres contre des peintures plus novatrices, à l'exemple de son goût pour Toulouse-Lautrec
Cézanne occupe, du reste, une place à part : sa reconnaissance est plus tardive. A partir 1900, entre passion et spéculation, Fayet réunit une dizaine d'ceuvres avant de les revendre dès 1910. La hausse des prix et I'évolution de sa sensibilté l'éloignent de l'impressionnisme qu'il finit par associer à une forme de réalisme  tout en restant fidèle à Renoir et à Degas. À la galerie Bernheim-Jeune, il fallait entendre les éclats de voix, quand [Fayet faisait] de Cézanne un peintre aussi grand que Rembrandt et [de] Renoir un artiste autrement important que Fragonard ou Boucher >, rapporte un journaliste.


PAUL CÉZANNE
(1839-1906)
Les Bégonias, 1879-1880 
Huile sur toile Collection particulière 
Acheté en janvier 1902 Vendu le 27 mai 1910 

PAULCÉZANNE
(1839-1906)
Bosquet au Jas de Bouffan, 1875-1876 
Huile sur toile Isabelle & ScottBlack Collection
Acquis par échange en janvier 1908. Vendu le 27 mai 1910 

PAUL CÉZANNE (1839-1906)
Le Grand Pin. 1887-1889 
Huile sur toile
Museu de Arte de São Paulo 
Acheté le 22 février 1901 Vendu le 2 mai 1910 

CAMILLE PISSARRO (1830-1903)
Paysannes au bois, 1881 
Huile sur toile Collection particulière 
Acquis par échange le 15 décembre 1902. Vendu en février-mars 1909 

CAMILLE PISSARRO (1830-1903
Promenade au bord de I'Oise, 1877
Huile sur toile Vienna, The Albertina Museum. The Batliner Collection
Acheté le 18 décembre 1899. Vendu le 10 mars 1902 
Ce tableau de Camille Pissarro est I'un des rares parmi l'ensemble de 41 oeuvres acquises par Gustave Fayet auprès d'Armand Cabrol en 1899 à avoir pu être identifié. Peint en plein air, il représente une scène champêtre le long de I'Oise. Un couple élégant, sans doute parisien, est venu prendre l'air à Pontoise, ville chère à l'artiste et omniprésente dans son œuvre depuis qu'il s'y est installé en 1872.

PIERRE-AUGUSTE RENOIR (1841-1919)
Couple lisant, 1877 
Huile sur toile
Gunma, Japan, The Museum of Modern Art Achetée en 1903 Resté en la possession de Gustave Favet toute sa vie 

ÉDOUARD MANET (1832-1883)
Tête de femme, 1870 
Huile sur toile 
Rudolf Staechelin Collection Acquis par échange le 24 septembre 1900 Cédé par échange le 10 mai 1906 
Mis en vente par ses héritiers lors de la dispersion de l'atelier de Manet en 1884, ce portrait représente une jeune femme dont l'identité n'a pas pu être établie. Gustave Fayet pensait y reconnaftre Jeanne de Marsy (1865-1937) , actrice parisienne en vue, modèle de Manet et de Renoir. Cette incertitude tient aussi au traitement du portrait : aucun détail ne renseigne sur le statut social du modèle, tandis que le fond neutre et les vêtements à peine esquissés concentrent toute l'attention sur le visage

BERTHE MORISOT (1841-1895)
La Lecture. 1888 
Hulle sur toile 
St. Petersburg, United States, 
Acheté le 9 mai 1905. Vendu entre juillet 1907 et février 1908 
Figure majeure de l'impressionnisme, Berthe Morisot est aussi l'une des rares femmes artistes de la collection de Gustave Fayet. Dans La Lecture, elle saisit une scène d'intimité : une jeune fille, vraisemblablement le modèle Jeanne Bonnet, lit à la lumière de la fenêtre de la salle à manger du domicile parisien de l'artiste. Acquise par Fayet en 1905 auprès de la galerie Druet, I'œuvre rejoint un ensemble où le thème de la lecture occupe une place importante, en écho au goût du collectionneur, grand lecteur, illustrateur et amateur de livres.

HENRI-MARIE-RAYMOND DE TOULOUSE-LAUTREC (1864-1901)
Au piano, madame Juliette Pascal dans le salon du château de Malromé, 1896 
Huile sur carton Collection particulière
 Acquis par échange en décembre 1904. Vendu le 8 mai 1907 
Le modèle de cette oeuvre est Juliette Pascal, nièce de Toulouse-Lautrec. Elle est représentée au piano dans le salon du château de Malromé, demeure familiale près de Bordeaux, acquise par la mère de Toulouse-Lautrec en 1883. Cette composition se distingue ainsi des scènes parisiennes du peintre, peuplées de figures de la bohème montmartroise.

HENRI-MARIE-RAYMOND DE TOULOUSE-LAUTREC (1864-1901)
Rousse (La Toilette), 1889 
Huile sur carton |Paris, musée d'Orsay,
 Acheté le 6 décembre 1901 Probablement cédé par échange le 14 décembre 1908 
Rousse (La Toilette) représente une jeune femme assise, vue de dos, saisie dans une pose simple, sans sensualite ni provocation malgré sa nudité. Avant d'acquérir cette oeuvre, Gustave Fayet a cherché à faire la connaissance de Toulouse-Lautrec, comme il le faisait souvent avec les artistes qu'il collectionnait. Mais le peintre, affaibli par une santé fragile et une vie d'excès, s'éteignit en septembre 1901, à 36 ans, avant que cette rencontre puisse avoir lieu.

HENRI-MARIE-RAYMOND DETOULOUSE-LAUTREC (1864-1901)
Jane Avril dansant. 1893
Peinture a l'essence et gouache sur carton  Collection particulière  Acheté le 28 iuillet 1902. Vendu le 16 mai 1908 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

HENRI-MARIE-RAYMOND DE TOULOUSE-LAUTREC (1864-1901)
Messaline descend l'escalier bordé de figurants, 1900-1901
Hulle sur tolle Los Angeles County Museum of Art Mr. & Mrs. George Gard De Sylva Collection
Acheté en mai 1905 
À la fin de sa vie, Toulouse-Lautrec, déjà très malade, assiste durant I'hiver 1900-1901 à une représentation de Messaline, opéra lyrique à succès d'Isidore de Lara, au Grand-Théâtre de Bordeaux, qui lui inspire une série de toiles. Un tel sujet ne pouvait qu'intéresser Gustave Fayet, dont les séjours parisiens, puis la vie dans la capitale, sont largement rythmés par les sorties à l'opéra, au concert et au spectacle.

Collectionner ses contemporains : les néo-impressionnistes et les nabis
Très vite, Gustave Favet s'intéresse aux artistes de sa génération, nés comme lui dans les années 1860. Héritiers de la révolution impressionniste autant qu'en rupture avec elle, ils appartiennent à ces < nouveaux cercles de l'art neuf >, selon la belle formule du poète Émile Verhaeren, qui donnent naissance à des courants aussi divers que mouvants.
Fayet se tourne vers le néo-impressionnisme de Paul Signac, Henri-Edmond Cross et Théo van Rysselberghe, dont l'œuvre atteint, après 1900, une forme de maturité classique, notamment au contact du Midi. ll se lie également d'amitié avec les nabis - terme signifiant < prophètes > en hébreu et en arabe - Maurice Denis, Édouard Vuillard et Pierre Bonnard. À quelques exceptions près, Fayet privilégie, plutôt que leurs compositions stylisées et japonisantes des années 1890, leurs œuvres les plus récentes, celles qui, après 1900, accordent une place croissante aux notations du quotidien et à une peinture de l'intime. Un dernier trait rapproche Fayet de Signac et Denis : tous deux sont, comme lui, des collectionneurs de Cézanne, de Gauguin et de Van Gogh.

PAUL SIGAA
(1863-1935)
Venise. la voile iaune, 1904 
Huile sur toile Paris, Centre Pompidou. Musée national d'art moderne - Centre de création industrielle. Donation d'Adèle et George Besson en 1963 en dépôt au Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besancon
Acheté en mai/1905. Cédé par échange en juillet 1906 

PAUL SIGNAC
(1863-1935)
Canal de la Giudecca, matin (Santa Maria della Salute), 1905
Huile sur toile | Zurich, Collection Emil Bührle 
Acquis par échange en décembre 1905. Vendu en 1907

PAUL SIGNAC
(1863-1935)
La Lagune de Saint-Marc, Venise, 1905
Huile sur toile 
Norfolk, Virginia, Chrysler Museum of Art Acheté en mai 1905. Cédé par échange le 24 janvier 1907 
Théoricien et principal représentant du néo-impressionnisme, Paul Signac élabore ses paysages sur le principe du < mélange optique >: la juxtaposition sur la toile de touches de couleurs pures qui se recomposent dans l'oeil du spectateur. Par son sujet vénitien, cette œuvre, exécuté en 1905, comme cing autres de Signac de la collection, fait écho à l'attachement personnel de Gustave Fayet à une ville qu'il a découverte et peinte lors de son voyage de noces en 1893.

PAUL SIGNAC (1863-1935) La Voile verte (Venise), 1904 
Huile sur toile Paris, musée d'Orsay. Donation sous réserve d'usufruit Ginette Signac, 1976 Acheté en mai 1905. Cédé par échange en juillet 1906 

THÉO VAN RYSSELBERGHE (1862-1926)
Oliviers à Cagnes, 1906
Huile sur toile
Collection particulière  Acquis par échange en mars 1907. Vendu entre juillet 1907 et février 1908 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

HENRI-EDMOND CROSS
(1856-1910)
Le Jardin à Saint Tropez 1900 
Huile sur toile
Milwaukee Art Museum
Acquis par échange en décembre 1905. Vendu après le 30 décembre 1906 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

PIERRE BONNARD
(1867-1947)
Vue de Paris la nuit. 
Museum of Fine Arts.  Acheté le 8 juin 1906. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PIERRE BONNARD (1867-1947) 
Boulevard de Clichy, c. 1911
Huile sur toile
Dublin, Hugh Lane Gallery. Donated by the Friends of the National Collections of Ireland, 
Possiblement acheté avant avril 1918 
À partir de 1905, sans doute en écho à sa nouvelle vie familiale citadine, Gustave Fayet réunit un ensemble important de vues de Paris dont ce tableau a pu faire partie. Il témoigne de l'intérêt de Bonnard pour les paysages urbains parisiens, observés depuis son appartement du 65, rue de Douai, tout près de la place de Clichy. Bonnard célèbre une ville à la fois quotidienne et éminemment moderne

PIERRE BONNARD
(1867-1947)
La Modiste, c.1905 
Huile sur bois 
Kunst Museum Winterthur, Schenkung von Georg Reinhar
Probablement acheté le 26 janvier 1906 et vendu avant le 27 novembre 1915 

PIERRE BONNARD (1867-1947)
Paysage à Saint-Tropez, 1910-1911 
Huile sur toile Collection of Jackson T.Stephens CaritableTrust for Art Commandé vers juin 1910 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PIERRE BONNARD
(1867-1947)
Plaisir de campagne ou Le Jardinier, 1903 
Huile sur toile Collection particulière
Acquis par échange le 29 mai 1905 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette expositior 

PIERRE BONNARD
(1867-1947)
Biches dans le sous-bois, 1910-1911 
Huile sur toile The Cleveland Museum of Art Commandé vers juin 1910 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 
Admirateur de l'œuvre de Pierre Bonnard, Gustave Fayet possèdera plus de quarante peintures de ľartiste. En juin 1910. il lui commande quatre grands paysages livrés l'année suivante. Ces œuvres décoreront le château d'igny, acquis par la famille Fayet en 1912. Deux sont présentées ici; les deux autres, Campagne aux Andelys et Le Remorqueur (collections particulières), complétaient cet ensemble évoquant les quatre saisons.

ÉDOUARD VUILLARD
(1868-1940)
Portrait d'une femme de profil, 1906 
Huile sur panneau  Collection M. Laurent Prat
Donné par I'artiste à Gustave Fayet en mars 1906. Vendu en octobre 1919 
En 1906, Gustave Fayet commande à Édouard Vuillard le portrait de son épouse, Madeleine. Plusieurs séances de pose ont lieu à Paris chez les Fayet, dont nait un premier tableau (Richmond, Virginia Museum of Fine Arts). Insatisfait, l'artiste en réalise un second (Collection particulière). Ces deux portraits ont pu être identifiés grâce aux recherches menées pour cette exposition. Les deux esquisses présentées ici, parmi les quatre ou cing remises à Fayet, témoignent de cette genese laborieuse.

ÉDOUARD VUILLARD (1868-1940)
Portrait de femme, 1906 
Huile sur panneau marouflé sur panneau latté Collection of Aaron and Sheila Leibovic Donné par l'artiste à Gustave Fayet en mars 1906 Vendu en octobre 1919  L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

ÉDOUARD VUILLARD
(1868-1940)
Ker-Xavier Roussel dessinant, 1902-1903 
Huile sur carton  Saint Louis Art Museum. Gift of Richard K. Weil Possiblement acheté avant janvier 1908 Possiblement cédé par échange en mars 1909 

ÉDOUARD VUILLARD
(1868-1940) Le Peintre Ker-Xavier Roussel et sa fille. 1903  Huile sur carton Collection Buffalo AKGArtMuseum Room of Contemporary Art Fund, 1943 Acquis le 7 février 1905. Cédé par échange le 30 juin 1905

MAURICE DENIS 1870-1943) 
Visitation en bleu ou Visitation au Colombier, 1894  Huile sur toile
Collection particulière  Acheté par Gustave Fayet le 6 juillet 1911. Resté en possession de Madeleine Fayet après la séparation du couple en 1924 

MAURICE DENIS (1870-1943)
Jeunes Filles en blanc ou Communiantes,1895
Premier panneau de Frauenliebe und Leben frise pour une chambre à coucher Huile sur toile Collection particulière Acheté le 6 juillet 1911  L'apartenance à la collection Fayet a été découverte/confirmée par cette exposition

Matisse, les fauves et le pouvoir de la couleur
En octobre 1905, la salle VII du Salon d'Automne à Paris fait scandale Surnommée la < cage aux fauves >, elle réunit une trentaine de tableaux aux couleurs jugées provocantes de Matisse, Marquet et Vlaminck notamment. Autant de noms auxquels s'ajoutera, en 1910, celui de Kees van Dongen, que l'on retrouve aussi dans la collection de Gustave Fayet. On ignore si le collectionneur a visité l'exposition, mais l'année suivante il est le propriétaire de la totalité des œuvres que Matisse montre au Salon d'Automne. Fayet a une prédilection pour ses natures mortes esquissées et expérimentales. Son engouement apparait toutefois de courte durée : Fayet revend certaines œuvres quelques semaines seulement après leur acquisition et ses relations avec Matisse se distendent dès 1907. Dernière œuvre à rejoindre la collection en 1925, Odalisques au miroir de Jacqueline Marval prolonge par son sujet orientalisant comme sa palette éclatante cette libération de la couleur qui avait su séduire Fayet au début du siècle :

HENRI MATISSE
(1869-1954)
Place des Lices, Saint-Tropez, 1904
Huile sur toile 
Copenhagen, SMK, National Gallery of Denmark Acquis par échange le 2 mars 1907. Vendu le 16 mai 1908 

HENRI MATISSE
(1869-1954)
Les Tapis rouges, 1906 
Huile sur toile Musée de Grenoble
La nature morte tient une place essentielle dans l'oeuvre de Matisse, tout particulièrement au milieu des années 1910 Gustave Favet, sensible à cet aspect de son art, en réunit plusieurs exemples, au point de rendre parfois leur identification incertaine. Ce tableau a ainsi pu être confondu avec d'autres oe
uvres du peintre, laissant subsister un doute sur son appartenance à la collection Favet

HENRI MATISSE
(1869-1954) 
Nature morte avec des fruits, 1898 
Lucerne, Suisse, Galerie Rosengart Acquis par échange le 12 avril 1906. Cédé par échange le 15 avril 1907 

HENRI MATISSE
(1869-1954)
Tournesols dans un vase, 1896-1899
Huile sur toile Copenhagen, SMK, National Gallery of Denmark
Acheté le 4 octobre 1906. Vendu probablement le 3 juin 1908 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition

HENRI MATISSE
(1869 1954)
Nature morte avec un pot de chocolat, 1900 
Huile sur toile The Philadelphia Museum of Art, The Albert M. Greenfield and Elizabeth M Greenfield Collection, 
Acheté le 4 octobre 1906 Vendu le 15 novembre 1906

HENRI MATISSE
(1869-1954)
Assiette de fruits, 1902-1903 
Huile sur toile San Francisco Museum of Modern Art. Bequest of Harriet Lane Levy Acheté probablement le 16 novembre 1906 Cédé par échange le 30 juin 1908 L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

HENRI MATISSE
(1869-1954)
La Table au café. c. 1899 
Huile sur toile 
San Fancisco Museum of Modern Art 
Acheté le 4 octobre 1906. Cédé par échange le 30 juin 1908 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

Henri Matisse, Marquerite lisant, 1906

HENRI MATISSE (1869 1954)
Le Pont Saint-Michel, C. 1900
Huile sur toile  Isabelle & Scott Black Collection Acheté à une date inconnue. Vendu en novembre 1908 L'appartenance à la collection Fayet a été découverte confirmée par cette exposition 

ALBERT MARQUET
(1875-1947)
Le 14 Juillet au Havre. 1906 Bastille 
Huile sur toile Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne - Centre de création industrielle. Donation d'Adèle et George Bessor en 1963, en dépôt au musée Albert-André de Bagnols-sur-Cèze
L'appartenance à la collection Favet a été découverte / confirmée par cette exposition 

ALBERT MARQUET
(1875-1947)
Vue d'Aga c 1905 
Huile sur toile Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne Centre de création industrielle. Legs de Gaston Migeon en 1931
Acheté le 25 juin 1907. Cédé par échange le 12 février 1909 
L'appartenanceà la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

JACQUELINE MARVAL (1866-1932) Odalisques au miroir, 1911 
Huile sur tolle collection particulière  
Acheté le 12 juin 1925. Resté en la possession de Gustave Fayet jusqu'à sa mort 
Dernière acquisition de Gustave Fayet, quelques semaines seulement avant sa mort, Odalisques au miroir témoigne de son intérêt profond pour Jacqueline Marval, que l'on redécouvre aujourd'hui. Rare femme, avec Berthe Morisot, parmi les artistes qu'il collectionne, Marval suit une voie indépendante tout en ayant été proche de Matisse et des fauves Par son format monumental, exceptionnel dans la collection, I'oeuvre s'impose sur les murs du château d'Igny où Fayet I'avait accrochée. II l'avait sans doute repérée dès 1912 à la galerie Druet. Elle fut présentée en 1913 à l'Armory Show, exposition qui marqua un jalon essentiel dans la réception de l'art moderne aux États-Unis

KEES VAN DONGEN
(1877-1968)
Joaquina, c. 1910
Huile sur toile Collection of Leslie Lewis & Christina Lewis Acquis par échange le 4 avril 1911
L'appartenanceà lacollection Fayet a ét découverte / confirmée par cette exposition 

KEES VAN DONGEN
(1877-1968)
Le Manteau de Manille, c. 1910-1911 
Huile sur toile Collection P. Traboulsi
Acquis par échange le 4 avril 1911 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette expositior 

< Quel admirable peintre était Van Gogh !>
Lettre de Gustave Fayet à Paul Gauguin, 1er novembre 1901
Lorsque Vincent Van Gogh se suicide à Auvers-sur-Oise en juillet 1890, il n'a vendu que quelques tableaux. Si son frère Theo, des critiques et des artistes comme Degas Signac, Redon ou Gauguin défendent son œuvre, rien ne laisse encore présager le culte qu'il suscitera à partir des années 1910. Entre-temps les galeries Vollard et Bernheim-Jeune commencent à l'exposer et des collectionneurs aventureurs l'achètent. Avec Maurice Fabre, Gustave Fayet est de ceux-là: entre 1901 et 1909 il réunit seize œuvres de Van Gogh. Le Midi devient ainsi l'un des premiers foyers européens de sa reconnaissance
Fayet privilégie les oeuvres peintes en Provence entre 1888 et 1890 en particulier les paysages où Van Gogh célèbre Arles et Saint-Rémy, la campagne et la lumière les provençales dans des compositions dominées par le jaune et nourries des estampes japonaises.
Van Gogh occupe une place singulière dans la collection : il fait le lien entre l'admiration de Fayet pour Adolphe Monticelli - dont le peintre revendiquait I'héritage -et son engagement en faveur des avant-gardes. Fayet lit ses lettres, part sur ses traces à Arles et à Amsterdam où il rencontre Johanna Van Gogh-Bonger, la veuve de Theo. Fayet conservera jusqu'à sa mort huit tableaux qui marqueront son travail de créateur. Réunis ici en partie pour la première fois, certains reviennent en France depuis près d'un siècle.

VINCENT VAN GOGH
(1853-1890
Les Grands Platanes (Paveurs à Saint-Rémy), décembre 1889  Huile sur toile The Cleveland Museum of Art
Acquis par échange le 5 juin 1904 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie
Un des chefs-d'œuvre incontestés de la collection Gustave Fayet, Les Grands Platanes est acquis en juin 1904 après de longues négociations auprès d'Amédée Schuffenecker, négociant en vin et marchand d'art à ses heures. Peint par Van Gogh en décembre 1889, durant son séjour à l'asile de Saint-Rémy-de-Provence, non loin d'Arles, ce tableau accorde puissance et monumentalité à l'allée de platanes. Fayet était profondément touché par cette œuvre : on retrouvera l'écho des arbres de Van Gogh dans ses propres dessins et illustrations.

VINCENT VAN GOGH (1853-1890) Cabanes blanches aux Saintes-Maries, juin 1888 
Huile sur toile Zurich, Kunsthaus 1995 Acheté le 6 janvier 1909 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 
Van Gogh peint cette œuvre charnière en juin 1888, après son séjour aux Saintes-Maries-de-la-Mer, en Camargue. Il y représente de modestes cabanes de pêcheurs blanchies à la chaux. L'artiste y déploie avec maîtrise les contrastes complémentaires - bleu intense et jaune ocre, rouge et vert - qui magnifient l'éclat et la pureté de la lumière du Midi. Acquis en 1909 par Gustave Fayet auprès d'Eugène Druet pour 3 200 francs, soit presque trois fois le prix déboursé pour ses premiers Van Gogh, ce tableau figure, avec un paysage d'Auvers-sur-Oise, parmi les dernières œuvres de l'artiste que Fayet fait entrer dans sa collection

VINCENT VAN GOGH
(1853-1890)
Les Lauriers roses. Le Jardin à l'hôpital à Saint-Rémy, 1889 
Pinceau et peinture à l'huile diluée sur papier 
Acheté le 26 janvier 1907. Vendu le 8 mai 1907 
Durant les premières semaines de son séjour à l'asile de Saint-Rémy-de- Provence en 1889, Van Gogh ne peut pas peindre en dehors de l'enceinte de l'établissement. Il trouve alors dans le jardin de |'hôpital un terrain d'expérimentation.
Gustave Fayet repère cette œuvre en janvier 1907 lors de sa visite à Amsterdam chez Johanna van Gogh-Bonger, veuve de Theo, frère de l'artiste et marchand d'art. Émerveillé par cette collection, dont il souhaite acquérir plusieurs oeuvres, Fayet achète Les Lauriers roses ainsi qu'une aquarelle, Meules de blé (1888).

VINCENT VAN GOGH
(1853-1890)
Les Chardons, août 1888 
Huile sur toile  Collection particulière
Acheté le 1° octobre 1903. Vendu après le 20 novembre 1909 

VINCENT VAN GOGH
(1853-1890)
Jardin public à Arles (Le Jardin du poète). octobre 1888
Huile sur toile Collection particulière 
Acheté le 3 décembre 1901. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 
Peint à Arles en octobre 1888, ce tableau appartient à la célèbre série que Van Gogh conçoit pour décorer la chambre de Paul Gauguin dans la Maison jaune à Arles. L'artiste baptise ce jardin public "Le Jardin du poète", qu'il imagine comme un lieu de méditation, de création et de rencontre artistique. Gustave Fayet acquiert I'oeuvre auprès de la veuve de Julien Leclercq, poète impécunieux et ardent défenseur de Van Gogh. Fayet conservera ce tableau dans sa collection toute sa vie.

VINCENT VAN GOGH
(1853-1890)
Les Roulottes, campement de bohémiens aux environs d'Arles, août 1888 
Huile sur toile  Paris, musée d'Orsay. Legs M. et Mme Raymond Koechlin, 1931 Ancienne collection Maurice Fabre 

VINCENT VAN GOGH (1853-1890)
Les Usines à Clichy, 1887 
Huile sur toile Saint Louis Art Museum Ancienne collection Maurice Fabre 
À l'été 1887, pendant son séjour parisien, Van Gogh peint la banlieue industrielle entre Asnières et Clichy. La touche divisée témoigne de I'attention de l'artiste aux recherches néo-impressionnistes qu'il découvre alors à Paris. L'oeuvre provient de I'importante collection de Maurice Fabre, dont le rôle est déterminant dans la formation de celle de Gustave Fayet, en particulier pour Van Gogh: il l'accompagne dans les galeries parisiennes, participe aux négociations, lui signale des opportunités d'achat et agit souvent comme intermédiaire. Fayet est un familier de cette collection, qui nourrit son regard et éclaire ses acquisitions de Van Gogh.

VINCENT VAN GOGH (1853-1890) Autoportrait à l'oreille bandée et à la pipe, janvier 1889 collection particulière 
Le 23 octobre 1888, Paul Gauguin rejoint Vincent Van Gogh à Arles, où ce dernier rêve de fonder un Atelier du Midi, réunissant, selon ses mots, des < artistes amoureux de soleil et de couleur >. Leur collaboration, nourrie d'une admiration réciproque, est aussi brève que féconde, Le 23 décembre, au cours d'une crise, Van Gogh se mutile l'oreille gauche. Après son hospitalisation, il regagne la Maison Jaune et Van Gogh reprend aussitôt le travail. Il peint alors deux bouleversants autoportraits, dont cet Autoportrait à l'oreille bandée et à la pipe.
Coiffé d'une toque de fourrure qui maintient son bandage, une pipe aux lèvres, signe du calme retrouvé, l'artiste fixe le spectateur. Sur un fond rouge et orange, le visage, cadré de près, concentre toute l'intensité du regard, où se mêlent détresse et détermination.
Apres d'âpres négociations Gustave Fayet acquiert le tableau en 1902; il ne s'en séparera jamais. Il l'accroche dans sa chambre, parfois entouré de paysages aux "moissons d'or" et le prête volontiers pour des expositions, au point de lui être étroitement associé.
L'Autoportrait à l'oreille bandée et à la pipe est exposé en France pour la première fois depuis 1937.

VINCENT VAN GOGH
(1853-1890)
La Moisson en Provence, juin 1888
Huile sur toile 
Jerusalem, The Israel Museum
Acheté le 11 juin 1903. Cédé par échange en décembre 1904 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

VINCENT VAN GOGH (1853-1890)
Le Cyprès et l'arbre en fleurs, 
septembre 1889
Huile sur toile Collection particulière 
Acheté le 10 janvier 1908. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

Une passion pour Paul Gauguin
Avec près de deux cents oeuvres, Gustave Fayet est, au début du Xxe siècle, l'un des plus importants collectionneurs de Paul Gauguin au monde. S'il se souviendra avoir croisé cet "être aussi magnifique qu'étrange", les deux hommes ne se sont jamais connus. Ils entretiennent une correspondance entre 1900 et 1903, dans les dernières années de la vie du peintre. Lorsque Fayet découvre son œuvre et entreprend de réunir un ensemble représentatif de ses peintures, céramiques, bois sculptés, dessins et estampes, Gauguin est à Tahiti depuis 1895.
Fayet ne s'est jamais expliqué sur les raisons de son enthousiasme ni de son engagement visionnaire en faveur d'un artiste alors controversé. La collection de Gustave Fayet révèle son attrait pour la simplification radicale des formes, la fermeté du dessin, la puissance de la couleur et I'harmonie décorative qui caractérisent l'ouvre de Gauguin, des années bretonnes aux dernières recherches marquisiennes. La diversité des pratiques de l'artiste et son refus des hiérarchies entre beaux-arts et arts dits mineurs ne pouvaient que séduire une personnalité comme Fayet. En retour, Gauguin, en proie à la misère et à la maladie, plaçait beaucoup d'espoir dans ce collectionneur de la dernière heure : "Dites bien à Monsieur Fayet que je lui en aurai une reconnaissance éternelle", écrivait-il à leur ami commun George Daniel de Monfreid.


PAUL GAUGUIN
(1848-1903
Autoportrait à la palette. 1898 
Huile sur toile 
Collectionneur particulier  Acheté en iuin 1906 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 
Cet autoportrait est l'un des deux seuls, parmi les nombreux peints par Gauguin, où il se représente en artiste, pinceau et palette à la main. Le bonnet et la houppelande contribuent à son allure si reconnaissable. Dédicacé et offert à son ami Charles Morice. écrivain, critique d'art et fervent défenseur de son œuvre, ce tableau rejoint ensuite la collection de Gustave Fayet, qui le présente aussitôt au Salon d'Automne de 1906. Lors de cette même manifestation, Pierre Girieud expose un hommage à Gauguin, pour lequel l'autoportrait a servi de modèle à la figure du peintre.

Le < musée Gauguin > de Gustave Favet à Paris
On aperçoit notamment :
1 Te Arii Vahine (La Femme du roi), 1896 Te 
2 Ruperupe, 1899 
3 Trois Tahitiens, 1899
4 Nature morte à L'Espérance, 1901 
5 Haere Mai (Viens ici), 1891  
6 Les Meules de foin en Bretagne ou Le Champ de pommes de terre, 1890  
7 Parau Hanohano (Paroles terrifiantes), s.d
8 Petite Jardinière. Sarcophage, c. 1886-1888 9 Vase fantastique orné d'une tête grotesque et de la figure dune baigneuse, intitulé Le Marchand d'esclave, c. 1889  
10 Soyez mystérieuses c.1890  
Sur la bibliotheque: les céramiques présentées dans cette salle  M Oviri,1894 
12 Baigneuse debout d' Aristide Maillol 1898-1900
En 1905. Gustave Fayet et sa famille quittent Béziers pour vivre à Paris. Ils installent leur collection d'art moderne dans leur hôtel particulier du 51, rue de Bellechasse (7e arrondissement). Très vite, conformément à une pratique courante à la fin du XIXe siècle, les pièces de réception sont ouvertes aux visiteurs sur rendez-vous Une photographie réalisée en 1906 par Eugène Druet - la seule connue à ce jour- permet d'imaginer le choc qu'a dû provoquer la découverte du < salon Gauguin >. Gustave Fayet y compose un véritable musée : sur plusieurs rangs se cotoient deux tableaux des débuts de l'artiste et de la période bretonne ainsi que sept oeuvres de Polynésie, auxquelles s'ajoutent des céramiques, des sculptures et des bois sculptés. Artistes, écrivains et collectionneurs du monde entier - parmi lesquels Picasso, Matisse, Bonnard, Maillol, Paula Modersohn-Becker, Gabriele Münter, les Stein, Ivan Morozov ou encore Sergueï Chtchoukine - viennent y découvrir une production encore confidentielle, en particulier celle des années passées à Tahiti et aux Marquises. 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Haere Mai (Viens ici), 1891
Huile sur toile de toile 1 
New York, Solomon R. Guggenheim Museum, 
Acheté en septembre 1903. Vendu, probablement en 1907 

PAULGAUGUIN (1848-1903) Jardinière à la bergère, 1886-1887  Grès émaillé Collection particulière 
Achet6 le 12 août 1904. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Trois Tahitiens, 1899 
Huile sur toile  Édimbourg, National Galleries of Scotland. Presented by Sir Alexander Maitland in memory of his wife Rosalind 1960
Acheté le 24 octobre 1900. Resté en la possession de Gustave Favet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN
(1848-1903)
Vase fantastique orné d'une tête grotesque et de la figure d'une baigneuse, intitulé Le Marchand d'esclave, c. 1889 
Grès émaillé 
Collection particulière 
Achete le 29 mars 1905. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

Vase doublement monté, c. 1886-1887 
Grès Collection particulière 
Acheté en juin 1903. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Les Meules de foin en Bretagne ou Le Champ de pommes de terre, 1890
Huile sur toile  Washington, DC, National Gallery of Art. 
Acheté en juin 1903. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Vase en forme de double tête de garçon, 1889  Grès modelé émaillé et glacure transparente collection particulière courtesy Galerie Dina Vierny, Paris
Acheté en juin 1903. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

L'atelier breton
Cette salle réunit majoritairement des œuvres exécutées par Gauguin en Bretagne, où il effectue divers séjours décisifs à la fin des années 1880. L'artiste traverse de graves difficultés financières et la vie y est moins coûteuse qu'à Paris. Mais la Bretagne représente surtout, à ses yeux, la promesse d'un refuge épargné par la modernisation.
Entre Pont-Aven et le Pouldu, où il séjourne à plusieurs reprises entre 1886 et 1894, il rassemble autour de lui un groupe d'artistes avec lesquels il invente ce qu'on appelle alors le cloisonnisme ou le synthétisme. Les formes se simplifient, la couleur, arbitraire, subjective et expressive, est appliquée en aplats cernés d'un trait sombre, tandis que les compositions, construites par < compartiments > et juxtapositions de plans, s'inspirent des estampes japonaises. Gauguin affirme ainsi < le peu d'importance que l'exactitude apporte en art. L'art est une abstraction. >
Si Gustave Fayet découvre d'abord les œuvres que Gauguin expédie de Tahiti, il enrichit dès 1901 sa collection de peintures, céramiques et sculptures de la période bretonne, en profonde affinité avec sa sensibilité, portée vers l'évocation et le symbolisme plutôt que vers une restitution de la nature.

PAUL GAUGUIN (1848-1903) 
La Vachère, 1889 
Gouache sur papie Collection particulière 
Acheté en juin 1903. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

Bretonne et Oie au bord de l'eau, 1888 
Huile sur toile Courtesy of the collection of Anthony von Mandl
Acquis par échange en novembre 1905. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Le Petit Breton à l'oie 1889
Huile sur toile Collection particulière courtesy Sotheby's Acquis par échange en mars 1909 Resté en possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Soyez mystérieuses, 1890 
Bas-relief en bois musée dOrsay
Acheté le 23 mars 1905. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Dans les vagues (Ondine). 1889 
Huile sur toile on The Cleveland Museum of Art.  Acquis per échange le 10 mars 1900. Vendu en février 1907 

PAUL GAUGUIN
(1848-1903)
Le Joueur de bombarde sur la falaise, 1889 
Hulle sur tolle  Indianapolis, Newfields, 
Acheté en février 1901 Cédé par échange le 16 décembre 1902 
C'est au Pouldu, village isolé du sud-est du Finistère, que Gauguin peint en 1889 cette vue vertigineuse sur la mer. Plus qu'une représentation fidele du paysage, le tableau en traduit la force expressive. En 1890, Gauguin vend cette toile aux enchères afin de financer son départ pour Tahiti I 'année suivante. En février 1901, Gustave Fayet l'acquiert aupres d'Ambroise Voillard et la presente au printemps de la même année à l'exposition de la Société des Beaux-Arts de Béziers.

PAUL GAUGUIN (1848 1903)
Les Lavandières à Arles 1888 
Huile sur toile de jute New York, The Museum of Modern Art-MoMA The Williams Paley Collection Possiblemeent acheté en décembre 1905 

PAUL GAUGUIN
(1848-1903)
Le Toit bleu ou Ferme au Pouldu, 1890 
Huile sur toile Canberra, National Gallery of Australia  Acheté en mars 1906. Vendu en février 1907 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Le Gardien de porcs, Bretagne, 1888 
Huile sur toile Los Angeles County Museum of Art  Acquis par échange le 10 mars 1906 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Nature morte à L'Espérance, 1901 
Huile sur toile  Collection particulière
Acquis par échange le 30 juin 1905 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 
Cette oeuvre a été peinte à Tahiti. Son titre renvole à L'Espérance (1871), tableau de Pierre Puvis de Chavannes reproduit à l'arrière-plan et dont Gauguin avait emporté une photographie avec lui. Plus bas, il reprend une gravure de Degas. Dans un vase ovale sculpté, caractéristique de sa production océanienne, un bouquet de tournesols semble se faner. Issues de graines envoyées par George Daniel de Monfreid en 1898, ces fleurs évoquent aussi Van Gogh, l'ami disparu aveo lequel Gauguin avalt rêvé de créer < l'Atelier du Midi >. Fayet conservera toute sa vie cotte œuvre qui réunit ainsi deux de ses artistes préférés alors qu'll cherchera, en vain, à acquérir un des célèbres Tournesols de Van Gogh.

PAUL GAUGUIN (1848-1903) 
Les Toits bleus, Rouen, 1884  
Huile sur toile Winterthur, The Oskar Reinhart "Am Romerholz" Collection Acheté en octobre 1903. Vendu en novembre1903 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Nature morte avec des pêches, c. 1889 
Huile sur panneau avec châssis 
Cambridge, Harvard Art Museums
Acquis par échange le 21 novembre 1903 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

Nature morte avec des pommes, une poire et une cruche à portrait en céramique, 1889 
Huile sur papier marouflé sur panneau  Cambridge, Harvard Art Museums
Acheté le 3 mai 1909. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 
Une assiette de fruits et un pichet prennent place dans un intérieur d'atelier. Le vase anthropomorphe est un autoportrait. Il rappelle l'activité de céramiste que Gauguin exerce depuis plusieurs années parallèlement à la peinture. Ce pichet fait aussi écho à la passion de Gustave Fayet pour la céramique, qu'il collectionne et pratique lui-même autour de 1900.

Figures gravées, mondes rêvés
Gauguin, l'estampe est un terrain d'expérimentation et un moyen de "se faire connaïtre ", selon ses mots à propos de la  "Suite Volpini" (1889). Cette suite sera un échec commercial. ll reprendra ses recherches avec les dix gravures de Noa Noa, récit inspiré de son premier séjour à Tahiti, qu'il ne parviendra pas à publier. Gustave Fayet sera l'un des premiers à découvrir le manuscrit, retrouvé après la mort de l'artiste. Gravées sur bois, et imprimées par Gauguin, les planches de Noa Noa ouvrent la voie aux bois plus expressifs, volontairement frustes et archaïsants, exécutés à la fin des années 1890 à Tahiti. Gauguin projette d'expédier près de 475 épreuves à son marchand Ambroise Vollard, chiffre qui donne la mesure de son ambition. Beaucoup rejoignent ensuite la collection de Gustave Fayet, sans doute fasciné par leur univers syncrétique. Les estampes de Gauguin dialoguent étroitement avec ses peintures et ses sculptures : thèmes et motifs circulent d'un médium à l'autre, à l'exemple d'oviri. Exécutée à Paris à la fin de 1894, cette grande statue en céramique, que Gauguin considère comme sa "meilleure chose", devait orner sa tombe à Tahiti. Déposée chez Fayet en 1900 et exposée à Béziers l'année suivante, elle entre dans sa collection en 1905. Femme, déesse ou idole, celle que l'artiste nomme < la tueuse > serre contre elle un louveteau tandis qu'une louve morte git à ses pieds. < Étrange figure, cruelle énigme >, écrit Gauguin, faisant d'Oviri lincarnation de la puissance < sauvage > à laquelle il aspire.

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Oviri
Grès partiellemer émaillé 
Paris, musée d'Orsay
Acheté en décembre 1905 
Cédé par échange en mars1909

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Nativité tahitienne (Mère et ses enfants).
1900  rehaussé au crayon bleu sur papier à pâte mécanique 
Collection particulière 
Acquis par échange en novembre 1903 Resté en la possession de Giustave Fayet toute sa vie

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
La Case (Tahitiennes au repassage), c. 1900 T
Recto : monotype à deux plaques, noir et brun Verso: monotype à deux plaques, rehaussé au crayon de couleur, sur papier à pâte r Collection particulière 
Acheté en 1903. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
La Case (Tahitiennes au repassage), c. 1900 Tahitians Ironing
Recto : monotype à deux plaques, noir et brun Verso: monotype à deux plaques, rehaussé au crayon de couleur, sur papier a pâte mécanique Recto: two-plate monotype, black and brown Verso: two-plate monotype, heightened with color pencil on mechanical pulp paper Collection particulière I Private collection
Acheté en 1903. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie Purchased in 1 1903. Remained in Gustave Fayet's I possession until his death

PAUL GAUGUIN (1848-1903) Les Misères humaines, 1889 Human Misery
Zincographie rehaussée d'aquarelle et d'encre de Chine sur papier vélin jaune Zincograph heightened with watercolor and india ink on yellow wove paper Collection particulière | Private collection, Europe
Acheté en 1903. Resté en la possession de G ustave Fayet toute sa vie Purchased in 1903. Remained in Gustave Fayet's possession until his death

Autour du Christ jaune de Gauguin : les trois Christ du Midi
Le Christ jaune est l'un des tableaux les plus importants et les plus célèbres de la collection de Gustave Fayet. Lorsqu'il l'acquiert, après quelques hésitations, en mai 1904, l'œuvre est déjà considérée comme le manifeste du synthétisme de Gauguin et de la révolution artistique qu'll a initiée. En 1891, l'écrivain Octave Mirbeau, qui souhaitalt l'acheter, salue un art absolument personnel et tout nouveau ; "art de peintre et de poète, d'apôtre et de démon", avant d'évoquer "cette campagne toute jaune et ce Christ piteux et barbare". Peint en Bretagne en 1889, Le Christ jaune s'inspire d'un crucifix en bois de la chapelle de Trémalo, près de Pont-Aven. Dans un paysage automnal styllsé, Gauguin érige un calvaire dont on ignore s'il appartient à la réalité ou s'l est le fruit des visions des Bretonnes recuellies à ses pieds. La même ambiguité caractérise Le Calvaire ou Christ vert, peint la même année d'après le calvalre de Nizon.
Pour Gauguin, la figure du Christ revêt une dimension autoblographique : il se voit en martyr de l'art. Le motif réapparait dans I'Autoportrait au Christ jaune (1890). Si le Christ y étend ses bras protecteurs au-dessus du peintre, celul-cl se place du côté du "sauvage" et du "démon", à proximité immédlate de la céramique grotesque et tragique à son effigie, qu'll décrit comme < calcinée dans cet enfer > du grand feu.
Ces trois tableaux sont réunis en France pour la première fois. Chacun a appartenu à un grand collectionneur du Midi, témoignant de l'intonsité des échanges au sein de ce cercle acquls à Gauguin. Le Christ jaune est dans la collection de Gustave Fayet, tandis que Le Calvalre breton est chez Maurice Fabre et I'Autoportrait au Christ jaune chez George Danlel de Monfreld, avant de rejoindre la collection de Maurice Denis. À travers ces trois images sacrificlelles de l'artiste aux prises avec la société de son temps, Fayet, Fabre et Monfreld participent, chacun à leur manière, à la construction posthume de la figure du peintre maudit qui façonne encore largement aujourd'hui notre vision de l'artiste moderne.

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Le Calvaire Breton Le Christ vert, 1889
Huile sur toile 
Musées royaux des beaux-arts de Belgique

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Le Christ jaune, 1889
Huile sur toile 
Collection Buffalo AKG Art Museum. General Purchase Funds
 
PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Portrait de l'artiste au Christ iaune, 1890-1891
Paris, musée d'Orsay

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Te Faruru (Ici on fait I'amour). 1893-1894
Gravure sur bois
Bibliothèque de I'Institut national d'histoire de l'art
De retour de Tahiti en 1893, Gauguin entreprend à Paris la suite gravée de Noa Noa, concue pour accompagner le livre de son premier séjour polynésien, rédigé avec Charles Morice. Réalisées entre 1893 et 1894. ces dix gravures sur bois ne déroulent pas un récit mais convoquent plutôt des souvenirs, des mythes et des sensations. Le titre Noa Noa, qui signifie < embaumé > en tahitien, évoque un monde sensoriel où fusionnent nature, spiritualité et imaginaire océanien. Certaines épreuves sont rehaussées d'aquarelle, d'encre de Chine ou de couleurs ajoutées au pochoir. 

Gustave Favet et le dernier Gauguin
A Paris, pour beaucoup, l'oeuvre de Gauguin s'arrète en 1891 lorsqu'il embarque pour un premier séjour de deux ans à Tahiti. I y repart en 1895 pour ne plus revenir. Installé aux Marquises en 1901, il y meurt deux ans plus tard. Gauguin expedie ses oeuvres à son ami George Daniel de Monfreid et à Ambroise Voillard son marchand, auprès desquels Gustave Fayet se fournit pour constituer ľun des tout premiers ensembles polynésiens En dehors d'un cercle restreint, ces oeuvres sont méconnues et peu appréciées, tandis que la personnalité et le mode de vie du peintre suscitent de vives condamnations. Comme en Bretagne, Gauguin cherche en Polynésie un aileurs qu'il imagine préservé de la modernité occidentale. Gauguin découvre une ile transformée par la colonisation européenne et, depuis 1881, française. Même sil entre en conflit avec l'administration et cherche à pénétrer ce qu'il appelle
C'est dans ce contexte que naissent les oeuvres réunies par Gustave Fayet. Confronté à une société en pleine mutation qu'il peine à déchifrer, Gauguin invente un langage plastique hybride et neuf. Pris dans l'imaginaire exotique et érotique de son époque jusquà vivre avec des vahinés mineures, il est aussi l"un des premiers artistes européens à considérer les formes et les cultures polynésiennes en termes esthétiques plutôt qu'ethnographiques, a l'égal de la tradition européenne. Il y voit la source d'un indispensable renouveau. Les tableaux polynésiens mêlant des références variées, sont ainsi à la fois d'une grande complexité et d'une radicale nouveauté plastique. Fayet est un des rares à comprendre la rupture opérée alors par Gauguin.

PAUL GAUGGIN (1848-1903)
Upa Upa (Fête), dit aussi La Danse du feu, 1891 
Huile sur toile | Oil on canvas Jerusalem, The Israel Museum. 
Acquis par échange le 30 juin 1905. Cédé par échange en décembre 1905 

PAUL GAUGUIN
(1848-1903)
Des femmes et un cheval blanc, 1903 
Huile sur toile Boston, Museum of Fine Arts. Bequest of John T. Spaulding 48.547
Acheté entre avril et novembre 1903. Probablement cédé par échange le 30 juin 1905 

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Te Rerioa. 1897
Huile sur toile  London, The Courtauld (Samuel Courtauld Trust
Acheté le 29 août 1903
Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie
Envoyé en France par Gauguin en 1897, ce tableau est exposé par Gustave Fayet en 1901 à Béziers. Mais le collectionneur ne l'achètera qu'en 1903, quelques semaines seulement après l'annonce de la mort de l'artiste. Le titre Te Rerioa donné par Gauguin - qu'i traduit par < Le Rêve > bien que le mot puisse aussi signifier < Le Cauchemar > - révèle l'ambiguité et l'indétermination recherchées par l'artiste, qui écrit à Monfreid : < Tout est rêve dans cette toile ; est-ce l'enfant, est-ce la mère, est-ce le cavalier dans le sentier ou bien encore est-ce le rêve du peintre !!! Tout cela est à côté de la peinture, dira-t-on. Qui sait. >

PAUL GAUGUIN
(1848-1903)
L'Invocation, 1903 
Huile sur toile Washington, DC, National Gallery of Art
Acheté entre avril et novembre 1903 Vendu probablement en juin 1904

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Adam et Ève, 1902
Huile sur toile Copenhagen, Ordrupgaard
Possiblement acheté entre avril et novembre 1903 Possiblement cédé par échange en novembre 1903


GEORGE DANIEL DE MONFREID
(1856-1929
Portrait de Victor Segalen, 1909
Huile sur toile 
Paris, musée d'Orsay
Ancienne collection  Victor Segalen
Médecin de marine, écrivain, ethnographe et sinologue, Victor Segalen est connu pour sa réflexion sur l'< exotisme > qu'il concoit comme une rencontre avec la diversité du monde. Lors d'un séjour aux Iles Marquises en 1903, il découvre l'héritage de Paul Gauguin, disparu quelques mois plus tôt. I| contribue alors à préserver dessins, manuscrits et documents et se lie d'amitié avec George Daniel de Monfreid. Ce dernier le représente ici plongé dans sa lecture. A l'arrière-plan figure La Barque de Gauguin, conservée dans la collection de Monfreid.

GEORGE DANIEL DE MONFREID (1856-1929) La Barque d'après Paul Gauguin, 1897-1907 T
Huile sur toile marouflée sur carton 
 Quimper, musée des Beaux-Arts
Ancienne collection  George Daniel de Monfreid

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Faaturuma (Mélancolique), 1891 
Huile sur toile Kansas City, Missouri, The Nelson-Atkins Museum of Art
Ancienne collection  George Daniel de Monfreid
On ne connaît pas l'identité de cette jeune femme pensive, dont l'expression mélancolique renvoie à un thème classique de la peinture et constitue le sujet du tableau. La nostalgie du modèle est peut-être celle de l'artiste pour un Tahiti qu'il avait mythifié. Fayet n'a pas possédé ce tableau, mais l'a exposé à Béziers en 1901. Mélancolique est exemplaire de son engagement en faveur de Gauguin par le biais d'expositions. lI voulait même lui consacrer une rétrospective à Béziers en 1903, mais le projet ne se fera pas.

< Comme grandit ce méconnu !> : Gauguin en partage
"Sachons gré à M. Fayet d'avoir dégarni sa galerie de Bellechasse pour le plaisir de nos veux", salue la presse lors de la grande rétrospective Paul Gauguin du Salon d'Automne à Paris en 1906. Artisan majeur de cette manifestation ambitieuse et son principal prêteur avec 70 œuvres, le collectionneur y affirme avec éclat son engagement pour l'artiste. Ainsi se vérifient les mots de Monfreid à Gauguin : Fayet < fait des prosélytes autour de lui > et < fera sûrement beaucoup pour votre réputation, non seulement à Béziers, mais même à Paris >. Conservateur du musée de Béziers, il y organise avec ses amis - dont Fabre et le soutien de Monfreid - des expositions montrant les impressionnistes, Van Gogh, Picasso et Gauguin bien sûr : < Nous nous sommes mis dans la tête de faire l'éducation de notre public [..]. Le but sera atteint dans peu de temps >, écrit-il à Gauguin en 1902. Fayet et ses amis récoltent toutefois des résultats plus probants en Allemagne, à Weimar en 1905, grâce au comte Kessler, et à Paris en 1906 : Gauguin est alors salué comme un artiste majeur. L'exposition impressionne Picasso, Matisse et plusieurs grands collectionneurs, des Stein à Chtchoukine et Morozov. Les acheteurs affluent, les prix montent ; la reconnaissance commence, d'abord à l'étranger, puis en France.

GEORGE DANIEL DE MONFREID (1856-1929)
Portrait de Gustave le Rouge, à l'eau-forte de Gauguin, < Mallarmé au corbeau >, 1896
Huile sur papier marouflé sur toile |  Montpellier Méditerranée Métropole, musée Fabre Acheté en mai 1900 | 
L'écrivain Gustave Le Rouge, ami de George Daniel de Monfreid, est ici représenté dans un intérieur intimiste. Absorbé par sa lecture, le modèle est entouré de quelques motifs choisis, dont une gravure de Gauguin figurant le poète Stéphane Mallarmé, dont Fayet avait une épreuve. C'est l'une des premières fois que Monfreid introduit l'œeuvre de son ami Paul Gauguin dans une de ses toiles - pratique qu'il reprendra par la suite, comme en témoignent les oeuvres de cette salle.

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Stéphane Mallarmé, 1891
Eau forte et pointe sèche sur papier simili Japon Etching and drypoint on imitation Japanese paper Reims, musée de Beaux-Arts. Legs Clara Brouillon, 194

PIERRE GIRIEUD
(1876-1948)
Hommage à Gauguin, 1906 
Huile sur toile Oil on canvas France, Centre national des arts plastiques. En dépôt depuis le 26 septembre 1956 au musée de Pont-Aven (Pont-Aven)
Oeuvre exposée au Salon d'Automne, 1906
Hommage à Gauquin
Pierre Girieud s'installe à Paris en 1900. où il reioint la bohème montmartroise et se lie aux avant-gardes artistiques, notamment à Picasso et à Paco Durrio, qui lui révèle l'oeuvre de Gauguin. Il peint cet Hommage à Gauguin à l'occasion de la rétrospective consacrée à l'artiste au Salon d'Automne de 1906. Le tableau montre Gauguin entouré de ses disciples, dans une sorte de Cène moderne et provocante. On y reconnaît notamment Gustave Fayet, troisième à droite en jaune, qui est étroitement associé à la genèse de l'oeuvre : il pose pour Girieud et lui prête également "Autoportrait à la palette de Gauguin", issu de sa collection, afin de lui servir de modèle pour le portrait du peintre.

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Les Ondines, C. 1889 Undines
Chêne polychrome  États-Unis, Collection particulière  Acheté le 21 février 1901
Resté en la possession de Gustave Fayot toute sa vie

PAUL GAUGUIN
(1848-1903)
Nature morte à la cruche de Quimper 1889
Huile sur toile marouflée sur carton |  Berkeley, University of California, Berkeley Art Museum and Pacific Ancienne collection  George Daniel de Monfreid
Cette nature morte de Gauguin frappe par l'intensité de sa couleur et par son caractère résolument décoratif. A l'arrière-plan apparaît une oeuvre de l'artiste, possiblement le bois Les Ondines de la collection Fayet. Reprenant le motif de l'Ondine se jetant à l'eau dans une pose immédiatement reconnaissable, cette nature morte, autrefois conservée dans la collection de George Daniel de Monfreid, trouve un écho dans plusieurs oeuvres de Gustave Fayet.

PAUL GAUGUIN (1848-1903)
Portrait de l'artiste, 1896 
Huile sur toile Paris, musée d'Orsay. En dépôt au musée Hyacinthe Rigaud, Perpignan. Donation sous réserve d'usufruit Mme Huc de Monfreid, 1951
Ancienne collection George Daniel de Monfreid

GEORGE DANIEL DE MONFREID 
(1856-1929)
Intérieur d'atelier à la chatte siamoise. 1909
Huile sur toile Paris, musée d'Orsay. En dépôt au musée Hyacinthe Rigaud, Perpignan, don Mme Louis Huc de Monfreid, 1951
Ancienne collection George Daniel de Monfreid
Monfreid nous fait entrer dans l'intimité de son atelier parisien où son épouse Annette est entourée par une impressionnante collection de tableaux de Gauguin. C'est dans cette pièce que se retrouvaient notamment Fayet et Monfreid qui a fait le portrait de son ami dans le fauteuil rouge vif que l'on voit dans l'angle (présenté au début de l'exposition). Juste au-dessus est accroché I'Autoportrait que Gauguin a dédicacé et offert à < l'ami Daniel >, < en retour de tout votre dévouement >, lui écrit-il en 1897.

Madeleine Fayet devant| Dans les vagues (ou Ondine), Paul Gauguin, C. 1906
Archives familiales Gustave Fayet C Musée d'Art Gustave Fayet à Fontfroide

Odilon Redon : l'art, le rêve, l'amitié
Gustave Fayet devient l'un des plus proches amis d'Odilon Redon dès leur première rencontre, en mars 1900 ; il sera aussi son plus important collectionneur du vivant de I'artiste. Fayet se montre curieux de toutes les facettes de l'art de Redon, même si sa passion se concentre dans un premier temps sur les < Noirs >
À partir des années 1880, les estampes et albums lithographiques d'Odilon Redon commencent à se faire remarquer et l'artiste se constitue progressivement une clientèle et un cercle fidèle d'amateurs. C'est dans ce corpus des "Noirs", auquel s'ajoutent les fusains et les dessins, que Redon déploie un univers énigmatique, peuplé de figures hybrides, de têtes flottantes, d'apparitions silencieuses et de visions oniriques. Ces œuvres explorent les zones troubles de la pensée, du rêve et de l'inconscient, dans une atmosphère de mystère.
Gustave Fayet commence relativement tard à collectionner les < Noirs > de Redon, et confie à l'artiste en 1904 son désir de posséder la totalité de son œuvre lithographique, alors même que Redon est, depuis plusieurs années déjà, < en rupture avec le charbon >. Fayet y parviendra au fil des ans en achetant des recueils ou des feuilles individuelles, tant ces œuvres se font de plus en plus rares sur le marché. II se laissera gagner par la beauté de la couleur des pastels et des peintures de Redon, sans toutefois se détacher de la part la plus mystérieuse de l'univers de l'artiste.

ODILON REDON
(1840-1916)
PROFIL DE LUMIÈRE, 1886 

ODILON REDON
(1840-1916)
Tête de la Vierge, s.d. 
Fusain sur papier chamois Paris musée d'Orsay, conservé au Département des Arts graphiques du musée du Louvre, Paris 
Ancienne collection Odilon Redon

ODILON REDON (1840-1916) 
Christ 1895
Fusain, crale, pastel et crayon sur papler   New York, The Museum of Modern Art - MoMA. Acheté probablement le 26 juin 1914. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

ODILON REDON (1840-1916) 
Je me suis enfoncé dans la solitude. J'habitais l'arbre derrière moi, 1896

"J'ai épousé la couleur, depuis, il m'est difficile de m'en passer"  confie Redon en 1902, à un tournant de son oeuvre comme de sa carrière. Il délaisse alors les "Noirs" pour explorer les ressources de la couleur à travers bouquets, scènes religieuses ou mythologiques paysages et compositions imaginaires. Cette évolution lui apporte enfin le succès commercial et une clientèle nouvelle. C'est la gloire, dit en riant Redon; c'est la réussite, sûrement, qui arrive. Maintenant que les Cézanne sont casés chez les collectionneurs, les marchands vont s'occuper de Redon >, écrit-il de lui- même à la troisième personne.
Malgré des réticences initiales et alors que les "Noirs"  se raréfient sur le marché, Gustave Fayet "épouse la couleur" , à son tour. Devenu, avec 300 œuvres environ au total, le principal collectionneur de Redon, il donne le ton. A l'image de l'ensemble , qu'il installe dans son château d'Igny après 1912, les  "pièces Redon" se multiplient chez des amateurs - tel son lointain cousin et ami, le marquis de Gonet, ou encore Marcel Kapferer qui décorera son salon Redon de tapis conçus par Fayet  Cette exploration sensuelle, quasi musicale et affranchie de tout impératif réaliste séduit aussi les nouvelles générations de nabis et de fauves qui font de Redon une figure tutélaire de la modernité. L'artiste accueille avec enthousiasme cette reconnaissance, notamment de la part de Matisse, dont les bouquets de la collection Fayet répondent aux siens.

ODILON REDON (1840-1916)
La Voile grise, c. 1900-1905 
Huile sur toile Collection particulière 
Acquis par échange le 27 janvier 1908 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie

ODILON REDON (1840-1916)
La Mort d'Orphée,c.1905-1910 
Huile sur toile  Gifu, The Museum of Fine Arts
Acheté probablement en février 1917 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition

ODILON REDON
(1840-1916)
Tête symbolique, C. 1890
Huile sur papier marouflé sur toile 
The Cleveland Museum of Art. 
Possiblement acheté à une date inconnue 

ODILON REDON (1840-1916)
Paul Gauguin, 1903-1905
Huile sur toile |  musée d'Orsay. Achat, 1950
Gustave Fayet n'a laissé que de rares témoignages sur les artistes qui le fascinaient. Il est d'autant plus précieux de le voir rapprocher lui-même les deux figures maieures de sa collection : "Gauquin Redon" Ces deux êtres, aussi dissemblables que possible, s'admiraient sans se connaitre. Ce portrait qui n'a pas appartenu à Fayet mais qu'il a pu contempler chez Redon puis chez son ami le collectionneur Henri Kopforer - illustre parfaitement l'estime unissant les deux principaux artistes de sa collection. Redon y rend hommage à Gauquin brutaloment disparu aux Marquises en 1903. Les deux artistes, qui s'étaiont rencontrés dès 1886, simposent avant tout, sur la scène artistiquc comme dans la collection de Fayet, comme des maitres de la suggestion. En auréolant Gauguin de fleurs de rêve sur un fond doré, Redon fait de cette effigie funéraire une vision sacrée.

ODILON REDON
(1840-1916)
Le Soleil noir
Huile avec incisions sur bois 
New York The Museum of Modern Art MoMA. 
Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie


ODILON REDON (1840-1916)
La Mort verte (ou Le Serpent humain), c. 1905  Huilesurtoile New York, The Museum of Modern Art - MoMA. Louise Reinhardt Smith Bequest
Acheté vers décembre 1909. Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

ODILON REDON
(1840-1916)
La Fenêtre, c.1907 
Huile sur toile New York, The Museum of Modern Art - MoMA. 
Acquis par échange le 18 mars 1910 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie

ODILON REDON
(1840-1916)
Vision sous-marine, c. 1909-1910 
Huile sur toile Collection particulière
Acheté le 6 janvier 1910
Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie
Chez Redon, la thématique sous-marine ne relève pas d'une simple fantaisie décorative. Elle s'enracine à la fois dans un intérêt pour les sciences naturelles et dans l'engouement très vif de la fin du XIXe siècle pour les mondes aquatiques révélés par les aquariums et l'exploration des profondeurs marines. L'océan apparaît alors pour Redon comme un espace mystérieux où les règnes se confondent encore. ll y trouve un équivalent de son propre imaginaire.

ODILON REDON
(1840-1916
Papillons,c. 1910 
Huile sur toile New York, The Museum of Modern Art - MoMA 
Probablementacheté le 5 novembre 1917 

ODILON REDON
(1840-1916)
Vase de fleurs, 1901
Huile sur toil 
The Fine Arts Museums of San Francisc
Acquis par échange probablement le 4 mai 1910 
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition
Bien qu'il formule encore quelques réserves en 1904 à l'égard des <petits bouquets de fleurs en pastel >, Gustave Fayet se montre de plus en plus sensible à cette partie de l'oeuvre de Redon. Bouquets, vases fleuris et fleurs suspendues occupent alors une place croissante dans sa collection. En 1910, ses acquisitions s'intensifient : il achète plus de vingt peintures, dont au moins huit bouquets, parmi lesquels ce Vase de fleurs.

Portraits de famille
L'amitié entre Gustave Fayet et Odilon Redon donne naissance à des portraits familiaux commandés entre 1906 et 1908. Le premier représente Simone, ågée de neuf ans, une poupée dans les bras. Redon y célèbre l'univers de l'enfance, en accord avec sa propre sensibilité comme avec celle de Fayet, père aimant et attentif. Deux ans plus tard, Redon la peint en communiante dans une église imaginaire aux vitraux inspirés de ceux de la cathédrale de Chartres que les deux hommes viennent de visiter ensemble en juin 1908. Le bleu chartrain, rendu avec l'intensité du pastel, inspirera aussi les vitraux que Fayet projette pour son abbaye de Fontfroide, qu'il vient d'acquérir. Redon exécute également les portraits de Madeleine, du jeune Léon et d'Yseult. Vue de profil devant un somptueux décor floral où se mêlent des végétations réelles et imaginaires, la fillette lui inspire un de ses chefs-d'œuvre. Fier de ce pastel, Redon le présente à Gustave Geffroy, récemment nommé a la tête de la manufacture des Gobelins, et obtient ainsi la commande qu'il ambitionnait. Ces portraits sont à la fois des œuvres intimes et des jalons importants dans la carrière de Redon. Il en expose trois en 1908 à la galerie Druet, et aurait souhaité les voir figurer dans des manifestations de plus grande envergure, à la mesure de I'importance qu'il leur accordait. Fayet de son côté ne s'en séparera jamais : la fidélité du commanditaire répondant ainsi à l'ambition de l'artiste.



ODILON REDON
(1840-1916)
Portrait de Simone Favet à la poupée, 1906 
Pastel sur papier Collection particulière - Ancienne collection Gustave Fayet 
Acheté en décembre 1909 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie

ODILON REDON (1840-1916)
Portrait d'Yseult Fayet, 1908  Pastel sur papier  Collection particulière Commandé vers février 1908 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 


ODILON REDON (1840-1616)
Portrait de Madeleine Fayet, 1907 
Pastel

Commandé par Gustave Fayet vers1901 

ODILON REDON (1840-1916)
Simone Fayet en communiante, 1908
Pastel sur papier Collection particulière Commandé vers 1908 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie 

ODILON REDON (1840-1916)
Char d'Apollon, c. 1912 
Huile sur toile New York, The Museum of Modern Art - MoMA. 
Acheté probablement le 4 février 1918. Resté en possession de Madeleine Fayet après la séparation du couple en 1924 

ODILON REDON (1840-1916)
Quadrige, le Char d'Apollon, c. 1909 
Huile sur toile Collection particulière 
Acheté en 1910. Resté en la possession de Gustave Favet toute sa vie 

< Un peu d'ombre et de mystère > : autour du décor d'Odilon Redon pour la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide
< Fontfroide est à nous pour 49 925 [francs] >, note Gustave Favet le 23 janvier 1908 avec d'autant plus de satisfaction que cette dépense sera bientôt couverte par la vente de deux tableaux de Gauguin à Serguei Chtchoukine. Située à quelques kilomètres de Narbonne, l'abbaye, édifiée pour l'essentiel aux XI et XIlI siècles, compte parmi les joyaux de l'art cistercien. Elle devient un lieu de vie familiale et amicale, mais aussi un foyer de création : Odilon Redon réalise son ultime décor, Le Jour, La Nuit et Le Silence pour la nouvelle bibliothèque.
Exécutés entre Paris et Fontfroide en 1910 et 1911, ces trois panneaux concentrent les thèmes qui lui sont chers, notamment celui du char d'Apollon, motif récurrent dans son œuvre depuis le milieu des années 1900, puis dans la collection de Gustave Fayet. A son habitude, Redon conjugue l'observation la plus scrupuleuse, notamment des fleurs et des plantes, à ce qu'il appelle ses < inventions "vraies"' > : < Toute genèse garde un peu d'ombre et de mystère. C'est dans la solitude que l'artiste se sent vivre énergiquement, en profondeur secrète >, note-t-il. 


ODILON REDON (1840-1916) Le Char du Soleil, 1910 Huile sur toile Petit palais musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

ODILON REDON (1840-1916)
Le Char d'Apollon, 1909 
Huile et pastel sur carton Bordeaux musée des Beaux-Arts

ODILON REDON (1840-1916)
Le Char d'Apollon, 1905 
Huile sur bois  Neuss, Clemens Sels Museum Neuss Acheté à une date inconnue Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie  L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

ODILON REDON (1840-1916)
La Cime ou Pégase cabré, 1894 
Pastel et craie sur papier  Amsterdam (State of the Netherlands), Van Gogh Museum
Acheté probablement le 26 juin 1914 Resté en la possession de Gustave Fayet toute sa vie
L'appartenance à la collection Fayet a été découverte / confirmée par cette exposition 

RICARDO VIÑES
(1875-1943)
Odilon Redon assis devant le panneau La Nuit dans la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide, août 1910
Archives familiales Gustave Fayet C Musée d'Art Gustave Fayetà Fontfroide

RICARDO VIÑES
Odilon Redon peignant le panneau Le Jour dans la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide, août-septembre 1910
Aurchives famiales Gustave Fayet et Musée de Gustave Fayet à Fontfroide
Pianiste catalan, Ricardio Viñes se forme à Paris, où il rencontre Maurice Fabre qui fintroduit auprès d'Odilon Redon et de Gustave Fayet appartient aux Fontfroidiens le cercle réuni autour des Fayet à l'abbaye durant l'été 1910, animé par des échanges aussi intenses que joyeux sur l'art et le vie, dont Viñes témoigne dans son journal.
Photographe amateur, il prend alors une série de clichés montrant Redon au travail sur les décors de la bibliothèque ou posant devant ses cuvres. Ces photographies constituent de précieux témoignages sur la genèse des trois panneaux.
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ODILON REDON (1840-1916)
La Nuit, 1910-1911
Détrempe sur toile Narbonne Abbaye de Fontfroide
OEuvre classée au titre des Monuments historiques 
Commandé en mars 1910 

ODILON REDON (1840-1916)
Le Jour, 1910-1911 Day
Détrempe sur toile 
 Narbonne, Abbaye de Fontfroide
CEuvre classée au titre des Monuments historiques 
Commandé en mars 1910

Abbaye de Fontfroide
La ioie du Jour > et la < fantaisie > de la Nuit : le décor d'Odilon Redon pour Fontfroide
En pénétrant dans la bibliothèque de l'abbaye de Fontfroide après avoir emprunté une galerie ouverte sur le paysage des Corbières et surplombant le cloître, le visiteur passe sans transition de l'extérieur à un espace clos, éclairé par une seule fenêtre. À l'austérité des "vieilles pierres", qui effrayaient Redon, répond le raffinement d'un refuge consacré aux livres, à la musique et transfiguré par ses décors.
Gustave Fayet confie à Redon les deux murs latéraux de la vaste bibliothèque, tout juste aménagée. Celui-ci conçoit un programme qui fait écho à ses grandes thématiques comme aux oeuvres que collectionne son commanditaire. I| peint Le Jour à Paris et achève La Nuit à Fontfroide. Si quelques essais sont exécutés directement sur la paroi, le décor est, comme souvent au XIXe siècle, exécuté sur de grandes toiles montées sur châssis. Sur le mur à l'est, Le Jour célèbre la lumière. Redon y représente selon ses propres mots, < un quadrige conduit par un ou deux êtres ailés, sortes de fleurs >, évocation du char d'Apollon, dieu de la beauté et des arts, qui se détache dans un éclat d'or et de jaune. En vis-à-vis, La Nuit déploie, dans une palette froide et sombre rappelant les < Noirs >, une végetation fantasmagorique mêlée aux portraits des < Fontfroidiens > parmi lesquels figurent les hôtes. L'artiste revendique ici < la permission de laisser au dévergondage toute la fantaisie imaginable possible >. Au-dessus de la porte, Le Silence invite enfin au recueillement avant le retour au monde extérieur.
Fayet et Redon offrent ainsi une véritable expérience spirituelle. Protégé au titre des Monuments historiques, cet ensemble, installé en 1911, n'avait jamais quitté |'abbaye. Il constitue le testament décoratif de Redon autant que l'aboutissement de l'aventure de collectionneur de Gustave Fayet, qui va se tourner vers de nouvelles passions.



Le Japon à Fontfroide
Fayet installe deux bouddhas japonais à Fontfroide, dans le prolongement des grands panneaux peints par Redon dans la bibliothèque. Cette présence témoigne à la fois du syncrétisme de l'artiste-collectionneur, qui organise à l'abbaye la rencontre des religions d'Occident et d'Extrême-Orient, et d'un art de vivre teinté de japonisme. Chez les Fayet, le Japon s'inscrit dans la vie quotidienne, dans les < salons japonais > ou les décors qu'ils aménagent par la suite dans chacune de leurs demeures. En attestent également les nombreuses photographies montrant Madeleine vêtue d'un kimono, sujet que reprend Fayet dans ce tableau la peignant dans cette robe d'inspiration japonaise provenant de la maison Babani. Célèbre maison parisienne, fondée en 1894 par Vitali Babani, elle était spécialisée dans les vêtements les tissus et les obiets d'art inspirés de I'Orient

GUSTAVE FAYET (1865-1925)
Madeleine Fayet en kimono et sa fille, Yseult, 1901
Huile sur toile Collection particulière

Le cloître de l'abbaye de Fontfroide
Fayet dans ses demeures : l'abbaye de Fontfroide
< Quelles belles promenades à faire ! Quelle solitude ! > s'exclame Gustave Fayet en apprenant la vente de l'abbaye cistercienne partiellement en ruines. Dans son esprit, Fontfroide est autant un édifice à sauver, dans une démarche patrimoniale, qu'une page blanche à réinventer, en l'inscrivant dans un processus de < restitution à l'art >, selon les mots de René-Louis Doyon. A travers les commandes qu'il passe à Odilon Redon puis à Richard Burgsthal, le collectionneur passionné se métamorphose peu à peu en mécène, qui finance et soutient les artistes contemporains. Dans le même temps, son investissement dans l'orchestration de ce < décor total > ravive en lui la flamme de la création : < Qu'elles furent puissantes les fermentations spirituelles durant mes longs séjours à Fontfroide ! > se souvient Fayet qui, dans le calme inspirant de son enceinte, se remet à dessiner et à peindre.
Point culminant de la carrière du collectionneur et lieu de renaissance du créateur, l'abbaye de Fontfroide est le véritable pivot de la vie artistique de Gustave Fayet.


RICARDO VIÑES (1875-1943)
Simone, Antoine, Yseult Gustave et Léon Fayet avec Odilon Redon à Fontfroide, août-septembre 1910 
Archives familiales Gustave Fayet Musée d'Art Gustave Fayet à Fontfroide

Gustave Fayet, Fontfroide, C. 1915
Archives familiales Gustave Fayet C Musée d'Art Gustave Fayet à Fontfroide

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